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— Le docteur défend que je lise.
— Alors, dit Laure, tu ne seras pas savant?
— $i, Laure!
Il appuya sa tête sur une vieille latte, et fit la culbute.
— Si, ma titite! Et je ne ressemblerai pas à M. de la Hervelette, qui est une andouille, ne le dis pas, mais papa le dit... ni à M. Castrillon, qui a des mouches dans le nez... « Tchoum ! Tchoum !... Bonjour, mââme! Alors ces petits enfants vont bien, mââme? Tchoum! Voilà Honoré, tchoum, sorti du collège, tchoum !
Laure éclata de rire.
— Bonsoir, madame, tchoum ! tchoum ! » Et je refuse de ressembler aussi à M. Barillot, directeur du service des postes impériales. Laure, tu te tiens mal! Chevalier de la Légion d'honneur ! Laure, tu me fais peur ! Tu déshonoreras ta famille et tueras ta grand'mère de chagrin! Et je ne serai même pas comme le cher M. de Margonne — oh! qu'il est mignon pourtant celui-là, et qu’il fait des gentils sourires à maman, dès qu'il descend de sa voivoi, de sa voiture, au coin du pont, ousqu’il regarde toujours couler la Loire quand on se promène, alors qu'il a, paraît-il, des terres à Saché, ousqu’il ne pousse plus que du chiendent !.. Voilà, ma chère petite bonne adorée, ce que je t’annonce! Voilà, ma croquignole! Sur ce, laisse-moi t’embrasser. Donne ton bout de nez. Tu as le nez froid, donc tu vas bien. Continue, et méfie-toi du serin, dirait bonne maman !
— Les enfants, on dîne !
La voix de Mademoiselle. Honoré répond :
— En rang par quatre, et en avant! Atzin!
Atzin ! Badoum, tatzin !…
.. Au pied de l’escalier, Mme Balzac attend, immo-
bile. Elle ne profère rien. Elle regarde Honoré de son œil bleu glacé. Et il se tait, subitement étranglé. - On pénètre sagement dans la salle à manger.
C’est une plaisante pièce Louis XV, meublée de hauts buffets en chêne, dont les moulures marquent une main d’artisan qui aime l’art, les femmes, la finesse, la clarté. Ils luisent comme le parquet. Les pieds de la table sont légers, les chaises bien . avenantes. Ici chère et causerie devraient être déli cieuses. .
— Pourquoi cette enfant est-elle toujours coiffée en Iroquoise?
La question est posée d’un ton calme par le père sur la fille. Laure rougit. Honoré risque à mivoix : « Je la trouve gentille, moi, c’te petite, avec son plumeau sur le crâne. »
— Silence ! fait Mme Balzac.
— On ne te demande pas ton avis, ajoute la grand'mère, Mme Sallambier, qui amène les deux jeunes enfants, Laurence et Henry.
Elle accompagne son reproche d’un regard .mécontent pour complaire à sa fille. Puis elle noue Ia serviette d'Honoré, et brusquement, elle embrasse le petit sur le cou. Il se retourne épanoui. Elle fait : « Chut! » On s’assied. Mme Balzac est coiffée avec un soin méticuleux. Elle s’est noué autour du cou un mince ruban de soie jaune, assorti à sa ceinture. Elle a de belles mains, et elle avale le potage
nerveusement, son nez mince dans son assiette. M. Balzac est un peu renversé sur sa chaise. Il sourit, comme s’il rêvait : il mange avec lenteur. Et soudain il dévore avec une précipitation gaie. “Dans ses cheveux flous, sur ses lèvres minces, dans l'éclair de son regard il y a comme la rapide fantaisie d’une race, où l’esprit sans cesse étincelle. Souvent il regarde la fenêtre, jamais sa belle-mère. Il porte une belle douillette de soie puce et une haute cravate blanche, que ses favoris caressent, quand il enfonce la tête dans ses épaules avec un air heureux de concentrer ses forces. Étonnant vieillard de soixante-sept ans, à qui l’on en donnerait cinquante, près de sa jeune femme, dans la fleur de ses trente ans. Robustesse héritée d’un père méridional, paysan d'Albi, aussi solide qu’un chêne. M. Balzac a ses muscles, la chanson de son accent, le soleil de son imagination. Et quand on le croit à dîner au milieu des siens, il est en vérité parti dans des concepts, où il rebâtit le monde sur des bases nouvelles.
— Honoré, veux-tu ne pas rouler sur la table, comme un âne dans un pré! Si j'ai encore à te reprendre une seule fois, je t’expédie au lit avec du pain sec!
Aïnsi sermonne la mère, qui ne sait pas créer du bonheur autour d’elle, et ne voit pas que ce clair visage d'enfant indique une saine et abondante nature. Et le père ne le distingue pas non plus, puisqu'il imagine au lieu d’observer. Scène de famille, fréquente, hélas! Ils sont deux êtres aux
antipodes, l’un du Midi, l’autre du Nord, l’un dans les nuages, l’autre à ras du sol, et ils ne remarquent
LA LUTTE AVEC LA VIE 13 rm
point qu’ils ont fait ensemble un garçon charmant, qui a les pieds bien en terre et la tête vers le ciel. C’est leur enfant, leur esprit et leur chair, et ils semblent trois isolés, trois étrangers. La mère sort de sa chambre où elle lisait Swedenborg. Le père, de son cabinet où il étudie la longévité humaine dans la Bible. La grand’mère, qui est brave mais qui est peuple, a passé une heure à la cuisine à gourmander une pauvre innocente qui n’en peut mais. Il n’y aura à table aucune conversation. Si les enfants disent au père que dans la rue on annonçaït une victoire, Mme Balzac soupire que cette nouvelle représente des milliers de soldats tués ! À quoi M. Balzac, qui dirige l'hôpital de Tours, réplique exprès que parmi les morts. 1l y a tout de même (il en sait quelque chose), quelques blessés, et qui guérissent !.. D’ailleurs les tués, cela fait des souliers pour ceux qui n’en ont pas, et des épaulettes pour ceux qui en ont envie! À quoi la grand’mère s’indigne et déclare à son gendre qu'il parle comme ces « cafards de prêtres ». Autant de morts, n’est-ce pas, autant d’heureux dans le ciel! Il ne la regarde toujours pas. Il sourit, pianote sur la table, et explique à Honoré, l’air détaché, que Napoléon est un grand homme, digne d’un Plutarque, et qu’il a déjà proposé pour lui en 1809 le titre « de bienfaiteur de l'humanité ». Mme Balzac s’est alors tournée vers Henry, à qui elle confie, entre deux soupirs, qu’en avril l'Empereur a de nouveau exigé du pays cent quatre-vingt mille soldats ! — Là-dessus, on parle de la mort de Duroc. Napoléon lui a serré la main, disant : « Il y a une autre vie! Nous nous rever-
rons ! » Puisque c’est Mme Balzac qui rapporte le trait, M. Balzac, qui pourtant admire l'Empereur, remarque aussitôt que c’est une perspective à laquelle Duroc ne tenait peut-être pas. « Et puis, fait la grand’mère irritée, y a-t-il une autre vieP » — De Duroc on passe à Delille, qui vient de mourir aussi. Honoré sait qu’on a exposé son corps au Collège de France, et qu’il avait la tête couronnée de lauriers. Il demande d’autres détails. Personne ne répond plus. M. Balzac refuse de manger du rôti. Il expose doctoralement que la consommation de la viande, le soir, nuit au sommeil, en empoisonnant les tissus.
— Première nouvelle ! grince Mme Balzac. Vous aviez la théorie exactement contraire voici deux mois. Dieu, que vous êtes capricieux |!
— C'est que je fus élevé au lait de chèvre! répond M. Balzac.
Légumes. Dessert. On entend abovyer un chien. Laurence dit :
— C’est le gros qui saute toujours sur moi!
— Je vous ai cent fois avertis, proclame M. Balzac. Ne vous laissez jamais approcher par un chien ! Les chiens sont des bêtes dangereuses, qu’on devrait imposer. Seul moyen d’en diminuer le nombre |
— Combien, finalement, a-t-on vendu d’exemplaires de cette Histoire de la rage, écrite par ton mari il y a trois ans? demande la grand'mère à Mme Balzac sur un ton pointu.
— Un million et demi ! lance M. Balzac. Et il se lève en riant.
Ce qui fait croire à Honoré qu’il peut rire aussi.
— Insolent! crie la grand’mère. Je te prie de gagner ton lit !'
Honoré cherche le regard du père; il ne trouve plus que son dos. La douillette puce est en train de passer la porte.
— Mon Dieu! Mon Dieu ! Où y a-t-il quelqu'un | qui m'aime? Et qui dois-je aimer? pense Honoré dont le cœur se gonfle : il voudrait tant se confier ! Un père, une mère ! Il a lu bien des fois, dans ces Hvres qu’il dévorait chez les Oratoriens de Vendôme, que nous n’avons rien de plus sacré en ce monde. Alors, pourquoi redoute-t-il celle qu'il appelle maman, et pourquoi à son père, qui sait tout, qui peut parler de tout, qui est le plus imposant des hommes qu’il connaisse, n’a-t-il encore jamais osé conter l’histoire dramatique du Traité de la volonté? Dans-un pays où il y a un fleuve si majestueux, une cathédrale si noble, des images si belles, des rillettes si bonnes, sous un Empereur si vaillant et si indomptable, pourquoi, mon Dieu, pourquoi tout le monde n'est-il pas heureux?
— Les enfants! dit Mademoiselle, venez vous laver la figure et les mains !
Honoré arrive comme un chien qu’on fouette.
Mais l’eau fraîche est bonne et débarbouille les idées. Il chatouille Laure en sortant du cabinet de toilette. On entend chanter. « Écoute ! » dit-il. Ils prêtent l'oreille. C’est M. Balzac qui, dans son cabinet, fredonne la dernière de Béranger :
Il était un rot d’Yvetot, Peu connu dans l’histoire.
ri re tnt nt nr mt tr — Écoute donc !.….
Se levant tard, se couchant tôt, Dormant fort bien sans gloire...
— Allons ! Ce n’est pas un grand roi! dit Honoré dans une pirouette.
Et il se jette dans sa chambre. Sa sœur l’y suit en courant. Mme Balzac apparaît sur le seuil.
— Honoré, si ce bruit continue, tu vas recevoir ma main sur la figure !
Les enfants se déshabillent en silence. Lorsqu'ils sont au lit, la prière faite, Mademoiselle souffle la bougie. Elle est partie. On n’entend plus chanter. Honoré n’a pas envie de dormir ; il bâille, il s'ennuie. Il voudrait courir, agir, lire, écrire, se battre, être victorieux, aimer, pleurer, enfin faire une foule de choses grandes et belles, comme les héros ou les saints. Et il se tourne et se retourne sur son oreiller.
— Ho...no..ré !.….
Un souffle : c’est Laure.
— Qu'est-ce que tu veux?
Brusque éclat de rire, et la petite tout haut :
— ÂAs-tu toujours envie d’être un grand...
La porte s’ouvre en coup de vent. Mme Balzac brandissant une bougie, fond sur le lit d’Honoré.
— Qui a parlé?
Il se dresse, les cheveux noirs en broussaille, fixe la flamme de ses yeux admirables et répond :
— Moi!
Pan! Pan! Deux gifles ; Mme Balzac est sortie.
— Oh! oh! gémit Laure, qui mord son drap
pour ne pas pleurer. Pourquoi as-tu dit cela. puisque... As-tu très mal?
Honoré répond fièrement :
— Rien senti!
Alors, la petite, le cœur gros, gros de peine et d’admuiration, dit d’une voix inimitable, chevrotante et si bonne, où il y a toute la pureté de ses onze ans :
— Je suis sûre, aussi... que tu seras un grand homme !
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M. Balzac ayant été nommé, un an après cette scène, à la direction des vivres militaires à Paris les enfants connurent la joie du déméragement, d’un voyage et d’une maison nouvelle dans une ville inconnue. Grande ville au nom prestigieux ! Honoré conçut de l’orgueil d’aller l’habiter. La veille du départ, avec son don d'imitation déjà inimitable, parmi les paquets, il avait joué à ses sœurs une comédie, où défilaient toutes les bonnes têtes de Tours, à qui il faisait de railleurs adieux :
— Aurevoir, croûtes et croûtons ! Et toi, cité tant encroûtée |! Continuez, en croûtant, votre vie croûtonnante. Et nous qui commencions à déjà croustiquer, nous courons décrouster nos esprits qui croustillent. Tu croûtes, 1! croûte et vous croûtez. Mais 7e croûte? Non, messieurs ! Et nous croûtons? Jamais |
Malgré cette vantardise, il ne devait pas tout de suite être un vrai Parisien. Le lendemain de l’arrivée, sa mère le mit en pension chez M. Lepître, rue Saint-Louis. 11 y fut huit jours incapable d’écouter autre chose que son imagination. La tête en feu,
il veut voir Notre-Dame, le Louvre, les Tuileries. Où habite l'Empereur? Où a-t-on guillotiné le roi? Il commence des années d’exaltation.
Les Alliés dans la capitale, le retour de Louis XVIII, les Cent-Jours, Waterloo, la Restauration, que d’heures poignantes va vivre cette jeune âme qui cherche ardemment le sens de la vie, et le destin de la France ! Époque d'inquiétude ; chacun veut retrouver son équilibre, On a eu un grand conquérant, pense Honoré ; il faut maintenant de grands penseurs, des esprits qui donnent au peuple des idées et des lois, et généreusement, il conçoit qu'il pourrait en être un. Honoré est royaliste sur le modèle de M. Lepître, mais il remarque avec son père que depuis la Révolution tout homme peut aspirer à la gloire en se consacrant au pays; il suffit qu’il se donne la peine de naître, dans n'importe quelle condition !
Un an chez M. Lepître, autant dans un second pensionnat, puis deux années miraculeuses, rapides comme un printemps, où il est inscrit à l’école de Droit, où 1l fait semblant d’être clerc chez M. Guillonnet de Merville, où il court tout Paris, où 1l apprend à danser, où il suit avec ardeur des cours de la Sorbonne, — c’est son histoire jusqu’à vingt ans. Un souci tenace le domine déjà : jamais, jamais ne perdre de temps. Quand on croit qu’il se promène, qu’il flâne, qu’il muse, qu’il rêve, il fait l’essentiel : il regarde et comprend, il organise sa vie. S’il est distrait aux cours de droit, c’est qu'il discerne l’inutile pour son dessein, qui est de ne faire que ce qui est grand. Lorsqu'il fouille Paris en tous sens,
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c’est que, poussé par l’admiration, il cherche et salue le passé, qui l’inspirera pour le lendemain. Bâille-t-i1 à l’étude? S’enfuit-il sans prétexte? C’est que ce petit métier de clerc, où l’on copie, enregistre : et classe, tuerait en lui cette envie magnifique qu'il a de créer ! Il ne veut pas se gâter surtout. Paris, c’est le lieu de l’exaltation, l’histoire dans ce qu’elle a de plus fameux, et le présent le plus brillant, avec les femmes les plus jolies et les hommes le plus connus. Lorsqu'il regarde, d’un œil avide, passer les calèches aux Champs-Élysées, candide et sérieux à la fois, 11 pèse déjà les conditions de la vie sociale. Devant le luxe, il en cherche les causes. Ces femmes si belles et désirables, à qui sont-elles? Qui les mérite? Il n’a pas de basses pensées, et s’il se voit déjà dans une voiture, à côté de l’une d’entre elles, c’est après un noble effort qui lui aura valu la renommée, puis la récompense de l’amour. Femmes de Paris, que vous êtes grisantes pour les yeux amoureux de ce petit provincial vif et vibrant |! Il a de belles prunelles d’un or profond et chaud, mais vous y allumez des étoiles. Pieusement il vous admire; vous éveillez une flamme de poésie ; et il n’est triste que quand il rentre, parce que soudain ses sœurs charmantes, qui, quelques mois avant, représentaient pour lui la jeunesse et la beauté du monde, lui semblent gauches et démodées. Le pied, la main, leurs gestes, leurs mines n’ont point pour Honoré cette poétique animation qui rend exaltante la femme de Paris, si fine et dégagée. Et il est dur, lorsque les petites, sans vanité pour elles-mêmes, s’émerveillent des bas de soie et des escarpins vernis,
qu'il met pour s’en aller danser au bal de l’Odéon :
— Ma parole, vous n’avez jamais rien vu!
Heureusement qu’une heure plus tard, elles ne le vo'ent pas tomber... avec sa danseuse ! Jamais il ne le leur pardonnerait ; et pourtant auraient-elles le mauvais rire de ces Parisiennes qui l’enivrent? Il se sent rouge de honte ; puis la fierté l'emporte.
— Je dominerai le monde autrement que par la danse ! jure-t-il dans la rue, en montrant le poing aux colonnes du théâtre.
Le lendemain, il passe trois heures sur un quai, la tête dans les boîtes des bouquinistes. Il est repris d’une fringale de lecture. Le monde lui paraît méchant, tandis que les livres sont bons. Qu'il ouvre un vieux bouquin, il est attendri; qu’il le referme, il se sent plus riche, surtout sur les bords de la Seine, devant le Louvre et Notre-Dame ! Le cœur lui bat d’être en cette compagnie !.…. Lorsque le livre est trop gros et pas cher, il l’achète. Encore un! On ne peut cependant plus mettre le pied dans sa chambre : « Je renonce, dit sa mère, à y faire nettoyer ! » Mais il ne résiste pas au désir d’apprendre et tout l’émeut : l’histoire, les lettres, la science. C’est de. lui-même qu'il se rend aux cours de la Sorbonne : heures passionnées | Il admire et envie de tout son cœur ces hommes, ‘ qui, devant des salles chaleureuses de femmes et d'étudiants, font d’une voix enflammée de belles leçons sur les grands hommes et leurs grandes œuvres. Villemain ! Cousin! Cousin, scientifique et littéraire, déduit l’homme du pays, du milieu, du climat. Honoré est fasciné et convaincu. Villemain
et
a vingt-huit ans. On lui a donné la chaire d’éloquence française à l’âge des ardeurs éloquentes. Il est fier et heureux. Il brosse une large fresque du dix-huitième siècle. Honoré voit et croit. Si bien qu’à la fin d’un cours, quand les applaudissements retentissent, il s’en grise comme s'ils étaient à son adresse. Il se figure qu’il est en chaire, ayant fait le discours éclatant; et tandis que comme les autres il bat des mains pour ce maître enchanteur, le voici qui, poursuivant son rêve, se trouve essoufflé, respire en souriant, et inchine la tête pour remercier l’auditoire.
Sensations d’autant plus poignantes qu’il les garde secrètes : à qui les confierait-1l? Il est naïf, pas jusque-là. Son père se moquerait; c’est un enthousiaste, mais un railleur aussi. Sa mère le traiterait de fou. Ses sœurs ne peuvent comprendre, Son frère. est dans les jupes de sa mère. Il n’y a que Mlle de Rougemont, une vieille amie, avec qui il puisse parler de la gloire des écrivains. Mlle de Rougemont est une demoiselle de l’ancien temps, très ancien à présent, car depuis la Révolution, tout est changé, institutions et mœurs, et elle est un anachronisme vivant et drôle, cette chère personne, en robe feuille morte aux incroyables plis, qui tient une canne-ombrelle comme Marie-Antoinette à Trianon, et tire pour son nez mince du tabac fin d’une tabatière en or. Elle vient voir Mme Balzac et souvent Honoré la trouve là quand il rentre.
— Ah! Ah! fait-elle en minaudant, je vois aux yeux de ce jeune homme qu’il va me demander si
je me souviens de M. Caron... M. Caron de Beaumarchais !.. Un peu... Un petit peu...Je l’ai entendu répéter devant moi ce qu’il a dit à un grand seigneur : « Vous prétendez, monsieur, que je ne suis pas noble? Tenez, voici ma quittance ! »
— Alors, demande Honoré, il était aussi imper-
| tinent que son Figaro?
— Il était Figaro! Il s’était peint lui-même. Un grand écrivain se peint toujours.
— Comme c’est fin, mademoiselle, dit Honoré, ce que vous dites là !
— Je ne sais si c’est fin, reprend Mlle de Rougemont, rose de plaisir, mais je sais que pour écrire il faut être plus riche que les autres ; il faut contenir
tous les autres.
Et de ses mains à mitaines elle étale sa belle
“robe.
Honoré approuve de la tête . « C’est vrai. C’est vrai, » Et tout bas : « je serai plus riche ! »
Il y a ainsi en lui un monologue intérieur que personne ne distingue, mais qui est plus fort et plus volontaire que les paroles qu’il dit. Il adore Beaumarchais. Quel homme, celui-là ! Le diable au corps. Il fit tout... même des chefs-d’œuvre, et en riant, en jetant des mots comme le ciel ses éclairs. Horloger, musicien, marchand de fusils, avocat, auteur dramatique! Et Honoré regarde avec amour cette vieille demoiselle qui a une multitude de petites rides et des poches sous les yeux, mais les yeux ont vu l’homme étonnant ! Il les contemple comme s’il retrouvait en eux l’image fameuse. C’est que pour un jeune homme qui veut dominer par l'esprit,
l’art de la scène est le plus fascinateur. De quelle puissance est sur la foule, en ce pays, une comédie qui fait rire et qui cingle ! Des comédiennes ensor-" celantes transmettent vos pensées à un public que l’éclat des chandelles et la chaleur de la salle préparent à toutes les passions, même de l'intelligence. Honoré se convainc qu'il y a place, en cette heure de restauration, pour un grand homme de théâtre!
Le plus qu’il peut il va au Théâtre-Français ; les grandes œuvres ne sont représentées que là ; il n’a pas de temps à perdre avec les autres. Il fait la queue, prêtant l'oreille aux propos des amateurs du poulailler, Il apprend ce qu’aime le peuple dans sa simplicité niaise et probe ; et il se reproche déjà
’être trop compliqué ; mais il entre ; il s’assied, et le voici comme tout le public, sensible avec la même candeur. Il revient chez lui des larmes aux yeux. Les acclamatinos de la salle vibrent dans ses oreilles. Rien, tout compte fait, ne l’émeut comme cette gloire dramatique. La richesse qu’il vit aux Champs-Élysées, la noblesse des livres qui lui mettent la tête en feu, les nuits où 1l rallume clandestinement sa bougie, les leçons de Sorbonne les plus chantantes et les plus entraînantes, rien ne donne des ailes à son âme, rien dans Paris ne l’exalte plus que cette pensée du mérite d’avoir fait une belle pièce. Sophocle, Shakespeare, Molière, les grandes gloires ! Corneille, le général des généraux ! Mentalement, à ces noms sublimes, il ajoute Honoré Balzac. Il le voit à leur suite, sur la frise du plafond du premier théâtre de Paris, Paris la capitale, c’est-à-dire la tête et la pensée, Paris
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qui précise ses désirs, et fait de lui un homme résolu à devenir l'honneur de sa famille.
Cette dernière idée le transporte. Et il attend avec une triomphante angoisse la minute de détente, de confiance, l’heureuse occasion de dire à son père avec hardiesse, douceur et dignité : «Mon cher papa... j'ai résolu de vous rendre illustre ! » Ah! le cœur lui en fait mal, tant il a de plaisir à savoir qu’il en fera! — Mais M. Balzac, dans le même temps, lui prépare en son âme paternelle la situation qu’il eût rêvée pour soi. Une position libre où Honoré sûrement et largement gagnera sa vie, sans que sa pensée soit esclave. Ce grand original, indépendant d’abord, a aimé de l’administration où il passa trente ans, l’insouciance qu’elle laisse à l'esprit. Le fonctionnaire, hors du bureau, peut méditer et créer. Le malheur est que le lendemain il redevient fonctionnaire, c’est-à-dire soumis à des hommes médiocres. « Et c’est en somme intolérable ! » se dit M. Balzac qui l’a si longtemps toléré. Voilà pourquoi il combine généreusement de procurer à son fils une étude de notaire. Il eût fort aimé cela : on est au moins son maître. Il aurait passé les dossiers à ses clercs. Lui aurait lu, aurait écrit ; il aurait peut-être donné des Essais comme Montaigne : c’est un livre qui peut toujours se refaire. Enfin il veut pour son garçon les joies qu’il n’a pas eues, et il croit déjà voir la bonne figure reconnaissante d'Honoré, quand un jour il dira avec bonté et fermeté : « Mon petit. je vais t’installer pour la vie ! » Ainsi chacun pense préparer du bonheur à l’autre, et il souffre seulement de ne
pouvoir le lui donner plus vite, à cause de cette gêne qu’il y a toujours entre un père et un fils trop sensibles et trop fiers.
Brusquement l’occasion est là ; on ne l’attendait pas ; elle s’impose et à ce vieillard et à ce jeune homme, qui se regardent avec une émotion soudaine, un peu étranglés. M. Balzac a trouvé son fils lisant Rabelais :
— Quel grand esprit, n’est-ce pas? Quelle liberté magnifique ! Ah! Honoré, la liberté !
Ces mots suffisent pour mettre leurs cœurs à l'unisson.
— Rien n’est plus désirable, vois-tu !.….
— N'est-ce pas, papa?
— Et même à ce sujet, Honoré, je veux te parler sérieusement.
— Mais oui, papa!
— De... de ta vie, ma foi! Te voici un homme.
Honoré dresse la tête; et pense : « Cher père, comme il va être ému, si je lui dis. » Et le père a baissé les yeux, se disant : « Courage !.… Mais il va me sauter au cou ! »
Là-dessus, ils parlent ensemble, et ils ne s’entendent pas. Stupeur. Il faut recommencer. Effroi ! Au lieu d’un traité de paix avec des lauriers et une colombe, c’est la guerre avec des regards décidés et implacables ; car rien ne bute les cœurs susceptibles comme l’incompréhension de leur générosité.
— Comment? Comment? Vous ne vouliez pas que je sois illustre !
— Mon enfant, tu rejettes mon expérience et mon affection !
Rencontre déplorable de deux méditations solitaires, grosses d’orage. Qui l’emportera? Le jeune. Dès le premier instant, le vieillard l’a senti; mais voulant une retraite honorable, il se retranche dans une attitude farouche. Honoré l’a blessé par ce mot sublime :
— Notaire? Comprends pas! Je sais qu’on peut être grand capitaine, grand pcète, grand homme d’État. Je veux bien de ces métiers. Mais je ne vois pas de grands hommes notaires. Alors, jamais ! Je méprise une profession où on ne peut pas être grand.
Le père est meurtri.
— Ah! ah! reprend-il, monsieur veut être Voltaire ou Rousseau?
Honoré se sent ridicule et, pourtant sans raison. En ce cas, que répliquer? Il a l’âme claire, sans fiel. Quoi? Faire encore du mal? Tranquillement, il dit avec sérénité :
— Eurent-ils seulement des pères intelligents comme vous?
M. Balzac, sur ce trait, ne poursuit pas une discussion où l'essentiel est dit ; et il se retire dans sa chambre, tandis qu'Honoré, dont les tempes battent, descend dans les petites rues du Marais, se promener avec agitation.
Si Henry n’avait pas entendu derrière une porte, le père et le fils auraient peut-être vécu des mois côte à côte sans reparler. Mais Henry prévient sa mère. Et le pathétique de l’histoire est aussitôt gâté par l’irritation sans mesure que Mme Balzac déverse sur son mari et son enfant. Elle ajoute du
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mélodrame à cette scène où deux caractères forts se sont heurtés et opprimés. C’est le triste destin de nombreuses femmes, même distinguées, que leurs nerfs rendent incapables d’équilibre. Mme Balzac parla donc de folie, alors qu’elle seule en fournissait l’image, et personne ne discerna, dans l’éruption verbale de sa colère, le sens exact de ses prédictions. Se tuerait-elle de honte? Est-ce qu'Honoré la tuerait de chagrin? Par fierté, ellemême, ne tuerait-elle pas Honoré? Elle ne produisit en tous cas de l’effroi que sur ses filles et ses servantes. Les fils et M. Balzac ressentirent de la lassitude. Enfin, après une crise plus forte, où elle se prit les pieds dans une chaise, tomba, se meurtrit le genou, et de rage s’enferma pour se panser, tout rentra dans le calme provisoire. Et Honoré, le cœur crispé, pelotonné sur soi-même, attendit en silence, avec désolation.
Les mères sont souvent déraisonnables ; mais par leur déraison elles deviennent utiles et touchantes. Leur cœur ne connaît ni la paix ni l’indifférence ; à force de s’agiter, elles raniment les conflits ; mais en somme, ce n’est que par eux qu’on sort des silences rongeurs et stériles.
Il se trouve que la vie des Balzac va changer tout à fait. Si le père a hâte d’établir son aîné, c’est qu’il est prêt de prendre sa retraite. Simple mot qui représente au budget des milliers de francs de moins. D’autre part, il faudra, sans tarder, marier et doter les filles. C’est donc le bouleversement des dépenses et des habitudes. Par des amis M. Balzac vient de trouver une maison à Villeparisis, à six
lieues de Paris. C’est là que la famille transportera ses meubles, en supprimant une servante, et en restreignant cette vie aisée, où l’on ne comptait ni pour l’habillement ni pour la table. Madame et mesdemoiselles étaient, quoi que pensât Honoré, fort soignées et même élégantes, et M. Balzac, ayant depuis quelques mois enfourché le dada de la nécessité d’une nourriture variée, où les aliments crus, riches en principes vitaux, sont aussi indispensables que les cuits, on passe par jour une bonne demiheure de plus dans la salle à manger à consommer un ensemble de plats qui assureront à tous une jeunesse prolongée. Ce régime touche à sa fin. Le changement ne sera d’ailleurs pénible, ni aux filles à l’âge de l’insouciance, ni à la mère née pour les volte-face, ni au père que mène sa fantaisie. Mais il y a Honoré, — buté, têtu, insane ! — qui ne voudra pas venir, on le sent bien, à Villeparisis, qu’on ne contraindra jamais, qui ruinera la famille ! Car, que fera-t-il à Paris, sinon coûter de l’argent? Ce sont là les paroles de la mère. Le père obstinément se tait. Il aime trop la liberté et même les lettres, pour s'opposer avec violence au désir de son fils, mais vexé toujours, il lui refuse sa tendresse. En silence, il fait des comptes et s’épuise à chercher un arrangement. Il le trouve. II le soumet à la mère qui, rageusement, le transmet à Honoré, en lui donnant un air de châtiment. Mais Honoré vit comme son père, par l'imagination. Une mansarde à Paris! Quinze cents francs pour vivre. Il exulte ! C’est le salut ! le bonheur! Et si même c'était, comme sa mère l’en menace, le mar-
tyre, il ne s’en effraierait pas. Il aimerait presque la misère, rançon de la gloire ! Son visage a pris de la dureté ; il a maigri; et sèchement 1il répond à Mme Balzac, toujours si sèche, qu’il accepte... avec reconnaissance |! Bon. Le mot lui a échappé. Tant pis! Il ne s’en repent pas. Il est en plein rêve. Il a hâte d’être seul. Vingt ans, l’âge de la force! Il va commencer sa vie d'écrivain. Courage, audace, génie ! Voilà ce qu’ii faut. À Paris, il aura tout cela.
C’est donc une heure solennelle, quand en août 1819, par une chaleur implacable, il prend possession de sa soupente, rue Lesdiguières, à deux pas du faubourg Saint-Antoine. On a chargé pour lui, dans une voiture à bras, quelques mauvais meubles, une malle d’habits et de linge, des paquets de paperasses et de livres. Mme Balzac, qui déménage dans la poussière, l’a embrassé sur une dernière parole de défi :
— Va, mon anu! Fais des chefs-d’œuvre! Et n'oublie pas que dans ce métier-là, il n’y a pas de milieu ; il faut être roi... ou bien on est goujat !
Honoré se tourne vers sa sœur et avec bonhomie :
— Ne t’émeus pas, ti Laure, je serai roi!
Puis se forçant il demande : « Où est papa? » Disparu. Personne ne l’a vu. Honoré s’en va.
Il a le cœur gros dans la rue. Mais le mouvement des passants le distrait, et tout à coup, il se sent l'énergie d’un lion quand il pénètre dans sa chambre.
Lui-même il a monté sa table, sa table pour écrire, pour devenir célèbre. Il l'installe devant la lucarne, par où le soleil tombe en rayons d’or, en rayons de feu, il Ôte sa veste, la jette à terre, ouvre
sa chemise, se bouchonne, rit et tapant la table :
— À nous deux! Et ils verront bien!
Cette phrase, il se rappelle brusquement qu’il l’a déjà dite, quand tout petit, au collège de Vendôme, il subissait les railleries des camarades. Ainsi il n’a pas changé. C’est une vieille idée qu'il réalise. Il en pousse un rugissement de joie. L’homme de la voiture le surprend rugissant :
— Voilà un jeune monsieur qu’est heureux |
— Follement ! Mettez vos paquets là ! Molière et Corneille? Bien! Ma cafetière? Très bien! On va tout placer, et je serai le centre de tout ! Comprenezvous que les gens aient des appartements, des maisons, des palais? Iei, tout sous la main! Table, lit, fauteuil, commode, rayon de livres! Une vie humaine ramassée, condensée, tendue, comme elle doit être ! Cousin, M. Cousin, le professeur à la Sorbonne, entrerait et verrait, il dirait : « Je devine l’œuvre qui sortira de cette chambre ! »
L'homme est abasourdi.
— Descendez, mon ami, chercher la suite! fait Honoré.
Il s'installe en dansant et en chantant. C’est une indigente maison d’ouvriers : dans le soleil qui l’inonde, il la trouve pittoresque, familière, sympathique. Sa chambre est nue, étroite, torride : il y est, avec ses papiers et sa volonté ; la vie lui paraît belle. Il apporte tout ce qu’il a griffonné depuis l'enfance : des vers sur le livre de Job — un conte satirique ; strophes sur Robert le Diable; fragment sur la Religion naturelle. Il relit, sourit, range tout. Il pend des gravures au mur, remplit son encrier,
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prépare deux plumes de corbeau, et il a conscience de commencer une chose unique. Ÿ a-t-1il un autre jeune homme, capable comme lui de s’isoler ainsi pour entreprendre une grande œuvre? Non! Donc, il sera seul à la faire. Ah ! il en connaît des jeunes gens | Tous amoureux de plaisir, sans enthousiasme. On dirait que toute cette jeunesse n’est plus que cendres, après l’époque de feu qu’on vient de vivre. Dieu ! Lui qui se sent tant d’orgueil et d’espoir !..
Le premier jour, quand le soleil tomba, respirant un peu, s’épongeant encore, il se mit à faire une lettre pour sa sœur, où il disait toute sa joie. Il était candide et courageux, et ne se rendait pas compte, grâce au ciel, qu'avec une audace d’ange, il commençait une lutte qui est le drame ordinaire de la jeunesse, quand elle est hautaine, ambitieuse et pressée. Et lui était pressé seulement de fournir à sa famille des preuves de ses moyens ; ce n’est pas la vanité qui l’aiguillonnait; n'importe; quelle qu’en soitla cause, la péripétie est la même. Le jeune homme veut et ne peut pas. Il se sent des ailes ; elles ne sont pas fortes. Il pense voler, il tombe. Honoré déclare : «Je veux écrire ! » Il prend donc possession de sa chambre ; et il se croit heureux. Il s'empare d’un porte-plume... Il ne sait qu’en faire. C’est que la volonté seule est riche à vingt ans, le cœur seul visité par un sang généreux ; mais l’esprit est pauvre, puisqu'il ne peut s’enrichir que par la vie.
— Voyons, voyons, dit Honoré, il s’agit d’abord de décider mon travail!
Il contempla ses livres, les noms d'auteurs.
— Il convient, pensa-t-il, que je me baigne dans les chefs-d’œuvre !
Et il se plongea dans Beaumarchais, Molière, Voltaire, Rousseau. Que d’idées alors étincelèrent dans sa tête ! Mais toute étincelle est courte. Il crut que ce feu lui appartenait ; il le prenait à des hommes de génie ; il ne put le garder; il en fut cependant électrisé. En trois jours, il conçut un roman dont il tenait déjà le titre, Cogsigrue, un opéracomique, une pièce en vers. Autant de conceptions courtes, d’élans sans suite, de départs, après lesquels il se retrouvait lui-même, Honoré, avec la conscience… de ce qui lui manquait pour des sujets si vastes. Alors, tête baissée, 1l redonnait dans ses livres. Des idées lui revenaient aussitôt, toujours brèves, mais toujours brillantes, et il vécut ainsi quelques journées d'illusions bienheureuses.
Enfin, après avoir cru indispensable de se nourrir au dernier moment de grandes œuvres, il sentit la nécessité de choisir et de commencer. Il venait de lire deux volumes de Villemain sur Cromwell. Ce grand homme le surexcitait. Il eut la sensation de pouvoir écrire sur lui un drame noble, c’est-à-dire en vers. Il le voyait même représenté à la Comédie- Française. Et ce sont des souvenirs de succès à ce théâtre qui le décidèrent. Une pièce sur Cromwell lui parut une belle idée ; il s’y arrêta.
A sa table, il fit un plan; puis un autre; puisil s’allongea sur son lit pour un troisième. De temps en temps, il prêtait l’oreille à la rumeur de la maison, et au bruit sourd que faisait au loin la grande ville ; il avait l'impression d’être alors un point fixe au