‹ La prix de la graceChapitre 96 sur 221 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAP. QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAP. QUATORZIÈME

anges eux-mêmes. Je ne voudrais pas avoir la place d'un ange, si je pouvais avoir la place qui est due à l'homme 1 . » Soyons donc contents d'être hommes, puisque notre Dieu a voulu être homme.

Les misères humaines, la vie si courte, les épreuves de toute sorte, la mort si prompte, les infirmités cruelles, les douleurs intenses, les tribulations incessantes auxquelles est exposée notre nature ne sont rien en face de l'avantage incomparable d'être de la nature du Créateur. Si nous étions des anges, nous n'aurions pas à craindre la mort, la maladie, la souffrance ; mais nous ne serions pas non plus les frères de Dieu.

Ce bien est si grand qu'un pieux religieux a dit à ce propos : « La providence si sage de Dieu envers nous éclate de mille manières, et quelle est la folie, l'extravagance de ceux qui voudraient être plutôt des anges que des hommes 2 ! » Il y a quelque chose de si admirable dans cet honneur que les anges, ne pouvant être de notre nature, se glorifient d'en porter le nom. Nous voyons l'Écriture donner à l'archange Gabriel le titre honorifique d'homme; et de même que, entre nous, quand nous voulons exalter la vertu et la bonté de quelqu'un, nous l'appelons ange, ainsi les anges s'honorent de ce nom d'homme; c'est 'pour cela que le prophète Daniel dit : l'homme Gabriel. Et cela se comprend; car du moment que Dieu est homme, le nom d'homme doit être grandement estimé même parmi les princes de la milice céleste. Enfants d'Adam, vous pouvez vous féliciter vous-mêmes des milliers de fois de ce que vous êtes hommes, depuis que Dieu s'est fait homme, et homme pour vous. Vous ne pouvez désirer un plus grand honneur. Pour l'obtenir, les anges, je le crois, accepte-^ raient, s'ils le pouvaient, nos misères, nos douleurs, nos maladies, nos besoins de toute sorte. Pourquoi donc ne

1 Lib. Devisit. injîrm., cap. vi.

1 Job, apud Pholiu m, p. 691.

serions-nous pas contents d'un bien capable de faire envie aux cieux ? O hommes ! quelle injure vous feriez à Dieu et à vous-mêmes si vous cherchiez un plus grand honneur que celui qui vous a été accordé ! Être Dieu, c'est tout ce qu'il y a de plus grand; or l'homme est Dieu; il n'y a donc pas de plus grand honneur pour l'homme que celui-là ! Vaine ambition, triste orgueil, soyez maudits ! Maudite encore soit la pensée qu'il pût y avoir dans le monde une gloire pareille à celle-là ! Saint Paul considérait la croix de Jésus-Christ comme le plus grand honneur de la terre; et nous ne nous glorifierons pas de la personne même de Jésus-Christ ! Si nous ne nous glorifions pas de Jésus- Christ, quelle gloire humaine peut donc nous tenter ? O hommes si honorés et si ennoblis par Jésus-Christ, n'outragez pas ce divin Sauveur en mettant votre gloire en autre chose que lui. Si nous estimons cet honneur, vivons conformément à ce qu'il exige de nous, et ne faisons pas affront à Jésus-Christ par la bassesse de nos pensées et de nos œuvres. Parmi les hommes, c'est une tache d'avoir un voleur dans sa famille; pourquoi donc voudriez-vous déshonorer votre Rédempteur? Et puisque vous êtes de sa chair et de son sang, ne lui dérobez pas sa gloire. Ne déshonorons pas Jésus-Christ £n ayant des mains maudites avec un chef aussi saint. Ne déshonorons pas Jésus-Chrit, en vivant comme des démons, après qu'il nous a honorés plus que les anges. On l'a dit avec grande raison : « Depuis que Dieu a voulu être homme, il est juste et raisonnable que l'homme exhale la bonne odeur de Dieu; que toutes ses œuvres, ses paroles, ses sentiments soient imprégnés de la crainte et de l'amour divin 1 . » Ne déshonorons pas Jésus- Christ en tenant une conduite en opposition avec sa doctrine et son exemple. Qu'on ne puisse donc jamais dire de celui dont Dieu a la nature qu'il vit comme les bêtes, obéissant à ses passions et non à sa raison. Qu'on ne puisse jamais dire

1 GalfridUs, apud lilmanum.

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