‹ La prochaine guerreChapitre 43 sur 81 · Né en · texte numérisé non relu

Né en

facilement la différence entre un bon général et un bon courtisan. De son prédécesseur Manteuffel n'imita que les exactions, et l'armistice de Nikolsbourg vint fort à propos le dispenser de donner preuves d'incapacité. En 1870, il prit part, à la tête du ier corps aux batailles sous Metz. 11 fut ensuite nommé chef de la première armée à laplace de Stemmetz, vieux soldat de 1 8 1 3, général àla Blùcher, marchant toujours au canon et lançant impétueusement ses bataillons dans la mêlée d'où ils sortaient vainqueursou écrasés. Ala têteduieretduvme corps, Manteuffel marcha sur Amiens, et, quoique très supérieur en nombre et surtout en artillerie, il eut beaucoup de peine à triompher, le 27 novembre, du général Farre, qu'il ne poursuivit pas. Rappelé de Rouen, qu'il avait occupé, par l'apparition inattendue de Faidherbe sur la Somme, il ne put, à Pont-Noyelles, dans une bataille de deux jours, ébranler l'armée du Nord. On lui donna alors le commandement des corps détachés de Paris pour prendre en flanc l'armée de Bourbaki. Quand il arriva, nos malheureuses troupes, aussi mal conduites qu'à Sedan et à Metz, avaient déjà été battues par fon Werder, et se reposaient sur la foi de l'armistice dont elles ne se savaient pas exceptées. J. Favre, au milieu de ses larmes, avait négligé de leur faire connaître ce détail insignifiant. Manteuffel les poussa en Suisse , ramassa des traînards, mais laissa échapper des corps assez importants. Après la guerre il commanda les troupes d'occupation en France. Il est aujourd'hui gouverneur de l'Alsace-Lorraine et porte allègre-

ment ses soixante et onze ans. Puisse-t-il avoir un commandement dans la prochaine guerre !

Le prince Frédéric des Pays-Bas est aussi maréchal prussien, mais maréchal honoraire. Un autre prince, Auguste de Wurtemberg, commande depuis plus de quinze ans la garde prussienne. Chose digne de remarque, la garde royale faisait partie en 1866 de l'armée de Silésie où ne se trouvait pas le roi. Elle et son chef se couvrirent de gloire dans cette campagne. Deux fois, en marchant jour et nuit, elle dégagea deux autres corps compromis. A Sadowa, elle décida la victoire. Un de ses généraux de division, Hiller, apercevant un vide dans la ligne de bataille autrichienne, s'y précipita et vint occuper le village de Chlum, derrière le centre de l'ennemi stupéfait, pris à revers, écrasé par les canons de ses propres redoutes. Isolée au milieu de l'armée autrichienne, assaillie par toutes les réserves de Benedeck, la division se maintint dans le village. Hiller fut tué, mais la bataille était gagnée. A Gravelotte la garde impatiente s'entassa dans un vallon au pied des hauteurs de Saint-Privat qu'occupait le 6e corps français, elle y perdit 6,000 hommes en vingt minutes. A Sedan, elle forma l'extrême droite de l'armée allemande et coupa aux Français la route de Bouillon. Pendant le reste de la campagne elle ne fut sérieusement engagée qu'à la seconde affaire du Bourget.

Je ne parlerai pas du vieux maréchal Herwarth fon Bittenfeld, qui exécuta en 1864 le fameux passage de la Schlei et commanda l'armée de l'Elbe

en 1866. Il a quitté le service actif. Ont également disparu de la scène, Steinmetz, Falckenstein, Werder, qui prit Strasbourg et battit Bourbaki, et Foigt- Rhetz, qui h la bataille du Mans décida la victoire en enlevant, par une attaque de nuit, la position du Tertre-Rouge.

Quand Moltke prendra sa retraite, il aura probablement pour successeur le génération Blumenthal, commandant du iv° corps. Blumenthal fut le chef d'état-major du prince royal, et commanda de fait la troisième armée à ReischofFen, à Sedan et devant Paris. C'est un homme de guerre fort instruit et ayant plus d'acquis que de talent naturel.

Le ier corps a pour chef fonBarnekow qui, à la tête d'une division du vme corps, combattit sous Metz, à Amiens, à Pont-Noyelles, prit Péronne, et, à Saint- Quentin, commanda l'aile droite de l'armée allemande.

Le général fon Kirchbach commande le ve corps. A Sadowa, il se distingua comme divisionnaire. Promu général le 4 août 1870, il engagea le 6 la bataille de Reischoffen avec le vc corps soutenu par le xie et par le ne corps bavarois. Quand, à midi un quart, Blumenthal se décida à soutenir les troupes engagées, Wœrth était pris, et les Français réduits à la défensive. Lorsque l'avant-garde du ior corps bavarois, et une brigade de cavalerie wurtembergeoise, parurent sur le champ de bataille, l'affaire était décidée. Dans la marche enveloppante de Sedan, le ve corps placé presque à l'extrême gauche de la troisième armée eut beaucoup de chemin à faire pour

arriver en ligne. Le 1er septembre, après avoir marché une partie de la nuit, il déborda la droite du 78 corps français et donna la main sur la route de Bouillon à la garde, qui arrivait en sens opposé, complétant ainsi le cercle qui enserrait l'armée française. Placé en avant de Versailles, durant le siège de Paris, Kirchbach soutint presque seul le combat de Buzenval.

A la tête du vin0 corps est fon Gœben, un des meilleurs généraux de l'Allemagne. Il fit l'apprentissage des armes en Espagne, durant la première guerre carliste (1833-40). Quoiqu'il eût acquis le grade de colonel, il rentra dans l'armée prussienne comme simple lieutenant. En 1864 il commanda une brigade en Danemark, et en 1866, une division de l'armée du Mein sous Falckenstein. Les talents qu'il déploya dans cette campagne lui valurent le commandement du vin6 corps. Il contribua puissamment au gain de la bataille de Spickeren, combattit à Gravelotte, Amiens, Pont-Noyelles et devint, après le départ de ManteufTel, chef de la première armée. Il rencontra enfin un adversaire digne de lui dans le général Faidherbe, qui le battit à Bapaume, et qu'il battit à Saint-Quentin. Ce fut la première fois depuis longtemps qu'on vit engagés l'un contre l'autre deux généraux manœuvriers sachant bien tous deux ce qu'ils voulaient, et ne se jetant pas l'un sur l'autre par hasard.

Albrecht de Prusse *, chef du xe corps, comman-

Page 1