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Né en

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comme volontaire dans l'armée du Schleswig- Holstein, soulevé contre le Danemark par les aristocrates allemands. Devenu chef d'état-major général, il acquit, malgré la défaite de son parti, la . réputation d'un manœuvrier savant et hardi. Placé en 1866 à la tète des forces de l'Allemagne du Sud, il ne trouva rien de prêt et ne put tenir contre le redoutable Falckenstein. Il fut même blessé au combat de Kissingen.

En 1870, il prit avec le icp corps bavarois une faible part à la bataille.de Reischoffen. Il surprit et mit en déroute, à Beaumont, le 5° corps français (de Failly). Le matin de Sedan, il attaqua de front avec trois divisions bavaroises notre 12e corps retranché dans le village de Bazeilles, et assailli d'un autre côté par le iv° corps allemand. Une partie des habitants du village accusés d'avoir pris part à lalutte, furent massacrés après le combat. Envoyé vers la Loire pour couvrir le siège de Paris, Tann balaya les détachements de Polhès et de Lamotterouge et occupa Orléans, tandis que son lieutenant fon Wittich brûlait Châteaudun. Forcé de reculer à l'approche dNu général d'Aurelle, il prit à Coulmiers une bonne position et, avec 25,000 hommes, résista toute la journée à 50,000. Vaincu, il se retira sur Etampes, où le rejoignit Mecklembourg et plus tard Frédéric- Charles. Battu le 1er décembre à Patay, par Chanzy, il prît sa revanche le lendemain et fit le reste de la campagne de l'Ouest sous les ordres du « Prince Rouge ». On doit dire qu'il a décliné la responsabilité des massacres de Bazeilles, et qu'il s'est efforcé

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d'en atténuer l'importance aux yeux du public. Au-dessus de tous ces généraux, de tous ces maréchaux, de tous ces princes, domine un homme qui semble d'un autre âge, le vieux roi de Prusse, empereur d'Allemagne, Guillaume Ier dit le victorieux. Comme Charles VII de France, il pourrait joindre à ce surnom celui de « bien servi ». Mais ses serviteurs c'est lui qui a su les choisir, et ce qui est plus difficile, les garder et les défendre. Il est resté sourd aux cris qui s'élevaient contre son ministre dans le pays, dans sa cour, et jusque dans sa propre conscience. Il a fait plier devant les ordres de son chef d'étatmajor ses favoris, ses parents et, son fils : c'est ainsi qu'il a, pour sa large part, contribué aux triomphes de ses armées. Ce victorieux a connu l'adversité qui trempe les hommes. Deuxième fils de cette reine Louise « la mère du pays » (Landes- Mutter) que Napoléon accabla des plus ignobles outrages, il vit à neuf ans, après Iéna, sa famille fugitive et son pays envahi. Il grandit au milieu d'un peuple humilié, opprimé, préparant la revanche, mais non pas sans en parler, car les peuples oublient vite ce dont on ne leur parle pas à tout moment. En 1813, à seize ans, il fit ses premières armes contre les Français, et en 1814 il entra dans Paris qu'il devait revoir en vainqueur cinquante-six ans plus tard. De 1815 à 1848, il vécut tout occupé d'études et de projets militaires. Haï des libéraux pour ses opinions gothiques, il dut en 1848 s'enfuir de Berlin devant la révolution triomphante et se réfugia en Angleterre. Il en revint bientôt et fut mis à la

tête de l'armée qui comprima l'insurrection du pays de .Bade. Nommé au commandement militaire des provinces Rhénanes, il se mit en communication intime avec l'armée, et pendant la guerre de Crimée, il lit tout ce qu'il put pour entraîner le roi son frère à prendre parti pour la Russie. Devenu régent en 1858, il se préparait à soutenir l'Autriche contre la France, quand la paix de Villafranca coupa court, encore une fois, à ses rêves de gloire militaire. Devenu roi en 1861 , il appela auprès de lui des hommes qui partageaient ses idées, ses goûts, ses ambitions. Pendant que Bismarck préparait les voies, Roonet Moltke organisaient les moyens d'action. En vain le parlement s'oppose aux réformes militaires, le roi n'en tient compte : la Chambre des députés refuse de voter les impôts, le roi passe outre et le peuple paye. En 1866, tout était prêt, les armées et les prétextes.

ûuppel, Sadowa, Sedan, l'écrasement du Danemark, la délivrance de Venise, l'expulsion des Habsbourg de l'Allemagne et de l'Italie, l'introduction du régime constitutionnel en Autriche et du suffrage universel en Allemagne, la chute de la dynastie des Bonaparte et du pouvoir temporel des papes, le démembrement de la France, la fondation de l'empire allemand, le bouleversement des vieux systèmes militaires, tels sont les résultats du règne de Guillaume dans le passé. L'avenir en verra de plus étonnants peut-être. Né en 1797, le vainqueur de Sedan n'en sera pas témoin ; mais il a assez vécu : il a vu sa patrie vengée, il a vu l'Allemagne unie, il a vu

tomber sous ses coups et rouler dans la fange le dernier descendant de celui qui avait insulté sa mère. Le fils des vaincus d'Iéna, l'avide et dur héritier des chevaliers Teutoniques, au moment de descendre dans la tombe, peut chanter le cantique de Siméon.

Puissent les Français de ma génération avoir le même bonheur! puisse la République être aussi bien servie que le roi Guillaume! Qu'elle se garde par-dessus tout de préférer les serviteurs dévoués aux serviteurs capables ! Les généraux mamelouks ont conduit Napoléon III à Sedan : s'il avait choisi les chefs de l'armée pour leur mérite et non pour leur dévouement à « la dynastie », il n'aurait pas été battu, et « son trône » eût été consolidé par les victoires de généraux royalistes ou républicains. Les chefs militaires en France ont si peu d'initiative politique, qu'un gouvernement appuyé sur l'opinion n'a rien, absolument rien à craindre d'eux. Les batailles gagnées sous un régime républicain tourneront, quelle que soit l'opinion des généraux vainqueurs, à la gloire et au profit de la République, tandis que les défaites lui seront d'autant plus funestes que les généraux battus passeront pour être républicains.

Aux plus habiles donc le commandement, quel que soit Jeur credo. Ne renouvelons pas les fautes de 1870. Depuis lors tout le monde s'est rejeté la responsabilité de nos désastres. Les généraux ont accusé leurs soldats, et les soldats leurs généraux. L'opinion publique s'est prononcée dans le même sens que les soldats ; cela ne suffit point à faire condamner les généraux. Outre que c'est un procédé naturel et constant chez les peuples de résumer les événements par un nom propre, d'appeler la Terreur, Robespierre, et la défaite de Waterloo , Grouchy, la vanité nationale trouve son compte à incriminer ceux qui commandaient, plutôt que la nation tout entière, et à dissimuler la faiblesse de tous sous les fautes de quelques-uns. Malheureusement pour nos généraux, l'étranger, plus désintéressé que nous, et par suite plus impartial, a jugé comme le public français. En Europe, en Amérique, la réputation de nos soldats n'a pas souffert de nos défaites ; mais j'ai entendu plus d'un officier allemand me dire : « Vos soldats étaient bons, mais vos généraux, du début de la guerre, ne valaient pas le diable. »

Les faits d'ailleurs sont là avec leur irréfutable éloquence. Est-ce la faute des soldats, si les corps ont été disséminés de Thionville à Belfort? Est-ce la faute des soldats si Mac-Mahon est parti de Châlons pour Sedan? Est-ce la faute des soldats si Bazaine, après s'être laissé couper de Verduncomme un niais, est resté deux mois immobile comme un traître? Mais il y a plus : les recrues de la fin de la

guerre ne valaient certainement pas les soldats aguerris du commencement; pourtant on n'a plus vu dans la seconde partie de la campagne des désastres comparables à ceux qui en avaient marqué le début. On essuya des revers, mais les armées nouvelles avaient à leur tète de vrais généraux, des hommes qui, ne pensant point que « la stratégie ça n'existe pas », savaient livrer bataille dans des conditions telles que la défaite ne se transformait pas nécessairement en désastre. Des désastres, on en a subi deux encore après la chute de Metz : c'est sur les deux points où l'on avait conservé ou replacé deux généraux du commencement de la guerre, M. Trochu et M. Bourbaki1.

Donc la cause est entendue, ce sont les généraux qui ont failli. Heureusement bon nombre d'entre eux ne sont plus là. Le mépris public a fait justice des uns ; le temps, plus fort que l'esprit de parti, en a éliminé d'autres. On avait pourtant bien fait pour les conserver tout ce qui était possible. La limite d'âge reculée avait permis de garder deux ou trois ans de plus quelques-uns de ces vieillards aussi décrépits de corps qu'infirmes d'esprit. Eux à la tête de l'armée, une nouvelle invasion était fatale en cas de guerre ; mais leur présence semblait donner une légère apparence de possibilité à la réalisation de certains rêves politiques,.

1. Ce dernier, qu'on aurait dû fusiller à son retour de Londres, — voir le code militaire, — fat employé sur les recommandations pressantes et réitérées de M. Trochu, qui écrivit sur lui celte phrase véritablement prophétique : Bourbaki sauvera la province comme nous sauverons Paris.

En 1880, dix ans après Sedan, nous en sommes, sous le rapport du commandement, à peu près où nous aurions dû en être en 1872. Les généraux tant battus sont partis presque tous, et Ton peut espérer voir disparaître avant la prochaine guerre les derniers de ces peu glorieux débris. Ils auront rejoint dans la tombe ou dans la retraite les Douay, les Ladmirault, et les Frossard et les Canrobert et tant d'autres qu'il serait trop long et trop triste d'énumérer. Quels sont en ce moment les hommes qui nous conduiraient à la bataille et que peut-on attendre d'eux à en juger par ce qu'ils ont fait déjà?

Parmi les généraux que la lutte contre l'invasion a mis en lumière, deux surtout ont attiré l'attention ; ce sont MM. Faidherbe et Chanzy.

L. Faidherbe, né dans le département du Nord, en 1818, fut d'abord officier du génie. Il passa presque toute sa vie hors de France : en Algérie, à la Guadeloupe, puis de nouveau en Algérie où il prit part à plusieurs expéditions. Envoyé au Sénégal en 1852, il fut, deux ans plus tard, nommé gouverneur de cette colonie avec le grade de chef de bataillon. Sur ce théâtre restreint il déploya* des talents de premier ordre; il soumit les rives du Sénégal jusqu'aux cataractes et presque tout le littoral de l'Atlantique, des limites du Sahara à l'embouchure du rio Nunez. De hardis officiers exploraient pour lui les estuaires de la côte et les montagnes de l'intérieur, en dressaient la carte et y établissaient l'influence française, malgré la tenace opposition

des Anglais, nos voisins sur la Gambie. Le bruit de ces travaux, mêlés à des expéditions militaires presque continuelles — et parfois très remarquables — vint retentir jusqu'en France. En 1863, après onze ans de séjour sous ce climat meurtrier qui avait ruiné sa santé, Faidherbe demanda son rappel. Il était général de brigade, on l'envoya commander la subdivision de Bone, puis celle de Constantine. En novembre 1870, il fut nommé général de division et mis à la tête du 22e corps que le général Farre venait d'improviser dans la région du Nord.

Alors, chose merveilleuse, cet homme de cinquante-trois ans, qui n'avait jamais commandé que quelques centaines de soldats contre quelques milliers de nègres, se révéla tout à coup stratégiste consommé. Il prit, le 3 décembre, le commandement d'une armée qui, six jours auparavant, avait soutenu un combat fort honorable, mais malheureux contre des forces très supérieures. Dès le 8, il commença les opérations pour dégager le Havre et les côtes de Normandie, balaya tout le pays jusqu'à la Somme et vint avec trois divisions prendre position en face d'Amiens dont l'ennemi occupait la citadelle.

Tout en marchant il s'organisait : il appelait à lui une division de gardes nationaux mobilisés, distribuait ses troupes en deux corps sous les ordres des généraux Lecointe et Paulzed Ivoy, et, le 23 décembre, avec 40,000 hommes et 78 pièces, il livrait bataille à l'armée de Manteuffel à peu près près égale en nombre, mais très supérieure en artillerie et

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composée de troupes solides, bien encadrées, bien organisées, aguerries par cinq mois de campagne. Le soir, Faidherbe coucha sur le champ de bataille; le 24 l'ennemi ne renouvela pas l'attaque et le général français ramena sans être inquiété son armée derrière la Scarpe, pour y donner un peu de repos à ses soldats novices.

Le 31 décembre il se remit en campagne et marcha sur Péronne, dont les Prussiens avaient commencé le siège. Le 3 janvier, il rencontra près de Bapaume le général fon Gœben qui couvrait le siège avec 20,000 hommes. Jl le battit.

Malheureusement, sachant Péronne en état de résister longtemps, il s'arrêta. Ses troupes, hâtivement formées, mal habillées, presque sans cadres, pouvaient bien livrer une bataille, mais non profiter d'une victoire et supporter des opérations prolongées. Le 11, il apprit que le commandant Garnier, gouverneur de Péronne, avait — toutes ses défenses intactes — livré la ville à l'ennemi.

Averti qu'un grand effort se préparait dans l'Est, sur la Loire, à Paris — où cet effort se réduisit à la fausse sortie de Buzenval, — Faidherbe se porta vers la haute Somme pour attirer sur lui le plus possible des ennemis en menaçant leurs communications. Gœben accourut : les deux armées se rencontrèrent à Saint-Quentin, les Français étaient environ 40,000 avec 96 pièces, les Allemands 45,000 avec 180 canons. « Ils pourraient nous battre en deux heures, disait la veille au soir Faidherbe malade, je les contiendrai toute la jour-

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née. » Il tint parole et ne recula qu'à la nuit tombante après huit heures de combat, ne laissant aux mains de l'ennemi que quelques pièces, en batterie sur des barricades, à l'entrée de Saint-Quentin. En deux mois de marches et de combats, l'armée du Nord perdit un seul canon de campagne, abandonné dans un abreuvoir où il avait versé par accident

Après la guerre, Faidherbe épuisé demanda à être mis en disponibilité. On l'y mit et on l'y laissa ; pendant ce temps MM. Bourbaki et d'Aumale se prélassaient dans de grands commandements . Aujourd'hui la paralysie l'a saisi par les jambes. Pourra-t-il commander encore ? Un général doit sans doute être valide, mais c'est l'intelligence surtout qui gagne les batailles et l'on a vu, dans tous les temps et dans tous les pays, conserver à la tête des armées des chefs brisés par les maladies et par les blessures, quand ils avaient fait preuve de talents supérieurs. Rantzau le Danois, qui servit dans l'armée française, perdit successivement un œil, une jambe, un bras,

Et Mars ne lui laissa rien d'entier que le cœuf.

Il fut victorieux dans tous les combats qu'il livra. Un autre, qui lui aussi ne connut jamais la défaite , Jean Ziska , le chef des Hussites , devint aveugle et vainquit encore. Le plus rapide des généraux de la guerre de trente ans, fut Torstenson le paralytique, et n'avons-fious pas appris dans notre jeunesse l'histoire de Fuentès, le valeu-

reux Espagnol « qu'on voyait porté dans sa chaise et malgré ses infirmités montrer qu'une âme guerrière est maîtresse du corps qu'elle anime » ? Enfin, même aujourd'hui, ne maintient-on point en activité dans l'armée française des généraux qui ne sont pas beaucoup plus valides de corps que Faidherbe et qui pourtant n'ont dans leurs états de services rien de comparable à la campagne du Nord ?

Né en 1823 dans les Ardennes, Alfred Chanzy a cinquante-sept ans , et pourvu que la prochaine guerre ne se fasse pas trop attendre, nous l'aurons pour général en chef d'une de nos armées. Marina seize ans, artilleur à dix-huit, élève de Saint-Cyr quelques mois plus tard, sous-lieutenant de zouaves, lieutenant dans la ligne, employé dans les bureaux arabes, chef de bataillon en Italie, lieutenant-colonel en Syrie, colonel à Rome et en Afrique, il devint général de brigade en 1868.

Placé, le 22 octobre 1870, à la tête d'une division dans l'armée de la Loire, il fut le 2 novembre promu au commandement du 16e corps.

Deux de ses divisions formaient à Coulmiers l'aile gauche de l'armée française. L'une (Barry) enleva Coulmiers, clef des positions allemandes, l'autre (Jauréguiberry) emporta les villages de Champs et d'Ormeteau, qui couvraient la droite de l'ennemi. Voyant sa ligne de retraite menacée, Tann abandonna le champ de bataille.

C'était le 9 novembre. Cinq journées de marche au plus nous séparaient des lignes prussiennes devant Paris. Deux divisions qui n'avaient pas com-

battu avaient rallié l'armée victorieuse. Chanzy pensait qu'il fallait mettre à profit l'élan des soldats pour essayer, tout au moins, d'accabler fon der Tann et Mecklembourg avant l'arrivée de Frédéric- Charles. Le général d'Aurelle ne crut pas pouvoir le tenter.

Vingt jours s'écoulèrent, et ce fut seulement le 30 novembre, que, vers l'ordre du gouvernement, on se mit en marche sur Paris, pour donner la main au général Ducrot qui devait sortir. Combiner les opérations de deux armées éloignées l'une de l'autre est une entreprise bien délicate alors même qu'elles sont en communication directe et constante; quand elles ne communiquent pas, c'est pure folie. Le succès serait un vrai miracle et la défaite est à peu près sûre. L'armée française s'ébranla, le 30 novembre. Chanzy commandait l'aile gauche forte de 6 divisions (16e et 17e corps).

Les Allemands avaient mis le temps à profit; cinq corps étaient concentrés devant nous sous les ordres de Frédéric-Charles ; Mecklembourg, avec le xine corps prussien et Tann avec le ier corps bavarois, faisaient face à Chanzy.

Le 1er décembre, le 16e corps prit l'offensive et chassa l'ennemi de Villepion ; attaqué le lendemain par toutes les troupes de Mecklembourg, mais soutenu par le 17e corps, Chanzy put conserver à peu près ses positions. Pendant ce temps l'ennemi, profitant de l'éloignement de notre aile droite, enfonça notre centre, poussa sur Orléans et coupa en deux l'armée française, L'aile gauche, très éprouvée,

dut aussi battre eu retraite. Le 5 décembre, Chanzy fut nommé commandant en chef de la deuxième armée de la Loire, qui comprit trois corps : le 16e, le 17e et le 21e nouvellement formé.

Alors commença la fameuse retraite qui fit tant d'honneur au général Chanzy. Une simple marche suffisait pour jeter un peu de désordre dans nos régiments improvisés, la marche en arrière les aurait désorganisés complètement. Le combat seul maintenait ensemble ces éléments sans cohésion. Il fallait donc combattre. L'occasion ne s'en fit pas attendre. Dès le 6, la lutte recommença. On se battit encore le 7. Le 8, à Villorceau, une attaque générale des Allemands fut repoussée sur toute la ligne. Malheureusement sur notre droite, Beaugency, évacué par ordre du gouvernement de Tours, sans que le général français en eût été prévenu, fut occupé par l'ennemi qui pénétra entre l'armée et la Loire.

Le gouvernement se transporta de Tours à Bordeaux, et Chanzy recula sur Vendôme pour se mettre à couvert derrière le Loir. Le 9 et le 10 décembre furent deux rudes journées de marche et de combat. L'illustre Bourbaki, qu'on avait commis la faute impardonnable de mettre à la tête de la première armée de la Loire, restait immobile à Bourges, malgré les pressants appels de son collègue. Ses troupes étaient en mauvais état! et celles de Chanzy, donc !

Le 13 décembre au soir, nos soldats harassés s'établirent autour de Vendôme où Chanzy voulait leur faire prendre quelque repos. Frédéric-Charles

ne lui en laissa pas le temps. Le 14, il attaqua notre gauche à Fréteval. Repoussé, il assaillit le lendemain, sans grand succès, toutes nos positions. Mais Chanzy, voyant se dessiner un mouvement tournant sur sa droite, abandonna la ligne du Loir et se mit en retraite sur le Mans.

Cette marche rétrograde de quatre jours fut la plus rude de cette rude campagne. Le temps était affreux, les chemins épouvantables; les voitures et les canons s'embourbaient dans les fondrières; les hommes avançaient péniblement dans la boue et couchaient dans la neige ; la variole décimait nos bataillons ; les coureurs ennemis sabraient les traînards. Chanzy était à F arrière-garde, donnant des ordres, prodiguant les conseils, faisant passer dans tous un peu de son indomptable ténacité. La plupart des généraux, surtout Jaurès et Jauréguiberry, àforce d'habileté et d'énergie, maintenaient quelque apparence d'ordre dans cette effroyable débandade. Au milieu de ces dures épreuves, Chanzy, en véritable homme de guerre, n'accuse ni ses soldats, ni les services administratifs , ni les populations , laissant aux Bazaine et aux Ducrot ces récriminations sans dignité. Il écrivait à Bourbaki : « Nous luttons depuis onze jours, aidez-nous un peu par un mouvement sur Orléans. Nous avons sur les bras Frédéric- Charles, il ne peut rester que peu de monde devant vous. » Et Bourbaki ne bougeait pas.

Enfin, le 19 décembre, l'armée atteignit le Mans et prit position sur des hauteurs à l'est et au nord de la ville. Les Allemands épuisés avaient cessé toute

poursuite. Le général Chanzy profita de ce répit pour faire reposer ses troupes et pour les réorganiser. Cela ne lui suffit pas. Puisque l'ennemi ne paraissait point, on irait le chercher. Dès le 23, deux colonnes mobiles furent lancées en avant, et jusqu'au 7 janvier elles battirent le pays, refoulant les avantgardes allemandes et poussant des pointes audacieuses jusqu'auprès de Vendôme, où Frédéric- Charles avait son quartier général. Pendant ce temps l'armée française se raffermissait, les renforts arrivaient, et comprenant que pour Paris assiégé depuis quatre mois le moment critique était venu, Chanzy se préparait à un vigoureux effort.

Le 7 janvier Frédéric-Charles reprit l'offensive. Suivant une routine dont les Prussiens ne se corrigeront pas avant d'avoir reçu quelque bonne leçon, il fit avancer son armée par deux routes convergentes ; lui-même marcha droit de Vendôme sur le Mans, tandis que Mecklembourg descendait la vallée de l'Huisne. Si Chanzy avait eu les bataillons livrés par Bazaine, M. de Moltke ne passerait pas aujourd'hui pour un si grand général ! Malheureusement la deuxième armée de la Loire n'était pas en état de manœuvrer.

Les Prussiens s'avancèrent en bataillant contre les colonnes mobiles qui disputèrent le terrain avec acharnement. Le 10 janvier les deux armées étaient en présence. Le 11, la bataille commença dès le matin et le canon tonna sur une ligne de 20 kilomètres. Jaurès à gauche, Jauréguiberry à droite, repoussèrent toutes les attaques. Une seule position

importante au centre, le plateau d'Auvours, un moment perdu, fut vaillamment repris par le général Gougeard.

A la nuit l'ennemi recula. Les Français se crurent victorieux. Mais, vers huit heures, le xe corps allemand, profitant de l'obscurité, attaqua brusquement la Tuilerie, clef de toutes nos positions, et que gardait une brigade de mobilisés bretons. Assaillies à l'improviste, ces troupes peu solides lâchèrent pied et jetèrent le désordre dans notre centre et dans notre aile droite. Jauréguiberry fit des efforts surhumains pour rallier ses soldats et reprendre la Tuilerie. Tout fut inutile, et Chanzy frémissant de rage dut reculer encore une fois.

Le 21e corps couvrit la retraite et contint l'ennemi. On se battit sans interruption le 12 dans les rues du Mans et sur les bords de la Sarthe, le 14 à Longue et à Chassillé, le 15 à Sillé-le-Guillaume où les Allemands furent repoussés par l'amiral Jaurès, et à Saint- Jean-sur-Erve où Jauréguiberry, qui avait remis un peu d'ordre dans le 16e corps, arrêta l'ennemi jusqu'à la nuit close. Le 17, l'ar~ mée atteignit Laval et prit position derrière la Mayenne. Le 18, une colonne prussienne, qui venait reconnaître nos positions, fut battue à Saint- Mélaine.

Ce fut le dernier combat sérieux de la campagne. Dix jours plus tard on apprit la reddition de Paris et l'armistice. Depuis le 5 décembre, jour où Chanzy avait pris le commandement en chef, la deuxième armée de la Loire, outre d'innombrables engage-

ments de jour et de nuit, avait livré trois batailles et quarante-cinq combats.

Élu député par le département des Ardennes, Chanzy fut un des cent deux hommes de cœur qui refusèrent jusqu'au bout de signer le déshonneur de la France. Il avait rétabli son armée; 100,000 hommes de troupes locales défendaient l'accès de la Bretagne, et menaçaient les flancs de l'ennemi. Les 16e, 17e, 21e et 26e corps, concentrés au sud de la Vienne, comptaient 128,000 hommes et 324 canons : ils avaient à leur tête des chefs éprouvés, Jauréguiberry, Jaurès et Billot; derrière eux, les massifs du plateau central offraient en quantité de fortes positions défensives. L'Allemagne fatiguée allait avoir fort à faire, si la France ne s'abandonnait pas.

La France s'abandonna : la paix humiliante enfanta la guerre civile que nous aurai t épargnée la lutte à mort contre l'étranger. Tour à tour député, commandant du ixe corps, puis du xixeet gouverneur de l'Algérie, le général Chanzy est aujourd'hui ambassadeur à Saint-Pétersbourg. Il a été question de le nommer inspecteur d'armée honoraire.

Ce titre, emprunté à l'Allemagne et nouveau chez nous, fut conféré pour un an, à partir de février 1879, à MM. d'Aumale, Deligny et Douay.

M. Douay est mort ; paix à sa cendre. Le général Deligny commandait à Metz la lre division de la garde, qui prit part aux batailles de Rezonville et de Gravelotte. Il passe pour un officier distingué, mais il n'a jamais exercé devant l'ennemi de commandement indépendant. Il n'est donc pas possible de

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savoir au juste ce qu'il vaut. On peut seulement se demander pourquoi on l'a préféré à d'autres chefs qui, dans la dernière guerre, avaient commandé des corps d'armée.

Si l'on ne voit pas bien les motifs qui ont pu faire nommer M. le général Deligny au poste d'inspecteur, on saisit très aisément tous ceux qui auraient dû ne pas y faire élever M. le duc d'Aumale. Je ne parle, bien entendu, qu'au point de vue militaire, la carrière de ce général semblant empruntée à quelque vaudeville. Jugez plutôt. Né en 1822, il entra dans l'armée, en 1839, à dix-sept ans. On ne peut y entrer, à cet âge, que comme simple soldat, ou comme élève d'une école militaire d'où l'on ne sort souslieutenant que deux ans plus tard, soit à dix-neuf ans. Les lois sont formelles. En vertu sans doute de ce principe que tous les Français sont égaux devant la foi, M. d'Aumale fut d'emblée sous-lieutenant à dix-sept ans.

Il ne languit pas longtemps dans ce grade subalterne. La même aimée il devint lieutenant, puis capitaine, par la grâce de Dieu. En 1840 il franchit allègrement les grades de capitaine-adjudant major, de chef de bataillon et de lieutenant-colonel. En 1841, à dix-neuf ans, il était colonel. Une maladie, suivie d'un congé de convalescence, arrêta le cours de cet avancement prodigieux.

Qu'on se rassure, ce ne fut pas pour longtemps, car en 1842 il était maréchal de camp — général de brigade, comme on dit aujourd'hui. Enfin, en 1843, ce prince de vingt et un ans atteignit le plus

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haut échelon de la hiérarchie militaire et devint lieutenant général, c'est-à-dire général de division. En moins de cinq ans, y compris le congé de convalescence, il avait acquis neuf grades : c'est un séjour de cinq à six mois dans chacun d'eux.

Sous ces différents titres, il assista à plusieurs affaires contre les Arabes. Il enleva la smalah (la famille) d'Abd-el-Kader, et dirigea l'expédition contre Biskra. Ce fut là sa bataille d'Austerlitz. La Révolution de 1848 le rendit à la vie privée ; il ne prit part à aucune guerre ni en Europe, ni, en Amérique. Rentré en France, il réclama, outre beaucoup d'argent, son grade qu'on lui rendit — naturellement. Il présida gravement à la comédie du procès Bazaine, fut nommé chef du vne corps, puis inspecteur d'armée. Cela lui crée, comme on dit, des titres au commandement d'une armée d'opération — cent cinquante à deux cent mille hommes.

Une grande armée, confiée à un général qui n'a jamais vu que la guerre d'Afrique, et qui ne l'a pas vue depuis trente-cinq ans, est, selon toute probabilité, une armée perdue, c'est un cadeau fait à l'ennemi. Les malheureux qui la formeront doivent en d'avance être bien persuadés ; cela leur évitera au moins le déplaisir delà surprise. Us auront, en outre, la consolation de se dire que si on les fait égorger ainsi, c'est pour donner à « monseigneur » quelques chances de plus de renverser la constitution de leur pays.

Dans les Etats monarchiques on donne parfois des commandements à des généraux du sang. Dans ce

cas, on les flanque d'un chef d'état-major dont ils sont tenus de suivre les « avis». Mais le duc en question entend bien commander lui-même, et sans doute on s'inclinera, une fois de plus, devant son désir. Seule, une république a les moyens de dépenser une armée pour l'agrément d'une altesse.

Ce tableau serait incomplet si l'on n'ajoutait pas que cette altesse, percluse de rhumatismes, est hors d'état de faire deux lieues à pied, et pas beaucoup plus à cheval pour peu que le temps soit humide. Mais quoi! son frère M. de Joinville, sourd, et par suite admirablement impropre au service, n'est-il pas vice-amiral? Je parlais de vaudeville, c'est opérabouffe qu'il fallait dire.

Laissons ces choses tristement plaisantes et revenons à des hommes sérieux.

Après la mort de M. Douay, M. le général Aymard, gouverneur de Paris, fut nommé inspecteur d'armée. Il faut répéter de lui ce qui a élé dit de M. Deligny. Au début de la guerre, le général Aymard commandait une brigade dans le 3e corps. Promu général de division, il prit part aux grands combats autour de Metz. Mais, dans les immenses lignes de bataille d'à présent, une division est si peu de chose, qu'à moins d'avoir un commandement indépendant, un divisionnaire a peu de chances de déployer des talents stratégiques. Or, avec les masses qu'on réunit maintenant, la stratégie, c'est-à-dire l'art de conduire les armées, de les faire arriver où il faut et quand il faut, de les employer en un mot, la stratégie tient le premier

rang parmi les sciences militaires. Un stratégiste passable vaut mieux que trois bons tacticiens. Cela ne signifie pas qu'il faille dédaigner les tacticiens; nous aurions d'autant plus tort de le faire, qu'en Europe ils sont en ce moment aussi rares que les stratégistes *. Un simple divisionnaire, noyé dans une armée de deux cent mille hommes, ne peut, hors en des cas tout à fait exceptionnels, prendre l'initiative d'un grand mouvement stratégique. 11 y aurait donc imprudence à se prononcer sur la valeur d'un général qui n'a commandé une division que sous les ordres directs d'un chef de corps. Aussi, parmi les généraux qui semblent devoir exercer un commandement dans la prochaine guerre, je ne parlerai que de ceux qui ont commandé devant l'ennemi, soit un corps, soit une division agissant isolément.

Le général Faire, naguère à la tête du xive corps, était en 1870 colonel du génie et directeur des fortifications à Lille, lorsqu'il fut nommé général de brigade et chargé d'organiser la défense dans la région du Nord.

Pour cela il avait à sa disposition, en infanterie de ligne, « des effectifs assez nombreux, réunis dans les dépôts, mais sans cadres. La garde mobile se

1. La stratégie est l'art de conduire les armées avant, pendant, et après la bataille. La tactique est l'art de ranger les soldats et de leur faire employer le mieux possible leurs moyens d'attaque et de défense. Par exemple se concentrer, menacer les communications de l'ennemi, l'assaillir sur un point plutôt que suruti autre, c'est de la stratégie. Se déployer en tirailleurs ou se former en colonne, charger en ligne ou en fourrageurs, disperser ou grouper ses batteries, c'est de la tactique.

composait de bataillons d'un effectif de 1,200 à 1,300 hommes, par conséquent trop nombreux pour être maniés. En fait d'artillerie il n'existait à Lille qu'une seule batterie, encore était-elle hors d'état de marcher. Enfin le dépôt de cavalerie du 7e dragons pouvait à peine fournir quelques cavaliers d'escorte. 1 »

On était au 15 octobre. Six semaines plus tard, le 27 novembre, le général Farre se trouvait en avant d'Amiens avec 25,000 hommes et 42 canons. Attaqué par 30,000 hommes appuyés de 120 pièces, il résista neuf heures et se mit en retraite le lendemain matin sans que l'ennemi osât le poursuivre. Il faut dire aussi que les Allemands n'étaient commandés que par Manteuffel.

M. Farre remit le commandement au général Faidherbe dont il devint chef d'état-major. C'est en cette qualité qu'il fit le reste de la campagne.

Il est aujourd'hui ministre de la guerre. Avec lui arrivent au commandement les officiers de Coulmiers et de Bapaume. Ils remplacent enfin ceux de Metz et de Sedan, qui, revenus d'Allemagne et remis à la tête des troupes comme si de rien n'était, le prenaient de très haut avec tous ceux qui n'avaient pas eu comme eux l'honneur d'être faits prisonniers. C'est donc peut-être un système nouveau qui va s'inaugurer. On ne peut d'avance savoir ce qu'il vaudra, mais il sera difficilement inférieur au système suivi jusqu'à présent.

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