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LA PRODUCTION ANIMALE DE NOS JOURS

L'élevage s’est transformé à mesure que le sol se modifiait. L'amélioration des cultures et celle de l'élevage sont le double bénéfice des travaux inaugurés à l’instigation des Encyclopédistes, des agronomes et ‘des Physiocrates du xvutf siècle, mais, « rien n’a changé dans la nature même du pays, dont l’économie rurale présente encore l’heureuse combinaison de deux tempéraments, le labour et la pâture ». (Demangeon).

Le nombre des bestiaux s’est considérablement accru, et leur répartition s’est modifiée par adaptation aux différents modes de culture. É

Plusieurs faits, qu’il nous faut analyser, sont à l’origine dé ces changements profonds.

Et tout d’abord, l'introduction et la généralisation des prairies artificielles ont eu pour corollaire un développement du bétail inusité jusqu'alors. Les cultivateurs assurés de grosses ressources fourragères n’eurent plus à restreindre volontairement leur production. Les troupeaux purent se multiplier, et satisfaire au double besoin de viande et de fumier qui se faisait de plus en plus sentir.

La consommation de viande était extrêmement faible sous l'Ancien Régime. La denrée était rare, donc chère. Les petites gens n’en consommaient point et les autres préféraient la marée et Ja venaison. La viande n’avait pas pris rang parmi les valeurs appréciées. Avec le xix° siècle, la demande en

augmenta rapidement, encourageant la production d'animaux de boucherie. (1)

D'autre part, l'unanimité se fit chez les cultivateurs picards pour reconnaître que la production de fumier, engrais essentiel sur leur sol et avec leur mode de{culture, était insuffisante, parce que le bétail était trop peu nombreux. En effet, il faut en moyenne une tête de bétail par hectare pour produire la quantité de fumure qui convient pour assurer une bonne fertilité. Or, il n’en existait guère qu’un tiers ou une demie au début du xix° siècle, mais les progrès ont été rapides dans ce sens.

Enfin et surtout, la culture de la, betterave, en pénétrant dans l’assolement, a réalisé une véritable révolution agricole. Les labours profonds et les façons multiples qu'elle nécessite ameublissent la terre ; les engrais indispensables en quantités massives l’enrichissent, le rendement en blé augmente considérablement pour de mêmes emblavements, et devient rémunérateur. La pulpe, résidu de l'industrie sucrière, constitue une excellente nourriture pour le bétail ; il en résulte un gros accroissement de la quantité de fumier disponible, donc un surcroît de fertilité, s’ajoutant, comme profit, aux revenus d’une belle production de viande. C’est au point, qu'en certains endroits, on renonce, pour la betterave, à la richesse sucrière, pour cultiver des espèces très prolifiques (demi-sucrières), laissant des résidus abondants pour l'alimentation.

Par ailleurs, l'apparition des chemins de fer et la facilité des transports qui en découle assurant à toute contrée la possibilité de se procurer les denrées qu'elle produit malaisément, permettent à chaque sol de suivre sa vocation, aux cultures de s'adapter aux terrains et aux climats qui leur conviennent le mieux.

Il s'ensuit que certaines régions privilégiées ont pu se consacrer exclusivement ou presque, les unes à faire naître,

(1) De cette époque (1830-1850) date l'apparition de la grande industrie qui a déterminé l'accroissement énorme des populations des villes et des bourgs, populations Cconsommatrices de viande.

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les autres à élever le bétail ; d’autres encore à l’exploiter sous forme d'animaux de travail ou de rente dans les pays de grande culture.

Les communications, mieux garanties, assurant la vente et élargissant le marché, ont donc aussi contribué à accroître le cheptel.

En résumé ce dernier s’est considérablement augmenté et

s'est adapté par régions, comme nous allons le voir, sous les influences multiples :

a) des prairies artificielles, productrices de larges ressources alimentaires ;

b) des besoins sans cesse croissants en viande et en engrais naturel ;

c) de la culture de la betterave apportant son très large appoint à l'alimentation des animaux ;

d) des communications rendues de jour en jour plus faciles, et permettant tous les échanges, dunc toutes les spécialisations.

Au point de vue de la distribution géographique, on observe un certain parallélisme entre l'élevage d’une part et la culture d'autre part, qui se trouvent une nouvelle fois en étroite corrélation.

Pour l’un comme pour l’autre, il y a une opposition frappante entre la région orientale du département, où règne la culture intensive, et la région occidentale, de culture moins avancée. Dans le Santerre, la spéculation agricole repose beaucoup plus sur les produits du sol que sur le bétail.

Dans le Vimeu et dans la région de l’Authie, on demande beaucoup aux produits du bétail et moins à ceux du sol. Les terres en pente et caillouteuses sont moins fertiles que celles de la région limoneuse ; elles se consacrent chaque jour davantage à la production des plantes fourragères et à l'élevage des bestiaux.

Il existe donc deux zones nettement différenciées, l’une de culture intensive, l’autre d'élevage intensif.

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Dans la première, le Santerre, aucun espace libre ne subsiste dans les champs intégralement utilisés pour la production de la betterave et du blé.

À peine les vaches sont-elles mises au piquet dans quelques rares parcelles exiguës de trèfle ou de luzerne. Par contre, J’industrie sucrière met à la disposition des cultivateurs des quantités énormes de pulpe que le bétail consomme à l’étable. L'engraissement des bœufs de travail devient même une source de gros revenus.

Les animaux engraissés ne sont pas nés dans le pays. Ils proviennent en partie de la région occidentale qui peut, par ses pâtures, faire des élèves et, en partie, de régions nettement herbagères : Charolais, Mayenne, Cotentin. L’engraissement dure de 90 à 120 jours, en arrière-saison, ce qui présente le double avantage d'utiliser les déchets de betteraves et de fournir beaucoup de fumier.

Cette spéculation est appliquée en grand dans les fermes annexées aux usines, distilleries, brasseries, sucreries.

L’abondance de la nourriture et sa richesse nutritive permettent aussi le développement de la production du lait. Pulpes, tourteaux et drêches donnent des rendements laitiers surprenants.

Faute d’herbages pour lesquels il ne reste aucune place, cette région ne voit naître ni les chevaux qu’elle occupe, ni les bœufs qu'elle engraisse, ni même les vaches qu'elle nourrit.

Dans les régions d'élevage intensif, le Vimeu et le Ponthieu, les cultures riches comme celles de la betterave ne réussissent pas aussi bien en raison d’une moindre fertilité et d’une moindre profondeur de la couche arable, mais on rencontre des conditions meilleures pour l'élevage : grande humidité atmosphérique, sol imperméable, donc restant plus longtemps mouillé. |

Ainsi que nous l'avons vu plus haut, c’est un pays de grasses pâtures et d’herbages qui se sont constitués en grande partie aux dépens des céréales. Les champs préalablement débarrassés soigneusement des mauvaises herbes (cypéracées,

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joncées, centaurées), sont semés de bonnes graines de prairies (graminées et légumineuses) et abondamment fertilisés par des engrais.

L'élevage prospère encore dans certaines régions favorisées, comme les terrains de renclôture et les anciens marécages drainés. Au pied de la falaise qui limite à l’est les Bas-Champs et le Marquenterre, on peut suivre du sud au nord, par Brutelles, Noyelles, Rue, Quend, une large bande de verdure où paissent des bestiaux et des chevaux.

Dans ces dépressions humides, on entretient aujourd’hui des prairies bien drainées et bien fumées entourées de fossés ou de clôtures en fil de fer. Ün arbre non équarri et couché en travers de l’entrée sert de barrière.

Le nombre des bestiaux qu’on y élève augmente à mesure que les communications mieux assurées en facilitent la vente.

Dans cette région occidentale, les fermes herbagères ont une situation plus satisfaisante que les fermes à céréales. Il leur faut moins de main-d'œuvre et il la faut moins intelligente. Leurs produits ne craignent pas autant les intempéries que les récoltes.

C’est à la classe des cultivateurs herbagers que les progrès de la viabilité ont profité davantage, permettant un facile écoulement de la viande, du lait, du beurre.

Une vieille réputation, justifiée d’ailleurs, s'attache à cette catégorie de cultivateurs du Vimeu et du Marquenterre (1).

De cet aperçu sur la répartition des diverses spéculations agricoles, il résulte que le département de la Somme fait une place très large à l'élevage et à l'exploitation du bétail. Le sol et le climat s’y prêtent ; les Picards excellent à en tirer parti ; en l'absence de toute race indigène, ils savent exploiter fructueusement celles des régions voisines.

(1) La seule fois que la prime d'honneur a échappé au Santerre, ce fut vers 1899, au bénéfice de la ferme de St-Jean-les-Rue à M. Béthouart père.

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1° Population Chevaline

Elle est représentée par deux types ;

a) le cheval boulonnais.

b) le cheval de trait du Nord.

a) Cheval boulonnais : La race boulonnaise est de beaucoup la plus importante. Elle occupe les deux tiers du département ; mais c'est surtout dans le Marquenterre, le Vimeu et le Ponthieu qu'on la rencontre dans toute sa pureté.

Les Vimeusiens, en particulier, se sont de tout temps spécialisés dans l'élevage des poulains mâles qu’ils choisissent avec une habileté consommée et inégalée, dans les fermes ou aux foires du Boulonnais, Desvres, Marquise, Hucqueliers, Fruges, Fauquembergue, etc. Cette habileté, ils la doivent à une longue pratique du métier, à « leur constante habitude de ne pas juger les poulains seulement sur la mine, d’escompter l’origine de ceux qu'ils destinent à la continuité de l’espèce, de s’enquérir minutieusement de ce qu'étaient les pères et mères, ainsi que les-grands parents, et de ce qu’ils ont fait. » (Viseur).

Dès l’âge de 1 an (laiterons) ou de 18 mois, l'élite du Boulonnais se trouve ainsi réunie dans le Vimeu, région d'élevage par excellence où tout ce qui subsiste de culture a pour objectif principal l'alimentation du cheval : trèfle, sainfoin, hivernage, luzerne et warrats.

Elle y est l’objet de soins jaloux, sinon toujours éclairés. À partir d'octobre, les plus petits cultivateurs, les ménagers même ont au moins un poulain chez eux.

Jusqu'au mois d'avril, les élèves sont condamnés à la stabulation permanente, dans des écuries le plus souvent basses, sans air ni lumière. Ils sont attachés en une travée, sans aucune séparation, avec suffisamment d'espace pour se mouvoir, mais pas assez pour pouvoir ruer ou frapper. Ils y gagnent cette grande douceur qui reste plus tard une de leurs caractéristiques.

Ils sont soumis à un régime alimentaire assez particulier et qu'on peut qualifier d’excessif. La mangeoire et le ratelier sont garnis en permanence, et une provision de fourrage se trouve à la porte d'entrée, qui permet de combler les vides à mesure qu'ils se produisent. Ainsi, les animaux mangent constamment, à leur gré, en petites quantités à la fois ; n’étant jamais poussés par la faim, ils prennent leur temps, mâchent lentement, et la variété des aliments empêche la satiété. Il n’y a jamais de querelles devant le ratelier vide et jamais de coups de pied. Les digestions sont bonnes, et les nuits paisibles.

Le foin est la partie la moins importante du régime; on distribue abondamment des fèves, lentilles, hivernages, warrats, des carottes, de l’avoine enfin, 8 à 12 litres, et jusqu’à 16 litres par jour.

L'abreuvoir se fait à une auge dans l’écurie même.

Les animaux se trouvent donc soumis à un véritable engraissement qui dépasse souvent les limites du beau.

Tous les élèves d’une même écurie ne sont pas également poussés. Ceux qui sont prêts pour la revente sont l’objet de plus de soins et bénéficient d’un régime plus substantiel encore. Ils occupent une place privilégiée et d’autres leur succèdent par roulement quand ils sont vendus.

Aussi trouve-t-on chez les éleveurs en juin, juillet, août, des sujets pléthoriques débordant d’embonpoint et d'ardeur juvénile, attachés au ratelier depuis 8 ou 10 mois, et n'ayant jamais ou presque jamais été exercés au pas ou au trot.

Contrairement à toute attente, après un tel régime, le poil reste court et soyeux, les membres nets, les allures franches et faciles.

Cependant, il y a une tendance à réagir contre cette longue claustration. De plus en plus, le poulain, à son arrivée en Vimeu, est laissé en liberté dans le verger attenant à chaque habitation rurale. Il y trouve un gazon fin et serré, et y prend un salutaire exercice.

Plus tard, au printemps, on l’attelle à la charrue avec des

animaux plus âgés, servant de moniteurs; il fait ainsi son apprentissage sans être surmené.

Les élèves vimeusiens sont revendus à 3 ans et demi, 4 ans ou 5 ans, et, par le travail fourni, ils dédommagent partiellement l’éleveur de leur entretien.

C’est principalement autour d'Oisemont que se concentre cet élevage intensif, et c'est aux foires de Blangy, Gamaches, Oisemont, Abbeville, que les régions de grande culture viennent s’approvisionner en chevaux de trait qui se répandent dans le Santerre en particulier, mais aussi dans le Nord, en Seine-Inférieure, dans le Beauvaisis, le Soissonnais, ete.

Certains sujets de grand choix retournent dans le Bas- Boulonnais, comme reproducteurs et c'est surtout aux foires d'Oisemont qu'ils sont présentés, ainsi que tous les meilleurs produits de l'élevage vimeusien.

Le marché de Gamaches écoule les sujets moins distingués.

Deux fois l’an, à Abbeville, se tient un marché très important d’où s’enlèvent d'excellents chevaux entiers de 4 à 6 ans qui ont fait la monte et servi aux travaux des champs de la région, Ces animaux, en pleine vigueur, sont dirigés sur Lille, Rouen, Paris et sur les carrières de l'Oise.

La demande ayant augmenté, les achats commencent en février, mars et les écuries des éleveurs sont visitées par les acheteurs qui traitent sur place et embarquent aux gares d'Oisemont ou de Gamaches les meilleurs élèves destinés à la Normandie, au Santerre, au Vermandois, au Soissonnais. Il s'ensuit que les marchés sont appauvris d'autant, et que tel, qui comptait il y x quelques années 5 à 600 têtes, n’en compte plus que 100 à 130.

Avant la guerre, on ne trouvait dans le Vimeu que des poulains mâles que le Boulonnais faisait naître mais ne pouvait nourrir. Depuis, les éleveurs du Pas-de-Calais, puissamment encouragés par leur Conseil général, conservent leurs meilleurs poulains et la production des jeunes étalons — si on en excepte quelques belles écuries, celles de M. de Wazières,

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à Terramesnil et de M. Pouilly à Ponches-Estruval, en particulier — reste localisée maintenant dans le Boulonnais.

Les éleveurs de la Somme se sont mis à faire naître. Chaque petit propriétaire possède une jument inscrite au Stud- Book et il la fait pouliner. Le Marquenterre produit le gros boulonnais à encolure épaisse, à poitrine large, aux reins puissants, à la croupe volumineuse. Le Vimeu produit un type plus affiné, d'aspect plus léger bien qu'ayant toujours une imposante musculature.

« Les Vimeusiens, en achetant les poulains boulonnais pour les conduire sur leur plateau fertile, en les spécialisant pour les services de la reproduction et des lourds charrois, en leur ouvrant de seconde main des débouchés dans les départements voisins, servent l'expansion et la bonne renommée de la race boulonnaise » (Viseur).

En fait, le Boulonnais et le Vimeu sont deux régions étroitement associées dans la production d’un type déterminé de cheval de trait.

La première est la région productrice, qui fait naître, où la surface ensemencée étant minime, des poulinières suffisent aux travaux.

La seconde est la région d'élevage proprement dite, presque entièrement emblavée, et qui se trouve bien de disposer d’un grand nombre de jeunes chevaux à un âge où ils sont aptes au labour.

Ce dédoublement de l'élevage est un cas particulier de la spécialisation agricole qui caractérise l'époque actuelle.

Cette ingénieuse combinaison est en tous points avantageuse, La région qui fait naître est dispensée de garder de jeunes animaux qu’elle ne pourrait nourrir ; elle peut donc multiplier

sa production.

La région d'élevage est délivrée du souci d'entretenir des poulinières et des laiterons dont elle n'aurait pas l'emploi. Il s'ensuit que la première cultive avec des juments et la seconde

avec des chevaux.

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Les produits y trouvent également leur compte. Les besoins d’un cheval ne sont pas les mêmes en effet aux différents âges. Avant le sevrage, le poulain ne reçoit ni fourrage, ni grains ; un pays assez pauvre comme le Boulonnais peut donc en nourrir un grand nombre pourvu qu'il dispose de ressources suffisantes pour l'alimentation des poulinières.

Après le sevrage, jusque vers 2 ou 3 ans, il se contente d'herbe, de fourrage ; une contrée riche en pâtures, comme le Vimeu, peut l’élever commodément.

Après 2 ou 3 ans, jusqu'à la vente au commerce, le cheval devient plus exigeant ; il est en pleine croissance, et il faut donner aux grains une large place dans la ration. Un pays producteur de céréales convient à ce moment, pourvu qu'il dispose en outre de quelques prairies artificielles, ce qui est d'autant plus facile et avantageux que ces dernières sont une bonne préparation de la terre pour le blé et l'avoine.

Ainsi, l'élevage du cheval rencontre les conditions les plus favorables quand il commence dans un pays d’herbages et se poursuit dans un pays de culture.

A cet égard, le Boulonnais n’a eu qu’à se louer du voisinage de la Picardie, et le département de la Somme aux aptitudes agricoles si variées est un merveilleux champ d'expérience et de réalisation. Il faut en effet noter l'extrême importance de la nature des terrains dans les pays de culture où s'achève l'éducation des jeunes chevaux, A ce point de vue, les sols calcaires recouverts de limon, qui se travaillent aisément, sont on ne peut plus propices à la bonne mise en condition des élèves.

Le Santerre se trouve done compléter admirablement le Vimeu pour parachever le cheval boulonnais, « gloire de la contrée, superbe animal, au puissant athlétisme, aux formes rustiques, aux allures faciles et rapides, à l’âme courageuse ! » (Hippolyte Charles).

b) Cheval de trait du Nord. — Dans l’est du département, et en particulier dans la région dévastée, le cheval de trait du

Nord a pris une importance qu’il ne connaissait pas avant la guerre.

L'introduction sous forme de restitutions par les Allemands de chevaux belges et ardennais, l'établissement dans la région de fermiers belges, sont les principales causes de cette évolution.

La race ne s’y présente pas avec une homogénéilé égale à celle de la race boulonnaise. Les conditions de la culture (culture intensive), ne se prêtent pas non plus au développement de l'élevage. Néanmoins, l'introduction de bons étalons, la création de nouveaux herbages, l’action du Stud-Book du cheval de trait du Nord, sont autant de circonstances heureuses qui favorisent la production du cheval dans cette partie du département.

Issu de soigneux croisements de la race trançaise des Ardennes avec la race brabançonne, il s'impose dans une contrée où les cultures intensives ainsi que l'industrie nécessitent des chevaux vigoureux, capables de faire des labours profonds en terres fortes et de traîner de lourdes charges.

Massif, musclé, avec de bons pieds à talons forts, de bons aplombs, une robe foncée séduisante, il est d’un caractère calme et tranquille. C’est un bon serviteur de conduite facile, généreux et convenant à merveille aux divers travaux de la culture betteravière et aux gros transports du commerce et de l'industrie,

Placé au voisinage immédiat du berceau de la race (Cambrésis), l'arrondissement de Péronne est devenu, pour le cheval de trait du Nord, un peu ce que le Vimeu est pour le cheval boulonnais. |

«Même avant la guerre, le cheval de trait du Nord était bien représenté dans toutes les bonnes écuries de la région de Péronne : celles de MM. Pépin à Moislains, Delorme à Sancourt, Pointier à Croix-Molignaux, Puche à Misery... Presque tous les animaux furent volés ou tués, mais en Picardie, comme dans le Hainaut français, la restauration de l'élevage a été

prompte et habile.

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Des éléments bien typés ont été achetés dans le pays d’origine, en Belgique, d’autres retrouvés dans les régions libérées françaises et belges, d’autres enfin reçus d'Allemagne au titre des restitutions » (article de M. P, Dubois cité par M. Montsarrat, dans sa thèse sur Le Cheval de trait du Nord).

En 1921, fut inauguré à Péronne un concours départemental préparatoire au grand concours annuel de la race, qui se tient à Cambrai, et auquel seuls peuvent être présentés les chevaux inscrits au Stud Book spécial.

Ces concours connaissent depuis cette époque un succès qui va croissant. Les réunions de Péronne ne peuvent que provoquer l'extension de la production chevaline.

« Ainsi, la Somme, enrichie déjà par le gros élevage des poulains boulonnais dans le Vimeu, est dotée d’une nouvelle spéculation animale ; Péronne renæissante serait peut être appelée à devenir un fort marché de chevaux de trait du Nord, le pendant du vieux marché d’Abbeville pour les chevaux de trait boulonnais ». (P. Dubois).

2° Population bovine

Depuis le commencement du xix* siècle, la production du bétail et la valeur de cette production ont subi une progression constante. Le rôle du cheptel est mieux compris ; celui-ci n’est plus seulement un mal nécessaire, utile par le fumier qu'il produit ; il est devenu un but, et non plus seulement un moyen.

Les progrès de la culture, l’introduction des plantes sarclées et des plantes fourragères, la suppression des jachères, l'emploi des engrais chimiques, en accroissant les récoltes et les moyens d'alimentation, ont permis de développer la population des étables.

La culture des céréales n'étant pas toujours rémunératrice, un intérêt certain s'est attaché vers le milieu du xix* siècle à la transformation du mode d'exploitation en basse Picardie, où on trouve de moins en moins de champs cultivés, moins de

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blé et de céréales qui ne paient pas ou paient mal; mais on élève de plus en plus de bestiaux, et on fabrique de plus en plus de viande, denrée de placement certain et rémunérateur.

La transformation d’une ferme à céréales en une ferme d'élevage n’a pu être une improvisation. Elle est conditionnée. par une préparation de longue main : constitution d’un stock de fourrage sec pour l'alimentation d’hiver ; aménagement de prises d’eau assurant de copieux abreuvements ; fumures abondantes à base de déjections animales et d’engrais commerciaux ; mais en revanche, les produits animaux conquièrent une place de plus en plus importante dans l'économie rurale. Partout où les terres permettent des pâturages permanents, on s’est mis à faire des bêtes à cornes.

Les avantages de cette substitution sont nombreux: économie de frais de main-d'œuvre et de culture ; accroissement de la masse et de la qualité des fumiers à consacrer à une moindre étendue de terre labourable, entraînant une culture plus intensive, des récoltes plus fournies et plus rémunératrices ; produits animaux plus abondants, d’une vente profitable et moins aléatoire que celle des céréales ; conservation et amélioration de la fertilité du sol.

Dans la région occidentale du département, grâce aux pâtures, on peut élever les jeunes ; on s'efforce de les faire naître pendant l'hiver ou au printemps afin que, une fois sevrés, ils grandissent dans les herbages.

Les génisses deviennent des vaches à lait et les jeunes bœufs sont engraissés dans les régions de culture intensive.

La grande ressource est la production du lait qui est transformé en beurre dans la majorité des fermes herbagères du Vimeu, du Ponthieu et du Marquenterre. Au voisinage des villes, il y a plus de profit à vendre le lait au consommateur ou à l’expédier sur Paris ou sur les centres miniers.

Dans la région orientale (Santerre), l'abondance et la variété des ressources alimentaires, la proximité ;de Paris, assurant un large débouché aux animaux engraissés, justifient l'entretien

d’un nombreux effectif. La production laitière, peu intense,

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est juste suffisante pour les besoins de l'exploitation. Le surplus, quand il existe, est transformé en beurre et le petit lait est donné aux porcs.

Les génisses sont seules conservées pour remplacer les vaches réformées ou vendues à la boucherie après leur sixième veau. Les jeunes mâles sont vendus dans les huit premiers jours à des engraisseurs, et, plus rarement, gardés et engraissés à l’étable ou, de préférence, sur le fumier jusqu’à 2 ou 3 mois.

Certaines localités : Rollot, Etelfay, Faverolles, Fescamps, se consacraient jadis activement à la fabrication des fromages. Cette industrie est actuellement en décadence. (1)

Dans le Santerre, comme dans le nord dela France et dans le Soissonnais où sont cultivées les plantes industrielles, la betterave notamment, on emploie le bœuf de labour, plus lent, moins nerveux, plus résistant et plus fort que le cheval, convenant mieux pour ces raisons aux façons répétées et pénibles, ainsi qu'aux lourds charrois. Après l'avoir fait travailler, on l'engraisse avec les pulpes de betteraves. Ce sont les bœufs charolais qui font prime par leur double aptitude au travail et à la boucherie. |

Telles sont les différentes spéculations auxquelles donne lieu l'espèce bovine.

Le fait le plus caractéristique est le développement considérable pris par les industries du lait. Tandis que l'exploitation des bovidés en vue de la force motrice reste dans un état stationnaire ou légèrement dégressif, tandis que la production de la viande connaît des fortunes diverses, la production du lait s'est classée en tête des entreprises zootechniques par la valeur et l'importance des produits mis en œuvre.

Les races en présence sont précisément des races aux aptitudes laitières très confirmées :

(1) La fabrication du fromage « Rollot » a diminué, mais elle a surtout changé de forme. Cette industrie de la ferme est devenue celle d’une usine, à Rollot même et à Arvillers.

la race flamande, 82°}, en 1900, 63 °/ en 1924 » normande, 15°}, » 35 °/o »

» hollandaise, 3°} » DATE)

La race flamande est répandue principalement dans le Marquenterre, le Ponthieu et l’'Amiénois. ;

Sa pureté est d'autant plus grande que l’on se rapproche davantage du Pas-de-Calais. Ailleurs, elle présente un moindre développement, une robe plus claire, une peau plus épaisse et une aptitude laitière et beurrière réduile.

Depuis la guerre, l'amélioration de cette race a fait de grands progrès La sélection se poursuit d’une façon méthodique, comme nous le verrons plus loin. Tous les efforts tendent à uniformiser le type et à améliorer les sujets qui en dérivent par l'introduction répétée de taureaux importés des meilleurs centres d'élevage de la race flamande pure.

La race normande est exclusivement exploitée dans le Vimeu, qui confine à la Normandie. Son importance a sensiblement augmenté depuis la guerre, les éleveurs de la région ayant eu plus de facilités pour reconstituer leurs étables dans les départements normands que dans les Flandres.

Ces deux races principales représentent le bétail le mieux approprié aux conditions mêmes de la production. Chacune d’elles possède une aire d'extension qui lui est propre et parfaitement délimitée. :

Le contact s'établit sur une ligne qui traverse les cantons de Rue, Oisemont, Hornoy, Conty, Montdidier.

La race normande, qui ne dépassait pas la vallée de la Bresle avant la guerre, a progressé jusqu’à l'embouchure de la Somme et un peu au delà, mais il n'existe aucun conflit, chacune des races en contact ayant établi sa zone d’expansion dans les conditions les plus profitables et les plus rationnelles.

La race hollandaise fut importée dans la Somme en 1847, à Saint-Fuscien (près d'Amiens) où sa robe particulière fit sensa-

tion.

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Cette importation avait été faite dans le but d'améliorer par croisement la race locale (picarde).

Le Comice agricole d'Amiens avait précédemment introduit des reproducteurs schwitz, flamands, durham. Aucun n'avait donné satisfaction. Les premiers fournissaient des sujets peu appréciés à la boucherie et les accidents du vêlage étaient fréquents avec eux. Les seconds exigeaient de gras pâturages qui n’existaient pas alors dans le département. Les troisièmes, très exigeants pour leur nourriture, étaient surtout une race de boucherie à faible aptitude laitière.

On leur préféra une race amélioratrice réunissant les qualités désirées et pouvant s’acclimater facilement. La hollandaise se montra laitière de premier ordre, d’engraissement aisé et précoce. Peu difficile pour sa nourriture, elle s’accommode de tous les régimes. C’est une excellente machine à lait et de haut rendement. Les vêlages sont faciles, les veaux s'élèvent bien et leur croissance est rapide.

Le croisement avec la race picarde n’a guère été continué, quoique satisfaisant, mais la race hollandaise s’est acclimatée dans la Somme en y conservant ses qualité natives.

Toutefois, elle ne s’y est pas généralisée et elle ne se rencontre que dans l’est du département, Elle est en progression dans le Santerre où le jeu des prestations en nature a amené de nombreux sujets de souche hollandaise et où l’industrie laitière prend une importance croissante aux dépens de l’industrie fromagère.

Le lait est ramassé deux fois par jour par des dépôts régionaux (Chaulnes, Corbie) opérant pour le compte de grandes sociétés laitières qui pratiquent la pasteurisation et alimentent Paris et les centres miniers du Nord.

À l’autre extrèmité du département, au voisinage de Mers, on rencontre quelques étables de hollandaises qui se chargent de ravitailler en lait les multiples stations balnéaires du littoral.

Dans ces deux points de concentration de la race, c’est la remarquable aptitude laitière qui motive la préférence des éleveurs. Les difficultés rencontrées par ces derniers pour se

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procurer des taureaux améliorateurs sont un obstacle à une plus grande extension. Aussi ne compte-t-on guère plus de 10.000 sujets hollandais dans le département. On peut citer les étables de MM. Gauchy, de Sancourt, Forget, de Mers-les- Bains, Dumont, de Dury, Pointier, de Croix-Moligneaux; ce dernier, en particulier, possède de nombreux sujets d'élite.

3° Population ovine

L'élevage du mouton a suivi une évolution curieuse en rapport avec l’évolution de la culture.

Dans un pays défriché et labouré, les champs prennent toute la place, les terres « vaines et vagues » deviennent rares, le domaine du mouton, friches, jachères et rideaux, se rétrécit ; les parcours diminuant, il fallut confiner les animaux à la bergerie ; la laine perdit ses qualités. Déjà à la fin du xvin® siècle, on constatait que la laine du Santerre, si bien dégraissée qu’elle fût, restait toujours jaune parce que « le mouton demeurait trop longtemps à l’étahle, et parce qu'il n'était pas assez nourri d'herbage ».

On renonça, devant la chute des prix, à faire du mouton comme bête à laine ; on chercha à le mieux adapter au nouveau milieu agricole et à en faire surtout une bête à viande, en transformant le système d'élevage.

L'extension des prairies artificielles joua son rôle une fois de plus.

On s’efforça d’abord de multiplier le mouton flamand sur les exploitations de Picardie. Importé jadis des Indes orientales par les Hollandais, c'était un gros mangeur, très apte à donner de la viande et du poids, mais fournissant une laine grossière. Îl trouva dans ce nouveau domaine des terres fortes, susceptibles de lui fournir de grosses nourritures. Des croisements opérés en dehors de toute règle aboutirent comme nous l’avons déjà vu, aux variétés picarde et santérienne et

aussi à la variété artésienne.

Ces différentes souches d’origine commune subirent vers 1841 l'empreinte des béliers de races Dishley ou Leicester, New-Kent, South Down ou Dishley-mérinos, annuellement mis en vente publique à la bergerie royale de Montcavrel, près de Montreuil, transportée plus tard au Haut-Tingry, près de Boulogne.

Il en résulta la création d’un type qui se conserve encore assez bien actuellement avec ses caractères spéciaux dans quelques bergeries du Ponthieu et du Montreuillois et auquel on a donné le nom de race boulonnaise.

Le mouton boulonnais, d’après Savagner, à la tête assez forte, et bien dégagée de laine, les yeux saillants, le front large, les oreilles assez longues et fines, le chanfrein presque droit, se terminant par un gros nez. On remarque quelquefois à la tête et surtout aux oreilles quelques tâches rousses et noires qu'il importe de faire disparaître. Le cou est gros et court Le système osseux est moyen, le corps cylindrique, assez long, le dos et le rein droits, les côtes bien arquées, la poitrine large et profonde. La laine est assez longue, formant une toison peu serrée et peu fine.

L'ensemble indique un animal rustique et précoce. La viande est abondante, mais sans finesse.

Dans l'est du département, on rencontre quelques troupeaux de la race dite de l'Ile-de-France. En réalité, il s’agit de la race Dishley-mérinos, descendante directe du troupeau constilué par Yvart et connue sous les noms successifs et mieux justifiés de « race d’Alfort », puis de « race de Grignon ». C’est une métisse dans laquelle le facteur Dishley apporte la viande et la précocité, le facteur mérinos, la laine et la rusticité.

L'engraissement au pâturage n'existe plus que sur les prés salés des bords de la Somme et de l’Authie dont la flore spéciale donne une chair tendre et parfumée (Spergularia marina, Lotus tenuifolius, Sagina marilima, favorables à l’engraissement, Armeria marilima, Arlemisia maritima, Salicornia

none

herbacea. . etc.) et sur quelques vestiges de terres vaines et vagues, grands côteaux inclinés où pousse le seul génévrier, car la terre n’y tient pas ; ce sont les « larris» (Hangest-sur- Somme, vallées du Liger et de l’Avre...

Ailleurs, le mouton est sédentaire. Ce n’est plus un animal de grand air, mais d’étable. Dans les exploitations de culture intensive, il n’est au pacage que du mois d'août au mois d'octobre, seule période durant laquelle la terre est nue.

Depuis un siècle, les troupeaux vont sans cesse diminuant, comme dans la plupart des régions françaises. Ils sont les principales victimes de la grande culture. Par contre, le poids moyen des moutons a augmenté grâce à une meilleure hygiène. Si le département de la Somme se trouve dépassé par les régions d'élevage intensif (Creuse, Haute-Vienne, Bouchesdu-Rhône, Indre), pour le nombre d'individus rapporté à sa superficie, en revanche il est parmi les privilégiés avec l'Oise et l’Aisne en ce qui concerne le poids vif. D’après la statistique de 1892, la Somme comptait 64 moutons par 100 hectares de territoire agricole, la Creuse en comptait 116, l'Indre 80, l'Aisne 72, la France 41. Mais elle accusait, toujours par 100 hectares de territoire agricole, 2.104 kilos de poids vif, la Creuse 2.401, l'Indre 2.079, l’Aisne 2.550, l'Oise 2.201, la France 1.159.

La pénurie de main d'œuvre est une des causes primordiales du fléchissement de l'élevage du mouton ou « dépécoration ». Il n’y a plus de bergers. On en trouve difficilement à 1.000 fr. par mois sans compter les primes. Ceux qui subsistent se refusent à faire des élèves. Au surplus, aucun jeune homme

ne se soucie de faire un métier mal considéré et absorbant.

L'importance numérique de la population animale du département ressort du tableau suivant :

Années. . . .| 1852 | 1862 | 1882 | 1892 | 1913

Chevaux . . .| 73.207! 77.056) 77.590) 75.982) 79.730 Bovins . . . .|116.943/144,713 141.813,159.576/187.260 Ovins . . . .|534.550/504,252 423.948 ,380 546 261.190

Années! … … «101918 1192411926 1927

Chevaux . . .' . : | 38 631) 64.356) 68 290| ‘69.407 Bovins . . :, 700098 590/153.3711176 930 18777 Ovins. . . . . . .| 59.420 143.281/165.303/166 273

La comparaison de ces chiffres montre que, jusqu’à la guerre, on observait un accroissement marqué de l'espèce bovine.

Le nombre des chevaux restait sensiblement stationnaire.

Quant aux ovins, comme partout en France, ils étaient en décroissance.

Elle met en relief les désastres de la guerre.

Les deux cinquièmes du département ayant été envahis, le cheptel avait complètement dispart de cette zone à l'armistice.

Dès 1914, il y avait une perte de :

35.000 chevaux sur 79.000 75 000 bovins sur 187.000 100.000 ovins sur 260 000

due aux réquisitions abusives.

La brusque offensive allemande de 1918, qui s’est arrêtée aux portes d'Amiens, eut pour conséquence l'évacuation du bétail restant dans le voisinage du front, et sa vente à vil prix à l'arrière.

Depuis 1919, des efforts considérables de reconstitution ont été faits, et les résultats sont très encourageants, mais, de

mOi

cette époque, date une orientation nouvelle de la culture et de l'élevage, toujours plus étroitement associés.

Dans le Santerre, en particulier, la culture de la betterave est en déclin, après avoir connu une très grande vogue. Les raisons en sont multiples : marché moins favorable, nécessité de très fortes avances à la terre. gros aléas dans la récolte, crise de la main-d'œuvre spécialisée que rebutent les façons nombreuses et pénibles. Par contre, la culture du blé connaît un succès sans précédent. |

Les prairies artificielles, luzerne surtout et trèfle, sont en progrès : l'usage se généralise de conserver une partie de ces fourrages à l’état frais dans de grand silos de métal ou de ciment pour nourrir le bétail en hiver.

Les conditions de prix et de main-d'œuvre, relativement peu favorables à la culture, lé sont davantage à l'élevage, qui rapporte plus avec moins de travail. Aussi, les pâtures se multiplient-elles, qui ne sont qu’un expédient pour économiser le personnel.

Pour reconstituer le troupeau anéanti par la tourmente, les cultivateurs se sont mis à élever beaucoup de jeunes dans la région, pour parer à l'insuffisance et à la médiocrité des livraisons faites par l'Allemagne.

Au cours de leurs pérégrinations à l'étranger comme prisonniers ou comme réfugiés, beaucoup d’entre eux ont été amenés, par la force des événements, à juger de visu de l’état florissant, hors de France, de l'élevage, et des étables modèles, étincelantes de propreté, orgueil et fortune de leurs propriétaires. Le goût de l'élevage leur est venu, s’ajoutant à la nécessité de s’y adonner aux dépens de la culture.

Autre modification, les belles attelées de bœufs blancs tirant la charrue sont en voie de disparition. Depuis longtemps on tendait à les remplacer par le cheval, plus rapide ; la guerre a précipité leur disparition, Le cheval convient mieux aux cultures riches, et le progrès agricole consiste à refouler le bœuf de travail pour étendre la sphère d’action des équidés. De plus, le paysan se résigne mal à garder une bête plusieurs

Er

années avant de la revendre ; il a le désir de faire travailler son argent plus vite. On n’engraisse plus guère que des bœufs sucriers, achetés en octobre et revendus trois mois après, On les installe sur le fumier dans la cour et on les nourrit à la pulpe et aux tourteaux. Le bénéfice d'argent est minime, mais il reste de quoi fumer les terres.

Cette spéculation, qui nécessite de grosses avances d'argent, est réservée à quelques riches agriculteurs.

La plupart des autres élèvent des veaux pour la boucherie, D'autres font du lait pour les grandes sociétés laitières.

Les animaux sont laissés jour et nuit à la pâture durant la bonne saison. On vient régulièrement les abreuver, et traire les vaches, celles du moins à qui on ne laisse pas leur veau,

En résumé, depuis la guerre, on observe une diminution des terres labourables au profit des surfaces enherbées, au détriment des céréales et de la betterave à sucre, assurant un meilleur équilibre de l'exploitation agricole dans les conditions actuelles.

L'espèce chevaline accuse une diminution de 11.000 unités (chevaux de commerce et d'industrie concurrencés par la traction mécanique), mais la qualité est supérieure en raison des améliorations de l’élevage, et de réformes plus hâtives qu'auparavant.

L'espèce bovine est en diminution peu sensible, laquelle sera vite compensée par le nombre croissant d'élèves

L'espèce ovine, la plus touchée, subit une perte de près de 100.000 têtes. Le mal paraît sans remède en raison de la disparition des petits troupeaux groupés sous la garde d’un berger communal, de l'importance des capitaux nécessaires pour exploiter directement un troupeau, de la pénurie des bergers enfin. ;

I reste, pour se faire une opinion précise sur l’industrie animale dans le département de la Somme, à voir, à titre de cas concret, comment jouent, dans une même exploitation de

moyenne importance, les diverses spéculations auxquelles elle donne lieu.

Soit une ferme du Santerre de cent hectares environ.

Quoique la spéculation agricole de la région repose plus sur les produits du sol que sur le bétail, l'élevage et surtout l'engraissement des animaux ont pris un rapide développement depuis la création des prairies artificielles. Celles-ci, comme nous l’avons déjà vu, permettent aux cultivateurs d'augmenter leurs bénéfices et contribuent à accroître le rendement des céréales, justifiant le vieux dicton : « Si tu veux des blés, fais des prés ».

L'importance du bétail est directement proportionnelle à la quantité de nourritures dont on dispose. En Santerre, celles-ci sont considérables et variées, donc le cheptel y est nombreux.

Il comprend des animaux de travail et des animaux de rente. Les premiers sont le cheval et le bœuf. Les écuries sont peuplées de juments boulonnaises qui fournissent leur travail et leurs poulains. Ceux-ci sontélevés dans l'exploitation ; progressivement mis en travail, ils prennent de la valeur et sont vendus en pleine force vers 5 ou 6 ans. Ce sont donc à la fois des animaux de travail et de rente.

On s'attache à posséder des juments boulonnaises de race très pure, qui ne coûtent pas plus comme entretien et rapportent davantage par leurs produits. Ceux-ci sont sevrés à six mois. Destinés à la remonte de l’exploitation, ils sont mis en pâture jusqu’à 2 ans environ; les autres sont vendus comme laiterons.

En raison de la faible étendue des pâturages, l’alimentation est complétée par l’administration journalière de :

Avoine "2 ki1:500 Euzemer 202 1500 Paille de blé . . 2 kil. 500

A la mise en travail, les poulains reçoivent la ration de l’attelée, soit :

Avoinet et 81112000 Énzerne PERS 00 Paille de blé . . 5 kil. 000

L'industrie sucrière, qui met à la disposition des cultivateurs d'énormes masses de pulpes, permet d'employer le bœuf comme animal de travail, pour le soumettre à l’engraissement à la fin de sa carrière. Il s’agit d'animaux importés du Charolais ou du Nivernais, qui deviennent une source d'importants revenus et présentent le double avantage d'utiliser les déchets du traitement industriel des betteraves et de fournir beaucoup de fumier.

Les animaux de rente comprennent un ou plusieurs étalons, des vaches et des moutons.

Les étalons, plus spécialement entretenus dans les exploitations éloignées des dépôts nationaux, sont achetés vers 18 mois soit dans les foires, soit chez les grands éleveurs du Boulonnais et du Vimeu. Ils représentent un capital important, une grosse avance à consentir, mais aussi leurs produits ont une valeur correspondante, et leurs saillies sont très recherchées et bien payées. De plus, ils sont en général approuvés par l'État, et, comme tels, ils reçoivent une prime annuelle de 500 fr., susceptible d'augmentation.

Du mois de mars au mois de juillet, chaque étalon est conduit par un étalonnier dans les fermes qui ont réclamé son concours ; il pratique la monte à raison de trois sauts par jour au maximum, durant des périodes de 3 jours consécutifs interrompues par des repos de 6 jours. L'expérience a montré que par ce régime, on obtient un maximum de fécondations.

L'alimentation est assurée par les propriétaires qui l'hébergent momentanément.

La rétribution variable est en moyenne de 50 fr. par saillie.

En période de repos, de juillet à mars, les étalons sont utilisés aux travaux de la ferme, et en attelages de deux afin que le conducteur en reste toujours maître. Cette pratique de gymnastique fonctionnelle diminue le prix de l'entretien des

Se

étalons, augmente leur fécondité en combattant la tendance à

l'obésité.

La ration journalière est la suivante : ANOIne: % 4 8 kilog.

DOME SE: PET Luzerne-! .…'”. 7 k. 500

Paille de blé. 5 kilog.

avec des mashes périodiques.

La spéculation des étalons est rémunératrice dans la mesure où l’on a de bons étalonniers.

Les étables contiennent une douzaine de vaches dans une exploitation de 117 hectares, effectif qui suffit à l'alimentation en lait des maîtres, des ouvriers et de quelques familles du village. Le surplus de lait est transformé en beurre et le petit lait est donné aux porcs.

La vache flamande est préférée en raison de son parfait acclimatement en Santerre et de la richesse relative de son lait en matières grasses.

Un taureau de race pure assure les saillies : il est renouvelé tous les deux ans.

Les veaux femelles remplacent les vaches parvenues au terme de leur lactation et livrées à la boucherie.

Les veaux mâles sont vendus en bas-âge ou soumis à

l’engraissement.

Les vaches touchent une ration ainsi composée :

Rülpés sarl: 20 kilog Betteraves. . . 20 »

Menues pailles . 5,6 > Tourteau de lin . LENS Euzéinés 4. 7 k. 500 Paille d'avoine . 5 kilog.

En belle saison, elles reçoivent de 50 à 60 kilogs de fourrage vert, soit à l’étable, soit sur place au piquet, auquel cas les bêtes sont mises au pâturage après la traite du matin et

FF

mr

rentrées pour la traite du soir. A l’étable, elles trouvent 5 kgs de paille dont la partie non consommée sert de litière.

Le taureau, soumis au même régime, consomme en plus de l’avoine destinée à lui fournir un supplément de vigueur pour effectuer les saillies.

De tout temps, l'élevage et l’engraissement des moutons, pratiqués sur une grande échelle en Santerre, ont été la principale spéculation animale du pays. La grande quantité de fourrages verts à Consommer de mars jusqu’en juillet, ainsi que les pulpes de sucreries très abondantes en rendent l’exploitation intéressante

La production de l’agneau gris est la plus avantageuse. Elle a pour objet l’engraissement des jeunes sujets jusqu'à l’âge d’un an au plus, de manière à obtenir une viande ferme, persillée, tendre et savoureuse.

Les agneaux et les brebis engraissés sont expédiés à La Villette.

La race est celle dite d’ « Ile-de-France », nom impropre de la race Dishley-mérinos.

Les brebis bien racées sont livrées à des béliers primés, loués pour la saison de monte et provenant d'élevages réputés du Vermandois, du Soissonnais ou d’'Eure-et-Loir.

De mai à décembre, le troupeau de 350 têtes comporte : 60 brebis devant donner leur 3° agneau en décembre 60 — 2° — 60 — or — 170 agneaux et agnelles du dernier agnelage.

De décembre à mai, le troupeau compte 410 têtes : 60 brebis ayant donné leur 3° agneau.

60 — 2° — 60 — 1 — 60 agnelles de remplacement.

170 agneaux et agnelles du dernier agnelage.

Les 60 brebis ayant donné leur 3° agneau sont laissées dans le troupeau jusqu'en mai avant l'introduction des béliers.

À cette époque, elles sont réformées et soumises à l’engraissement au vert jusqu'en août.

Les brebis stériles ont le même sort.

s 1ss u vert, moins coûteux qu’à l’étable, laisse L'’engraissement a t coûter à l’étable, I de sérieux bénéfices.

La monte a lieu en juin et juillet. Elle est faite par trois béliers, chacun d’eux opérant seul pendant trois jours et prenant ensuite six jours de repos. De la sorte, les batailles entre mâles rivaux sont évitées ; leur fécondité est plus grande, leur état reste bon.

Le troupeau esf rentré à l’étable au début de novembre en raison des nuits froides et il ne sort plus dans la journée à partir de la mi-décembre.

L'agnelage a lieu en décembre et janvier ; l’amputation de la queue se pratique quelques jours après la naissance, la castration à un mois, le sevrage à 3 mois. Les agneaux reçoivent du regain et du son placés dans un compartiment de la bergerie où ils peuvent seuls accéder.

Parmi les 170 agneaux, 60 agnelles, les plus belles, les mieux conformées, les plus aptes à perpétuer les caractères de la race, sont choisies et conservées pour remplacer les brebis réformées.

Les agneaux restant, après avoir passé tout l’été aux champs, rentrent à l’étable en octobre et sont soumis à l’engraissement. Pendant deux à trois mois, ils reçoivent une nourriture riche et substantielle pour rendre l'opération rapide et fructueuse.

Les animaux sont groupés en deux lots dont la préparation se fait à un certain intervalle de temps permettant d'échelonner les ventes.

Les sujets engraissés atteignent un poids vif de 40 à 50 kilogs.

Les brebis réformées, séparées du troupeau en mai, avant l'introduction des béliers, sont engraissées au vert durant 2 mois 1/2 à 3 mois ; elles parviennent au poids de 50 à

55 kilogs.

L'alimentation varie suivant qu’elle a lieu à l’étable l'hiver, au pâturage l'été.

Pendant l'hiver, les brebis mères reçoivent :

Betteraves. «+ 1... 6 kil.

Menues pailles . . 0 500 Dravière sn" 22" 0 500 AVOIR CNT 0e (Ù 150 Paille d'avoine . . 1 500 Les agneaux du sevrage au pâturage reçoivent : Betterayes 27, 1 kil. 500 Menues pailles . . 0 150 LIZEFRE RENE NN ES 0 800 Son. 0 100 Les moutons à l’engraissement :

PUIDES MASTER 8 kil. Menues pailles . . 0 800 DERNIER NEO 9 500

Tourteau de lin. . 0 100

Les brebis réformées et engraissées au vert reçoivent 8 kil. par jour.

Le régime du vert commence à la fin de mars, époque où se consomme le seigle fourrage, se continue en avril-mai avec la minette, en mai-juin avec le trèfle incarnat, pour arriver enfin aux chaumes en passant par les vesces de printemps et le trèfle violet. Après les chaumes viennent les fanes de betteraves qui mènent jusqu’à la rentrée à l’étable en novembre.

La tonte, pratiquée vers la mi-mai donne 3 kil. de laine en suint par brebis et 1 kil. par agneau.

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