‹ La prix de la graceChapitre 85 sur 221 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE DOUZIÈME

rable, si parfait, si plein, si éminent, si intellectuel, qui est la racine de la béatitude, cet être saint et divin, nonseulement est une participation de la nature divine, mais il sert de nature au juste qui le possède, et, selon quelques théologiens 1 , il est la forme première et radicale qui donne à l'homme l'être surnaturel comme substantiellement, c'est-à-dire, que de même que l'âme est la forme première et radicale qui donne à l'homme l'être naturel , et la forme substantielle dont découlent les propriétés et les accidents de l'homme ; ainsi de la grâce comme de la première forme surnaturelle, en manière de substance, découlent beaucoup de propriétés, d'accidents surnaturels qui perfectionnent l'être surnaturel que nous recevons par la grâce. La grâce est donc comme une céleste et divine nature qui se communique à l'homme pour opérer divinement ; car de même que la nature donne l'être aux choses et les établit dans un certain degré , et de même qu'elle est la racine et le principe des passions, des propriétés et des actions; ainsi la grâce donne à celui qui la possède un être divin , l'établit en un ordre divin, et elle est le principe et la racine de propriétés et de vertus divines, d'œuvres surnaturelles et méritoires de la vie éternelle ; œuvres que nous ne pourrions pas opérer telles sans la grâce. Et ainsi saint Macaire a dit : * La nature humaine, si elle demeure réduite à elle-même, et si elle ne reçoit pas le mélange et la communication d'une nature céleste, ne fait rien qui soit digne de louange; mais elle reste dépouillée et coupable, tristement plongée dans beaucoup de bassesses et dans la fange 2 . » Le même saint explique ceci en appelant la nature divine sel et levain, qui, mêlé avec la chair et tout l'ensemble de l'homme, lui communique sanature, ses propriétés; comme le sel et le levain

communiquent les leurs à la matière avec laquelle ils

1 V. àlbelda, I p., disp. 26, n 11.

2 Hom. zxxii.

sont mélangés, lui donnent de la saveur, la gardent pour qu'elle ne se corrompe et ne s'affadisse point. Et il conclut ainsi : « Si le sel de la divinité sainte et le levain céleste de l'Esprit divin ne se mélangeaient pas et n'étaient pas répandus dans la nature des hommes humiliés, l'àme ne perdrait pas l'antique infection de la malice. > Saint Basile * se sert de l'exemple de l'art, et donne ce nom à la grâce , parce que de même que l'art, en celui qui le possède, fait des œuvres auxquelles la nature ne peut s'élever et qui sont impossibles à qui ne le possède pas ; ainsi la grâce rend capable de faire des œuvres de vie éternelle, œuvres impossibles à quiconque n'a pas cette divine grâce. Et comme l'art a fait faire à des corps inanimés des œuvres propres aux êtres qui ont la vie, témoin ces oiseaux en métal que le saint philosophe et le sublime théologien Sévérinus Boèce fit artificiellement , et qui chantaient et se remuaient comme les oiseaux de nos bocages; ainsi, par la grâce, les hommes morts en Adam sont élevés à la vie divine.

Mais tous ces exemples n'expliquent pas la chose d'une manière si exacte que celui dont se sert l'Apôtre en employant la comparaison de la greffe. Si sur un^arbre qui ne porte pas de fruits savoureux , l'olivier sauvage , par exemple, vous greffez un olivier franc, cet arbre cesse d'opérer selon sa nature imparfaite, et il opère selon celle de l'olivier franc, qui est plus noble et plus parfaite, portant des fruits aussi bons et aussi savoureux que l'olivier, non par sa vertu propre, mais par celle de l'olivier à la nature duquel il participe. Ainsi, par la grâce, nous sommes greffés sur Dieu; et nous qui ne pouvons produire des œuvres de vie éternelle par notre nature, nous les produisons, non par notre vertu, mais par celle de Dieu, à la nature duquel nous participons, beaucoup plus noblement que l'olivier sauvage greffé ne participe à la nature de l'oli-

1 De Spiritu sancto.

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