L'ARMEE FRANÇAISE EN
Telles étaient les forces de la France en juillet 1870. Examinons l'armée française à la fin de 1879, nous verrons ce que l'on a fait. L'étude de l' arméeallemande nous montrera ce qui reste à faire.
D'après la loi du 27 juillet 1872, tout Français doit, non pas comme on le dit improprement servir, mais défendre la patrie. On la sert en exerçant le métier qui fait vivre, et par lequel on espère arriver à la fortune; pour la défendre, il faut être prêt à tout sacrifier et à mourir.
Donc tout Français valide — hormis les professeurs et les prêtres — doit passer cinq ans dans l'armée active, quatre dans la réserve, cinq dans l'armée territoriale et six dans la réserve de l'armée territoriale. *
On essaye en ce moment de réduire à trois ans la durée du service actif, ce qui portera la durée du service dans la réserve à six ans, ou plutôt à cinq et demi environ, à cause du retard que l'on met à incorporer les conscrits.
Quoi qu'il en soit, neuf classes forment l'armée active, et onze l'armée territoriale.
La France contient, d'après le dernier recensement, 36,900,000 habitants, dont 860,000 étrangers.
Chaque année 300,000 jeunes gens environ1 se présentent à la conscription : 40,000 sont impropres à tout service militaire ; 25 à 30,000 ne sont bons qu'à des services auxiliaires ; 7 à 8,000 sont, sous des prétextes plus ou moins spécieux, dispensés de défendre leur patrie. Restent 220,000 hommes.
70,000 sont à titre de « soutiens de famille » exemptés de tout service en temps de paix.
10,000 pourvus de titres universitaires, ou qui ont subi avec succès un examen, peuvent, en payant 1,500 francs, -ne passer qu'un an sous les drapeaux en temps de paix.
Une autre partie, dite première portion du contingent, passe sous les drapeaux cinq (maintenant trois) ans.
Le reste n'y passe qu'un an.
7,000 sont versés à la marine. Restent 140 à 143,000 hommes.
Neuf classes de 140,000 hommes donnent — défalcation faite des pertes courantes — 984,000 hommes.
Les neuf classes de « dispensés en temps de paix » donneraient 525,000 hommes, dont 400,000 au moins pourraient être incorporés.
Ces hommes, il est vrai, ne posséderaient aucune
1. Comme il s'agit ici de moyennes, on ne prend que des chiffres ronds.
instruction militaire ; mais ils passeraient par les dépôts, et seraient versés peu à peu dans les corps agguerris par une campagne déjà longue, puisqu'on aurait eu le temps d'épuiser les autres catégories du contingent.
Les officiers, les volontaires, les Algériens, les étrangers, fournissent une quarantaine de mille hommes, c'est donc plus de 1,300,000 hommes qu'on peut incorporer dans* l'armée active.
L'armée territoriale serait formée de cinq contingents qui, y compris les « dispensés en temps de paix », donnent un total de 570,000 hommes. Mais en fait de landwehr et d'armée de seconde ligne, il faut toujours s'attendre à de graves mécomptes, et il n'est guère probable que les cinq classes de l'armée territoriale pussent fournir beaucoup plus de 450,000 hommes. Quant aux 520,000 hommes qui forment les six classes de la réserve de l'armée territoriale, on pourrait considérer comme un beau résultat d'en tirer la moitié, c'est-à-dire 250 à 260,000.
En additionnant tous ces chiffres 980,000 -f- 400,000 + 450,000 + 250, 000 + 40,000 on arrive au total de 2,120,000 hommes. En outre les hommes attachés aux services auxiliaires pourraient remplir, dans les bureaux et dans les ateliers, la place qu'occupent ordinairement des hommes distraits du nombre des combattants. On le voit, ce ne sont pas les hommes qui manqueront aux cadres. Combien d'hommes pourrait-on encadrer et utiliser?
ARMÉE ACTIVE
L'infanterie compte aujourd'hui :
144 régiments de ligne » , , , , .„ . ^ 1aAA ^
, . (a 4bataill. et 2 comp. de dépôt;
4 régiments de zouaves j
3 régiments de turcos à 4 bataill. et 4 comp. de dépôt;
I régiment étranger à 4 bataillons ,
30 bataillons de chasseurs ;
3 bataillons de zéphyrs ;
4 compagnies de fusiliers et une de pionniers de disci-
pline.
Tous les bataillons ont 4 compagnies, hormis les bataillons de zéphyrs qui en ont 6. Chaque bataillon de chasseurs a une cinquième compagnie qui forme dépôt.
Sur le pied de paix voilà quel est l'effectif des différents corps d'infanterie.
Chaque régiment de ligne a 1640 hommes.
» de zouaves 2580 »
» de turcos ......... 2835 »
Le régiment étranger 2529 »
Les bataillons de chasseurs en France . . 592 »
» » en Algérie . . 672 »
Les bataillons d'infanterie légère 1380 »
Les compagnies de discipline 340 »
Si l'on retranche les officiers supérieurs, le grand et le petit état-major du régiment ou du bataillon,
les musiciens, la compagnie hors rang, l'effectif de la compagnie est en temps de paix réduit à :
85 hommes pour les régiments de ligne.
137 » )) » de zouaves.
160 » » » de turcos.
108 » » bataillons de chasseurs en France.
124 » » » » en Algérie.
Ces chiffres ont soulevé de vives critiques. Pour porter la compagnie à 250 hommes, comme dans l'armée allemande, il faudrait au moment delà mobilisation verser 165 hommes dans chacune des compagnies de ligne ; c'est-à-dire tripler d'un seul coup son effectif par l'adjonction d'une masse d'hommes inconnus aux chefs et ne les connaissant pas eux-mêmes. On verra pourquoi. Mais une telle compagnie ainsi improvisée n'offrira aucune consistance. En Allemagne la compagnie est de ISO hommes sur le pied de paix et presque partout les hommes de la réserve sont versés dans leurs anciens corps. On a proposé divers moyens de renforcer les effectifs si faibles : suppression des musiques ; suppression, en temps de paix, des compagnies de dépôt etc.
Ces mesures seraient excellentes en elles-mêmes et pourraient être prises dans tous les cas. Mais le mal n'est peut-être pas aussi grand qu'on le dit.
Sans doute, porter subitement la compagnie de 85 à 250 hommes serait une opération très critique, surtout avec le genre de recrutement en vigueur chez nous. Mais qu'on le remarque bien, aucun art
cle de loi, aucune ordonnance ministérielle n'a fixe à 230 hommes l'effectif de la compagnie de guerre. On peut ne la porter qu'à 200 hommes, et ce sera déjà une distension considérable des cadres ; 200 hommes, conduits par 4 officiers, forment un ensemble très maniable, et 200 hommes que leurs chefs ont bien dans la main, produiront plus d'effet utile que 250 hommes imparfaitement maniés. Deux cents hommes par compagnie porteront le bataillon à 800 combattants, et le régiment à 3,200 : le régiment allemand n'en contient que 3,000, répartis en trois bataillons.
En adoptant pour la compagnie ce chiffre de 200 hommes, qu'il serait peut-être imprudent de dépasser dans l'état actuel des choses, on aura pour l'infanterie les effectifs suivants :
Régiments.
Bataillons.
Compagnies
de guerre.
Ligne
Tirailleurs algériens .
Totaux. . .
Les compagnies de zouaves, de turcos et de chasseurs, plus fortes en temps de paix, pourraient être aussi plus fortes en temps de guerre. L'infanterie serait ainsi augmmentée de 6 à 7,000 combattants.
Les disciplinaires, les zéphyrs et le régiment étranger restent en Algérie.
Aux 634 bataillons de l'armée de terre il faut joindre l'infanterie de marine. Une assez grande
partie de ce corps est employée dans les colonies ; cependant on peut compter que l'infanterie de marine pourrait renforcer l'armée d'opération d'au moins 16 bons bataillons, ou 12,800 hommes, ce qui porterait à plus de 320,000 combattants la force totale de l'infanterie française1.
La cavalerie comprend :
a. Grosse cavalerie :
12 régiments de cuirassiers, bo Cavalerie de ligne :
26 régiments de dragons, c. Cavalerie légère :
20 régiments de chasseurs, 12 » de hussards,
4 » de chasseurs d'Afrique,
3 » de spahis,
Plus 8 compagnies de cavaliers de remonte.
Les régiments de spahis et ceux de chasseurs d'Afrique ont 6 escadrons, les autres régiments en ont 5, dont un de dépôt.
Les spahis demeurent en Algérie ; restent 74 régiments comprenant ;
296 escadrons, ou 300, si les chasseurs d'Afrique ne laissent en Algérie que leurs sixièmes escadrons pour former dépôt. Chaque régiment comptant sur le pied de paix 740 chevaux (930 pour les chasseurs d'Afrique), les escadrons de guerre seraient sans difficulté portés à 150 chevaux, ce qui donne 44,400 ou 45,000 cavaliers.
1. Il est question de faire passer l'infanterie de marine au mi nistère de la guerre.
Les cuirassiers sont armés de sabres droits et de revolvers.
Les hussards et les chasseurs ne diffèrent que par l'uniforme ; l'armement est le même : sabre demicourbe, revolvers et carabines. Les dragons sont exercés à combattre à pied et à cheval. Coiffés d'un casque à crinière, ils ne sont peut-être pas le corps le plus propre à ce double rôle. Mais la tradition l'attribuait aux dragons, et l'armée française n'est point la seule armée où la tradition a plus de force que le sens commun.
L'artillerie comprend 19 brigades à deux régiments.
Le premier régiment de chaque brigade, dit régiment d'artillerie divisionnaire, comprend 8 batteries montées, 3 batteries à pied, et 2 batteries montées de dépôt.
Le second régiment, dit régiment d'artillerie de corps, contient 8 batteries montées, 3 batteries à cheval et 2 batteries montées de dépôt.
En tout 57 batteries à pied : 304 batteries montées, 37 batteries à cheval, 76 batteries de dépôt. Soient 361 batteries de campagne avec 2,166 pièces et environ 35,000 hommes.
Au premier régiment de chaque brigade est attachée une compagnie du train d'artillerie, et deux au second pour le transport des munitions.
Les pontonniers, qui presque partout dépendent du génie, sont en France rattachés à l'artillerie. Ils forment deux régiments, chacun à 14 compagnies; soient environ 7,000 hommes.
Le génie comprend : 4 régiments ; chaque régiment 5 bataillons, une compagnie de dépôt, une compagnie pour le service des chemins de fer, et une compagnie dite de sapeurs-conducteurs, plus un détachement de sapeurs-conducteurs en Algérie.
En tout 20 bataillons ou 80 compagnies actives, 4 compagnies de dépôt, 4 compagnies de sapeursconducteurs et 4 compagnies pour le service des chemins de fer. Ces dernières, en temps de paix, sontréunies enun bataillon provisoire etstationnées* dans le même lieu. En les comptant, le génie présente un effectif d'environ 21,000 combattants, en admettant 2S0 hommes par compagnie.
L'armée active, s'il lui fallait demain entrer en campagne, présenterait les effectifs suivants :
Infanterie 520000
Cavalerie 45000
Artillerie avec les pontonniers 62000
Génie 21000
Total 648000
Soient 650000 combattants.