PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE DOUZIÈME
vier franc. Ceci est symbolisé dans les roues du char de la gloire du Seigneur que v it Ézéchiel. Le prophète dit qu'au milieu de chaque roue, il y avait une autre roue. Il ajoute qu'il y avait dans les roues un esprit de vie, parce que personne ne les mettait en mouvement, et elles roulaient par elles-mêmes. La roue toujours prête à se remuer signifie la nature qui est définie le principe du mouvement. Or, la roue qui est dans l'intérieur de l'autre signifie que, dans la nature humaine, il se répand comme une autre nature qui est la grâce, par laquelle elle a l'esprit de vie divine, et avec elle la nature humaine va du même pas que les saints anges, et fait ce qui, sans la grâce, lui serait impossible. Enfin cela est figuré par le mélange des deux natures qu'on remarque dans les saints animaux dont parle le prophète, la nature de l'oiseau et celle de l'animal ; car bien qu'ils fussent des animaux pesants, comme le bœuf et le lion, néanmoins, participant à la nature des oiseaux qui leur donnait pour cela une vertu spéciale, ils étaient suspendus en l'air et volaient, pour nous montrer comment la grâce élève au-dessus du ciel ceux qui par eux-mêmes ne s'élèveraient pas au-dessus du sol.
Peut-on concevoir un bien plus grand? Voilà un homme d'une nature faible, terrestre, inclinée au mal, corrompue dans toutes ses affections, et morte parce qu'elle est née dans le péché, sans vertu pour opérer aucune bonne œuvre. Mais ne craignez pas : la force, la perfection, la vie et la vertu pour des œuvres bonne • et divines lui sont accordées, les pertes de la nature humaine étant compensées par la participation de la nature divine, qui alimente, \ ivifie et met en mouvement pour des opérations divines, rendant tout céleste un homme purement terrestre. C'est pour cela que saint Macaire appelle la grâce une nature céleste, puisqu'un homme sur la terre fait avec elle ce qu'il ferait s'il était au ciel. Pour la même raison l'Apôtre a appelé celui qui est enétat[de grâce ■ une nouvelle cr&aXvRt* ^twafc
de l'être nouveau et de la nouvelle nature qu'il reçoit par la grâce. Et dans un autre endroit il l'appelle l'homme céleste, en opposition à ce que nous sommes, par notre nature, des hommes de terre et de boue. Ce bien, cet honneur, cet être qu'on reçoit par le moyen de la grâce, avec cette nouvelle nature, est si grand que tous les exemples pris dans les choses matérielles ne pourraient en donner une idée, Car quoique l'olivier sauvage greffé parvienne à avoir la nature de l'olivier franc, tout ce changement est très-petit, et reste bien au-dessous du changement opéré par la grâce , la nature plus parfaite qu'il reçoit ne le faisant pas sortir de l'ordre végétal dans lequel ils sont tous deux. Mais celui qui possède la grâce est transféré par elle en un ordre céleste et divin. Comme les hommes seraient étonnés s'ils voyaient se renouveler le grand prodige dont parle l'Apocalypse ! Supposons qu'une créature humaine est élevée dans le ciel jusqu'à la hauteur du soleil. Là, elle reçoit la nature et les 1 propriétés de cet astre. Elle apparaît donc à la terre ravie d'admiration, au milieu du firmament, revêtue du soleil, projetant de tous côtés des rayons de splendeur, et éclairant comme lui par ses évolutions toutes les parties du monde. Quel spectacle ! Une nature humaine avec la nature de la lumière, suspendue dans les cieux, ayant les vertus et faisant les opérations du soleil ! Or , ce qui se passe invisiblement quand on reçoit la grâce est une merveille bien plus magnifique, une merveille dont la grandeur est dans la proportion de la différence qu'il y a entre le soleil et la grâce, la mort et la vie; car ce n'est pas le changement d'une nature en une autre presque égale, mais c'est le changement d'un être naturel en un être surnaturel, puisque l'homme s'élève à un être divin, à un état divin, à des propriétés, à des œuvres divines.