‹ La Production animale dans le Département de la SommeChapitre 13 sur 16 · L'AVENIR DE LA SPÉCULATION ANIMALE · texte numérisé non relu

L'AVENIR DE LA SPÉCULATION ANIMALE

Les chapitres qui précèdent montrent les diverses régions culturales du département s’adonnant avec activité et succès à l'élevage dans toutes ses modalités. Les éleveurs picards témoignent d'un réel éclectisme, en dépit des difficultés qu’ils rencontrent. Leur situation n’est en effet nullement privilégiée au point de vue des races qui peuplent leurs écuries et leurs étables.

Pour les chevaux, ils sont éloignés du centre de production de la race boulonnaise, aussi bien que du berceau du cheval de trait du Nord.

S'agit-il des bovins? [ls sont à l’extrêmité de l’aire d’exploitation des races flamande, normande, et hollandaise.

Ils ne sont pas mieux placés pour l’espèce ovine.

Ils se trouvent donc dans l'obligation, pour maintenir les caractères de leurs races, ou pour en améliorer les qualités, de recourir à l'achat de reproducteurs dans les régions d'élevage de races pures.

Îls n’y manquent pas et la valeur des différents produits ne fait que s’accroître dans les conditions les plus satisfaisantes.

Le succès qui leur sourit est fait de leur compétence et de leur ténacité dans la recherche du mieux ; il est aussi le fruit des sacrifices qu’ils savent s'imposer.

Les nécessités économiques ont eu raison de l'individualisme si puissant chez le Picard. L'esprit mutualiste est né et

a fait dans le département de nombreux et fervents adeptes de l'association et de la coopération sous toutes leurs formes.

Tout d’abord l’organisation du crédit agricole s’est imposée.

L'éleveur, comme le cultivateur, ne trouve la rémunération de son travail qu'au moment de la vente de ses produits. Il importe donc que cette vente se fasse dans les conditions les meilleures, à l’époque des marchés les plus avantageux. Si le besoin d'argent hâte l'opération, le producteur y perd. Par l'institution du crédit agricole, dont l’idée première remonte à 1849, le cultivateur atteint à l'émancipation économique, échappe aux circonstances défavorables que le besoin d'argent lui imposait ; il s’affranchit de l’oppressive et onéreuse tutelle des prêteurs à court terme qui le dévalisaient.

Le crédit agricole comprend des caisses locales et régionales groupées en une fédération nationale et qui permettent d'améliorer la situation des sociétaires au point de vue moral et matériel, en leur procurant des capitaux sous forme de prêts à intérêts garantis par l’association. Il offre les caractéristiques suivantes :

Il est : 1° impersonnel, c’est-à-dire qu’il repose non sur les biens de l’emprunteur, mais sur la confiance que ses qualités propres inspirent.

2° décentralisé, c’est-à-dire qu'il est accordé, non par l'Etat ou par une Banque centrale, mais par des organes locaux, par des associations communales dont les agriculteurs emprunteurs sont eux-mêmes membres et s’octroient les uns aux autres le crédit dans la mesure de la confiance qu’ils s’inspirent réciproquement. Chacun puise tour à tour, quand il en a besoin, dans une caisse dont il est co-propriétaire sous le contrôle de ses voisins et associés.

3° bon marché : le taux habituel de l'intérêt est 3,5 à 4°. Ainsi se trouve écarté des campagnes le fléau qui a si long-

temps sévi sur elles : l'usure.

Le principe est celui de l'engagement solidaire, de la responsabilité illimitée de tous les membres de l'association.

Ta

Le crédit, refusé à un isolé, est largement accordé à une caisse garantie par la responsabilité collective d’un groupe. Un contrôle mutuel assure l’honorabilité des opérations, le bon emploi des sommes empruntées. L'administration gratuite par des personnalités locales, associe l’économie à la sécurité.

Les individus n’en sont pas les seuls bénéficiaires dans le monde rural Les groupements : syndicats et coopératives, en ont souvent besoin, et à plus long terme.

Les syndicats d'élevage, autre forme de l'association, reposent sur le principe de la propriété (ou de la location) en commun d’un instrument de production, taureau, étalon, bélier, inaccessible par son prix aux petits éleveurs.

Leur institution fut codifiée en France par une loi déposée en 1890, mais il est particulièrement intéressant de rappeler ici que, dès 1844, un long rapport était présenté au Comice agricole d'Amiens par un agriculteur de la Somme, Delamotte, rapport qui constitue un plaidoyer en faveur de l'association pour l'achat d’améliorateurs ovins. La thèse était la suivante : supprimer les primes multiples, maïs infimes, qui dispersaient, sans profit, les ressources du Comice, et acheter un ou plusieurs reproducteurs qui permettraient de faire de beaux agneaux.

En 1845, M. de Rainneville préconise l'achat par le Comice d’un seul bélier Dishley-mérinos de haute valeur qui serait confié à un des membres dudit Comice, tous les autres ayant le droit de placer six brebis de choix dans un troupeau commun gardé durant le temps de la monte par un cultivateur jouissant d’un droit de cantonnement et peu éloigné du centre de l’arrondissement pour permettre une inspection facile de la part des contrôleurs désignés.

Les brebis reprises après la monte seraient marquées au feu à la tête, isolées au moment du part et les agneaux mâles en provenant recevraient la même marque. 150 brebis donneraient 50 bons béliers que leurs propriétaires s’engageraient à ne pas châtrer.

te —

L'arrondissement se trouverait ainsi rapidement pourvu de béliers de même race. Il y aurait homogénéité dans la nature de la laine ; le commerce en serait satisfait et la dépense serait modique pour le Comice. Les propriétaires paieraient le berger par une faible rétribution, 1 franc pour chacune de leurs brebis. Un bélier de 2 ans servirait 100 à 150 brebis en 6 semaines de monte Les femelles mal conformées, malades et de laine grossière seraient exclues. Six primes de 10 francs seraient distribuées dans le concours de l’année suivante aux six plus beaux agneaux mâles provenant du troupeau central.

Ces suggestions de M. de Rainneville, qui furent retenues et mises en pratique par le Comice d'Amiens, témoignent combien les populations agricoles du département étaient préparées par vocation, peut-on dire, à la coopération réalisée dans un but de progrès.

Les syndicats se substituèrent plus tard aux Sociétés d'Agriculture et aux Comices, groupant des hommes habitués à faire passer avant tout leurs intérêts pratiques, mais les règles esquissées ci dessus pourraient encore convenir aux syndicats d'élevage qui, de nos jours, ont pris un large développement dans la Somme où il s'en trouve pour l'espèce chevaline et l'espèce bovine, principalement dans le Vimeu, le Ponthieu et le Marquenterre. Leurs buts sont : l'acquisition de reproducteurs de choix, leur entretien, leur conservation et celle de bonnes reproductrices et de leurs meilleurs produits. Ils s’astreignent à tenir les livres zootechniques en conformité avec la définition de la race en cause.

Pour la race chevaline boulonnaise, des syndicats d'’élevage se sont constitués à Rue, Lanchères, Cayeux, Vron, Ailly-le-Haut-Clocher. Dans ce dernier centre, le groupement possède en propre les deux étalons utilisés, qui sont renouvelés tous les trois ans pour éviter une trop grande consanguinité. Les autres syndicats sont locataires de leurs étalons, qui proviennent presque tous des écuries de M. Pouilly, de Ponches-Estruval.

Le système adopté est celui de l’étalon-rouleur qui se rend

Vie

de ferme en ferme dans l’ordre où ses saillies ont été demandées. Il n'existe pas encore, comme dans le Pas-de- Calais, d’étalons de très haute valeur, auxquels on amène des juments qui, elles aussi, ont fait l’objet d’une sélection sévère.

Chaque année, ces associations organisent des concours de reproducteurs et de poulains qui sont l’occasion d’une heureuse émulation, féconde pour les éleveurs

Les inscriptions de juments au Stud-Book boulonnais se font de plus en plus nombreuses.

Les syndicats d'élevage de l’espèce bovine sont ceux de Friville-Escarbotin et de Lanchères pour la race normande ; ceux de Grouches-Luchuel, Lucheux, Bouquemaison, Arry, Forest-Montiers, Saint-Firmin, le Crotoy, Saint-Quentin-en- Tourmont, Molliens-Vidame, Warlus-Avelesges pour la race flamande.

L’acquisition du taureau syndical est réalisée au moyen du capital souscrit par les adhérents et, au besoin, par un emprunt contracté à une caisse de crédit agricole. Elle est faite par une commission nommée par le bureau et dont fait partie celui des membres qui est désigné pour avoir la garde et l'entretien du reproducteur.

Ce détenteur reçoit une rémunération fixée chaque année par le conseil d'administration. Les propriétaires syndiqués sont tenus de faire à l'avance déclaration du nombre de vaches engagées pour la saillie du taureau syndical.

Il existe une autre modalité dans laquelle ce dernier est la propriété d’un des membres, qui s'engage à assurer les saillies des vaches inscrites moyennant un prix fixé et qui supporte personnellement tous les risques.

En résumé, dans la majorité des cas, des agriculteurs associés, peu satisfaits des marchés locaux, ou désireux d'acquérir des sujets de choix, se groupent pour acheter en commun les bêtes dont ils ont besoin. À cet effet, ils chargent une commission ou l’un d’entre eux d'opérer pour la collectivité sur les marchés les plus favorables et auprès des éleveurs les plus

=.$pr

réputés. Toute initiative est laissée aux mandataires. Les bêtes achetées sont ramenées à frais communs et mises en vente aux enchères entre syndiqués. Ce système est très économique en ce qu’il réduit considérablement le chiffre, par tête de bétail, des frais divers.

Quelques syndicats revendent à perte à leurs adhérents des reproducteurs de choix, avantage qui n’a comme contre-partie pour les bénéficiaires que l’obligation de garder les animaux un certain temps et de leur faire faire un nombre déterminé de saillies.

Ainsi, par une activité à formes multiples, les syndicats jouent dans la production du bétail un rôle de plus en plus apprécié et efficace. Ils se substituent à l'initiative privée, souvent impuissante et, par l’achat de reproducteurs, par les inscriptions de plus en plus nombreuses aux Herd-Books, ils poursuivent avec ténacité et unité de vues, le perfectionnement des différentes races du pays.

Très prospères dans la Somme, ils sont, pour la plupart affiliés à la Fédération départementale qui groupe plus de 8.000 adhérents.

Des caisses locales d'assurance mutuelle contre la mortalité du bétail sont également fédérées. Elles assurent pour près de 25 millions d’animaux (bovins et chevaux) et constituent un des groupements mutualistes les plus importants de France.

Depuis 1924, un syndicat d'élevage et de contrôle laitier s’est formé à l'instar de ce qui existe depuis longtemps au Danemark, en Hollande,en Allemagne du Nord eten Amérique. Il compte actuellement 43 bonnes étables contrôlées représentant un total de 506 bêtes. Il comprend trois sections groupant les membres éleveurs de chacune des trois races exploitées dans le département :

Section Normande : 138 vaches inscrites.

» Flamande : 324 »

» Hollandaise: 44 »

Page 1