PRODUCTION DE RHUM
1893 ..... 96,240 litres
Les usines qui se livrent à Texploitation de la canne sont au nombre de quatre. Elles n'emploient guère qu^une cenlaîne d'ouvriers.
La canne à sucre peut-elle et doit-elle continuer à sout(.*Tiir la lutte contre le sucre de betterave ? Il n'est pas permis d^en douter ; mais, de même que la culture de la betterave a éttS peu à peu perfectionnée, il est nécessaire de donner à l^exploitation de la canne une direction mieux entendue ; les petites plantations doivent disparaître pour faire place à de giïindert exploitations où pourront être utilisées les machines agricoles les plus récentes ; les engrais doivent être distribués méllioniquement au sol, pour restituer à celui-ci ce que chaque récolle lui enlève ; mais surtout il est indispensable de poursuivre l'amélioration progressive des variétés cultivées.
Dès qu'en 1887 ou 1888, il fut bien démontré que la canne pouvait venir de graines, on conçut, un peu partout, IVspoir de trouver dans les plants obtenus de cette façon des cannes à grande richesse saccharifère qu'on pourrait multiplier et perpétuer par bouturage. C'est cet espoir qui a été réalisé à la Guyane anglaise par MM. Jenman et Harrison. Ils ont d^abord réuni une collection aussi complète que possible des c;vnne^ anciennement cultivées. Ils ont pu en obtenir des graines qui ont été semées dans des conditions convenables. Les seedtings (plants venus de graines) attaqués parles borers ou les cryptogames ont été rejetés; les autres ont produit des graines qui
ont été semées à leur tour. Les nouveaux seedlhigs ont été analysés et on n'a conservé que ceux d'entre eux qui présentaient une grande richesse saccharine. Ceux-ci ont été euxmêmes l'objet d'une sélection et on a rejeté les plants recourbés ou à courts entre-nœuds, de façon à obtenir des cannes présentant de longs entre-nœuds et poussant verticalement, ce qui permet la culture intensive en rangs serrés. La canne de Tahiti, autrefois exclusivement cultivée à la Guyane anglaise a été remplacée avantageusement par les cannes White transparent et Purple transparent^ auxquelles vont probablement se substituer les seedlings 78 et 95 qui ont été reconnus les meilleurs, ou d'autres plus avantageux encore.
Les cannes actuellement cultivées à Demerari sont beaucoup plus productives et plus riches que celles de nos colonies de la Guadeloupe et de la Martinique ; la production en sucre brut peut être portée, par une sélection intelligente, du simple au double.
/ De telles expériences ont été non seulement poursuivies à la Guyane anglaise, mais encore à la Barbade et par M. Boname à Fîle Maurice ; des essais rationnels concernant l'emploi des divers engrais ont été entrepris à la Guyane, à Maurice, aux îles Hawaï ; les maladies ont été Tobjet d'études attentives à Java, principalement de la part de MM. Wakker et Went. Aussi la production de ces divers pays se dresse-t-elle menaçante en face de la betterave.
Il serait injuste de refuser à nos colons le mérite d'avoir suivi avec attention ces expériences et ces études intéressantes. Dès 1888, des planteurs de la Martinique obtenaient déjà des plants venus de graines; nous en avons rencontré nous-même sur une habitation voisine de Saint-Pierre. Si ces tentatives n'ont donné aucun résultat appréciable, c'est qu'en réalité les laboratoires d'études et les hommes techniques manquent dans nos colonies. Comment un planteur pourrait-il choisir
dans une multitude de Heedlinys ceux qu'il convient de propager s*il ne possède pas le matëriel et les connaissances nécessaires pour doser le sucre ? Sans celte possibilité ses essais deviennent infructueux et on comprend alors pourquoi nos (H>l<)uips poursuivent la culture des cannes pauvres. Nous vei'rons plus loin ce qu'il conviendrait de faire à ee point de vue par une organisation mieux entendue des jardins d'essais. Mais, nous pouvons dire dès ce moment que si le gouvernement métropolitain y apporte quelque bonne volonté et si les planteurs eux-mêmes se ressaisissent, la culture de la canne dans nos colonies peut encore procurer des bénéfices suflisants ; pour cela il faut renoncer aux errements anciens. L'exemple des colonies anglaises est làj de même que celui des îles Hawaï et de Java, pour donner un salutaire exemple aux habitants dé- ^uragés de nos vieilles colonies fran<;alses,