PRÉFACE. XV
avoir songé , fait sentir que c'est vraiment la langue propre pour parler à Dieu et de Dieu. C'est la suavité du langage dont on se sert au ciel. Au reste , diction pure et châtiée , phrase limpide et sonore , tours variés , récit animé par de vives images , éclairé de splendides figures , grâce , élégance , tout se trouve dans ces belles pages. Le siècle dans lequel écrivit Nieremberg le demandait. On sait qu'alors la littérature espagnole était à son plus magnifique degré d'épanouissement.
On trouvera, hélas! ici toutes ces beautés défraîchies et défleuries ; maia peut-être on pardonnera beaucoup au traducteur à la pensée des difficultés considérables qu'il y a toujours à vaincre, quand on veut, avant tout, conserver l'austère exactitude de la doctrine , dont la pureté pourrait être facilement altérée par la moindre nuance mal rendue.
On ouvre toujours avec sympathie le livre d'un auteur connu et aimé. Voici ce que fut le Père Nieremberg.
Il naquit à Madrid en 1595. Ses parents avaient quitté l'Allemagne leur patrie pour suivre l'impératrice Marie, épouse de Maximilien II d'Autriche, au service de laquelle ils étaient attachés. A la noblesse du sang ils joignaient une piété profonde qui se manifestait spécialement par l'amour de l'oraison, le soin de leur perfection, et une tendre charité pour les pauvres. Dieu leur donna une angélique fille qui sut voir comme eux avec une foi ardente Jésus-Christ dans la personne des malheureux , et employa le peu d'années qu'elle passa sur la terre à les servir de ses