TABAC
A proprement parler, la culture du tabac n'est pas davantage une culture tropicale qu'une culture des régions tempérées, puisque les États-Unis, la France, la Hongrie, l'Allemagne comptent au nombre des pays produisant la plus grande partie du tabac consommé dans le monde.
Malgré la superficie considérable des terres consacrées en Franceà cette culture (16.000 hectares en moyenne pour les dix dernières années), nous consommons annuellement 25 millions de kilog. environ de tabacs étrangers et l'Algérie est la seule de nos colonies nous fournissant dans cette importation un contingent important (1.435.250 kilog. en 1898). Il est bien vrai que certaines provenances recherchées telles que la Havane, Manille, etc. ne peuvent être supprimées de nos importations; mais elles sont bien loin de représenter le chiffre énorme de 25.000.000 kilog. (c. sp.)et noscolonies pourraient nous fournir les deux tiers peut-être du tabac étranger qui est consommé en France annuellement.
D'ailleurs, il faut bien le remarquer, la production du tabac a été pendant longtemps une des principales ressources de nos colonies et la réputation du Macouba était proverbiale ; malheureusement, ces cultures ont disparu devant Tenvahissement de la canne à sucre; il faut d'ailleurs ajouter que la métropole n'a peut-être pas encouragé comme elle pouvait le faire la culture du tabac dans les colonies et il en sera lon^;-
temps ainsi pour les produits qui peuvent être obtenus à la fois dans les colonies et en France.
La marche des importations de tabac en feuilles a été la sui-p vante depuis 1827 :
IMPOHTATIONS ANNUELLES DE TABAC (C, Sp).
Périodes. Quantités.
. 3.000.000 kilog-.
12.675 000 — 16.049.000 — 18.052 000 — 25.661.000 — 20.000.000 kilog-. (approximativement)
Il faudrait y ajouter les importations de cigares, cigarettes et tabac en poudre qui représentent encore un chiffre assez important. Sur ce total d'importations, nos colonies (àTexception de TAlgérie) n'ont presque rien fourni ; mais, il faut le reconnaître, la plupart d'entre elles ont toujours produit le tabac nécessaire pour la consommation locale.
En 1865, d'après un travail de M. Aubry-Lecomte (1), le tabac était cultivé à la Réunion (800 hectares), dans l'Inde (348 hectares), en Cochinchine (4.000 hectares), à Nossi-Bé, à Sainte-Marie de Madagascar, à Tahiti, au Gabon, etc. Mais les importations en France étaient insignifiantes.
A la Guadeloupe (2), on a de tout temps cultivé un peu de tabac, mais jamais en suffisante quantité pour satisfaire complètement à la consommation locale. Les bonnes méthodes de préparation étaient inconnues et chacun préparait à sa guise sa petite récolte. Autrefois le tabac (petun) représentait la monnaie des habitants; mais cette culture fut abandonnée pour
(4) Aubry-Lecomte, La culture du tabac dans les colonies, 1865, (2) Voir V Annuaire de la Guadeloupe, 1898, Lecomte. 7'
faire place à l'industrie delà canne alors bien autrement avantageuse. Le tabac était tombé dans une sorte de discrédit et on en était même arrivé à penser que le sol de la Guadeloupe ne pouvait lui convenir. Mais les expériences tentées au jardin botanique de Basse-Terre semblent montrer au contraire que le tabac de la Guadeloupe bien cultivé et préparé avec soin pourrait acquérir une certaine réputation.
La Martinique (1) se trouve à peu près dans la même situation que la Guadeloupe au point de vue de la production du tabac; mais récemment on a repris les essais de culture; nous avons même vu à la Martinique des cigares fabriqués dans le pays et qui ne manquaient ni d'arôme ni de combustibilité.
En ce qui concerne la Guyane nous n'avons trouvé aucune indication spéciale d'exportation de tabac même dans les statistiques du commencement du siècle, au moment où la culture était encore en honneur dans notre colonie.
Le tabac est cultivé à la côte occidentale d'Afrique pour la consommation locale; mais il ne fait nulle part l'objet d'exploitations suivies. Au Congo le tabac desBatékés est préparé avec un certain soin. Des essais de culture ont été entrepris récemment au Congo belge avec des graines des variétés les plus estimées (2).
Dans notre colonie de Madagascar le tabac vient très bien sur beaucoup de points et on en trouve des plantations peu étendues près d'un grand nombre de villages. Mais les procédés de préparation sont tout à fait défectueux et le produit est toujours de mauvaise qualité. Les Hovas fabriquent pour leur usage des cigares de petite taille dont la qualité médiocre est compensée par un bon marché exceptionnel.
M. de Faymoreau, qui a poursuivi des essais de culture à
(1) Blérard, La culture du tabac à la Martinique, 1898.
(2) Wauters, U Etat indépendant du Congo, 1899.
Mayotte, dit que le tabac récolté manquait de combustibilité et contenait trop de nicotine (1).
A la Réunion on cultive le tabac depuis fort longtemps et TExposition permanente des colonies abritait des échantillons aussi nombreux que variés de cette production spéciale ; mais jusqu'ici, malgré une production annuelle qui s'est parfois élevée jusqu'à 800.000 kilog. (1860-1865), les tabacs de la Réunion n'ont pas été l'objet d'exportations importantes (2). L'administration des tabacs refuse de les accepter et jusqu'à ce jour les tabacs de la Réunion sont inconnus des fumeurs français.
Des essais très sérieux ont été faits récemment pour implanter la culture industrielle du tabac en Indo-Chine et il résulte d'un rapport de M. HafFner, directeur du jardin botanique de Saigon, que les tabacs d'Indo-Chine n'auraient besoin que d'une préparation mieux entendue pour acquérir une valeur industrielle et pour être acceptés, sinon par l'administration française des tabacs, qui se montre un peu exclusive à ce point de vue, mais du moins pour être vendus à des prix rémunérateurs sur les marchés de Hambourg et d'Amsterdam.
D'ailleurs, cette culture est déjà fort étendue actuellement en Indo-Chine ; 1.800 hectares étaient occupés par les cultures de tabac dans les provinces de Thaï-Binh, Haï-Dzuong et Haiphong et on peut estimer à 350.000 kilog. la récolte annuelle de tabac pour le Tonkin. Ce tabac est très recherché par les indigènes et dans les régions de la Haute Rivière-Noire les prix sont assez élevés. En Annam le tabac est cultivé dans le
(1) De FaymoreaUjLes grandes cultures à Madagascar, /?erwe générale des sciences, 1895.
(2) Les exportations de tabac haché pour 1898 se sont élevées à 227.240 kilog. dont 51.125 kilog. seulement pour la France et les colonies et 176.115 kilog. pour l'étranger [R. deVOff. colon., n* 1). Ces nombres sont d'ailleurs en contradiction avec ceux qui sont consignés dans le Rapport du gouverneur de la colonie.