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En terminant, il s’est élevé avec chaleur contre les adversaires du Traité, aux Etats-Unis — presque tous membres de son propre parti. Rompant avec la calme allure de sa thèse juridique, il a brandi contre eux les armes du sarcasme et de ‘indignation; il les a accusés de vouloir réduire la république américaine au rang de “limbe pour enfants morts-nés et adultes irresponsables.” Le compte rendu note que sa péroraison a été “bruyamment applaudie” (greeted with loud cheers). DécidCment, ces magistrats et ces avocats, vieux et jeunes, sont pétulants et même étourdis. Au lieu de s’esclaffer sur une tirade d’un goût douteux, qui n’avancera en rien les affaires de la Ligue aux Etats-Unis ou ailleurs, ils auraient mieux fait de | rer leur sang-froid et de rattraper leur esprit juridique —their judicial mind, comme ils disent volontiers Le épater les badauds — afin de méditer sur une ou deux phrases topiques, qui marquent à merveille comment les partisans les plus ardents de - aux Etats-Unis, entendent que leur pays Re exercer sa part ile responsabilité, s’il entre dans cette alère.
g Après avoir défini la partie prescriptive où punitive du traité, M. Taft ajoute : “Ceci est laissé à la conscience et à la bonne foi des membres de la Ligue. La force de la Ligue des Nations doit, pour être efficace, dépendre de l'esprit de coopération een en assurera le fonctionnement.” — Autrement dit, si tout le monde ne marche pas, personne ne marchera. — Puis, après avoir démontré ou tenté de démontrer que l’adhésion des Etats-Unis à la Ligue n’entraînerait aucune atteinte à leur souveraineté nationale, il ajoute : “L'élément (essentiel) de la souveraineté, c’est le pouvoir de rompre un traité aussi bien que de le conclure... Il n’y a rien dans les engagements stipulés par les conventions de la Ligue qui entame le ouvoir discrétionnaire du Congrès de déclarer la guerre ou e boycott universel” En d’autres termes, même s'ils adhèrent à la Ligue, les Etats-Unis se réservent le droit de... s’en moquer. Et nunc erudimini, gentes.... et vous aussi, messieurs les juges et avocats.
Si telle est la pensée du plus conservateur des Américains, homme d’Etat et juriste de haute envergure, partisan déclaré de la Ligue et, généralement, de l’entrée des Etats-Unis dans le concert des nations, que faut-il attendre des jingos, des fire-eaters, des shirt-sleeve diplomats, ou encore des tenants de la pure doctrine de Monroe ?
Ce que M. Taft a voulu dire
Mais, dira-t-on, en quoi la dissertation juridique de M, Taft, et même ses apartés sur la situation politique, répondent-ils aux avances formulées par le gouverneur-général, par le président du Barreau et — nous le verrons plus loin — par l’am-
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bassadeur d’Angleterre à Washington ? A qui s’est donné la peine de suivre d’un peu près les tortucuses évolutions de la fameuse Ligue, depuis sa naissance, la réponse est facile. La Ligue est apparemment d'invention américaine; mais les Anglais ont été les seuls à comprendre tout le parti qu’ils en pouvaient tirer. L'histoire révélerait, plus tard, qu’elle a été inventée à Londres et brevetée à Washington, afin d'en mieux déguiser l’origine, qu’il n’en faudrait pas être autrement surpris. Ce serait la répétition de l’histoire de la doctrine dite “de Monroe”, couvée à Londres, sous l'aile de Georges Canñing, et si péniblement imposée à son père putatif par Addington, ambassadeur d'Angleterre à Washington.
Pendant que les sénateurs américains, pour des motifs fort plausibles, du reste, faisaient échec au projet si cher au professeur Wilson; pendant que Clemenceau, toujours serviable à l'Angleterre, déléguait au Conseil de la Ligue ce vieux pompier de Bourgeois et quelques personnages incolores, le gouvernement britannique s’emparait de tous les postes efficaces et y plaçait des fonctionnaires fidèles et attentifs, tout prêts à commander la manoeuvre le jour où le bateau prendra la mer. N’allons pas croire que le discrédit dont la Ligue souffre en Europe, ni même l’échec qu’elle a subi à Washington, désolent beaucoup les Anglais. Au contraire, ce mépris leur permet de s’en emparer sans trop éveiller les méfiances; ces retards leur donnent le temps de la façonner à leur guise.
Qu'on note bien ceci : {a Ligue des Nations sera une machine anglaise, ou elle ne sera pas.
D’autre part, les Anglais sont assez clairvoyants pour comprendre qu’ils ne peuvent, à eux seuls, constituer toute la Ligue ni toujours en tirer tous les profits. Ils sont assez beaux Joueurs pour savoir partager... ce qu’ils ne peuvent garder. Ils comprennent que, dans la Ligue ou en dehors, il leur faut au moins un associé et quelques comparses. Cet associé, il est tout désigné : les Etats-Unis. C’est celle des grandes nations Le a le moins d'intérêt à gêner l'Angleterre dans la consoli-
ation de son Empire, ancien et nouveau; c’est aussi celle dont la communauté d’origine, d’habitudes et de tendances, à maints égards, s’accommoderait le mieux des illogismes de situations et de solutions, des hypocrisies d’attitude et de langage, qui s’imposeront à la nouvelle Société des Nations, si le monde doit être rénové de façon à abattre toutes les tyrannies, sauf celle de l’Angleterre, à rompre toutes les dominations, au profit de la finance anglo-saxonne.
La réponse de M. Taft est à la fois précieuse et inquiétante pour l'Angleterre, parce qu’elle indique que si les Etats-Unis sont disposés à entrer dans le complot, ils n’entendent pas se lier les mains, soit dans la Ligue, soit en dehors de la igue. Tout dépendra des objectifs immédiats de l'entente anglo-