PREMIÈRE PARTIE. - CHAP. QUATORZIÈME
notre nature , voulant faire participer de la sorte toute la race humaine à l'honneur de sa divinité. Les saints anges, à cause de cela, estiment tant notre nature que, dès qu'ils connurent la promesse de l'Incarnation du Verbe éternel faite par Dieu à Abraham, ils devinrent tout de suite les amis des hommes, et furent heureux de traiter avec eux. Avant ce temps il n'est pas question dans l'Écriture du commerce du bon ange avec l'homme. Après l'Incarnation du Fils de Dieu, cette estime a augmenté encore; car, selon la remarque de saint Grégoire, les anges ne permettent pas que les hommes s'humilient devant eux comme devant leurs supérieurs, se trouvant suffisamment honorés d'être simplement au rang de notre race, dont Dieu a voulu se faire l'égal, lui qui ne marche de pair avec personne.
Venons maintenant à la participation du corps et du sang de Jésus-Christ que nous recevons dans l'Eucharistie. Cette participation est pour nous plus immédiate que la première. En effet, par l'Incarnation, une seule nature individuelle du genre humain fut unie au Fils de Dieu; mais par le sacrement du corps et du sang de Jésus-Christ, chaque individu de la nature humaine s'incorpore Jésus-Christ même. Autre honneur incomparable que celui-là. Par l'Incarnation, Dieu s'est fait notre chair; par l'Eucharisiie, chaque homme se fait la chair de Dieu, parce que, en participant au corps et au sang de Jésus-Christ, celui qui communie devient le corps et le sang de ce divin Sauveur. ambitieux, considérez donc cet honneur : il est au-dessus de tout ce qui peut nou3 venir à la pensée. Si de même qu'un homme seul est uni à la personne du Verbe, ainsi un homme seul recevait Dieu dans ses entrailles et s'unissait à son corps sacré, certainement ce privilège, quoique moindre en soi, ne serait guère moim admVtè tç&fe\s.\rc*-
mier ; mais il est un plus grand honneur pour celui qui communie, car il suppose l'honneur de l'Incarnation, et y ajoute l'honneur de la communion, Quoi ! Dieu est dans notre cœur ! Quelles doivent donc être notre noblesse et notre dignité ! Le sang de Jésus-Christ coule tout vif flans nos veines ! Comme tout doit être céleste dans nos procédés, notre conduite! Si le plus grand honneur des anges a été de pouvoir adorer Dieu dans notre nature, quelle gloire pour nous de pouvoir unir ce sQUverain Seigneur à notre personne, à notre propre corps, demeurant une même chair avec Jésus- Christ ! Combien devons-nous à Dieu pour cela ! Saint Jean Chrysostôme va encore nous l'apprendre : » Si vous êtes le corps de Jésus-Christ, portez la croix, puisque lui aussi l'a portée. Souffrez les malédictions et les mauvais traitements. Supportez les soufflets, supportez les coups. C'est ainsi que fut traité ce corps qui est le vôtre, lui qui n'a pas commis de péché, et dont les lèvres n'ont jamais connu la tromperie. Ses mains n'ont jamais omis de faire tout ce qu'elles pouvaient pour soulager la pauvreté du prochain. Jamais rien d'inconvenant n'est sorti de sa bouche. Il a entendu dire de lui cette calomnie : Tu es possédé du démon; et il n'a répondu aucune parole mauvaise, conservant toujours la plus grande douceur. Nous tous donc qui participons à ce corps et goûtons de ce sang, rappelons-nous que c'est le corps de celui qui habite audessus des cieux, qui est adoré avec la plus grande humilité par les anges et qui partage la toute-puissance immortelle de Dieu. C'est dans le sang d'une telle personne que nous plongeons nos lèvres. Hélas ! que n'a-t-il pas fait pour nous sauver et nous conduire à la vie éternelle ! Il a fait de nous un même corps avec lui; il nous a donné son corps à manger; et aucun de ses bienfaits ne nous inspire de crainte, ne nous détourne de notre malice, ne nous fait renoncer à nos vices ! aveuglement ! ô affreuses ténèbres ! ô atolme \notwaA. d'Vn&Rm&ibilité ! à