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Il faut distinguer les formations des plateaux et celles des flancs de vallées.
a) Sur les plateaux, on trouve, reposant sur la craie, sur l’argile à silex ou sur des couches tertiaires, un limon calcaire fin, dénommé « loess » (connu autrefois sous le nom de diluvium gris) riche en concrétions calcaires, dites localement « poupées » ou « cabotins ». C’est un dépôt formé par transformation sur place des matériaux sous-jacents et au-dessus duquel on rencontre un limon décalcifié par les pluies, riche en silex éclatés par les alternatives de gel et de dégel, rubéfié au contact de l’air par suroxydation des éléments ferreux. Il s’agit du « lehm » « limon des plateaux » ou « terre à briques » jadis appelé diluvium rouge.
Le tout est recouvert par la terre végétale, qui forme un revêtement commun à presque tous les plateaux picards et donne un sol agricole excellent, pénétrable par l’eau (qui est retenue par le lehm), et par les racines, drainé par le loess sous-jacent. Le Santerre doit à ce limon des plateaux, qui y atteint une épaisseur de 7 à 8 mètres, ses qualités pour la culture de la betterave et des céréales.
b) Aux flancs des vallées, comme dans toute sédimentation, les matériaux se sont déposés dans l’ordre décroissant de poids : à partir du bas, graviers roulés, cailloutis, puis sables de plus en plus fins. Ces dépôts de ruissellement et d’alluvionnement sont disposés en nappes inclinées improprement appelées « terrasses », comportant chacune un lit de graviers, un lœss, un lehm.
Les limons dans leur ensemble composent une assise meuble d’argile et de sable, recouvrant la craie comme d’un manteau jaunâtre, troué de place en place par usure ou par érosion.
Ils possèdent un intérêt commun qui réside dans leurs qualités agricoles. Ils constituent le sol d’un pays où la culture est la forme essentielle de l’activité humaine. Le limon des plateaux en particulier jouit d’une réputation non usurpée de fertilité.
Celle-ci, toutefois, est directement fonction de la nature du sous-sol.
Quand le limon repose sur une couche d'argile à silex, le drainage s'effectue mal. Si, de plus, il est de faible épaisseur, il se confond avec les cailloux de l’argile, donne une terre froide et pénible sur laquelle il faut doubler les attelages. S'il repose au contraire sur un sol perméable, craie du Santerre, par exemple, il ne redoute plus les excès d'humidité et réalise l'idéal de la terre arable. Il devient par excellence la terre à betteraves, possédant des qualités incomparables : sol meuble, facile à cultiver, épargnant les attelages et les outiis. Les racines pivotantes s’y développent librement ; la betterave n’y bifurque pas. C’est un milieu profond où les éléments nutritifs sont puisés sur un long trajet et qui garde une humidité toujours suffisante et jamais excessive.
Le limon est donc une terre privilégiée où se pressent les cultures et les hommes, terre franche où le blé succède à la betterave dans l’assolement et qui donne de hauts rendements.
Le domaine du département tend sans cesse à s’accroître sur le littoral de la Manche par l'apport de terrains d’alluvions qui sont des sables et des galets. La mer rejette sur la côte entre Ault et l'embouchure de l’Authie des débris de la falaise normande qui ont donné naissance aux Bas Champs de la Somme et au Marquenterre. Ces régions naturelles reconnaissent un mode de formation analogue, qui se continue de nos jours ; elles offrent un particularisme qui se poursuit jusque dans la production animale, légitimant ainsi une description spéciale.
Sapées par les marées et les tempêtes, ruinées par les eaux d'infiltration, fendues de grandes lézardes entrecroisées, les falaises crayeuses normandes s’éboulent en grosses tranches dont les flots viennent rouler les débris. La craie donne des galets plats, usés sur deux faces parallèles, qui sont vite broyés ; mais les galets ronds de silex se disposent en deux ou trois terrasses que déplace la violence des vagues.
Ces débris de falaises démolies sont entraînés par les flots,
notamment par le courant de ‘“ Véraule ”, vers le nord-est,
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qui est aussi la direction de la marée qui envahit la Manche à chaque flux. La prépondérance des vents d'ouest soutient et prolonge l’action du flux au point d’anéantir parfois le courant de jusant, et c'est une cause essentielle dans le phénomène d’alluvionnement qui a créé les Bas-Champs. Le charriage des galets se fait à courte distance. Leur dépôt en un cordon littoral protecteur se localise entre Onival et la pointe du Hourdel qui s'accroît sans cesse par de nouveaux dépôts. De Cayeux au Hourdel, les galets s’entassent et forment une masse puissante que des clayonnages protègent vers la baie contre l'assaut des vagues. Ils s’étalent en bandes parallèles constituant une digue naturelle haute de 7 à 8 mètres, épaisse parfois de un kilomètre, sans laquelle les Bas-Champs seraient submergés aux grandes marées d’équinoxe. En arrière de ces bancs de galets s’échelonnent d’autres bancs qui, depuis la falaise morte jusqu’à la plage actuelle, marquent les étapes du recul du rivage. Ces bancs se sont à l’origine déposés en sortes d’îlots de cailloux, coquilles et galets, irrégulièrement espacés en un archipel que l’industrie humaine a progressivement réunis par des digues permettant la circulation, et déterminant un cloisonnement dans les mailles duquel s’opéraient des dépôts de vase.
Ces îlots initiaux s’observent encore entre la Somme et l’'Authie sous forme d’éminences isolées qui s'élèvent de 8 ou 10 mètres au-dessus des Bas-Champs. On les appelle « pruques ». C'est autour de ces bancs de galets que se déposèrent peu à peu les sédiments plus légers. Ils furent les premiers points émergés où s’amorça le comblement, constituant comme autant de pilotis que les alluvions successives soudèrent peu à peu. Autour des bancs de galets qui forment l'ossature du pays, les sables ont comblé les vides et ont été recouverts par des matières plus fines, des vases et des limons argileux. La végétation s’est faite l’auxiliaire du colmatage. Les plantes retiennent les fines particules et les empêchent de suivre l’eau dans son mouvement de retraite. Ce sont l’Artemisia maritima, les Salicornes, l’Aster tripolium qui s'emparent des terrains évacués par la mer ; c'est encore l'Obione
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pedonculata et Glyceria distans, Salsola kali, caractéristiques de cette côte.
Depuis trois ou quatre ans est apparue, dans les baies de la Somme et de l’Authie, une plante nouvelle, agent actif de colmatage ; c’est une graminée du genre Spartina.
Les terres des Bas-Champs restèrent longtemps à l’état de lagunes dont la vase argileuse et grasse fit plus tard la fertilité des « Bassures ».
__ Galets, sable, argile, tourbe, telle est la composition du sol conquis sur la mer. Ces terrains du nord de la baie de Somme, c'est-à-dire du Marquenterre, sont protégés des incursions de la mer par des dunes de sable dont les éléments, plus légers que les galets, ont été charriés plus loin de leur lieu d’origine.
Les dunes, à leur tour, deviennent un danger. Se déplaçant constamment vers l’est sous l’effet des vents dominants d’ouest, elles sont une perpétuelle menace s’ajoutant à celle de la mer. Les habitants du pays occupent et exploitent leurs terres moyennant de grands efforts. Leur possession n’a été définitive qu’au prix de travaux défensifs : digues, écluses contre les invasions de la mer, canaux de dessèchement contre les eaux stagnantes, plantations d’ «€ oyats » (Ammophila arenaria) et boisements contre les sables des dunes, canalisation et redressement des rivières contre les alluvions.
Le long des estuaires de la Somme et de l’Authie, on appelle « molières » des terrains tour à tour couverts et découverts par les marées. Terrains de sable où les flots déposent leur fin limon argileux, ce sont des terres vierges qui s'offrent à la culture et au pâturage. |
Leur situation les expose aux inondations des fortes marées. Il faut des digues pour conquérir d’abord et protéger ensuite ces alluvions. Protéger une molière c’est la «renclôre » ou faire une « renclôture ».
Les routes suivent les diverses digues formant un dédale aux sinuosités multiples, matérialisant l’histoire du travail de fortification éxécuté pied à pied suivant les besoins du moment sur les points les plus menacés.
Ces détails donnent un aperçu de la nature des terres du département. La plus grande partie, surtout sur les plateaux, est de nature calcaire à sous-sol assez perméable ; la sécheresse et l'absence d’eaux superficielles en sont les conséquences. Ces terres, sous un climat tempéré, sont particulièrement propices à la culture. Dans la région occidentale, les dépôts argilo-siliceux sont plus favorables à la production fourragère ; c'est là, comme nous le verrons par la suite, que l’on s’adonne depuis toujours à l’élevage. Les vallées présentent des sols
profonds et fertiles.
La Somme ne forme donc pas un tout homogène au point de vue agricole. « Tant par la constitution géologique des terrains qu’elle comprend que par les systèmes de culture qui y sont appliqués, elle peut être partagée en quatre régions qui sont, de l’ouest à l’est : le Marquenterre, le Vimeu et le Ponthieu, lAmiénois et le Santerre ». (Jourdain).
Il paraît rationnel de faire une cinquième région des Bas Champs de la Somme qui possèdent, comme nous l'avons vu, par leur origine et leur physionomie, une réelle individualité. Ils s'étendent dans le triangle compris entre Ault, la pointe du Hourdel et Saint-Valery.
Sur leur sol imperméable et plat, les eaux de pluie s'écoulent avec peine, et, durant la saison humide, le pays fut longtemps inabordable et malsain. Au xvir° siècle encore, certains chemins restaient impraticables neuf mois de l’année. L'œuvre de dessèchement entreprise dès le moyen âge n’est achevée que depuis peu de temps.
Le drainage s’opère vers la baie de Somme pour les Bas Champs de Cayeux, de Lanchères. de Brutelles, de Woignarue.
Des anciennes lagunes couvrant le pays, il ne subsiste que le « Hable d’Ault », étang n'ayant plus aucune communication avec la mer et devenu un lieu d'élection pour la sauvagine.
Un réseau compliqué de fossés et d’égoûts, que les chemins traversent sur une multitude de ponceaux, divise le pays en
une manière de damier.
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Ces fossés sont pleins d'herbes folles envahissantes. Bordés de saules, ils encadrent d’étroites pièces de blé, d'avoine, de betteraves. Un syndicat de propriétaires en assure le curage qui est une nécessité vitale.
Après avoir longtemps nourri de nombreux troupeaux de moutons, les Bas Champs s’adonnent concurremment à l'élevage et à la culture, sur une étendue de 400 hectares. C’est un «terrain fertile donnant l'impression d’un coin plantureux de Hollande transporté aux confins du Vimeu ». (Jourdain).
Leur existence est constamment menacée par des invasions de la mer. Les cordons de galets qui les couvrent s’appauvrissent en effet du fait d’un moindre apport (les falaises normandes se défendant par des travaux), et de l'exploitation intensive qui en est faite par les industries céramiques.
Le Marquenterre (canton de Rue) est formé par les estuaires envasés, en tout ou en partie, de la Somme, du Dien, de la Maye et de l’Authie, d’où les alluvions en lutte incessante avec les marées ont chassé et chassent encore journellement la mer. Le sol argilo-siliceux repose sur un sable marin très fin et compact. La culture y serait impossible si le terrain n'était assaini par de nombreux canaux d'écoulement ou (€ nocqs » dont l’ensemble ou « nocage» se déverse dans les baies de Somme et d’Authie.
C’est une région très fertile. On y cultive la betterave, le trèfle incarnat, les céréales. Le blé y donne des rendements élevés. Les herbages en sont renommés et peuvent rivaliser avec ceux de Normandie La plupart ne servent qu’à l’engraissement. À marée basse, la mer laisse à découvert le long de la côte de grandes étendues de terrains engazonnés qui forment des pâturages salés, sur lesquels vont paître des troupeaux de moutons dont la viande est très recherchée.
Le Marquenterre forme une bande littorale de 10.000 hectares environ, protégée des incursions de la mer par ses dunes, contre lesquelles il lui faut aussi se défendre ; il s'arrête à l’est tout au long de l’ancienne falaise suivie à la base par la
voie ferrée d'Amiens à Boulogne.
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L'aspect général est celui d’un pays d'élevage comme dans les Bas-Champs. En réalité, la culture l'emporte. En dehors du marais et des prés salés où s’isolent quelques grosses fermes herbagères, le paysan des Bas-Champs et du Marquenterre est un laboureur. Les exploitations sont de 8 à 15 hectares chacune. Autour de la ferme, des fossés bordés de saules enclosent une pâture pour 4 ou 5 vaches, mais, hors des villages, sont de tout petits champs de blé, d'avoine, de fourrages, de betteraves, coupés par un lacis de rigoles. La terre est de cullure pénible, mais elle a la fécondité des argiles d’estuaires et des limons. Quand :l est bien égoutté, il n’est pas de meilleur sol que celui des polders picards. On y récolta longtemps du colza et du lin sans aucun autre engrais que le fumier de ferme.
Le Vimeu occupe le sud-ouest de l'arrondissement d’Abbeville jusqu’à la mer.
Le Ponthieu en occupe la partie nord jusqu’à l’Authie et au Marquenterre.
En Vimeu, le climat est maritime ; les vents d'ouest y sont violents, et les villages s’abritent derrière des rideaux d’arbres. Le sol est constitué par les trois éléments constants en Picardie : la craie blanche, l’argile à silex ou « bief » et les limons des plateaux. Ces derniers dominent, atteignant une profondeur de parfois 7 mètres La chaux et l'acide phosphorique sont déficients et il serait nécessaire d’amender par des apports de calcaire.
Les cultures riches réussissent moins bien sur ces terres. Par contre, le voisinage de la mer entretenant une grande humidité atmosphérique, le sol imperméable, et, par conséquent, favorable à l’engazonnement, expliquent l'importance et la qualité des herbages. Des pâturages de plus en plus nombreux gagnent au détriment des céréales. On pratique l'assolement triennal, mais une place importante est réservée aux prairies artificielles. Les enclos, ensemencés de bonnes graines, puis abandonnés à eux-mêmes, se couvrent d’une herbe que les déjections des animaux améliorent sans cesse.
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Ces herbages, entourés de haies vives très fortes, et plantés d'arbres, gagnent journellement sur les terres labourées. Jusqu'à Poix, Hornoy, Camps-en-Amiénois, Hallencourt, les pâtures cernent les villages et envahissent les champs.
Le sol du Ponthieu est moins argileux que celui du Vimeu. La craie est recouverte d’un limon siliceux assez perméable, et de travail facile. La culture des céréales prédomine.
L’Amiénois forme, du nord au sud, la partie centrale du département. C’est proprement le plateau picard, dont le fond crayeux est plus ou moins recouvert de terrains de transport. Le pays présente un aspect mamelonné. Quand la craie affleure, elle forme des sols secs, peu productifs, que l’on tente de reboiser. La fertilité est très variable suivant l'épaisseur de la couche de terre arable et selon que les argiles tertiaires ont été plus ou moins mélangées à la craie. Beaucoup de ces terres médiocres ont été considérablement améliorées, au point qu’elles se confondent, quand elles sont couvertes de moissons, avec les bons terrains avoisinants. L'amélioration est le résultat de l’usage croissant qui est fait des prairies artificielles, de l'emploi des fumures abondantes, des sels de potasse, et de la pratique de labours progressivement plus profonds. |
La culture des oléagineuses et surtout celle des textiles étaient jadis très en honneur.
L'une et l’autre ont disparu. Le lin toutefois connaît un
regain de faveur.
Le Santerre (arrondissements de Péronne et de Montdidier) est une région naturelle de l’ancienne province de Picardie comprenant le haut Santerre (Bray, Chaulnes) et le bas Santerre (Montdidier, Roye). C’est par excellence le pays du limon des plateaux. La terre y vaut celle des Flandres comme fécondité.
Ce limon occupe de vastes surfaces, et atteint parfois des épaisseurs considérables, ainsi qu'on peut en juger à la faveur
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des nombreuses tranchées aménagées durant la guerre par les Allemands. À Hattencourt, dans le canton de Roye, l'épaisseur -est de 7 à 8 mètres.
Le limon des plateaux est composé de terre à briques, d’un ‘brun rougeâtre, argileuse, homogène, nresque dépourvue de ‘calcaire ; de limon jaune clair, doux au toucher, très fin, s’écrasant facilement sous les doigts. Le caractère physique du sol varie en fonction de l'importance relative de ces deux éléments.
Les analyses révèlent une certaine pauvreté en chaux et en acide phosphorique. Aussi les marnages ont-ils une heureuse influence. La valeur du terrain dépend de la nature du soussol. Un limon épais reposant sur des couches perméables (craie) aura des qualités précieuses ; ce sera la terre à betteraves par excellence ; les racines des plantes s’y développent bien et peuvent aller puiser dans la profondeur les principes nourriciers. Les instruments aratoires ne s'y fatiguent pas, ne s’usent pas.
Si, par contre, le limon repose sur un sous-sol imperméable (argile à silex), le drainage spontané s’y fait mal ; en temps de pluie, les chemins sont coupés d'ornières, couverts de flaques d’eau, les terres deviennent lourdes et difficiles à travailler, mais elles donnent de bons produits, ce qui justifie le dicton : « Bonne terre, mauvais chemins ». Les hivers en Santerre sont rigoureux et secs. Les froids sont dus à l’uniformité du plateau qu'aucun bois ni aucun relief n’abrite des vents du nord-est. Les orages et la grêle y sont fréquents. En été, la chaleur hâte la moisson qui est toujours en avance d’une semaine sur celle de l’Amiénois
En résumé, c’est un climat favorable aux cultures de la
betterave et du blé, qui s’y pratiquent sur une très grande échelle et dans d’excellentes conditions.
L'eau de surface est inexistante. Les puits ont 15,20 mètres, voire même 100 mètres de profondeur. Ils sont très coùû-
teux, aussi utilise-t-on couramment des puits communaux,
industriels, ou, depuis la reconstitution après la guerre, des réservoirs intercommunaux alimentant des groupes d'usagers.
Par leurs caractères physiques, les vastes plaines limoneuses du Santerre sont vouées essentiellement au labour. La nature et la configuration du sol permettent la végétation des plantes exigeantes à fort rendement. La culture betteravière en est la principale spéculation. Elle occupe la tête de l’assolement. C'est pour elle que l’on fuine, que l’on emploie les écumes de défécation provenant des sucreries et constituant un très bon amendement pour ces terres pauvres en chaux.
La culture du blé vient ensuite, qui donne des rendements supérieurs. L’avoine occupe la troisième sole ; succédant au blé, elle donne des rendements moyens. On cultive surtout l'avoine de printemps pour l’alimentation des animaux. L’orge et le seigle ont perdu toute importance Par contre, les plantes fourragères occupent une superficie de plus en plus grande, car il faut nourrir un bétäil de plus en plus nombreux, et qui ne pourrait être entretenu sur les rares prairies naturelles.
Après la guerre, toute la région du Santerre, littéralement bouleversée par les obus, par les tranchées et les abris, paraissait irrémédiablement perdue pour la culture. On avait même envisagé d’y faire du reboisement. Depuis, on assiste à une véritable résurrection qui tient du prodige.
En résumé, la Somme est bien un département agricole par essence : 85 0/0 de sa superficie sont en terres labourables, proportion très forte, rarement atteinte ailleurs. Et ce fut ainsi de tout temps. x
Le cadastre, achevé en 1842, accusait à cette époque 481.865 hectares de terres labourables et 15.210 hectares de prés.
Les terres arables constituaient 79 0/0 et les prairies 2 0/0 du territoire total.
L’'étendue restreinte de ces dernières est caractéristique. Celle consacrée aux céréales augmente de 12.000 hectares en
30 ans (1852-1882).
Hors
Les prairies naturelles, de très faible étendue, se rencontrent surtout en Vimeu et en Ponthieu.
Dans cette même période de 30 ans, elles tombent de 14.059 hectares à 10.863. Par contre, la surface consacrée aux cultures fourragères passe de 81.000 à 99.000 hectares, en augmentation de 18.000 hectares.
La superficie des terres productives s’est accrue de 39.329 hectares par réduction des jachères, dont la proportion tombe de 15.6 à 7.6 0/0. La culture prédomine donc depuis longtemps,
L’assolement triennal, jachères, froment et avoine, était en faveur autrefois. L'introduction des prairies artificielles d’abord (qui occupent actuellement plus du dixième des terres labourables), de la betterave à sucre ensuite, a transformé les anciennes habitudes. Dans les grandes fermes, les assolements les plus répandus reposent sur l’alternance de la betterave, du froment, du trèfle et de l’avoine. Les rendements élevés obtenus tiennent à’ la fois aux fumures abondantes et à l'emploi, en grandes quantités, d'engrais minéraux. C’est la culture industrielle qui, ainsi que nous le verrons plus loin, a pour corollaire l’engraissement du bétail.
Pour en terminer avec l'étude du milieu, il importe d'indiquer, en les soulignant, les modifications profondes apportées, dans un passé tout récent, à l’agriculture picarde et dues à l'invasion d’une partie considérable (27 0/0) de son territoire.
Sur 468.209 hectares de terres labourables, 189.784 étaient compris dans la zone dévastée, et d'importants travaux de remise en état du sol ont été nécessaires sur 224.000 hectares, dont 28.800 étaient classés en zone rouge. En outre, les terres des régions non envahies avaient été littéralement épuisées
Le matériel et les bâtiments d'exploitation avaient été anéantis en territoire occupé, et se trouvaient en très mauvais état ailleurs. La situation comparative au point de vue de la production végétale avant la guerre, à la cessation des hostilités et actuellement ressort du tableau suivant :