‹ La procession des chasses à Châlons, lundi et mardi de la PentecôteChapitre 6 sur 18 · DE LA MARNE · texte numérisé non relu

DE LA MARNE

Le texte est ici publié avec l'orthographe môme du manuscrit.

Procession des chasses.

Le jour de la Pentecôte, au lieu d'aller faire l'examen particulier à l'oratoire comme à l'ordinaire, la communeauté va à l'église pour assister à la descente de la chasse qui se l'ait à l'issiie des grâces; lesquelles étant finies, en attendant qu'on transporte la dite chasse au lieu qui lui est préparé au milieu du chœur sur la tombe de noire

fonda teur(i), et le chef qu'on pose sur une table parée, qu'on met entre le premier piller de cuivre et la chapelle de la Vierge y contigûe, on chante l'antienne : Leudomire paler^ avec alléluia à la fin; et l'oraison de S. Lumier que le révérend père Prieur dit après avoir dit : Ora pro nobis, béate pater Leudonm^e, alléluia.

Ensuite Oii chante noue, qu'on doit avoir réservé pour ce tems; car on ne dit aujourd'huy que prime après la méditation, et tierce se chante à neuf heures avec les solennités ordmaires dont l'orgue doit faire partie; il faut pour cela avoir soin d'en faire souvenir l'organiste dès la veille, sans quoi il est sujet à y manquer.

On doit mettre entre la chasse et l'aigle le plus gros des chandeliers de cuivre du sanctuaire dont le cierge doit brûler pendant le concours du peuple et le tems des offices. De côté et d'autre du chef, on met un chandelier d'argent. Le soir, à cause de l'exposition de la chasse, on chante matines solennellement comme la veille, à sept heures.

Le lundi, deuxième fête de la Pentecôte, nous partons pour la procession des chasses sur les huit heures et demie du' matin : à cinq heures précises du matin on commence la première messe; une seconde immédiatement après pendant qu'on psalmodie les trois petites heures, à la fin desquelles on chante la grande messe, sans aucune solennité, même sans orgue ; ensuite on psalmodie none, et on dit à la fin les prières qu'on a coutume de dire les autres jours après prime ou tierce. Pendant qu'on psalmodie none, et immédiatement après la grande messe, on en dit

(1) Roger II, évoque de ChAlons, fonda l'abbaye des chanoines de Toussaints vers 1043 et mourut en 1062. Son anniversaire est indiqué au calendrier des obits de cette abbaye au Tl Janvier. (Voir ledit calendrier à la suite de lOrdinaire.)

une autre basse, de manière que toutes soient dites pour le tems du départ.

L'heure étant venue, la communeauté, au son de la cloche du dortoir, s'assemble au lieu ordinaire, en surpelis seulement, sans aumusses. Quand on est descendu dans l'église, chaqu'un reçoit une baguette blanche qui lui est présentée, et va prendre au chœur sa place accoutumée, et quand tout est prêt pour la procession, le premier chantre entonne : Eocurge, que le chœur poursuit, et ajoute : alléluia à la fin. Après la répétition de ladite antienne et l'oraison que le révérend père Prieur doit dire, le chantre entonne : Veni Creator ^ dont on poursuit la première strophe à genoux. Après quoi on commence la procession, et on ménage le reste de l'hymne dont le même chantre entonne chaque strophe, de telle sorte qu'il fournisse jusqu'à la station où le clergé de la Cathédrale vient recevoir notre châsse. Auparavant que ledit clergé vienne, et dès que la châsse est posée sur la table préparée pour cela, nous chantons le répons : Leudomire pater, qui est dans les processionnaux du diocèse, avec alleluïa ; après lequel, le révérend père Prieur dit l'oraison.

Quand la Cathédrale vient recevoir notre châsse et la conduit dans l'église, nous accompagnons toujours la dite châsse de côté et d'autre, dans le même ordre et rang que nous tenions en l'accompagnant depuis chez nous; lé clergé de la Cathédrale précède la châsse, et nous marchons ensuite, faisant en sorte qu'elle soit toujours au milieu de nous.

Etant entré dans le chœur nous y prenons nos places ordinaires, ou plutôt (la confusion étant ordinairement fort grande) nous nous plaçons comme nous pouvons, toujours de notre côté pourtant.

En attendant qu'on commence la procession, on place notre châsse dans le sanctuaire, et le chef de saint Lumier

sur la table du grand autel. Quand la procession se fait, nous marchons, non plus à côté de notre chasse, mais dans notre rang ordinaire aux autres processionsd). On va d'abord à Saint-Jean(2) chercher les châsses de Saint- Memie; on entre dans ladite église, mais on ne s'y arrête pas, et on sort par la porte collatérale qui est à main droite, et on va dans la rue vis-à-vis l'église, attendre les châsses, dont le mouvement règle et détermine celui de la procession.

De Saint-Jean on va à Saint-Pierre, où on observe la même chose, excepté qu'on attend la procession dans la cour.

Au sortir de Saint-Pierre on va à Saint-Nicaise 3), et de là on s'en retourne à Saint-Eslienne. Etant entrés dans

(1' VOrdo de la Cathédrale, où les moindres détails sont si admirablement réglés, s'est bien gardé d'omettre la question difficile des préséances : il fallait éviter les conflits entre les ordres religieux convoqués aux processions générales. Voici donc Tordre réglé pari'évêque : les Frères mineurs (les Cordetiers, et plus lard encore les RécoUets) marchent les premiers; en deuxième lieu, les Frères prêcheurs; 3* les Frères de la Trinilé (Trinitaires ou Mathnrins); 4* sur le même rang, les chanoines de Saint-Etienne, de la Trinité, de Notre-Dame, de Toussaints et de Sain t-Mem mie ; les moines de Saint-Pierre ferment la procession et occupent le cinquième et dernier rang

« Maintenant, dit Dom François, bénédictin de Saint-Pierre, dans son HUUnre du diocèse de Chàlons, les religieux de ^aint-Pierre, par une convention avec le Chapitre, marchent aux processions générales collaléralement avec ceux de Saint-Ktienne les religieux y tenant la gauche, les chanoines la droite. » (Page 194.)

(2) Note marginale, avec un renvoi à ce passage :

« Car quoi qu'en chemin faisant, les châsses entrent dans l'église

» de Saint-Alpin, le clergé n'y enlre pas mais attend dans la riie le

» retour des châsses. »

i3) On remarquera l'omission de la station à Saint-Nicaise dans les anciens Ordinaires , cette station ne fut introduite que plu<« tard.

l'église nous nous tenons en rang avec les autres tandis qu'on place les châsses; la place de la nôtre est entre saint Elaphe et celle de saint Alpin, et le chef de saint Lumier, entre la chasse dudit saint et celle de saint Alpin. Le sacristain doit veiller à ce qu'on porte un pied d'estal sur lequel on a coutume de poser ledit chef.

Aujourd'hui on n'officie point à vêpres; mais cependant le révérend père Prieur, après avoir dit : Deus in adjutorium^ entonne la première antienne, et ceux qui composent la communeauté chantent les autres par ordre, comme on fait lorsqu'on chante laudes la veille des fêtes auxquelles on n'officie point à matines, et l'orgue répète lesdites antieimes à la Cm.

Autres usages qui s'observent chez nous.

(Mardi de la Pentecôte.)

Le mardi(i), troisième fête de la Pentecôte, celui des religieux de la communeauté qui a conduit la chasse de saint Lumier le jour précédent, part de chez nous, avec sa baguette, sur les huit heures et demie du matin, pour aller à la Cathédrale et reconduire notre châsse, comme la veille, lorsque la procession vient dans notre église, ce qui se fait entre neuf et dix heures. Quand on s'apperçoit qu'elle est proche, la communeauté en chappe ayant à sa tête le révérend père Prieur ou autre en qualité de célébrant, aussi en chappe, accompagné de diacre et de soù-diacre revêtus des tuniques rouges du premier ordre, précédé par les aeolythes portans chandeliers, encensoir et bénitier, et par les chantres d'office ayant leurs bâtons ; tous vont se placer auprès de la grande porte du cloître

(1) En face de ce passage on lit : « Nota qu'aujourd'huy on dit > prime, tierce et sexto tout de suite le malin, et on réserve none » (qu'on dit aussi à liasse voix) pour après la grande messe. »

qui est vis-à-vis celle de l'entrée ordinaire de la maison en dedans le cloître; le céléJDrant, diacre et soii-diacre sur une même ligne, le long de la muraille, entre la dite seconde porte du cloître et celle de la grande salle; ensuite les deux chantres d'office qui se séparent de côté et d'autre, comme aussi les autres religieux qui composent le reste de la communeauté et qui doivent avoir soin de mettre entre chaqu'un d'eux une distance raisonnable, en commençant à la porte de la grande salle, ou environ, et remontant vers l'église.

A mesure que les chasses passent, le célébrant les encense, et leur jette de Teau bénite aussi bien qu'aux chefs.

Si monsieur l'Évêqueest à la procession, lorsqu'il passe, après que toutes les châsses sont passées, ou bien s'il n'entre pas par le même endroit, mais de l'autre côté, par la grande porte de l'église, à ladite porte le célébrant lui présente le goupillon, et ensuite lui donne de l'encensCi).

Après que toutes les châsses sont passées(2), les chantres entonnent un répons du commun des confesseurs, qui commence par ces mots : Sint lumbi, qui se trouve dans les processionaux du diocèse, le chœur le poursuit avec eux jusqu'à l'entrée de notre église où nous retournons en suivant les châsses en ordre de procession. Mais dès que nous entrons dans réglise(3i, nous discontinuons de chanter

(1) Dans les anciens Ordo, on ne voit paraître i'évêque que le lundi, à l'arrivée de la Procession, pour encenser les châsses, à la porte de la Cathédrale.

{■l) Note marginale : < Il faut charger quelque personne de tenir » une cbappe toute prôte, que celui des religieux qui conduit la » châsse prend en entrant dans le cloître pour se joindre avec » les antres. »

(3) Autre note marginale : « Nota qu'aujourdhuy il ne faut mettre » le ban des chantres qu'après que les chAsses sont sorties, pen- » dant qu on chante les Kyrie, parce qu'il embarrasserait â l'entrée > et sortie des châsses. »

ledit répons, à cause du bruit de l'orgue qui joue l'entrée des chasses ; nous montons de côté et d'autre dans nos stalles ou hautes chaires, avec nos chappes, par les degrez les plus proches du jubé, et occupons les premières places, après monsieur l'Êvèque et monsieur notre Abbé (s'ils y sont), commençant par celles du fond qui sont immédiatement au dessous du jubé, et ainsi tout de suite. Quand nous sommes placés, on avertit l'organiste de cesser. Pour lors les chantres d'office qui sont devant l'aigle, chantent le verset du susdit répons, l'orgue joiie la reprise ; après quoi le révérend père Prieur qui est en sa place ordinaire, à la première stalle à main gauche, accompagné du diacre et soû-diacre, chante l'oraison des Saints qui se trouve dans le diurnal des fêtes solennelles, couvert de velours rouge. D'abord que l'oraison est dite, les chantres entonnent l'introït de la messe, que le chœur poursuit pendant que la procession sort avec les châsses, à l'exception de la nôtre qui reste en son lieu avec le chef. Quand la procession est sortie, nous quittons nos chappes, et hs laissons sur le bord des stallesd).

Les vêpres sont solennelles, comme la messe. Immédiatement après vêpres, on dit complies à basse voix seulement, et ensuite s'il fait passablement beau, et s'il ne

(1) Note marginale : « Aujourdhuy à midi, après TAngelus, on » sonne une volée de toutes les cloches, et ensuite les sonneurs » carillonnent pendant quelque tems. »

Un autre passage du Coutumier nous fait ent.îiidrv^ qu'il y avait alors 8 clocbes au moins à Toussainis : deux moyennes, quatre petites, plus « les grosses clochas. »

Cinq existaient encore au moment de la Révolution. Dans VEtat des cloches dressd par le gouvernement révolutionnaire et cjnservé aux Archives de la Marne, Toussainis figure pour cinq cloches pesant 6,832 livres. (Série L , Liasse 393 : « Argenterie et autres méfaux provenant des églises et établissements supprim»^s. » — Etats et correspondance, ans 2 et 3 de la Républlfiue )

Le jubé dont il f-st question plus haut est actupllement à Notro- Dame de l'Épine.

pleut pas, ou s'il n'y a pas un juste sujet de craindre la pluye, on porte nôtre châsse avec le chef en procession dans le ban de l'île, dans l'ordre qui suit :

Tout étant disposé, les deux chantres qui ont dû conserver leurs chappes et bâtons pendant complies, entonnent Veni creaior, dont l'orgue poursuit la première strophe seulement, le chœur étant à genoux pendant ce tems. La dite première strophe étant finie, on enlève la châsse précédée de la croix et des chandeliers portez par les acolythes. Aussitôt que la châsse est passée, les religieux qui composent la communeaulé marchent en leur rang, en surpelis et aumusses seulement, et doivent avoir soin de se tenir dans une distance raisonnable les uns des autres (par exemple de six pieds environ). Le révérend père Prieur marche à la tête, en surpelis et en étole seulement. On va faire la première station dans l'église des Dames de la Doctrine; mais le chef seul accompagné de deux acolythes portans leurs chandeliers, entre dans l'église, et est posé dans le sanctuaire au lieu qui lui est préparé devant l'autel. Pendant la station, les chantres qui sont aussi dans le sanctuaire où ils se partagent de côté et d'autre, chantent l'antienne : Regina cœli lœtarey comme nous avons coutume de la chanter aux petits saints des samedis du tems paschal ; le célébrant dit le verset et l'oraison convenable, après quoi on continue la procession. Les chantres continuent l'intonation des strophes de l'hymne Veni creator, et doivent les distribuer de telle sorte qu'ils entretiennent jusqu'à ce qu'on soit arrivé à l'église de Saint-Nicolas où l'on va immédiatement après être sorti de celle de la Doctrine.

Lorsqu'on est proche Saint-Nicolas, le révérend père Curé se détache et va attendre à la grande porte de son église la châsse à laquelle il rend les honneurs accoutumés, aussi bien qu'au chef. La châsse étant entrée, et le chef posé dans le sanctuaire, les chantres, pour la station,

entonnent l'antienne Sacerdos et Pontifex^ que le chœur poursuit; le révérend père Prieur dit Toraison de saint Nicolas, après quoi on continue la procession.

En sortant, les chantres entonnent l'hymne Iste confessor sur le chant de l'hymne Ut queant Iaxis; il faut le faire durer jusqu'à la pause qu'on fait devant la maison abbatiale. Pour lors on chante l'antienne Leudo^nire paterii). Pendant ce tems, le révérend père Prieur se détache et va se disposer à recevoir la châsse à l'entrée de nôtre église avec les cérémonies accoutumées. Les chantres en entrant dans l'église entonnent Te Deum, que l'orgue poursuit avec le chœur pendant qu'on remonte la châsse, après quoi le révérend père Prieur chante l'oraison de saint Lumier, et on se retire.

(1) Toutes ces indications des morceaux liturgiques donnent une date à ce cérémonial de TousAaints : il est antérieur à la malheureuse réforme liturgique, inaugurée à châlons par l'évêque de -Ghoiseul-Beaupré en 1736. Tous les chants marqués au cérémonial de Toussaints appartiennent à notre vieille liturgie Châlonnaise.

OEDIMBIUM SEQ USUS ECCLESIE COLLEOIATE BEATE ' MABIE IN TALUBUS CATHALATJIŒIÎSIS,

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