‹ La prix de la graceChapitre 94 sur 221 · PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE TREIZIÈME

avons commis d'iniquités. Souhaitons au moins qu'il en soit ainsi. Ne désirons pas moins la grâce et la sainteté qu'auparavant nous désirions le péché et la perte de notre âme. Que le chrétien ne désire pas moins Dieu que l'avare l'argent; que la charité ne soit pas au-dessous de l'avarice, que la vertu ne soit pas moins que le vice , que le désir de la grâce soit égal au moins à celui de l'or , et que les sollicitudes pour les richesses du ciel ne restent pas au-dessous de celles qu'on a pour les trésors de la terre. Voici un passage de saint Isidore au sujet de l'avarice qui devrait nous couvrir de confusion : « L'horrible amour de l'argent ne nous ayant pas été donné par la nature, mais nous venant du dehors comme un étranger, ne vieillit jamais. C'est pour lui un déshonneur de se voir rassasié. Il ne sait pas, ce que c'est que la joie; il ne supporte pas de s'arrêter; mais chaque jour il est plus vigoureux, plus fort, plus robuste, et il devient plus violent, parce qu'il fait la guerre non-seulement aux autre passions, mais encore â lui-même, et s'efforce de se vaincre. Mais on obtiendra plutôt l'impossible que de le rassasier. Il pense, en effet, je ne sais comment, que son augmentation est une pauvreté et une perte, et ainsi le feu qui le dévore devient plus ardent 1 . * Saint Isidore nous dépeint ensuite les saintes ardeurs avec lesquelles nous devons désirer les richesses de la grâce, qui, étant infinies, réclament des désirs sans bornes, constants, insatiables, attentifs, forts, véhéments, enflammés, capables de remplir toutes les affections du cœur, et de déraciner tout autre amour. De tels désirs ne sont pas faits pour les biens caducs et périssables de la terre; donnons à la grâce ce qui est à la grâce, au monde et à ses biens ce qui appartient au monde : à la grâce un grand désir et une estime profonde ; au monde notre mépris et notre dédain. Ainsi, en détruisant toute affection pour les biens temporels, nous verrons croître

> Lib. lll,epist. 167.

42 Lï PRIX DE LA GRACE.

merveilleusement notre amour pour les biens éternels. & De même que dans votre vigne, dit saint Césaire, vous coupez les sarments et les pampres inutiles, ne laissant que deux ou trois bonnes branches, ainsi vous devez arracher de votre âme tous les désirs qui tendent aux choses extérieures et sensibles, objet maudit de vos convoitises; les émondant avec le couteau de l'Esprit saint et de la croix, et n'en réservant [qu'un sur lequel vous espérez voir bientôt germer la justice 1 . * Retranchons toute affection superflue de la chair et du sang, des honneurs, des aises, des plaisirs, ne laissant que le désir de la grâce et de la sainteté, pour que les forces de toutes les affections unies ensemble convergent en ce seul point; et ainsi de toute notre ardeur, désirons et estimons eet inestimable bien, et faisons tous nos efforts pour l'acquérir.

1 Hom. xix.

Page 1