ARMÉE TERRITORIALE
L'armée territoriale est une imitation de la landwehr allemande. Aucune loi n'interdit de l'employer hors du territoire : elle doit donc, en grande partie du moins, être considérée comme une force offensive.
*2i LA PROCHAINE GUERRE
Elle compte en infanterie :
145 régiments à trois bataillons, plus une compagnie de dépôt : cela donne 435 bataillons. Les cadres et les effectifs sont ou plutôt doivent être les mêmes que ceux de l'armée active. Mais ce qui s'est passé en Prusse en 1870 nous a montré que, lorsqu'il s'agit de troupes de seconde ligne, il faut s'attendre à de graves déchets sur les effectifs réglementaires. En admettant 600 hommes par bataillon, on atteindrait au total fort respectable de 261,000 fantassins... si les cadres étaient formés.
Malheureusement ils ne le sont pas. Chaque régiment doit être commandé par un lieutenant-colonel. Tous les lieutenants-colonels ont été choisis. Mais bien des chefs de bataillon restent encore à nommer, bien des compagnies ne comptent qu'un ou deux officiers au lieu de quatre, quelques-unes même n'ont pas du tout d'officiers. Les cadres des sousofficiers sont bien moins complets encore. Il faudrait au moins deux mois d'efforts considérables pour que l'infanterie territoriale pût, en cas de guerre, rendre des services sérieux.
La cavalerie doit compter 18 régiments, chacun à quatre escadrons, deux de hussards et deux de dragons. Soient 72 escadrons et 10,800 hommes. Mais les cadres de la cavalerie ne sont pas plus sérieusement constitués que ceux de l'infanterie. Il n'y a pas lieu de s'en affliger outre mesure. La cavalerie territoriale, fût-elle organisée dans ses moindres détails, ne trouverait pas facilement des chevaux. La réquisition de toutes les bêtes de selle ou
de trait ne peut se faire chaque année en temps de manœuvres, la cavalerie territoriale ne serait donc que très ma] exercée. Même en supposant — ce qui est probable — qu'on la recrutât parmi les anciens cavaliers de l'armée active, les hommes auraient oublié la théorie et perdu l'habitude du cheval. En temps de guerre, la réquisition permanente ne fera pas aisément face aux besoins de l'armée active qui absorbera plus de 70,000 chevaux de selle et 80,000 chevaux de trait. La cavalerie de la landwehr allemande, bien qu'elle comptât M. de Bismarck au nombre de ses officiers, n'a pas beaucoup fait parler d'elle. On fut obligé, faute de chevaux, de la laisser dans les garnisons. L'annuaire militaire allemand pour 1879 ne daigne pas même mentionner les escadrons de la landwehr, bien qu'il enregistre avec soin tous les bataillons, même ceux qui n'existent encore que sur le papier. En France, on a renoncé à former les 19 escadrons d'éclaireurs volontaires, dont la création avait été formellement ordonnée par la loi de 1872. On a compris que ces éclaireurs ne seraient jamais prêts à temps en cas de mobilisation.
Donc, il faut le dire sans détour, au début d'une guerre la cavalerie territoriale ne fournirait rien, et si, après deux ou trois mois d'efforts, chaque régiment parvenait à fournir 100 ou 150 cavaliers, on pourrait considérer ce résultat comme extraordinaire.
L'artillerie forme 18 régiments, d'un nombre de batteries variable : aujourd'hui les batteries sont au nombre de 364, et si les cadres étaient formés
elles apporteraient un renfort de 55,000 hommes à la défense du pays : malheureusement elles sont bien loin d'être en état de marcher. Si leur organisation était terminée, elles ne pourraient pas pour cela être comptées comme batteries de campagne, faute de chevaux et de matériel. Si après deux mois de guerre, chaque régiment pouvait atteler deux ou trois batteries, en tout 40 ou 50, on aurait lieu de se féliciter. Les autres feraient le service de batteries de siège et de garnison, soit en France, soit sur la portion occupée du territoire ennemi.
Le génie comprend 18 bataillons à 2, 3 ou 4 compagnies; en tout 51 compagnies : 12,800 hommes d'après la loi, et 8 à 9,000 en réalité, si les cadres étaient formés.
Le train des équipages doit compter 18 escadrons : cadres et matériel sont encore à créer.
En résumé Farinée territoriale doit compter :
En infanterie 435 bataillons et 433000 hommes.
En cavalerie 72 escadrons et 10800 »
En artillerie 364 batteries et 55000 »
En troupes du génie. 51 compagnies et 12800 »
C'est-à-dire 513,600 combattants. Elle pourrait difficilement en mettre plus de 330,000 en ligne, si Ton avait fait ce qu'on avait projeté de faire, et rien si la guerre éclatait le mois prochain. De 14,000 officiers qui doivent former ses cadres, près de 6,000 restent à nommer, neuf ans après le traité qui nous a ravi l'Alsace et la Lorraine. Lorsqu'on songe aux résultats obtenus par la Prusse de 1807 à 1813, au
milieu de circonstances autrement difficiles que celles où s'est trouvée notre patrie, on ne peut se défendre de ressentir un peu d'humiliation et beaucoup de tristesse. La France peut être assaillie d'un jour à l'autre, et elle n'est pas prête. Sur qui doit retomber la responsabilité de ce crime? Ce n'est pas ici le lieu de l'examiner.
Donc, si la guerre commençait demain, l'armée territoriale ne serait pas prête. Qu'aurait la France pour appuyer son armée active et pour garnir les places fortes, un peu prodiguées par le génie sur tous les points du territoire?
D'abord les dépôts des 18 corps d'armée :
a. 288 compagnies de ligne et 28 compagnies de chasseurs
à pied *.
On compte 500 hommes par compagnie de dépôt : cela donne 158,000 fantassins. Les compagnies hors rang contiennent en outre plus de 6,000 hommes.
b. 68 escadrons 2.
En admettant 200 hommes par escadron de dépôt, on aura avec les pelotons hors rang 14 à 15,000 cavaliers.
c. 76 batteries de dépôt, à 300 hommes par batterie,
22800 hommes.