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Deux de dépôt

marquée. Mais l'aspect des choses se modifie considérablement quand on arrive aux troupes de seconde ligne, à la landwehr et à l'armée territoriale.

La landwehr a sur la territoriale un incommensurable avantage : elle existe et la territoriale n'existe pas ou n'existe que sur le papier. Encore un effet de nos discordes politiques. On a pris pour règle de ne pas admettre parmi les officiers de l'armée territoriale certaines opinions. Ce qu'il était facile de prévoir arriva : les officiers manquèrent. On n'aurait pas eu trop de toute la France pour y recruter 14 à 13,000 officiers. Comme les opinions proscrites étaient justement celles de la majorité du pays; on a eu beau prendre tout ce qui se présentait de gens bien pensants, on n'a pu trouverque 9 à 10,000 officiers et, pour la plupart, quels officiers! Si l'armée territoriale existait, elle serait plus nombreuse que la landwehr. Mais celle-ci est composée d'hommes plus jeunes (27 à 32 ans) et commandée par des officiers qui n'ont pas été choisis uniquement pour leurs opinions politiques et religieuses. Ses 280 bataillons disponibles renforceraient d'environ 170,000 combattants l'armée d'opération.

Les troupes de garnison de l'Allemagne : dépôts, artillerie à pied, artillerie et génie de la landwehr dépassent en nombre (280,000 hommes) les troupes de dépôt de l'armée française augmentées de l'artillerie à pied et des compagnies mobiles de douaniers et de chasseurs forestiers : 220,000 hommes. La gendarmerie et le corps des douaniers sont à peuprès égaux des deux côtés en nombre et aussi en

qualité, puisqu'ils sont formés d'éléments analogues.

La garde nationale ayant été abolie, nous n'avons rien à comparer au landsturm allemand.

Pour monter ses escadres, la France dispose d'environ 30,000 marins, c'est-à-dire cinq fois autant que l'Allemagne : notre flotte de guerre, trois fois plus nombreuse que celle de nos rivaux, compte aussi proportionnellement plus de gros navires.

La mobilisation et la concentration de toutes ces forces exigeront 19 a 20 jours en France, 16 à 17 en Allemagne. Celle-ci doit au recrutement régional cette avance de trois ou quatre jours. C'est une première marque de sa supériorité d'organisation. En voici une autre : lorsque les armées allemandes s'avancent en pays ennemi, elles se relient à leurs bases d'opérations par un service d'étapes pour lequel existe un corps spécial d'officiers. Troupes de renfort, convois, recrues, trouvent sur leur passage des vivres prêts et des cantonnements assurés. On a songé chez nous à créer un service d'étapes, mais onl'arattaché à l'armée territoriale, c'est-à-dire qu'il est resté comme la territoriale elle-même à l'état d'embryon. D'autres services assurant les communications entre l'armée et le pays, la poste, les télégraphes sont admirablement organisés en Allemagne et fort imparfaitement en France. Chez nous la poste de campagne est aussi formaliste que la poste ordinaire; chez les Allemands tout bout de papier griffonné sur le champ de bataille, pourvu qu'il porte une adresse, arrive à destination. C'est un

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grand soulagement de pouvoir donner de ses nouvelles à ceux qu'on aime.

Une autre chose qui soutient le moral du soldat, c'est lapeïisée que, s'il est blessé, il sera vite recueilli et bien soigné. En 1870, les ambulances allemandes ont fait des merveilles. Elles ont relevé les blessés et enseveli les morts des deux partis avec une promptitude remarquable. La mortalité de l'armée allemande en temps de paix est très faible, ce qui fait le plus grand éloge de son service médical *. Le nôtre demeure bien loin en arrière, il est surtout moins bien outillé. On a augmenté le personnel, mais la nouvelle organisation n'a pas encore subi la décisive épreuve d'une campagne. Pour les ambulances, les grandes manœuvres ne remplacent pas la guerre.

Mais ce qui, bien plus que l'art médical, contribue à entretenir la santé et la bonne humeur du soldat, c'est la façon dont il est nourri. « Une seule fois j'ai souffert de la faim pendant toute la campagne », m'a dit un officier allemand. Nos officiers et surtout nos soldats n'en pourraient dire autant. On s'en est pris à l'intendance et l'on a eu raison, quoique ce ne fût pas la faute des hommes, mais le résultat du

1. Voici le chiffre moyen de la mortalité par suite de maladies dans quelques armées européennes (période 1872-74) :

Austro-Hongrie 14,40 par 1,000

Russie. . . 13,11 —

Italie 12,30 —

Belgique 9,63 —

France 8,71 —

Angleterre 8,00 —

Allemagne 7,19 —

système en vigueur. Comme l'armée, l'intendance s'est formée à l'école des guerres d'Afrique. Là, pas de grosses armées à nourrir; des régions mal peuplées, parfois même désertes ; il ne fallait donc pas songer à vivre sur le pays. Des convois portaient aux corps expéditionnaires des vivres extraits de magasins remplis d'avance. De même en Crimée : le plateau delà Chersonèse, où nos soldats passèrent .dix-huit mois, ne produisant rien, tout fut tiré de grands magasins établis sur les bords de la mer Noire, et même en France et en Angleterre. De là une centralisation excessive dans le service. Chaque intendant devait amasser tous les vivres nécessaires à une fraction considérable de troupes, puis les répartir ensuite entre les corps. Quelle perte de temps! Avec une armée en mouvement c'était une tâche impossible. Aussi en Italie, dans un pays allié, l'un des plus riches et des plus peuplés du monde, l'armée française manqua quelquefois de pain. L'intendant en chef de l'armée d'Italie mourut de fatigue à la fin de la campagne. Il avait fait tout ce qu'il avait pu *.

On a voté une loi réorganisant l'intendance d'après le type prussien. Mais comment cette loi est-elle appliquée? Durant les grandes manœuvres les vivres se sont plusieurs fois fait beaucoup attendre. Il est vrai que, comme on n'était pas en pays ennemi, l'on ne pouvait employer les moyens persuasifs dont on use à la guerre pour être obéi vite et bien. Mais, si .

1. Je n'ai pu retrouver le nom de cet homme mort au devoir, victime d'un système qui a fait tant d'autres victimes.

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chaque commune qui ne fournirait pas à l'heure dite les vivres exigés et payés, était frappée d'une amende, les retards ne viendraient plus du fait des populations.

En Allemagne le service est décentralisé. Chaque régiment a son intendance qui réquisitionne sur place tout ce dont il a besoin. Cela n'empêche pas d'avoir de grands magasins où sont, en temps de paix, accumulés des vivres, principalement des conserves de viande qui renferment une grande quantité de matières nutritives sous un volume relativement petit.

Nous avons donc encore beaucoup à apprendre de l'Allemagne pour la vaincre. Dans l'état actuel des choses, il ne faut pas songer à une guerre offensive. Mais aidée par les dépôts, parles troupes locales (douaniers, gendarmes, forestiers), appuyée sur les places fortes, grossie de semaine en semaine par les bataillons territoriaux qu'on se déciderait sans doute à finir d'organiser, notre armée active, malgré ce qui lui manque, est en état de repousser une invasion, à la condition, toutefois, d'être passablement commandée , c'est-à-dire infiniment mieux qu'au début de la dernière guerre.

Le commandement est l'âme des armées ; nulle part on ne peut dire plus justement qu'à la guerre : Mens agitât molem.

L'armée est l'instrument, le général est l'ouvrier; le grand capitaine est un artiste. Jamais mauvais ouvrier ne trouva bon outil, tandis que l'artisan habile tire souvent parti d'un instrument défectueux.

Dans une guerre entre deux peuples à peu près égaux en nombre, en richesses, en civilisation, le talent des généraux fait toute la différence. On ne peut donc avoir une idée juste des forces en présence si l'on ignore ce que valent les généraux français et les généraux allemands.

Mais comment le savoir? De ceux qui en 1870 jouèrent un rôle important, beaucoup ont disparu. De ceux qui les ont remplacés, beaucoup, surtout en France, n'ont paru sur les champs de bataille qu'à la tête de brigades ou même de régiments. D'ici à la prochaine guerre les états-majors subiront encore d'autres modifications. Il y a donc, il y aura toujours là de redoutables inconnues.

Dire ce qu'ont fait les généraux qui commandent aujourd'hui est la seule chose possible et raisonnable ; c'est ce que je vais essayer de faire en commençant par les chefs ennemis.

La grandeur des victoires est proportionnelle au talent des vainqueurs ou à l'ineptie des vaincus. Quelle qu'ait été l'immensité de ses triomphes, l'Allemagne n'a pas eu dans ce siècle un grand homme de guerre. C'est là un fait cruel pour notre orgueil; mais fermer les yeux à la vérité ne sert à rien, sinon à préparer de nouveaux désastres. Si nous en avons éprouvé, c'est que nos généraux ne

valaient pas à beaucoup près les généraux ennemis. N'invoquons pas non plus l'inégalité du nombre, ce n'est pas toujours une excuse. Quand on est trop faible, on ne se dissémine pas tout le long des frontières ; quand on est trop faible, on ne reste pas comme à Reischofîen à portée d'un ennemi qu'on sait, ou du moins qu'on doit savoir" plus fort que soi ! ; quand on est trop faible on ne va pas, comme à Sedan, se jeter dans la gueule du loup. Le nombre d'ailleurs, les Allemands ne l'ont pas toujours eu pour eux. A Spickeren, la supériorité numérique de l'ennemi n'est pas chose démontrée. A Mars-laïour, le 16 août, ils étaient un contre deux. On les repoussa et ce fut tout. L'armée de Metz qui comptait encore 140, 000 combattants après Gravelotte fut bloquée soixante-dix jours par 210,000 Allemands dispersés sur une circonférence de 70 kilomètres ; 250, 000 hommes bloquèrent Paris qui en contenait 500, 000. Non, ce n'est pas faute d'hommes que sont tombés Bazaine et Trochu.

Il faut donc le re.dire et bien haut, les désastres de Sedan, de Metz, de Paris, de l'Est, ont eu pour cause non pas le génie allemand, mais bien l'incapacité française. On a vu des généraux aussi mau-

1. On savait que l'année concentrée dans la Bavière rhénane était commandée par le prince royal de Prusse. On savait qu'en 1806 ce même prince avait eu sous ses ordres plus de cent mille hommes. Il ne fallait pas de grauds efforts d'iutelligence pour deviuer que, les forces de la Prusse ayant presque doublé, le fils du roi devait, en 1870, commander une armée au moins aussi considérable qu'eu 1866. Mais demandez à M. de M tc-Mahon combien d'ouvrages il avait lus sur la guerre austro-prussienne, et sur quelle carte il avait suivi la campagne de Bohême.

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vais que MM. Canrobert, Douay, Failly, Frossard, Ladmirault, Lebœuf, Lebrun, Vinoy, mais jamais tant à la fois et dans une aussi courte période de temps. MM. Troehu, Bazaine et Bourbaki égalent ou surpassent tout ce que les temps anciens et modernes ont produit de plus étonnant, et l'avenir aura peine à comprendre comment trois pareils esprits ont pu coexister dans un même siècle et dans un même pays. Quant à Mac-Mahon, il est hors de pair, comme la marche sur Sedan est sans exemple dans l'histoire.

Cela ne veut pas dire que les généraux allemands soient sans mérite; non : seulement leurs victoires ont été hors de proportion avec leur talent. Napoléon et Annibal n'ont pas eu de triomphes plus éclatants que ceux de M. de Moltke; nul pourtant ne songerait à comparer le général prussien à Annibal ou à Napoléon.

Helmuth-Karl Bernhard fon Moltke naquit à Gnewitz dans le Mecklembourg, le 26 octobre 1800. 11 était donc septuagénaire en 1870. Les officiers allemands sont plus vieux en moyenne que les officiers français. Mûr plus tard, le Germain dure plus longtemps. On vieillit vite dans notre race. Presque tous nos grands hommes de guerre étaient illustras avant quarante ans; après soixante, bien peu d'entre eux ont ajouté quelque chose à leur gloire.

M. de Moltke est Danois d'origine (c'est un de Moltke qui représente en ce moment le Bianemark à Paris), et le futur conquérant d'Àlsen servi*

d'abord quelque temps dans l'armée danoise. Passé au service prussien en 1822, il fut attaché à l'étatmajor et envoyé en mission en Turquie. 11 y resta plusieurs années et prit part aux réformes militaires du sultan Mahmoud. En 1858, il fut mis à la tête du corps d'état-major prussien.

Mêlé à de très grands événements militaires, il est considéré par bien des gens comme un très grand stratégiste. De même Cuvier, pour s'être occupé des faunes éteintes, est un grand géologue aux yeux du gros public. Les talents stratégiques de M. de Moltke n'ont rien d'extraordinaire, mais c'est un organisateur aussi puissant peut-être que Carnot. La mobilisation partielle de l'armée prussienne en 1859 lui révéla les défauts d'une organisation militaire dont une longue paix avait détendu les ressorts. Cette leçon ne fut perdue ni pour lui, ni pour le prince Guillaume, aujourd'hui empereur d'Allemagne, et alors régent de Prusse, par suite de la démence de son frère. En 1864 l'armée reformée fut essayée contre le Danemark, et M. de Moltke traça le plan de l'invasion de sa patrie. Il devint chef d'état-major du prince Frédéric-Charles quand celui-ci remplaça Wrangel. On ne suivit pas de fort près les détails de cette guerre; on eut tort, car on aurait appris deux choses : qu'il existait en Prusse une armée redoutable et que cetle armée avait des généraux. Le passage de la Schlei (bras de mer à demi gelé, large de trois kilomètres, franchi en une seule nuit à l'insu des Danois qui gardaient les deux rives) est une opération militaire de pre-

mier ordre. Le siège de Duppel fut sagement conduit et la prise de File d'Alsen est un brillant fait d'armes.

Les manœuvres de 1866 méritent moins d'éloges, bien qu'elles aient été couronnées de succès foudroyants. Pendant que Fogel fon Falckenstein faisait dans les vallées du Wéser et du Mein son admirable campagne, Moltke dirigeait sur la Bohême trois armées qui devaient y pénétrer par trois points différents fort éloignés les uns des autres. Les deux premières venant du Nord se réunirent assez vite, mais leur jonction avec la troisième (armée de l'Oder) devait s'opérer sur un terrain occupé par plus de200, 000 Autrichiens. Que Benedeck, laissant quelques troupes devant le prince royal, se fût porté dune seule marche au-devant de Frédéric-Charles et de Bittenfeld, qui n'avaient que 126, 000 hommes, il les aurait très probablement accablés avant que l'armée de Silésie eût pu leur prêter le moindre secours. Le général autrichien ne bougea pas et fut battu. Le succès n'excuse pas M. de Moltke de s'être exposé à de si grands risques, alors qu'il aurait pu faire autrement.

En 1870 les opérations du début de la campagne furent bien conçues et assez bien conduites» Mais la marche de flanc autour de Metz était une de ces témérités énormes qui ne peuvent réussir que grâce à la stupidité de l'ennemi. La tentative était si périlleuse que la seule force des choses amena le 16 août un choc entre l'armée française en marche sur Verdun, et l'armée allemande qui voulait lui

barrer le passage. Les Prussiens au nombre de 80,000 à peine furent repoussés après cet affreux carnage1. L'armée française, exaltée par sa victoire, comptait encore le soir plus 150, 000 hommes dont une partie n'avait pas combattu. Si elle avait poussé en avant, la route de Verdun était ouverte, les Allemands rejetés au delà de la Moselle, la marche du prince royal sur Paris arrêtée. Le 17 août, Bazaine recula de deux lieues, et le 18, attaqué par toute l'armée allemande ralliée et raffermie, il fut battu et forcé de se réfugier sous les murs de Metz, derrière les forts.

Les hommes passionnés pour un art et qui l'ont beaucoup pratiqué ont toujours quelques heures d'inspiration et de génie. Un bon versificateur est poète au moins un jour. M. de Moltke eut son jour à Sedan. L'armée française venant, en face d'un ennemi supérieur en nombre, s'engouffrer dans un cul-de-sac, tout le monde — hormis un de ceux qui la commandait — aurait eu l'idée de la couper de Mezières ; ce qu'un général de talent pouvait seul concevoir, c'étaient de la tourner à la fois par ses deux ailes, et de lui couper aussi la retraite sur la Belgique. Mais une belle manœuvre ne fait pas plus un grand capitaine qu'une belle page ne fait un grand écrivain.

Le blocus de Paris, entrepris avec des forces inférieures de moitié à celles des assiégés, était une véritable folie — le mot est de Falckenstein. Mais

1. 16,000 tués ou blessés; les Français en avaient perdu 17,000.

la folie de Trochu, et la... faiblesse de ses collègues du Gouvernement provisoire donnèrent raison au vainqueur de Sadowa. En récompense de tant de services, M. de Moltke fut comblé d'honneurs et de richesses.il est , depuis 1871, l'un des neuf feld-maréchaux de l'empire allemand.

Trois autres sont plus anciens que lui : Charles, prince de Prusse et maréchal par droit de naissance depuis 1854 ; Frédéric-Guillaume, prince royal de Prusse, héritier présomptif delà couronne impériale; et Frédéric-Charles, son cousin, surnommé le Prince Rouge. Celui-ci est un vrai soldat, instruit, rigide, impitoyable. Né en 1828, il a cinquante-deux ans, et nous sommes à peu près surs de le rencontrer de nouveau sur les champs de bataille. Il fit ses premières armes en 1849 contre les corps francs du grand-duché de Bade, et consacra les loisirs d'une longue paix aux études militaires; ses écrits, ses conférences sur la manière de combattre les Français prouvent qu'il connaissait à fond les faiblesses de notre système militaire et qu'il jugeait à leur juste valeur nos généraux d'Afrique. Il commanda en Danemark une division d'abord, puis toute l'armée d'opération avec Moltke pour chef d'état-major.

Général en chef de la première armée en 1866, il traversa rapidement la Saxe orientale, franchit le Riesen-Gebirge, et, chassant devant lui le corps autrichien de Clam Gallas, vint faire sa jonction à Gitschin avec l'armée de l'Elbe qu'amenait Herwarth fon Bittenfeld. A Sadowa il attaqua le

centre de Benedeck et contint l'ennemi jusqu'à l'arrivée du prince royal.

C'est lui qui commandait en chef à Rezonville, où malgré l'infériorité de ses forces il arrêta Bazaine toute la journée. A Gravelotte il avait sous ses ordres la gauche et le centre de l'armée allemande. Il fut ensuite chargé avec sept corps de bloquer Metz, et quand Bazaine, reconnaissant que le commandement d'une armée dépassait de beaucoup ses forces, renonça aux opérations militaires pour se lancer dans des intrigues politiques, Frédéric- Charles l'amusa par des négociations jusqu'à l'épuisement de ses vivres. Alors il le fit prisonnier avec toute son armée. Après la chute de Metz il fut dirigé vers la Loire; mais au lieu d'expédier ses troupes sur Paris par les voies rapides et de là sur Orléans, il traversa obliquement le bassin de la Seine et n'arriva que le 17 novembre à Fontainebleau. Malheureusement d'Aurelle, après sa victoire de Coulmiers, ne profita pas de ce retard, dont la seule explication plausible est que l'état-major allemand ne croyait pas à l'existence, ni surtout à l'efficacité de nos régiments improvisés. Ralliant fonder Tann et Mecklembourg avec trois corps d'armée, Frédéric- Charles escarmoucha d'abord avec notre aile droite; puis voyant qu'elle restait isolée, il se jeta sur notre centre, l'enfonça, coupa en deux notre armée et se mit à la poursuite de l'aile gauche. Mais il rencontra un rude adversaire dans Chanzy, qui lui tint tête pendant un mois de combats presque quotidiens. Obligé de laisser reposer ses troupes harassées,

il se remit en marche le 7 janvier, et, renouvelant la faute de fon Moltke àSadowa, il poussa sur le Mans deux colonnes convergentes venant Tune de Vendôme, l'autre de Notent. Il aurait payé cher cette fantaisie, si les troupes de Chanzy avaient été en état de marcher ; mais c'était beaucoup de les maintenir en place. La paix lui évita le danger d'une campagne dans le massif montagneux du centre de la France. Le feld-maréchal Frédéric-Charles est inspecteur des vu6, viiie,xe,xme corps allemands. Dans sa campagne sur la Loire, il avait été secondé par Frédéric, grand-duc régnant de Mecklembourg *, beau-frère de M. le duc d'Aumale, oncle de M. le duc de Chartres et de M. le comte de Paris. Avec un corps nouvellement formé, Mecklembourg prit Toul, Laon, Soissons. Ensuite il commanda la droite de l'armée de Frédéric-Charles et prit part à la bataille du Mans. Le tzar Alexandre, qui l'avait décoré de la croix de Saint-Georges après le bombardement de Soissons, le félicita « des grandes qualités militaires dont il avait fait preuve pendant la guerre de France » . L'empereur Guillaume le nomma inspecteur général, etl'éleva en 1873 au grade de feld-maréchal en même temps que le comte fon Manteuffel.

Celui-ci, ami particulier de l'empereur, est un des mauvais généraux allemands. En 1866 il servit sous Falckenstein, auquel il succéda dans le commandement de l'armée du Mein. On put alors apprécier

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