‹ La prix de la graceChapitre 95 sur 221 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

Comparaison entre la participation de la nature divine par la grâce et la participation de Dieu par l'Incarnation et l'Eucharistie. Nous devons plus à Dieu pour la participation de la nature divine par la grâce, puisque c'est pour la grâce que s'opèrent les deux autres participations.

Pour mieux connaître combien cette participation de la nature divine que nous obtenons par la grâce est une grande chose, et pour comprendre l'obligation qu'elle nous impose de servir Dieu notre Créateur, auquel nous participons d'une manière si élevée, nous allons la comparer à deux autres participations très-excellentes de Dieu que mentionnent les saints : l'Incarnation et l'Eucharistie. Les Pères de l'Église exaltent ce que nous devons à Dieu pour ces deux mystères, et publient les obligations qui découlent de si grands bienfaits. Nous exposerons dans ce chapitre quelques-unes de ces obligations. Nous verrons ainsi ce que nous devons à Dieu pour la participation à la nature divine qui nous vient par la grâce. Ce que nous devons à Dieu pour l'Incarnation et l'Eucharistie, nous le lui devons pour la participation à la nature divine par la grâce. Sans cette participation à la nature divine par la grâce, l'Incarnation et l'Eucharistie ne nous serviraient de rien, et l'une et l'autre ne s'eSt accomplie que pour la grâce.

Quel grand honneur pour nous ! Dieu est nôtre; le Créateur du ciel et de la terre est homme et non ange ; devant prendre une nature parmi les créatures, le Verbe éternel du Përe, la splendeur de sa gloire et la figure de sa substance, a laissé de côté les séraphins, n'a pas voulu des chérubins, à dédaigné les Trônes, à négligé les Domina-

tions ; et traversant les neuf chœurs de ces sublimes et purs esprits, il s'est arrêté à la nature humaine, la dernière et la moindre de toutes ! Quel ne fut pas l'étonnement des Puissances et des Vertus du ciel en voyant une nature, inférieure à la leur élevée tout à coup au trône divin, adorée par eux et par toutes les créatures ! Dieu ne pouvait faire un plus grand honneur à une nature créée; honneur incomparable qui est pour nous, enfants d'Adam, une gloire au-dessus de toute gloire, et auquel ne participent ni les anges, ni le. séraphins les plus élevés :[nous seuls le possédons. O joie au-dessus de toute joie ! O honneur audessus de tout honneur ! Dieu est un des nôtres ; un homme est Dieu; il est bien au-dessus du chérubin et du séraphin; toute la milice céleste est à ses pieds : ô honneur audessus de tout honneur ! Quoi ! nous pouvons dire en toute vérité : Dieu est homme, et l'homme est Dieu. O gloire incomparable! Nous pouvons dire : Dieu est de notre famille; Dieu est notre frère; et les anges ne le peuvent pas ! Dieu n'est pas un chérubin, il est un homme; il n'est pas un séraphin, il est un homme; il n'est pas un Trône, une Domination, un archange; il est un homme. O esprits célestes, votre charité vous rend l'envie impossible; mais si vous pouviez être accessibles à ce sentiment, n'auriezvous pas le cœur brisé de ne pouvoir dire : l'ange est Dieu, comme moi je puis dire : l'homme est Dieu; un de mes frères est assis à la droite du Père; quelqu'un de ma chair et de mon sang est adoré comme vrai Dieu par les séraphins eux-mêmes. Quel bonheur pour nous ! Dieu est homme, nous sommes hommes comme lui, Dieu est donc un des nôtres! Soyons satisfaits de notre nature, puisque nous avons la gloire d'être de la nature de Dieu. Que ces paroles de saint Augustin nous remplissent de consolation : « Mon fils, Dieu a daigné être ce que vous êtes; il ne s'est pas fait ange, bien qu'il soit l'ange du grand conseil; il vous a élevé au-dessus des anges, et vous jugerez les

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