PROCÉDÉS DE LA CULTURE DU GOTOIH
La nature a fail beaucoup, en Egypte, pour la culture du coton, en lui olîrant les condiUons physiques que nous venons de passer en revue : mais c'est aux hommes à tirer parti de ces conditions, s'ils veulent qu'elles ne demeurent pas vaines. Les habitants de l'^ypte en ont tiré parti avec une habileté , une sagacité assez variables. A quelles causes attribuer cette irrégularité dans les soins de la culture? En partie à des considérations historiques que nous avons exposées précédemment; en partie aussi à l'importance relative de la culture , un accroissement de bénéfices entraînant naturellement une augmentation de soins; en partie, enfin, à la pénétration de l'Egypte par la civilisation européenne, au progrès général de la science agricole et des sciences qui lui viennent en aide, telles que l'hydraulique et l'art de l'ingénieur. Néanmoins, abstraction faite de défaillances passagères et accidentelles, on peut dire que la culture du cotonnier est caractérisée, en Egypte, par un progrès continu. Ce progrès se manifeste par trois améliorations capitales : d'abord , au moment de l'introduction du cotonnier Jumel , une série de perfectionnements et de changements qui constituent une véritable substitution de la culture moderne à la culture traditionnelle et indigène; depuis lors, la substitution de la culture annuelle à la culture pérennale; en&n, l'extension du système d'irrigaUon par canaux. En dehors de ces trois points principaux , une améUoration importante a été introduite dans l'agriculture égyptienne, par l'emploi de l'engrais; mais quelques pratiques défectueuses se sont aussi maintenues ou sont nées. En sorte que la culture du coton n'a guère subi de modification essentielle que sur les trois points que nous avons signalés.
Pour juger des innovations accomplies dans cette culture par Méhémet-Ali , il faut connaître la manière dont la pratiquaient les Égyptiens avant 1 8 3 ■ . Dans son ouvrage sur Le cotonnier et ta culture, Charles Philibert de Lasteyrie rapporte la description qu'un auteur arabe du ii' siècle, Eben-el-Anam, a laissée de la manière dont on cultivait alors cet arbuste,
en Egypte et en Syrie. « Oq le sème , dit-il , daos TArabie Pétrée , en Egypte , à Ascalon et à Bassora, sur des terrains de sable soumis aux irrigations; on est dans l'usage de le transplanter, ainsi qu'on a coutume de le faire pour les légumes cultivés dans tes jardins, et on met les pieds à â palmes de distance les uns des autres, parla raison qu'il s'élève, dans ces contrées, à la hauteur des figuiers cultivés en Espagne. Il ne périt qu'après un certain nombre d'années. On le cultive de la même manière que la vigne, et l'on obtient annudlement une bonne récolle, par le moyen des laboura et des irrigations.» On plantait donc le cotonnier sur un terrain protégé de l'inondation, mais soumis aux irrigations; on le transplantait, ce qui signifie sans doute qu'on ne semait pas dans le même sol les graines des cotonniers poussés sur ce sot; on espaçait les pieds d'une distance équivalente à huit fois la paume de la main , espace qu'imposait le développement peu commun de l'arbuste; on ne l'arrachait pas, ni chaque année, ni tous les trois ans, et on le laissait sur pied jusqu'à ce qu'il mourût. On labourait le terrain qui devait le recevoir, et on l'arrosait : tels sont les principes de la culture à l'époque d'Ëben-el-Anam.
Les dimensions qui font comparer le cotonnier à un figuier d'Espagne, étaient sans doute une conséquence d'abord de son espèce particulière, ensuite de sa pérennité, enfin de l'ignorance oît étaient les cultivateurs égyptiens d'une vérité aujourd'hui reconnue : c'est que l'excessive végétation d'un arbre nuit à sa production. Mais , supprimez ces dimensions anormales , supprimez cette pérennité : vous avez les principes permanents de la culture du coton. Aux quelques principes que nous venons d'énoncer se bornent les indications d'Eben-el-Anam au sujet de l'Egypte; mais il entre dans plus de détails sur les soins donnés aux cotonniers par les Syriens, n Les habitants de Syrie, dit-il, ont coutume de préparer une année d'avance la terre qu'ils destinent au coton, en l'engraissant avec du fumier bien divisé, et débarrassé de tout corps étranger; après l'avoir bien travaillée, ils forment des planches qu'ils soumettent ài l'irrigation; et lorsque le champ est bien ressuyé, ils font des trous d'un pouce et demi de profondeur, et à la distance d'une palme et demie les uns des autres. Us mettent dans chaque trou deux ou trois semences qu'ils recouvrent avec un peu de terre; ils arrosent le champ lorsque le cotonnier est arrivé à la hauteur d'une palme. L'on donne des binages et l'on continue d'arroser, aussi souvent qu'il est nécessaire.
une fois tous les quinze jours, jusqu'au commencement du mois d'aoôt, époque oiî se forment les capsules : alors il faut priver le cotonnier de toute irrigation, afin que, souffrant un peu de la sécheresse, et ayant moins de force végétative, il produise une plus grande quantité de coton. La récolle se fait au mois de septembre, lorsque les capsules commencent à s'ouvrir el qu'on aperçoit le coton. On doit les cueillir le matin. On sépare le coton des capsules quand elles sont encore humides; on le fait ressuyer au soleil, et on l'enferme, n L'analogie avec les pratiques actuelles de la culture s*airirmc dans ce passage plus encore que dans le précédent; l'époque des semailles, le mois d'avril, indiqué ailleurs par l'auteur, et l'époque de la récolte, le mois de septembre; la préparation du sol et l'arrosage qui précèdent les semailles ; la manière dont le champ est ensemencé ; la succession des binages et des arrosages pendant la végétation ; le moment précis indiqué pour la cueillette : tout cela rappelle de très près tes grandes lignes de la méthode actuelle. Mais il est douteux qu'à celle époque, celte méthode fAl pratiquée en Egypte, du moins dans sa perfection; n'oublions pas, en eifet, que l'exposé historique de sa production cotonnière nous l'a fait apparaître, jusqu'en 1891, comme un centre de production inférieur à ta Syrie, dont sont rapportés ces détails. Or, les soins dont parie ici l'auteur arabe sont peut-être justement te secret de cette supériorité de la Syrie. Ce qui nous porte à le croire, c'est que te! d'entre euï, comme la fumure des terres, est resté ignoré des Égyptiens jusqu'à nos jours ; c'est ainsi que Méhémel-Ali , lorsqu'il Introduisit la nouvelle espèce de cotonnier, (il venir de Syrie ccui qu'il chargea d'être les instructeurs des fellahs. Nous sommes donc autorisés à penser que la culture du coton présentait en ^ptc, à l'époque d'Ëben-el-Anam , une notable infériorité sur la même culture en Syrie, el que, si quelques procédés rudimentaires étaient déjà mis en pratique, une foule d'autres restaient à créer.
La culture ne fit pas de grands progrès entre le deuxième siècle et le moment de l'Expédition française. Des descriptions que nous en ont laissées les savants de l'Institut d'Egypte, il ressort que les procédés ne se sont pas améliorés; plus minutieuses que celle d'Ëbeo-el-Anam, ces descriptions nous révèlent, outre la pérennité qui s'est maintenue presque partout, quelques pratiques abandonnées de nos jours. D'abord, dans la province de Tbèbes, nous apprend Girard, on sème le coton à deux époques de
l'année : la première au commencement de (loréal (avnl-mai), la deuxième en messidor (juin-juillet). La récolte du coton semé en avril a Heu à partir du mois d'août; lors<ju'on sème le coton au moment de la crue du Nil, l'arrosement de celte plante exige naturellement moins de travail, mais la maturité de ses fruits se trouve retardée par l'hiver, et l'on ne fait la première récolte qu'au commencement du mois de mars de l'année suivante. Avant les semailles, la terre est préparée parun ou deux labours, puis divisée en carreaux au nombre de deux cents par feddan. Le coton n'est pas semé dans l'intérieur de ces carream, qui esl ordinairement cultivé en bamyeh ou en melokhieh , mais sur une petite proéminence qui forme le pourtour de ces carreaux. On y creuse de petites fosses distantes d'un mètre environ les unes des autres, profondes de trois ou quatre doigts, et l'on met dans chacune d'elles quatre à cinq graines de coton. Lorsqu'on a semé au mois d'avril , les arrosements nécessaires à la végétation sont beaucoup plus dispendieux que si l'on a semé en juillet, parce que, les eaux étant basses dans cette saison, il faut trois ou quatre étages de déloa» pour élever l'eau à la hauteur du champ. On fait ces arrosements pendant cinq jours sur vingt-sept, et chaque âélou occupe deux hommes qui reçoivent 8 paras par jour. Quelquefois, au Heu de semer la graine seulement sur le pourtour des carreaux, on la sème sur la crête d'un certain nombre de sillons formés à la pioche à l'intérieur de ces carreaux; les semis se font en quinconces, en espaçant les fosses d'un mètre environ. La plante lève quatre ou cinq jours après que la graine a été mise en terre, fleurit au bout de cinq ou six mois; quatre-vingt-dix jours après que la floraison a commencé , on fait la première récolle des noix dans lesquelles est contenu le coton. La récolte, qui se prolonge pendant trois mois , esl faite chaque jour par des femmes et des enfants. On met les noix de coton à sécher au soleil , on en Ate les écailles à la main , on retire ensuite les graines de la laine qui les entoure au moyen de la machine que nous avons décrite. Les plantations de coton , ajoute Girard , exigent des arrosements continus qui ne sont suspendus que pendant quatre mois d'hiver. Il faut trois ou quatre étages de délous (machines élévatoires) pendant l'époque des cultures elsefy, cultures d'été, et un étage seulement pendant l'époque des cultures el-âenyry, cultures de printemps ou d'automne. Les préparations que l'on donne à la terre pour recevoir le coton reviennent è 5 ou 6 pataquès par feddan; l'étendue d'un
champ De dépasse jamais 3 feddans; elle est en général de i feddan ou 1 feddaD i/a. Le même plant de coton dure huit à dii ans; pendant les deux ou trois premières années, on cultive le bamyeh et d'autres plantes potagères dans les intervalles entre les pieds de coton ; pendant les six ou sept dernières années, te coton reste seul. Les cultivateurs ne le taillent pas, ils se contentent de dégarnir les branches sèches en les cassant à la main, pour rendre les nouvelles pousses plus productives. Un cotonnier est en plein rapport au bout de la troisième année; un feddan de cotonniers en plein rapport donne 3oo rotls. Tels sont, d'après Girard, les procédés en usage pour la culture du coton dans la province de Thèbes; les pratiques des habitants du Delta présentaient à cette époque quelques différences avec celles des habitants de la Haute-Égyple. Le coton, rapporte encore Girard, était cultivé dans le Delta comme plante annuelle, et on ne le semait qu'à une époque de l'année, au commencement d'avril, après la récolte du blé. On commençait par donner un fort arrosage parce que le sol est très desséché à cette époque, puis un labour. On creusait ensuite à la pioche, à o m. ao cent, ou o m. 3o cent, de distance, des petites fosses dans lesquelles on semait le coton : ce travail exigeait dix journées d'homme , chacune payée i o médins. On arrosait trois fois les plants de coton pendant cinq mois qu'ils restaient en terre. La récolte commençait dans les premiers jours de septembre; la plante entière garnie de ses gousses était arrachée et mise à sécher sur une aire, travail qui exigeait quatre journées d'homme. Après trente jours de dessèchement, le coton était retiré des gousses qui le renfermaient : soixante femmes et enfants payés 5 médins et recevant en outre les tiges, venaient à bout de ce travail en un jour. 11 n'était qu'une province, celle de Mansourah, dans laquelle, bien que la culture fAt annuelle, on fit la récolte des gousses à mesure qu'elles màrissaienl, au lieu d'arracher les pieds et de les laisser sécher. Le produit d'un feddan de coton près de Semennoud était de i kantar t/a à 3 liantars de 190 rotls chacun; le prix du kantar était de g à 16 pataquès. Cest là le résumé des renseignements fournis, sur la culture du coton, par Girard, à la fin du siècle dernier. Le savant français est entré dans plus de détails que l'auteur arabe du 11* siècle, en décrivant les procédés des fellahs de son temps; aussi, sa description, par ce seul fait qu'elle ne s'en tient pas aux quelques traits invariables d'une description sommaire , nous montre
d'importantes différences dans la nature ou l'épocjue des soins donnés à la culture. Ainsi, il nous parait singulier que l'on ait pu semer indifféremment en avril ou en juillet, pour se réserver le bénéfice d'un arrosage coûteux, et, dans le second cas, relarder de toute une saison la récolte des noix de coton. La division du terrain en carreaux et l'ensemencement du pourtour seul de ces carreaux en colon; la disposition des semis en quinconces, si l'on s&me du coton à l'intérieur des carreaux; la culture d'autres plantes dans l'intervalle des cotonniers; l'usage de laisser ceuï-cï huit ou dix ans sur pied et d'en briser seulement à la main tes branches sèches, chaque automne; l'arrachage des plantes, toutes garnies de leurs gousses, dans les régions oii la culture est annuelle, et le séchage de ta plante entière ou seulement des fruits au soleil, selon te mode employé pour la récolle: autant de pratiques disparues, défectueuses pour la plupart, attestant le caractère indigène et l'importance secondaire de cette culture. Un fait à remarquer, c'est la rareté des arrosages, relativement à la place qu'ils tiennent aujourd'hui dans les soins donnés aux cotonniers : trois arrosages en cinq mois, c'est à cela que se bornent les irrigations dans la Basse- Égyple, tandis qu'aujourd'hui, on n'arrose pas moins de onze fois un champ de coton. La même observation s'applique aux labours , à peine mentionnés dans la description de Girard, et que l'on multiplie aujourd'hui pour la préparation du sol.
Ajoutons que la nécessité d'échapper è la submersion restreignait les ptanlatioDs de cotonniers, soit k quelques terres élevées oà les hautes eaux ne parvenaient pas , soit à des terrains protégés de l'inondation par des digues. Il est dit, en effet, à plusieurs reprises, dans les mémoires des savants français, que les champs de cotonniers couvraient en général les terres voisines des berges du fleuve, dont te niveau est plus élevé que celui des extrémités de la vallée; l'eau s'engouffrait sans les atteindre dans les canaux qui la portaient aux bassins d'inondation. D'autre part, certaines phrases de Girard ou d'autres naturalistes disent explicitement que certaines terres étaient endiguées : «Avant que la vallée d'Egypte fût couverte des établissements où sa population se fixa par la'suite, les débordements du Nil la submergeaient naturellement, c'est-à-dire que les eaux n'en étaient point dirigées sur des points déterminés, por des canaux artificiels, ni soutenus par des barrages au-dessus des plaines dont l'agriculture s'est emparée
depuis, n Les terres qu'il importait le plus de protéger par de tels barrages , c'étaient les terres h coton.
La culture du coton était donc encore fort rudimentaîre à la veille du règne de Méhéniet-Ali ; il n'y a, dans cette constatation, rien qui puisse surprendre, puisqu'elle n'occupait, par son étendue et par son rendement total , qu'un ranjr secondaire dans l'agriculture de l'Ëgyple. Sa condition se trouva complètement changée par l'intervention de Méitémet-Ali : l'introduction d'une nouvelle espèce, l'e^itensloa du domaine consacré au cotonnier, la eréation d'un trafic considérable de coton entre l'Europe et l'Egypte, lout nécessitait une réforme de la culture. Pour que le commerce européen fût séduit par le nouvel article, il fallait que la qualité fAl belle: or, la qualité du produit dépend des soins de la culture. Ce qui manquait à celle-ci , c'était une méthode. Méhémet-Ali la lui donna ; par une surveillance , par une ingérance active et toute-puissante, il imposa aux fellahs, sans grande difficulté d'ailleurs , l'observation des quelques principes fondamentaux d'une bonne culture : le choix d'un terrain approprié aux besoins du cotonnier; l'emploi de graines de bonne qualité et d'origine connue , pour les semences ; la pratique des assolements par crainte de l'épuisement du sol ; la répétition des arrosages, sinon celle des labours, qui viendra plus lard; enfin, une attention suivie, préti'e à tous ces soins, sans lesquels il n'y a point de régularité dans la qualité des produits. L'intervention de Méhémet-Ali n'est donc pas un simple perfectionnement; elle a la valeur d'une réforme; c'est la substitution à la culture indigène, d'une culture en rapport avec les nouvelles destinées de la production. Gela est tellement vrai , qu'il fallut apprendre aux fellahs ces soins qu'ils Ignoraient , et ce fut ToOice des chefs de culture que Méhémet-Ali fit venir de Syrie et d'Amérique. Ce sont là les conclusions qui ressortent des descriptions laissées par ceux qui ont connu la culture, telle qu'on la pratiqua en Egypte dans les premières années de l'introduction du Jumel. Après avoir constaté que tous les terrains en ^^te sont favorables à la croissance du cotonnier, M. Gliddon assure que « Ton donnait la préférence à une terre grasse, forte, conservant l'humidité, oti l'arbuste puisse acquérir une sève abondante et fournir des capsules bien remplies; on recherche aussi, ajoute-t-il, la proximité du Nil, pour arroser plus aisément et à moins de fraisn. 11 va sans dire que nous voyons subsister, dans le choix du terrain, la condition de niveau ou d'endiguement
exigée par l'inondation, r Les terrains où l'on sème le coton, dit Gliddon, doivent être à l'abri des débordements du fleuve, car la permanence des eaux ferait périr la plante. Les fellahs ont grand soin d'endiguer le voisinage des terres qui seraient sujettes à élrc inondées dans le moment des hautes eaux.» Cette condition est inéluctable, et plus la culture du coton s'est développée, plus les digues se sont prolongées le long du Nil ou au voisinage des terres menacées. Mais, outre cette condition nécessaire, le choix du terrain est déterminé, sous Mébémet-Ali, par certaines considérations agronomiques dont il n'y avait pas trace dans l'exposé de Girard. Quant au choix des semences, la tâche de Mébémet-Ali ne présentait pas la plupart des difficultés qui rendent aujourd'hui encore ce soin si rare : elle était, en effet, fort simplifiée par ce fait que les graines provenaient d'un cotonnier acclimaté de la veille, dont le type n'avait pas encore été oblitéré par l'influence du climat et du sol. Les différences innombrables qui séparent aujourd'bui les semences n'existaient donc pas encore. La question se présentait surtout sous une autre forme : empêcher le mélange de l'espèce nouvelle et de l'espèce indigène, tant qu'elles furent cultivées parallèlement; de même, prévenir ta confusion des semences du Jmnel avec les autres semences importées, telles que Sea-Island, Nankin, etc. C'est donc de ce c6té que furent dirigés les soins des inspecteurs et des chefs de culture. En outre, Mébémet-Ali généralisa l'usage de dépayser les graines tous les cinq ans, c'est-à-dire de ne pas les semer dans le même champ, mais le fonctionnement du monopole l'eût beaucoup gêné pour pratiquer une sélection plus minutieuse : comment, en effet, distinguer l'origine des immenses quantités de coton déposées pêle-mêle par les contribuables dans ses magasins? C'est de même pendant les premières années de la culture du Jumel que l'on vit se former la notion de l'assolement. L'objectif du fellah, lorsqu'on l'abandonne à lui-même, est de faire produire le plus possible à la même terre, sans avoir égard aux qualités épuisantes des plantes qu'il y cultive. Méhémet-Ali réagit contre ce préjugé, si tenace dans la population fellah. Les assolements, c'est le Pacha lui-même qui les détermine pour chaque région de son empire, quand il décide la proportion exacte qui sera consacrée, dans la Haute et dans la Basse-Egypte, aux cultures d'été, aux cultures d'biver, aux cultures de printemps et d'automne. Mieux eût valu , sans doute , laisser à d'autres le soin de fixer les assolements , mais
si le Pacha , dans sa r<^partition , s'étatl toujours inspiré , comme au début de la culture du coton, de considérations agricoles et non pas fiscales, c'eût été chaque année un immense tableau d'assolements qu'il eût dressé pour toute l'Egypte. La répétition des arrosages n'allait à {'encontre d'aucun intérêt et soulevait par conséquent moins de difficultés. On s'aperçut tout de suite que l'eau avait été jusqu'alors trop parcimonieusement mesurée aux cotonniers : on augmenta leur ration. « En hiver, dit Gliddon , on arrose tous les quinze jours; au printemps, s'il y a beaucoup de rosée, tous les douze jours; en été, tous les huit jours. Aussitôt après l'ensemencement, on arrose, et cet arrosage continue tant que produit le cotonnier, c'està-dire pendant trois ans. ■» Les machines élévatoires à l'aide desquelles se pratiquaient alors les arrosages sont restées les mêmes de nos jours, et leur usage remonte sans doute à la plus haute antiquité. Elles étaient alors comme aujourd'hui de deux types principaux : te chadouf ou délou, qui se mante à main d'homme , la noria et la iakieh qui sont actionnées par des bœufs. Leur fin, qui est la même pour les deux types, consiste k déverser l'eau qu'elles élèvent du Nil, dans une rigole, qui la répand ensuite dans le champ de cotonniers. Nous «n donnerons une description plus détaillée au chapitre des irrigations. 11 ne semble pas que Méhémet-AIÎ et ses conseillers aient vu l'importance des labours dans la préparation du sol destiné aux cotonniers. «Dans la Basse-Egypte, dit Gliddon, on donne un seul labour à ta terre dans laquelle on veut semer du coton; dans le Saïd, on labotu'e deux fois, si le sol est friable et léger.» On trace les sillons à la distance d'un mètre, à l'aide de la charrue, on brise les mottes avec la houe; les sillons ont environ o m. 35 cent, de profondeur. Après cette préparation sommaire, on creuse des trous de 3 à & pouces de diamètre, dans lesquels on dépose deux ou quatre graines, après tes avoir laissé tremper pendant vingt-quatre heures, pour les amollir et hâter la germination. C'est toujours en mars et en avril que l'on sème. On laisse un mètre environ entre les cotonniers, et, dans cet intervalle, on cultive souvent des légumes. A l'époque de l'inondation, on sarcle les herbes parasites à la main. Ceux qui font passer la charrue au commencement de l'hiver entre les cotonniers, pour économiser du temps, les endommagent. On n'est pas dans l'usage de les butter. La seconde année, la façon donnée à la terre consiste seulement à enlever avec la charrue ou la houe les
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herbes parasites que les irrigations font pousser. Le cotonnier s'élève d'un mètre à un mèlre et demi la première année; sa croissance est moindre la deuxième et la troisième année. La taille des cotonniers se fait les trois années : on l'émonde tellement, à l'aide d'une petite serpette, qu'on n'en, laisse subsister que le tronc; on se sert des branches comme combustible; ta seule différence entre la (aille de la première année et celle des deux suivantes, c'est que la première fois, on laisse les branches un peu longues et qu'ensuite, on les taille fort courtes. La durée des cotonniers est fort longue : on en a vus sur pied après cinquante ans , dit Mengin , et produisant encore des capsules ; maïs il est reconnu qu'il convient mieux de les arracher et de les renouveler après trois ans. La récolte commence pour la première année, en juillet et finit en janvier; si la saison est rigoureuse, la récolte (init en décembre, «La récolte, dit M. Gliddon, peut être divisée en trois parties : juillet, septembre et novembre. Celle de novembre est considérée comme la meilleure , parce qu'elle n'a pas été exposée à la chaleur du soleil , comme celle des deux premiers mois, n La récolte est faite par des femmes et des enfants. Le rapport d'un cotonnier est de i livre à i livre i/A pour la première année, de i livre i/a à a livres pour la seconde, de valeur à peu près égale pour la troisième; après quoi il dégénère. Il n'y a qu'à jeter un coup d'œil sur le tableau de la culture au temps de Méhémel-Ali, pour voir combien elle a gagné en précision, en méthode, sur celle que nous ont décrite les auteurs des époques précédentes. En dehors des quelques principes généraux qui commencent à s'établir dans la culture, celle-ci s'enrichit de soins secondaires, sarclages, binages, taille, etc., dont l'ensemble influe favorablement sur la qualité des produits.
L'application à les exécuter, la vigilance à observer les rè^es fondamentales ne se maintinrent malheureusement pas pendant tout le règne de Méhémet-Ali. Au début, tes soins furent très scrupuleux et l'application fut exigée comme une condition même de la eulture. n Ceux des habitants âgés, écrivait M. Gr^oire en 1862, qui racontent ce qui se pratiquait alors, avec quel soin minutieux s'accomplissaient les divers travaux de culture, étonnent leurs auditeurs et ont souvent de la peine à se faire croire. n Le relâchement dans les soins, en haut de la hiérarchie comme en bas, eut pour conséquence le relâchement, l'abandon même des principes les plus généraux, choix des terrains, choix des semences, assolements,
dont l'observation, moins matérielle que l'ei^culîon d'un arrosage à date fixe, dépend plus d'une direction générale donnée à la culture. Mais les principes sont toujours plus longs à s'établir que les simples procédés. Il est certain qu'avec l'introduction du colon Jumel et l'extension de sa production coïncide la création d'une méthode de culture. Cette méthode est déjà très nette, sinon déjà parfaite; elle recevra bien des améliorations, mais subira peu de changements de fond. PerfectionnenieRts et changements de foad nous apparatiront clairement en comparant la culture du coton dans ses prociédés actuels, à la même culture, telle que nous venons de la laisser sous Méhémet-Ali.
Le premier des changements qui nous frappent est la substitution de la culture annuelle à la culture triannuelle. Dès l'acclimatation du Jumel, on abandonne toute culture qui laisse le cotonnier sur pied plus de trois ans. Encore certains hommes étaient-ils d'avis de réduire la durée du cotonnier à un an. nJe me suis laissé dire, écrivait Gliddon, par un gentleman profondément familiarisé avec cette question , que pour obtenir le meilleur coton possible, il vaut mieux renouveler les plantations chaque année, quand même on admettrait que la cueillette fut plus abondante la seconde année, car la qualité en est certainement inférieure à celle du colon de la première année, n Cette opinion ne prévalut qu'au bout de nombreuses années de production. Dans les ouvrages contemporains de la crise de 1869, on trouve beaucoup moins d'allusions à l'usage de laisser les cotonniers sur pied pendant trois ans. Mais, bien qu'il eàt cessé d'être général, cet usage se maintint encore partiellement jusqu'à une époque récente : c'est ce que les indigènes appellent la culture okre, par opposition à la culture bilcre, culture annuelle. Dans une brochure publiée par l'Administration des Domaines, en 1 896, M. Bouleron résumait, ainsi qu'il suit, les raisons qui pouvaient déterminer ce mode de culture, r 1* Quand la terre est de très bonne qualité et qu'elle est cultivée pour la première fois en coton, elle donne aux plantes une force de végétation extraordinaire, au détriment de la production même. Le cultivateur a donc recours à la culture okre, pour obtenir un bon rendement l'année suivante; car, en séjournant tout ce temps dans une bonne terre, les racines du coton atténuent légèrement la vigueur de la plante. Les nouvelles pousses donnent alors un produit plus abondant et de qualité convenable. 3* L'indigence de certains cultivateurs.
celte culture entraînant moins de frais que la culture bikre. 3" Les terres Baram ne se prêtent pas îk la culture du coton libre, attendu que ce sont des terres faibles, constamment exposées aiu rosées, et où la fraicbeur se manifeste de bonne heure. Ces circonstances empêchent l'éclosion complète des gousses qui sont, par ce fait même, sujettes à la détérioration, aux ravages des vers et k la moisissure. Les habitants de ces localités préfèrent le coton okre, car il a l'avantage de mûrir avant l'époque des rosées et des fratcheurs. Cependant, il est inférieur au coton bikre sous le rapport de la production et du rendement à l'égrenage, et même du prix de vente, étant données la petite quantité de fil et l'abondance des graines, n La disparition de la culture okre est aujourd'hui h peu près absolue ; partout , dans la Basse-Egypte, quand arrive le mois de janvier, on voit arracher les cotonniers, et les chameaux rentrer chargés de bois dans tes villes et les villages. L'infériorité du produit de la culture okre ne permet pas de regretter cette substitution qui est, en somme, la plus radicale qu'ail vu s'accomplir la culture du cotonnier.
Puisque la culture bihre a supplanté aujourd'hui presque complètement la culture okre, c'est à son occasion qu'il faut étudier les diverses phases du cotonnier. Choix du terrain, assolement, préparation du sol, semailles et sélection des semences, arrosages, soins à donner â l'arbuste pendant la végétation, récolte; telles sont les questions que nous allons examiner maintenant, en recherchant les soins que comporte une culture bien comprise, et ceux que le cotonnier reçoit, en réalité, des fellahs. Le choix d'un terrain est facilité, en Egypte, par le fait que la majeure partie des terres présentent les qualités requises par une bonne terre à coton. Nous savons, néanmoins, que Méhémet-Ali et ses subordonnés donnèrent d'abord l'exemple du choix des terres les plus riches, les plus grasses, pour recevoir les semences de coton. Quoique déformation identique, les terrains de l'Egypte peuvent, en effet, différer par leur composition, par la proportion des éléments qui entrent dans leur formation. Dans les terres jaunes , c'est le sable qui domine; dans les terres noires, c'est le limon. nA condition de fertilité égale, dit M. Grégoire, les terrains sablonneux sont les plus favorables h la culture du coton et de toutes les autres plantes, le riz excepté.!) Un élément important dans les deltas des pays chauds, c'est le sel : R favorable à la culture en petite proportion , il se présente en si grande L* Cotm m ÉgypU. 1 1
(quantité dans les terres basses, qu'il détruit toute fertilité du soin. Non seulement le choix d'un terrain contenant trop de sel compromettrait gravement la récolte du coton semé, mais il adièverait de rendre ce terrain impropre à la culture, car l'infiltratioa des eaux d'arrosage, qui provoqua souvent la salaison de bons terrains, détruirait à jamais les qualités d'un terrain qui contiendrait déjà une trop forte proportion de sel. Mais comment fera le fellah qui n'a le choiï , pour déposer ses semences de coton , qu'entre un petit nombre de champs, dont il se peut qu'aucun ne présente des conditions parfaites? Une terre peut toujours être améliorée; la proportion des éléments qui la composent peut toujours être modifiée : si elle est trop sablonneuse, on la submergera quelque temps, et les eaux de l'inondation laisseront leur limon à sa surface; si elle est trop argileuse, on lui donnera du sable; si elle contient trop de sel, on la desséchera et on la fera servir d'abord à des cultures qui la prépareront, telles que cdies du riz; enfin, on lui donnera tel élément fertilisant qui lui manque, par des procédés qu'on désigne du terme général de préparation du sol.
Mais, avant d'entrer dans l'exposé de ces procédés, il faut parler des assolements, car le choix du terrain n'est, en somme, qu'un épisode de l'aménagement des terres, r Assolement, dltM.Salvarelli, signifie succession méthodique des cultures du pays , combinées dans le but d'obtenir du sol les meilleures récoltes possibles, sans l'affaiblir.» Nous avons déjà signalé ce préjugé, si persistant en Egypte, que le sol de la vallée du Nil, d'une fertilité merveilleuse , est inépuisable , et recouvre chaque année les éléments de fécondité que lui ont enlevés les récoltes précédentes. Cette illusion commence à se dissiper : le sol de l'Egypte serait promptement épuisé par la répétition des cultures épuisantes, et te coton en est une. H faut donc éviter le retour trop fréquent de ta culture du coton sur la même terre; il faut aussi s'abstenir de faire produire à la terre qui recevra la semence, des récoltes trop nombreuses dans la même année : ce sont là deux abus dont les fellahs sont coutumiers. Le coton est de tous les produits celui qui leur procure les plus gros bénéfices; le retour plus fréquent de ce bénéfice tes tente, le bénéfice immédiat les aveugle sur le dommage lent, mais sûr, qu'ils causent à la terre. En outre, l'aient n'est pas la seule chose qui leur soit nécessaire : il leur faut du grain pour leur nourriture, du fourrage pour celte de leurs bestiaux. Aussi , profitent'ils souvent de l'intervalle que laissent
la récoite des cultures d'hiver et les semailles des cultures d'été, pour faire produire à la terre une récolte intercalaire, alors que ce temps pourrait être oùs à proiit pour la préparation du sol. Autrefois, te même intérêt mal compris était le principe d'abus plus choquants encore : le fellah avait l'habitude de semer, dans le coton même, du blé, des fève? et du bersim. Les labours donnés à la terre dans l'intérêt de ces plantes, eudominageaient les cotonniers , l'humidité des arrosages nuisait à la récolte du coton, dont on ramassait des capsules à terre, dans la boue, n Après l'ensemencement de la céréale, sur laquelle sera semé le coton, écrivait M. Grégoire en 1 86â, le fellah trace un très petit sillon destiné k diriger l'ensemencement du coton. Quand le grain se forme dans l'épi, vingt ou vingt-cinq jours avant la maturité, il dépose la graine de coton dans le sillon et Inonde le champ; l'arrosage, favorable au grain, suffit k faire pousser le coton, et quand on fait la moisson du blé , les jeunes plantes ont déjà quatre à six feuilles. L'ensemencement ne pouvant se faire que tard, le sol étant épuisé par la céréale et sans préparation, on ne compte que sur la moitié du rendement ordinaire, n Voilà un exemple des abus qu'entratne la violation du principe de l'assolement. Tous les agriculteurs éclairés s'élevaient contre ces abus, dès l'époque de la crise de 1869 : nCe calcul du petit cultivateur, écrivait Grégoire, est une erreur, j'en ai la conviction , et je ne doute pas que tous, grands et petits, ne trouvent plus d'avantage à laisser le terrain en jachère , par exemple , de juin en avril. Ils perdraient une récolte de mais, il est vrai, mais gagneraient beaucoup plus en excédent de produit, que ne vaut cette céréale. A plus forte raison , le petit cultivateur qui sème son coton après le blé ou les féveroles , gagnerait-il plus encore à les supprimer, v Ces arguments ont fini par prévaloir; de grands progrès ont été accomplis de ce côté : les grands propriétaires, l'Administration des Domaines ont adopté et ont fait adopter, grâce à leurexemple , un assolement triennal , aujourd'hui à peu près constant dans la Basse-Egypte. Voici cet assolement :
Première année. . , Deuiîëme année. .
Tnnsième année . .
I Novembre .
I Mai......
I Novembre..
I Mars
( Novembre .
I Mai
Bié. Bersim .
Fèves.
Juin . . . .
Oclgbre . , Avril...
Octobre.
Juin
Octobre..
Les cultivateurs, pour avoir chaque année uae certaine cpiantité de tous les produits, divisent leurs terres en trois soles : de cette manière, ils ont chaque année du coton qu'ils vendent, du blé, du maïs qu'ils mangent, du bersim et de la paille qu'ils donnent à manger à leurs bestiaux. Voici, d'après M. Gb. Bensa, l'assolement adopté sur les terres de Santa-Hayatem, relevant de l'Administration des Domaines.
nmiii soLt.
PIUtliHI MLI.
noiiliat 901I.
MalB.
Fèves ou pois.
Prranièreaniràe..
Bersim.
Coton.
Bléo«opse.
Bersim.
Pèves ou poiB cbicbes.
Miis.
Deuxième année..
Bersim.
Beiiim.
Colon.
Blèouoije.
Fèves ou pois.
Mafs.
Troisième ann^.
Blé ou or^e.
Benim.
Bersim.
Coton.
Un bon assolement doit régler le retour d'une culture sur un même terrain de telle façon que ce terrain ait le temps de recouvrer les éléments qu'elle lui a enlevés : il doit aussi déterminer la succession des cultures sur un même sol de telle façon que l'une de ces cultures ne prenne pas au sol les éléments dont la suivante a besoin. Or l'assolement précédent fait revenir le coton tous les trois ans sur le même terrain et fait toujours précéder sa culture de celle du bersim. Cet assolement triennal a pour lui l'autorité de l'Administration des Domaines, qui le pratique, et de presque tous les grands propriétaires d'Egypte. La place du bersim comme culture précédant celle du coton, est unanimement approuvée : un terrain ayant porté du bersim, fumé par le bétail qui l'a pAturé pendant cinq mois, est très propice à la croissance du cotonnier. Mais certains agronomes jugent l'assolement triennal insufTisant pour prévenir l'épuisement de la terre.
M. Salvarelli propose une rolalion de quatre années, avec une division en quatre soles.
Prmùin mnée .- Culture d'hiver.
Cnllura d'hiver.
Culture ifëU. . .
Culture d'iiiver.
Culture d'hiver.
PIHIÏ» aoLi.
DIUUtai MLE.
noisiiai soli.
aUlTKlkal MU.
Benim.
Blé.
Oi^e el fèves.
Culture
Jachère.Ubonn et colmatage.
SëumeetmaÎB.
du coton.
Gnlloie
Beiaim.
Blë.
Orge et fèves.
du eoloD.
Jachère, lafaoun el eobalage.
Mais.
Séameetmais.
Orge el fèves.
Culture
Benim.
Blé.
Sémmeelma-u.
du colon.
Jachère, labours el calma [âge.
Maïs.
Blë.
Urc[^ 6t icVds.
Culture
Beraim.
Mail.
Sésame et maïs.
du colon.
Jachère, lahoun et cohnalage.
Cet assolement offrirait, sans doute, à un grand nombre de terres de médiocre qualité, des garanties plus sûres contre l'épuisement. Néanmoins, ce n'est pas celui qu'ont adopté les Administrateurs des Domaines de l'Ëtat, qui ne sont pourtant pas suspects des mêmes faux-calculs que les fellahs . Les terres confiées à cette Administration sont, dans la Basse-Egyple, divisées en trois parties égales : l'une pour les cultures chiUmx ou d'hiver, comprenant les céréales, orge, blé, fèves, lentilles, riz, etc.; l'autre pour tes cultures aefy ou d'été, comprenant le coton; l'autre enfin pour les
cullures Rt7t ou intercalaires, qui restent sur pied trois ou quatre mois, maïs et bersim. Voici quelle est la rotation :
Première arni^e. — Novembre à février : bcrsïm, pour être pâturé et enfoui sous le coton; mars à novembre: coton.
Deuxième année. — Décembre à mai : bersim, fèves, pois, lentilles; juin à mi-novembre: jachère, maïs ou riz.
Troifième année, — Mi-novembre à mai : blé ou orge; juin à octobre : maïs, riz ou jachère.
«Dans l'intérêt de ta conservation des terres, disent les contrôleurs, il est absolument indispensable que le coton ne soit cultivé qu'une fois tous les trois ans.» Les termes mêmes de cette déclaration montrent que la répétition triennale est un minimum. Mais comment faire respecter cet assolement de ceux à qui l'Administration des Domaines loue ses terres T Car sur 156.67a feddans, dont 16^.889 seulement furent utilisés, les Domaines avaient loué en 190&, environ 1 33.000 feddans et n'en exploitaient directement que 33.716. Aussi, dans tous les baux, l'Administration insère-t-elle des clauses, garanties par des pénalités, pour obliger ses locataires h se conformer k l'assolement convenu, n Des inspecteurs munis de plans de l'année courante et des années précédentes, vérifient si l'assolement approuvé a été respecté et, en cas d'infraction , la commission applique les pénalités prévues dans les règlements ou dans les baux, v
L'assolement désigne donc, chaque année, le terrain sur lequel sera cultivé le coton : ce terrain, il faut le préparer. La préparation consiste à l'ameublir par des labours , à l'arroser, à lui donner au moyen d'engrais les éléments qui lui manquent. II est indispensable, avant les semailles, de donner è la terre des labours et des arrosages plus ou moins répétés a6n de l'ameublir; mais le nombre et le moment précis de ces labours et de ces arrosages est variable et de là sont nées diverses méthodes. Ce sont les méthodes BaaliU h sec n),Denuaoui (du verbe n couvrir n), Jfef^ooui (du verbe R arroser^). La culture du colon occupe les terres du mois d'août d'une année au commencement de décembre de l'année suivante, n Quelle que soit la méthode adoptée, on amène l'eau sur les terres dans les premiers jours d'août, au moment de la crue du Nil, et on la laisse séjourner jusqu'à la
fin de ce mois. On fait un premier labour vers le i5 octobre, et un second, du 10 au 3 novembre, n C'est ainsi qu'intervient la différence entre les méthodes : n S'il s'agit de culture boalt, on fait un arrosage vers te i o janvier, puis deux autres labours à fin février et vers le lo mars; aussitôt après le second de ces labours, on trace les sillons et, vers le 90 mars, on conunence les semailles, qui peuvent se faire jusqu'aux premiers jours d'avnl. Si l'on adopte la méthode éenuaùui ou me$kami, on fait le troisième labour à la fin de novembre, un quatrième vers le se décembre et un cinquième à la fin de janvier, et l'on trace les sillons vers le lo février. Les semailles commencent vers le 1 5 mars et doivent être terminées avant la fin du même mois. S'il s'agit de culture êenwum, on fait un arrosage quelques jours avant les semailles. Si la culture est metkatnà, il n'y a pas d'arrosage avant l'époque des semailles, t Cette distinction des méthodes de culture en bat^, ienuaoui et metkaoui comporte d'autres différences dans le nombre et l'époque des arrosages ultérieurs : mais on voit que, tout en différant principalement par la façon donnée au sol pour le préparer, elles comportent, toutes trois, les mêmes procédés dont l'application seule est sujette au changement. Des différences moins sensibles encore, provenant de l'exécution plus ou moins parfaite de ces soins préparatoires, exercent souvent sur la récolte une influence inattendue. Dans une station botanique fondée à Zagazig par la maison Planta, des spécialbtes ont soumis à des traitements variés des parcelles de terrains semées d'une même qu^ité de coton : le rendement a subi une augmentation ou une diminution importantes, selon la profondeur du labour, la nature des engrais, le nombre des irrigations données au sol. Ces circonstances ont même influé non seulement sur la quantité, mais sur la qualité des produits, sur la nature de la libre et son rendement à l'égrenage. L'auteur de ces expériences a pu dresser des tableaux oiiy désignant chaque parcelle par un chiffre invariable, il les a toutes classées selon la quantité et la qualité des produits qu'elles ont donnés. Ces expériences ont démontré l'importance de labours consciencieux : nSur un terrain mauvais ou médiocre, l'amélioration des qualités physiques du sot et un labour soigné ont produit les meilleurs effets. Toutes nos expériences de 1896 nous montrent la route à suivre : c'est celle du perfectionnement du labour et de l'amélioration des qualités physiques du sol. Gagner sur le sous-sol, bien ameublir la terre, drainer.
enlever aux terrains les sels de carbonate de soude, par l'application dti sulfate de chaux, i;tudier les moyens de pratiquer de meilleurs sarclages, voilà la direction dans laquelle nous aurons à procMer. n La perfection de ces travaux dépend beaucoup de l'instrument à l'aide duquel on les exécute. Or, l'emploi de la cKarrue européenne est encore très limité en Egypte. Voici l'aveu que font les contrôleiirs de l'Administration des Domaines : rII est fort difficile de changer les habitudes d'un pays, même quand elles sont mauvaises. Nous avons tenté, mais sans succès, de modifier le mode de labourage qui remonte aux temps les plus primitifs. Nous avons fait venir d'Europe les types de charrue les meilleurs, les plus perfectionnés, mais nous n'avons pas pu les faire adopter, tous nos efforts ont échoué, n Le matériel agricole laisse donc à désirer; l'araire indigène, le mikreU, n'a pas plus changé que les machines élévatoires. Cet araire primitif est composé de deux pièces de bois réunies à leurs extrémités, et dont on peut faire varier l'ouverture k l'aide d'une cheville, qu'on arrête dans la position qu'il convient. L'angle formé par les deux pièces de la charrue se trouve ainsi ouvert ou fermé selon qu'on veut obtenir un labour plus ou moins profond. La pièce la plus longue sert de tension et porte un joug transversal auquel sont attachés deux bufBes, tandis que la branche la plus courte, armée d'un soc en fer, en forme de bêche, s'enfonce dans le sol. Il a été tenté bien des efforts, et depuis longtemps, pour introduire chez les fellahs l'usage de la charrue européenne; tous sont restés stériles. M. Grégoire attribuait ces échecs à ce que les types de charrue importés par ordre du gouvernement ne convenaient pas du tout à l'Égyple. Étant à un seul versoir, ils détruisaient le niveau du terrain, ce qui est très important pour les arrosages, à tel point que les fellahs étaient obligés de reniveler après s'en être servis. «Il faut, dil-il, modifier l'araire égyptien et l'amener à ('état où cet instrument est dans certaines parties de l'Europe. Le Vice-Roi , voulant employer à la culture les belles mules de son artillerie , chargea la maison Pastré de faire venir de France des modèles de charrue et de harnais. Il me chargea, en même temps, de faire confectionnera Alexandrie des modèles du même instrument. La maison Pastré fit venir un araire Howard et un du type Dombaslc. Je confectionnai à grand'peine deux araires à double oreille, que les cultivateurs arabes manœuvraient volontiers, parce qu'il ressemblait au leur. Je suis convaincu que ces
charmes auront été réunies aux cent autres du même genre qui se trouvaient entassées dans la cour des magasins d'exploitation. n La routine, le défaut de persévérance ont conservé ia vie à un instrument qui ne suffit plus aux besoins de la culture. C'est que la routine est plus tenace en Egypte que partout ailleurs et s'est longtemps opposée à un procédé universellement pratiqué dans nos contrées : la fumure des terres.
Ce fut un préjugé longtemps accepté, avons^nous dit, que le sol de l'Egypte échappait à la loi de restitution. Telle était sa réputation d'inépuisable fécondité, qu'il paraissait superflu de lui venir en aide parles procédés dont l'emploi est cependant reconnu nécessaire h la fertilisation de tous les autres sols. Le limon du Nïl , dont la vertu fécondante jouissait aussi d'une réputation consacrée par la tradition, était considéré comme pouvant tenir lieu d'engrais. Le système d'irrigation par bassins facilitait le dépôt de ce limon sur ie sol. Les cultures traditionnelles auxquelles s'adaptait, d'ailleurs , ce système, ne demandaient pas assez d'efforts à la terre, pour que le besoin d'adjuvants plus efficaces se fit sentir.
Ces conditions furent modifiées par l'introduction de la culture du coton , sans que, pour cela, l'emploi de l'engrais fût immédiatement adopté parles agriculteurs. Diverses raisons les en détournaient : d'abord, la force de la routine; ensuite, l'usage d'utiliser le fumier à la fabrication d'un combustible en forme de galette; enfin, le régime des terres. rII sera plus dilficîle, dit l'auteur d'expériences tentées à la station botanique de Zagazig, de lutter contre les rapports économiques et administratifs qui régissent les baux. Le propriétaire donne à bail la plupart de ses terres à de petits cultivateurs qui ont à supporter tous les frais de culture, et qui ne peuvent se permettre l'achat de ces engrais. Lui-même, de son côté, ne fera pas davantage cette dépense qui ne profiterait qu'au locataire. II y aurait cependant deux moyens d'introduire l'emploi des engrais. Le premier serait d'élever le prix du bail , afin de se couvrir des dépenses occasionnées par l'achat et la livraison des engrais. Le deuxième consisterait en ce que le propriétaire eût à livrer l'engrais , en se réservant à l'avance et par une convention , l'excédent éventuel dA à l'emploi de l'engrais. t> Le fait seul qu'une station botanique a dirigé ses expériences vers ce point, prouve combien l'emploi de l'engrais était encore peu répandu, il y a dix ans.
Depuis lors, à force d'être encouragés et stimulés, les fellahs en sont
venas h admettre Tiisage de Yeagnw, el ce <fû était autrefois le cas géDéral, est deveoD l'eiceptioD. ^ Tont agricolteur égyptien , écrit M. Foaden '", seoélaire de la Société khédiviale d'agricultoie , admet comme on fait indiscotable que le cotoo a besoin de fumure et, dans bien des cas, la surface <jui a été consacrée h celte culture est déterminée par la ([uaulîté d'engrais disponible. Les amendements et l'irrigation décidait, en fait, du nombre d'acres qui seront plantés en coton. n L'engrais le plus couramment employé est, naturellement, le fumier de ferme. «Il fut un temps, écrit le n^me auteur, oà l'on croyait qne le maximum de rendement pouvait être obtenu sans autre engrais que le fumier de ferme. Mais, dans les cinq dernières années, un grand changement s'est opéré dans l'opinion. L'adopticm des engrais chimiques a non seulement augmenté le rendement, mais encore permis d'accroître la surface amendée, n Pour se faire une idée de la manière dont se généralise, en ^ypte, l'emploi des engrais chimiques, il n'y a qu'à jeter un coupd'œil sur les staûstiques d'importation. Depuis i goS, date k partir de laquelle cet article fait son apparition dans les importations d'Egypte, on constate une progression constante et rapide dans les quantités introduites :
Ulaa. L. E.
1906 ia.7a5 laa.yog
Les engrais chimiques les plus couramment employés à la culture du coton sont l'acide phosphorïque , les engrais azotés solubles, le nitrate de soude, le sulfate d'ammoniaque, le sulfate de potasse.
L'emploi des engrais organiques ou chimiques n'est pas limité à un moment unique de la culture. Il se renouvelle à plusieurs reprises, k des moments déterminés, avant et pendant la période de croissance de l'arbuste. N Le fumier de ferme, dit M. Foaden.est étendu à la volée avant le dernier labour. L'acide phosphorique est employé avant les semailles. Le nitrate de
''' Noie» on EggpUan Agrieuïtun, par Georges Foaden, secrétaire de la Soâélé khédiviale d'agriculture.
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soude et le sulfate d'ammoniaque soat mélangés et répandus après que l'arbuste a reçu sa première irrigation. Les plantes, en règle générale, sont amincies avant l'irrigation, et, après le second grattage à la herse, on met h leur pied l'engrais azoté avec un peu de terre. Puis vient le second arrosage. Ceci se passe en avril, et l'effet des amendements se fait sentir presque aussitôt après, n
Quels sont les engrais qui donnent les meilleurs résultats et dans quelle proportion convient-il de les employer? Cette question a fait l'objet d'une élude approfondie de la pari de la Société kbédivîale d'agriculture. Cette société s'est livrée, sur les terres de ses fermes eipérimentales, à des expériences dont son secrétaire, M. Foaden, rend compte dans les termes suivants : «Pendant les campagnes de 1901 et de 1909, des expériences faites sur des terres plutAt pauvres, à la ferme de la Société, à Mit-el-Diba, ont établi que lorsqu'on ajoutait à l'engrais de ferme un mélange approprié de fertilisants commerciaux, consistant en lioo livres de superpbospbate, ig5 livres de nitrate de soude, So livres de sulfate d'ammoniaque et 80 livres de sulfate de potasse, la quantité récoltée de coton en graines, passait de 880 livi-es sur des terres non fertilisées à i.SgS sur celles qui l'étaient. Le fumier de ferme employé seul, donnait un rendement de i.i 35, soit â6o de moins. L'usage d'engrais minéraux seuls avec du fumier de ferme assurait i.3âo livres, et 960 de plus si on y joignait du nitrate de soude.» La Société d'agriculture a procédé, pendant la campagne de 1 g 03, dans une de ses fermes qui se trouve dans la province de Gbarbieh, à d'autres expériences , dont les résultats sont consignés dans le tableau suivant :
MOYENS DB FBHTlLISATlOIf EMPLOYÉS.
Saiu eogrù»
Engrais de ferme aeul <
Superphosphate «t tels de potasse
Snperphosj^tte, sels de potasse, entais avec izole soluble.
qUAKTITÉS RÉCOLTÉES, ipiis ut iLé. ipibLETiiirLi.
La différence entre les quantités récoltées après le blé et après le trè&e.
provient de ce que 1c trèfle a la propriété d'azoter le sol. Le même résultat peut être obtenu à l'aide d'engrais azotés solubles; mais la pratique a prouvé que, lorsqu'ils étaient employés seuls, ces engrais donnaient un moins beau rendement que lorsqu'on y ajoutait de l'acide phosphonque. C'est ce que montre le tableau suivant, qui présente les résultats d'expériences faites sur des terres pauvres.
COTOn EH GBtlNES PAU ACflB ET El) LIVRES.