Première partie. — chapitre douzième
Quoique tous ces exemples soient au-dessous de la vérité, ils ne laissent pas de nous montrer quelque chose du bien qu'une âme acquiert avec la nature céleste qui lui est communiquée par la grâce. Cette représentation que l'évangéliste saint Jean 1 nous en fait dans la femme qui se tenait dans le ciel, toute revêtue du soleil et toute pénétrée de sa clarté, couronnée de très-belles étoiles, foulant la lune de ses .pieds, et qui enfanta un fils élevé aussitôt au trône divin, est une figure de ce qui se passe spirituellement dans l'âme, avec la nouvelle créature ou nature de la grâce; car celle qui était terrestre et ne s'élevait pas aurdessus du sol monte jusqu'au ciel; celle qui était dans les ténèbres et les ombres de la mort est pénétrée de lumière et de clarté, et tout entière revêtue de Dieu; celle qui n'estimait que les choses de la terre et ne pensait qu'à elles n'a plus pour couronne que les choses du ciel, et elle ne pense plus à rien autre chose qu'au ciel, objet unique de son amour; celle qui auparavant rampait sur la terre a les pieds sur la lune, méprisant tout ce qui est du temps et qui périt avec le temps; celle qui était stérile pour la vie éternelle produit des fruits et des œuvres de béatitude. Que le serviteur de Dieu ou le pécheur qui va se confesser regarde dans ce miroir l'état dans lequel la grâce le met. Celui qui possède la grâce ne doit plus se considérer comme un homme de la terre, mais comme un ange du ciel. Il se trouve à une grande hauteur; car s'il ne subit pas de changement matériel et si son corps ne s'élève pas au-dessus des autres hommes, son esprit est changé, et il est élevé, quant à l'âme, plus haut que si l'on plaçait son corps au milieu des étoiles du firmament; et ainsi il doit se re-
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garder comme étant bien au-dessus de la terre, des inclinations terrestres et des passions humaines. Qu'on ne parle p'as des plaisirs qui lui sont communs avec les animaux à celui quipo sède cette intime participation de Dieu; et celui que les lois du ciel lient doit s'affranchir des lois du monde. Toute gloire humaine doit s'évanouir en celui qui , dans son âme, a plus de majesté que si son corps remportait en éclat sur le soleil. Les grandeurs de la terre sont très-petites et bien méprisables pour l'homme qui a la lune sous ses pieds : mystère profond de l'âme en état de grâce , qui doit mépriser le monde passager et sujet au changement , c'est-à-dire tout ce qu'on estime et tout ce qui existe au-dessous de la lune. Celui qui est élevé au rang de Dieu doit rougir des passions humaines.
Que celui qui va se confesser regarde donc s'il jest dans l'intention de changer de nature, recevant à la place de la nature humaine une autre nature qui est divine; à la place de la nature terrestre, une autre nature qui est céleste. Rien n'est digne d'être pleuré comme le peu de cas que nous faisons du changement admirable opéré en nous par la grâce, demeurant toujours avec les mêmes passions, attachés aux mêmes plaisirs, et aux occasions du péché, et entravant ainsi l'opération et l'influence de la grâce. Celui qui doit agir en vertu de la nature divine doit faire violence à la nature humaine. Quelle honte, ou, pour mieux dire, quelle impudence de pratiquer si peu la mortification et l'oraison, après s'être confessé, conservant toujours ses mêmes inclinations ! On devrait rougir de sa nature, et l'on ose souffrir ses vices. Imaginez, ce qui est impossible, qu'un ver de terre soit élevé à la nature d'un séraphin. Est-ce que, placé à un rang si haut, il n'aurait pas honte de ramper et de se nourrir de pourriture comme ses semblables? H y a plus de distance entre la nature et la grâce qu'entre la nature la plus basse et la nature la plus haute; et celui qui est en état de grâce doit