L'ARMÉE FRANÇAISE EN
Au mois de juillet 1870 l'armée française était composée de la façon suivante :
Infanterie de ligne . .
Voltigeurs
Grenadiers.
Zouaves
Zouaves de la garde. .
Tirail. algériens (turcos Régiment étranger . .
Chasseurs à pied . . .
Chasseurs de la garde Infanterie légère d'Afrique (zéphyrs). . . .
Fusiliers de discipline.
Pompiers de Paris . .
Garde de Paris ....
Régiment?.
Totaux .
Bataillons.
■tm
Comp. de guerre. Compagnie de dépôt.
Les.pompiers et la garde de Paris étaient employés à l'intérieur; le régiment étranger, les zéphyrs et les disciplinaires demeuraient ordinairement en Afrique. Restaient disponibles pour une guerre européenne :
365 bataillons avec 2,201 compagnies de guerre.
Chaque compagnie, commandée par trois officiers (4 pour les turcos), pouvait être portée à ISO hommes au maximum. L'infanterie possédait ainsi des cadres pour 330,000 hommes.
La cavalerie comprenait :
Régiment?. Escadrons de guerre. Escad. de dépôt.
Cuirassiers 10 40 10
Cuirassiers de la garde .1 5 1
Carabiniers 1 5 1
Dragons 12 48 12
Dragons de la garde. . . 1 5 1
Lanciers 8 32 8
Lanciers de la garde. . . 1 5 1
Chasseurs 13 65 13
Hussards 9 45 9
Guides 1 5 1
Chasseurs d'Afrique ... 4 20 4
Spahis 3 15 3
Gendarmerie d'élite ...» 1 »
Garde de Paris 1 4 »
Cent-Gardes » 1 »
Totaux 65 296 64
Les régiments de cavalerie légère, ceux de la garde, les chasseurs d'Afrique et les spahis avaient S escadrons de guerre; les autres, 4. La garde de Paris et la gendarmerie d'élite servaient à l'intérieur; les spahis ne fournissaient hors d'Algérie
que quelques détachements. Restaient disponibles 276 escadrons, soient à 150 hommes par escadron : 41,400 cavaliers.
L'artillerie comprenait :
15 régiments à huit batteries montées, trois batteries à
pied et une de dépôt; 1 régiment à six batteries montées ; 4 régiments à sept batteries à cheval avec une batterie
de dépôt; \ régiment à six batteries à cheval.
En tout : 160 batteries de campagne et 960 pièces.
En admettant 25 hommes par pièce et 150 par batterie, cela donne environ 24,000 artilleurs.
La batterie compte parfois plus, souvent moins de 25 hommes par pièce. En fait 90 et même 80 hommes suffisent à traîner et à servir 6 pièces de canon ; et sur le champ de bataille 6 pièces servies par 90 hommes produiront plus d'effet que 5 pièces servies par 120 hommes. C'est donc le nombre des bouches à feu plutôt que celui des hommes, qu'il importe de connaître. Le chiffre de 25 hommes par pièce n'est adopté ici que comme approximatif et pour la commodité des calculs.
De l'artillerie dépendaient encore : un régiment de pontonniers à 14 compagnies et 2,500 hommes;
10 compagnies d'ouvriers, 6 d'artificiers, 1 d'armuriers, deuxrégiments du train d'artillerie à 16 compagnies chacun, et un escadron du train de la garde.
Le génie comprenait :
3 régiments à 2 bataillons de 8 compagnies dont deux de dépôt :
Soient 6 bataillons et 36 compagnies actives ou 3,400 hommes. .
Plus une compagnie d'ouvriers et deux compagnies de pionniers de discipline. Ces deux compagnies étaient considérées comme de l'infanterie.
En résumé, l'armée de campagne au grand complet aurait compris :
Infanterie. . 330000
Cavalerie. ........ 41400
Génie 5400
Artillerie , 26500
Soient 403,000 combattants avec 960 canons. A ces troupes s'ajoutait l'infanterie de marine :
4 régiments ou 12 bataillons et 72 compagnies. Ce qui portait à environ 413,000 hommes, au
maximum, le nombre de combattants que la Finance pouvait jeter hors de sa frontière en. supposant les effectifs au grand complet.
Comme armée de seconde ligne il serait resté, sans parler des troupes de dépôt :
42 batteries à pied * 6000
2 bataillons de la garde de Paris 2000
4 escadrons de la garde de Paris 600
26 légions de gendarmerie départementale. . \
1 compagnie de gendarmerie de la Seine . . > 23000
1 compagnie de gendarmes vétérans /
1. 3 étaient en Algérie. En outre, une partie des batteries à pied avaient été transformées en batteries de mitraille uses.
Plus environ 23,000 douaniers et 5,000 gardes forestiers qui, en cas de guerre, passaient sous la direction du ministre de la guerre. Les batteries à pied pouvaient immédiatement garnir les places; la garde de Paris était en état de marcher au premier signal, si on le voulait; mais les autres troupes n'étaient nullement prêtes au service de campagne.
En Algérie, il restait :
7 bataillons ou 52 compagnies actives (54) avec les pionniers de discipline ; 3 régiments ou 18 escadrons de spahis,
3 batteries à pied ;
4 compagnies de gendarmerie ; Les douaniers et les forestiers.
Soient environ 12 à 1 3,000 hommes dont 8,000 fantassins, 3,000 cavaliers et 500 artilleurs.
La garde mobile devait former 300 à 350 bataillons et 200 batteries. Mais on n'avait pas encore eu le temps de l'organiser, et il est fort douteux que le gouvernement impérial eût un bien sincère désir de voir reprendre à la nation l'habitude du maniement des armes, qu'il avait tout fait pour lui faire perdre. Armer la jeune population des grandes villes aurait été, pour l'empire, commettre un véritable suicide. Quelques bataillons seulement étaient formés : très peu étaient habillés ; aucun n'était armé. Au début d'une guerre, la garde mobile ne pouvait rendre aucun service.
La garde nationale sédentaire existait seulement dans quelques villes. Armée de fusils à percussion,
recrutée presque exclusivement parmi les classes qui pouvaient se racheter du service militaire, elle n'avait aucune expérience du maniement des armes, et pouvait à peine faire le service intérieur des places.
Pour remplir les cadres de son armée, la France, d'après la loi militaire de 1868, avecses dispositions provisoires, fournissait neuf contingents de 100,000 hommes; le service était de cinq ans dans l'armée active et de quatre ans dans la réserve.
6,000 hommes, pris sur le contingent, étaient attribués au service de la marine : restaient 94,000 hommes.
Neuf contingents de 94,000 hommes, défalcation faite des pertes quotidiennes (morts, déserteurs, condamnés, etc.), devaient donner plus de 660,000 hommes. En y ajoutant les officiers, les engagés volontaires, les étrangers, les Algériens, on aurait dû arriver au total de 700,000 hommes.
Mais la loi sur le remplacement militaire, et sur la caisse de la dotation de l'armée, avait établi qu'en payant à l'état une somme fixée par le ministre de la guerre — 2,500 francs en temps ordinaire — on était absolument exempt de tout service. L'état, en échange de la somme versée, se chargeait d'enrôler un remplaçant choisi parmi les soldats qui avaient achevé leur temps de service, et qui consentaient à se rengager, moyennant certains avantages pécuniaires. Mais par suite de l'accroissement de l'aisance générale, le nombre des rachats augmentait chaque année, et l'attraction des carrières civiles, mieux rétribuées, diminuait le nombre des renga-
gements. De là un .déficit de plus en plus grand sur les contingents, déficit qui, lorsque fut modifiée la loi sur le remplacement, se chiffrait par une quarantaine de mille hommes pour les 7 contingents qui, avant 1868, composaient l'armée française.
Les cadres de l'armée active, de l'artillerie à pied et des troupes cantonnées en Algérie pouvaient contenir 403,000 + 12,000 + 6,000 ou 421,000 des 660,000 hommes qui restaient à la disposition de FÉtat.
Le service des remontes et du recrutement, des hôpitaux et des prisons militaires, les gardes d'artillerie et du génie, les ouvriers, artificiers, armuriers, etc., les compagnies hors rang, le train d'artillerie, les équipages militaires, les musiciens, les cadres des dépôts, l'intendance, les administrations, les hommes en punition absorbaient 90,000 hommes. Il y avait toujours au moins 50,000 hommes dans les hôpitaux ou en congé de convalescence : restaient environ 100,000 hommes à verser dans les dépôts.
Mais, grâce à la coutume de ne faire partir qu'à la fin de l'année dans laquelle ils ont tiré au sort les conscrits du dernier contingent, toute une classe, c'est-à-dire plus de 90,000 hommes, n'avait pas encore été incorporée au mois de juillet et ne possédait aucune instruction militaire. En portant au chiffre de 421,000 hommes l'armée d'opération, les garnisons de l'Algérie et l'artillerie des forteresses, on aurait laissé les dépôts absolument vides.
On n'avait pas encore adopté le système de recrutement, dit régional, pour la réserve. Les conscrits
étaient, autant que possible, dispersés dans tous les corps, et les hommes de la réserve devaient aller rejoindre les régiments où ils avaient servi. On vit des Alsaciens obligés d'aller chercher en Afrique le dépôt de leur régiment, alors que leur régiment arrivait sur le Rhin. De là l'immense désordre qui signala le début de la guerre et la faiblesse des corps portés hâtivement sur la frontière, que, sous peine de perdre son prestige, le gouvernement impérial ne pouvait pas laisser entamer. Au 2 août, avantveille de Wissembourg, le 1er corps — 55 bataillons, 28 escadrons, 20 batteries et 4 ou 5 compagnies du génie — ne comptait que 37,500 hommes. Quatre jours plus tard, après l'adjonction de la division Bonnemains (16 escadrons) et de la division Conseil- Dumesnil du 7e corps (13 bataillons, 3 batteries), et défalcation faite du 87e de ligne laissé à Strasbourg, d'un bataillon détaché à Haguenau et des pertes subies à Wissembourg, le 1er corps ne présentait sur le champ de bataille de Reischoffen que 44 à 45,000 combattants.
La lenteur de la mobilisation ne fut pas une des moindres causes de nos désastres. Puisse une trop grande précipitation ne pas produire de semblables effets quand la France aura de nouveau l'Allemagne à combattre !