‹ La Production animale dans le Département de la SommeChapitre 11 sur 16 · LL CT · texte numérisé non relu

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un seul fermier qui fasse provision de fourrage exprès pour eux, ce qu'un bon fermier anglais ne manque jamais de faire ». (1) |

Un troupeau se renouvelait tous les cinq ans ; le propriétaire en vendait annuellement une partie qui était remplacée par les agneaux.

Depuis le mois de novembre jusqu’au mois de juillet, les moutons se nourrissaient à l’étable. Pendant le reste du temps, ils n'avaient d'autre alimentation que celle qu’ils trouvaient dans les champs moissonnés et sur les friches. La tonte avait lieu à la fin du mois de mai ou au début du mois de juin. L'époque de celle-ci fit couler beaucoup d’encre On attribuait la mauvaise qualité des laines, dont l’industrie se plaignait, à l'usage qui prévalait en maints endroits de tondre trop tôt, alors que la laine n’a pas encore atteint la maturité. Si la tonte a lieu prématurément, la toison pèse un tiers en moins ; si elle est trop tardive, il y a déchet de tout ce qui se perd aux ronces du chemin. |

En vue de procurer à nos laines les qualités qui leur permettraient de concurrencer avantageusement leurs rivales, et d’affranchir nos manufactures de la dépendance de l'étranger, Colbert et ses successeurs entreprirent d'améliorer nos races locales par l'importation de reproducteurs anglais, castillans ou hollandais, qui devaient régénérer à la longue nos troupeaux.

Par fraude, pour tromper la vigilance des Anglais attentifs à empêcher l'exode de leurs animaux de race, 3 béliers et 6 brebis du Lincolnshirefurent, à grands frais importés d'Outre- Manche dans la Généralité d'Amiens. Mais il fallut compter avec l'insuffisance de nos pâturages, l'influence du climat et le défaut de soins. Les sujets améliorateurs devinrent languissants, et leurs produits ne tardèrent pas à dégénérer. Il aurait fallu les soumettre au régime des pares et adopter l'éducation anglaise du troupeau (2).

4) Arthur Young. Voyages en France pendant les années 1:87-88-89.

( (2) Arch. de la Somme. C. 26812.

C’est ce que fit dans le Marquenterre M. de Lormoy, dont les troupeaux étaient connus à la Cour de Versailles, et dont les produits étaient très recherchés. La reine Marie-Antoinette fit venir 12 brebis de choix à Trianon, qui surent attirer l'attention admirative du roi (1).

Cependant, aucun fermier de Picardie ne chercha à imiter les établissements de M. de Lormoy, qui excitèrent la jalousie plutôt que l’émulation, et la situation allait s’aggravant Les défrichements autorisés en 1766 réduisirent considérablement les surfaces de pacage, et telle paroisse qui nourrissait jusqu’à mille bêtes à laine n’en comptait plus que la moitié.

En 1787, Louis XVI inaugura en France le système des «parcs à l'anglaise », précurseurs des bergeries royales. La direction en était confiée à des praticiens intelligents auxquels l'Etat fournissait des béliers provenant d'Espagne, d'Angleterre ou d'Asie.

Ces dépositaires étaient personnellement exempts de toute espèce d’impositions, et ils recevaient chaque année une quantité de sel en rapport avec l'importance de leur troupeau.

Les volontaires furent très rares et les intendants durent souvent imposer la garde de ces parcs.

Le marquis d'Hargicourt, toutefois, s’engagea à soigner les animaux qui lui seraient confiés, (non seulement en amateur, mais en homme comblé de coopérer au bien que ses compatriotes doivent attendre des parcs à l’anglaise et heureux d’être pour quelque chose dans les vues bienfaisantes du gouvernement » (2).

«A la même époque, il y avait dans le parc de Boves-lez- Amiens, concédé à M. Delahaye : 190 brebis de pays, toutes de premier choix, 2 brebis anglaises, 4 béliers anglais et 2 béliers de Barbarie, achetés à Andrinople ». (3).

(1) Arch. de la Somme C. 380 12, Arch. nationales F. 10 {bis,

(2) Arch. de la Somme : C. 389 - 1787.

(3) Arch. de la Somme : C. 386 12.

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Malgré tant de sacrifices et d’efforts, la France en était réduite à importer pour 27 millions de laine en 1790, le gouvernement ayant commis l'erreur de confier l'acquisition puis l'entretien des animaux destinés à régénérer nos races abâtardies à des gens dont la profession et les travaux étaient étrangers à la culture et à l’élevage.

Le succès des parcs dépendait uniquement des hommes chargés de les diriger, et la France aurait pu, au prix d’un choix judicieusement exercé, à l'abri de l'intrigue, produire des laines rivales heureuses des meilleures sortes provenant d’Espagne ou d'Angleterre.

Par ordre de Turgot, 342 brebis et 42 béliers furent importés de Ségovie à Rambouillet, pour constituer la tribu célèbre dont la Bergerie nationale conserve encore des descendants. De ce moment, date l'influence améliorante de la race mérinos sous laquelle les toisons françaises finirent par ne le céder en rien à celles d'Espagne. Daubenton en donna Ja preuve en essayant nos laines ainsi améliorées pendant 18 ans dans les manufactures de draps fins d’Abbeville. |

La Révolution vint interrompre les efforts tentés en vue d'améliorer nos races, la laine étant toujours considérée comme le produit principal, et la viande comme le produit accessoire.

Les améliorations amorcées devaient donner toute leur mesure par la suite, comme nous le verrons plus loin.

Cette rapide revue de l’état de la culture et de l’élevage en Picardie, sous l’Ancien Régime, nous montre une véritable prédestination, une vocation de cette province pour ces deux branches de l’économie rurale.

Par leurs caractères physiques, les grandes plaines de limon et de craie comprises entre la région flamande et la région parisienne sont vouées au labour et à l'élevage qui, très tôt, y furent en honneur.

Le pays a trouvé son intérêt à s'attacher au progrès de l'agriculture, et cela, non seulement parce que les produits

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alimentaires sont indispensables, mais encore parce que le département forme, par la nature de son climat, de son sol et par les mœurs de ses habitants, une région essentiellement agricole.

-: L'empirisme régnait, la routine était maîtresse, mais, néanmoins, la consultation des textes de l’époque indique un désir de mieux faire pour mieux produire.

Ce qui frappe déjà, c’est l’intérdépendance étroite de la culture et de l'élevage. C’est de la terre cultivée, du champ labouré que le bétail reçoit ses moyens d'existence. En retour, il lui restitue par ses excreta une part de la fertilité enlevée par les récoltes.

Cette interdépendance nous apparaîtra de plus en plus précise dans les pages qui vont suivre, et dans lesquelles nous allons aborder l'étude de la production animale de nos jours, en fonction de la production végétale!

Dans la Picardie de l’Ancien Régime, en un mot, s’ébauche déjà la région hautement spécialisée dans les spéculations agricoles qu'est devenu par la suite le Département de la Somme.

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