‹ La prix de la graceChapitre 93 sur 221 · PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE TREIZIÈME

regarda derrière elle, et qui, aussitôt qu'elle tourna les yeux, fut changée en une statue de sel, sur le chemin même. Son exemple vous instruira, et vous ranimerez votre courage afin de ne pas demeurer comme un sot au milieu de la route. Pensez à cette femme qui s'est arrêtée, et hâtezvous d'avancer; voyez-la tourner les yeux, et allongez le pas ; tâchez d'atteindre ce qui vous manque et allez toujours en avant. »

Véritablement l'Apôtre nous a donné un exemple extraordinaire de la manière dont on doit désirer, estimer la grâce et se fatiguer à cause d'elle. Bien que sa justification ait été miraculeuse, qu'il ait été enrichi des plus grandes grâces; bien qu'il ait été élevé au troisième ciel, et qu'il ait reçu là des faveurs singulières; bien qu'il ait pu dire que tout ce qu'il était, il l'était par la grâce, et que la grâce n'avait pas été stérile en lui; bien qu'il ait supporté tant de fatigues, de tribulations, et fait tant de pénitences, il oubliait tout cela entièrement, et jetait les yeux uniquement sur ce qui lui restait à faire. Ses vertus, ses peines n'étaient rien à ses yeux; et comme s'il ne possédait aucune grâce, aucune vertu, comme s'il n'avait jamais rien souffert, il portait ses regards sur l'immensité de la grâce qu'il pouvait obtenir, s'animant à entreprendre toute espèce de travaux, et commençant en quelque sorte de nouveau à parcourir la carrière. Et ainsi il dit : « Tout ce que je fais maintenant, c'est que, oubliant ce qui est derrière mof» , j'étends mon cœur et mon esprit vers ce qui me manque. Car bien qu'il eût une si grande abondance de grâce, la grâce qu'il possédait était cependant limitée, et celle dont il manquait n'avait pas de bornes. Le saint apôtre, qui appréciait si justement les biens véritables, ne voulait pas voir les avares de la terre désirer et rechercher les richesses périssables avec plus d'ardeur que lui celles du ciel. L'avare, en effet, quelle que soit la grandeur des biens qu'il a en sa possession, n'en

fait pas de cas; ce qui lui manque, voilà ce qu'il estime. L'a arice, comme l'ont remarqué les philosophes, fait que les hommes, ne regardant pas ce qu'ils ont, et oubliant les richesses qu'ils gardent dans leurs coffres-forts, considèrent ce qu'ils peuvent avoir, et ont plus de soucis et de désirs pour une seule chose qui leur manque, que de joie pour mille qu'ils possèdent; de la sorte ils sont en proie à d'éternelles inquiétudes pour posséder de plus en plus. Or, puisque l'infini, pour ainsi parler, des richesses de la grâce nous manque, pourquoi ne désirons-nous pas ces richesses? pourquoi ne voulons-nous pas en acquérir le plus possible? Si vous montriez à un avare qui aurait déjà des trésors infinis, de nouvelles richesses à acquérir, vous verriez qu'il ne se donnerait pas de repos avant de les avoir obtenues. Étant si pauvres dans les choses spirituelles, et voyant devant nos yeux des trésors infinis de grâce que nous pouvons acquérir, pourquoi donc ne les désirons-nous pas ? On doit certes d'autant plus désirer la grâce que la grâce est au-dessus des biens du monde, et que, toute proportion gardée, nous avons plus de ces biens terrestres et moins de grâce en comparaison de celle que nous pouvons avoir. Pour le moins désirons-la comme nous désirions autrefois notre perte. Cette prière que l'Apôtre adresse aux Romains est trèslégitime: « Je vous parle humainement, à cause de la faiblesse de votre chair ; comme vous avez fait servir les membres de votre corps à l'impureté et à l'injustice pour commettre l'iniquité, faites-les servir maintenant à la justice pour votre sanctification » , c'est-à-dire pour vous sanctifier chaque jour davantage. On ne peut faire de prière ni plus raisonnable, ni plus aimable. Certainement c'est le moins qu'on puisse demander. * Par ces paroles, dit Origène, l'Apôtre provoque le sentiment de la honte dan» ses auditeurs, afin de les porter à faire au moins pour la justice ce qu'auparavant ils faisaient pour l'iniquité. * Oui, accomplissons autant de bonnes œuvres que nous

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