‹ La production du coton en EgypteChapitre 2 sur 76 · DEPUIS L'ANTIQUITÉ JUSQU'À MÉHÉMET-AM · texte numérisé non relu

DEPUIS L'ANTIQUITÉ JUSQU'À MÉHÉMET-AM

Dans un pays qui est, par excellence, le domaine de la tradition, une culture ne peut avoir pris l'extension qu'a reçue en Egypte celle du coton sans être reliée par une longue tradition au passé de ce pays. La cidture du coton faisait en effet partie de l'héritage traditionnel des anciens Égyptiens. Les hommes et les circonstances, auxquels elle est redevable de son importance actuelle, ne l'ont point créée de toutes pièces : Us l'ont seulement prodigieusement développée. Pour étudier les diverses phases du développement de cette culture, il importe donc tout d'abord de démontrer qu'elle a été pratiquée de toute antiquité; puis on prouvera qu'elle a subsisté, tout en restant d'aUleurs staUoonaire, k travers toute l'époque moderne, jusqu'en iSai. A cette longue période d'existence précaire succédera la période de sa première grande extension, la création véritable de la production en grand (1891-1869). Avec la guerre d'Amérique, et sous son impulsion, commencera pour le coton une phase de développement plus considérable encore, raffermissement définitif de sa prépondérance : cette phase nous conduira jusqu'à nos jours.

On n'a pas toujours admis le fait que le cotonnier a existé et a été cultivé de tout temps en Egypte. Dans un mémoire sur L'Agricullure de l'Egypte et Ut amiUoraboM âmt eUe .etl tmceptibU, Reynier, l'un des savants de l'Expédition française, est conduit par une singulière argumentation à nier cette existence; voulant prouver l'exhaussement du sol de l'Egypte et l'abaissement du niveau de ia crue, il s'exprime ainsi : r Plusieurs des cultures de l'^^ypte, telles que la canne à sucre et le cotonnier, ne peuvent se pratiquer que sur des portions du sol oà l'inondation ne parvient pas. Or, ces mêmes végétaux ne paraissent dans aucune des scènes

Ia Cotoik tn Égyft*. 1

d'agriculture si souvent répétées dans les bas-retîefs des grottes et des temples souterrains de ta Haute-Egypte. Donc, h cette époque, les inondations du fleuve couvraient toutes les terres par un double effet de la plus haute élévation des eaux et de la moindre élévation des terres, eu sorte que tes cultures qui exigent un temps plus long que Tintervalle d'une crue à l'autre ne pouvaient occuper les habitants du pays, n On pourrait d'abord objecter h Reynier que les anciens Egyptiens n'avaient qu'à endiguer leurs champs; on pourrait aussi nier que, même à cette époque, l'inondation couvrit toutes tes terres. Mais depuis que le coton a pris une si grande importance, on a recherché ses origines avec plus de soin, et, à défaut de Ihisreliefs , on a trouvé nombre de textes et présenté nombre d'observations de faits. M. Gamal-Gali"* résume fort bien une partie des preuves que les savants anciens et modernes, et même ta Bible, apportent dans le débat : «Le cotonnier, dit-il, était connu en Egypte à l'époque de la captivité des Hébreux; il croissait spontanément, et sa bourre, filéo et tissée, servait à confectionner les vêtements réservés aux prêtres; la Genèse rapporte même que le Pharaon régnant, pour récompenser Joseph, le fit revêtir d'une robe de coton (Stala byssyna). D'après Strabon, cette plante était culUvée en Egypte onze siictes avant Jésus-Christ , et de CandoUe , dans sa Géographie botanique, mentionne te fait d'une gaine de cotonnier trouvée dans le cercueil d'une momie par Rossellini, et déposée au Musée de Florence. Champollion, à son tour, parlant de la préparation des momies, dit qu'on les bourrait d'herbes sèches et de coton imprégné de baume. Le naturaliste Béton assure que les voiles faits en Egypte avec les filaments du Gossypium étaient plus fins que les ouvrages de soie, n On voit donc que Reynier aurait pu, parmi ses collègues eux-mêmes, trouver un contradicteur en Champollion. Ce savant nous renseigne, en effet, et sur l'existence et sur l'emploi du coton , lorsqu'il aflirme que , dans l'antiquité , l'Egypte r fournissait le monde de ses toiles de lin et de ses toiles de coton, égalant en perfection et en finesse tout ce que l'industrie de l'Inde et de l'Europe exécute aujourd'hui de plus parfait '^'n. La précision de quelques auteurs contemporains va plus loin; elle ne se contente pas de signaler l'existence très ancienne

''> Gimil-Gau, Ettainr l'tgneullure ie l'ÈgyfU, Parts, 1889. ''' Gilé par RoHCHiTTi , L'ÈgypU tt hm prurit totu ïtwuùl-PaAa.

du tissage des toiles de coton, elle assigne encore k ces toiles, sur la foi des anciens, un usage local et une forme particulière. Elles servaient, diton, à l'habillement des prêtres : «Si Hérodote dit que les prêtres ne portaient pas de vêtements de lin, lisons-nous dans le Cotton PEanJ'", Pline dit que les vêtements de colon leur plaisaient beaucoup , et Philostrate confirme son dire. 11 est bon de faire remarquer ici que le mot Imle Je Un ae se rapporte pas toujours k la fibre avec laquelle un article se fabriquait, maïs h l'aspect général de l'étoffe, en sorte qu'une étoffe fabriquée de lin, ou de coton, séparément ou mélangés, s'appelle toile de lin. D'ailleurs, l'usage du colon, fibre végétale, e6t été considéré comme aussi pur que celui de la toUe de lin, parce qu'il n'eût pas été contraire aux règlements religieux qui proscrivaient la laine comme produit animal. i>

Cest sans doute en songeant au même rite que M. Guillemin écrit : « Les bandelettes de toile qui emmaillotaient les momies étaient en coton et ta religion s'opposait à ce que celui qui avait participé aux mystères orphiques et bachiques fût enseveli dans un linceul de laine t^' n. 11 est vrai que d'autres auteurs ont nié que ces bandelettes fussent de coton. Quant à la forme des étoffes de coton , l'auteur du chapitre consacré à l'histoire du coton dans le Cotton l%at, dit qu'nil est constaté que ces vêtements se portaient en forme de châles ou de manteaux, et qu'ils étaient plus épais que les vêtements de lin et brodés comme euxn. On ne peut pas objecter que les anciens %yptiens, étant de bardb marins et entretenant avec les ports des Indes un commerce suivi, en tiraient le coton qu'ils tissaient et dont ils se revêtaient : l'ouvrage américain Cotlon I^ant cite au sujet de l'existence du cotonnier en l^ypte même deux textes définitifs. Le premier est de Pline : «Il poussait dans la Haute-Egypte, dit ce géographe, une plante que les uns appellent go$*ypium, et d'autres, xylon, plante dont on fait des étoffes que nous appelons xylëna. Elle est petite et porte un fruit qui ressemble à l'aveline, et dans lequel se trouve une laine duveteuse doDt on fait du fil. Ces produits ne laissent rien à désirer pour ta blancheur et la finesse. » Pollui qui vécut vers l'an 1 5o de l'ère chrétienne, dit que a chez les Indiens comjne chez les Egyptiens on obtient d'un ari)re une

c Cotbm PImt (puUication dn MiDisIère de l'A^cultnre des Ëtals-Unis).

<*' Goiuiniir, L'Égi/pte aetudU, ton agneulture et h pereement du emttj de Suet.

sorte de laiae. L'étoffe fabriquée de cette laine peut être comparée h de la toile de lia, sauf qu'elle est plus épaisse. L'arbre produit un fruit qui ressemble de très près à une noix , mais qui est fendu en trois. Après que l'enveloppe extérieure s'est fendue et a été sécbée, on en extrait une substance qui ressemble à de la laine <". n L'auteur du mémoire a bien raison de signaler cette description remarquablement correcte et s'adaptanl tout à fait au cotonnier. Ces deux textes sont assez probants pour coupr court à toute discussion. Pour nous, il était surtout important d'établir que le coton existait en Egypte dans l'antiquité : mab c'est surtout en vue d'un autre but que les savants ont soulevé cette question. Ce qui leur importe surtout, c'est de savoir de quel pays le cotonnier est ongioaire, et cette origine est encore, îk l'heure qu'il est, un problème. Comme l'Egypte est, avec les Indes, un pays de la plus ancienne civilisation, prouver que le cotonnier y poussait à cette époque reculée, c'est créer une présomption très sérieuse en faveur de son indïgénat. Bien que la question de l'origine du cotonnier reste toujours pendante, en raison de difficultés qui tiennent à la nature même de l'arbuste, l'opinion prévaut aujourd'hui que c'est un végétal indigène de la Haute-Egypte, ail est certain, écrivent MM. Gallois et Lederlin '^', que le cotonnier existe k l'état sauvage dans l'Afrique tropicale, et il n'y a pas de raison pour ne pas admettre que les cultures indigènes du Soudan aient pu naître sur place, n Remarquons qu'il n'est pas dit que le coton soit indigène dans la Basse-Egypte d'oiï sa culture ne sort guère aujourd'hui, car c'est un fait à signaler, et sur lequel nous renseignait déjA le texte de Pline, que l'habitat primitif du cotonnier dans la vallée du Nil est la Haute-Egypte. C'est là qu'il fut cultivé, non seulement dans l'antiquité , mais jusqu'en 1 8 s i , et certains savants prétendent même que le cotonnier importé è celte date dans le Delta était originaire d'Abyssinie, dont VirgUe avait vanté autrefois les bois blanchissant sous une douce laine « nemora vtltbiœpum molli canentia lana ».

Depuis l'antiquité, k travers toutes les époques, et sous toutes les dominations par lesquelles passa l'Egypte, le cotonnier n'a pas cessé d'être cultivé. Nous n'avons naturellement que fort peu de documents sur la culture

<*' CotioH PtoHl, chapitre inlilul^ Huimre du Coton,

'*' Culture du colon dam le monde {Amakt de Giogn^kie), i5 juillet 1898.

même de cet arbuste jusqu'au momeut où l'Egypte a recommencé à être visitée par des savants, mais nous possédons une quantité très notable de documents concernant le commerce du colon entre t'Égyple el l'Europe. C'est une source indirecte de renseignements, mais qui n'en est pas moins précieuse. Un des rares témoignages directs sur la matière est fourni par Elben-el-Anam , auteur arabe du n* siècle, vivant à Séville, qui a laissé un récit de la manière dont on cultive le cotonnier dans diverses contrées d'Afrique el d'Europe'". nOn le sème, dit-il, dans l'Arabie Pétrée, en Egypte, à Ascalon et à Bassora, sur des terrains de sable soumis aux irrigations; on est dans l'usage de le transplanter, ainsi qu'on a coutume de le faire pour les légumes cultivés dans les jardins, et on met les pieds à 8 palmes de dislance les uns des autres, par la raison qu'il s'élève dans ces régions à la bauteur des figuiers cultivés en Espagne. Il ne périt qu'après un certain nombre d'années. On le cultive de la même manière que la vigne, et on obtient annuellement une bonne récolte par le moyen des labours et des irrigations, n Gel Eben-el-Anam est-il le même qu'un auteur arabe également originaire d'Espagne, Abou-Abdallah Ibn Alfadbal , dont parle M. Heyd dans son Commerce du Levant '^^^ qui a laissé des notes, dit-il, sur la culture du colon dans différents pays et décrit la méthode égyptienne? Les dissemblances que l'on remarque souvent entre le même nom arabe écrit par deui auteurs différents, rendent cette hypotbèse possible. L'autre alternative nous donne deux témoignages au lieu d'un.

Nous sommes plus riches en Lémoîgnages indirects. Le commerce du Levant fut, è cause de son importance, l'objet d'une attention continue : tous ceux qui s'en sont occupés ont fait une place, parmi tes articles de retour, aui cotons du Levant; colons en laine, cotons filés ou toiles de coton. L'^ypte était loin d'être seule à approvisionner l'Europe en coton du Levant; elle n'était même pas i cet égard la plus productive des riions de l'Empire ottoman , mais elle fournissait néanmoins son contmgent dans la production générale ainsi que dans l'exportation. Vérifions le fait pour le moyen âge d'abord , à l'aide du commerce de Marseille avec le Levant. Quelles marchandises les Marseillais allaient-ils

> Gh. Pdlibut se Lutbtub , Du eotomisr et de ta culture.

' Hbid, Gommeret du Lenut au moyen âge, Leipzig, traduit par Renaud.

chercher dans les ports d'Egypte et de Syrie? Ces deux régions sont, à cause de la similitude de leurs produits, très souvent unies dans les documents et les ouvrages de ceux qui tes commentent. Avec les épiées et les parfums , la gomme , le safran et les articles de luxe , c'est toujours le coton que l'on cite comme faisant l'objet des retours les plus importants. «Marseille recevait aussi de l'Orient, d'apte et de Syrie des étoffes de coton et de soie, dit M. Marchand'". L'Europe produisait il est vrai du coton, mais de qualité inférieure; au contraire, le coton de Syrie et d'Arménie était si fin , si souple et si solide h la fois , qu'il était beaucoup plus estimé. On apportait à Marseille soit le coton brut, soit le coton filé. Acre, Laodicée et Alep étaient les principux marchés de cet article, n Mais Alexandrie, qui est peut-être de toutes les Echelle» du Levant celle avec laquelle les Marseillais entretinrent les relations les plus suivies, leur fournissait aussi du coton pour leurs cai^isoos de retour, r Leurs vaisseaux, dit, en efiet, M. Pigeonneau, reviennent chargés de soieries, de lapis, des épices qu'ils tirent de l'Orient, des sucres d'^^ypte qu'on essaiera au siii* siècle de produire en Provence, des Cototmaàe» d'Alexandrie, qu'imiteront au xiT* siëde les fabriques d'Arles et de Carcassonne. n Franchissons deux siècles et voyons si aux siv*, xv* et xvi* siècles, il en était de même qu'à l'époque des Croisades. Un Italien, du nom de Sanuto, avait, peu auparavant, conjuré le commerce européen de ne pas enrichir les Infidèles quand il lui était possible de s'approvisionner en Europe des mêmes articles, et il avait désigné les contrées de la Chrétienté oît la culture du coton pouvait être tentée avec succès. nMais, en dépit de l'appel adressé à la Chrétienté par Sanuto, dit M. Heyd, le commerce avait repris son cours entre l'Occident et l'Orient , et les navires d'Europe allaient aussi r^idièrement qu'autrefois charger le coton indigène à Laodicée, Beyroudi, Tripoli, Acre et Jaffa. Ce qu'ils faisaient pour les ports de Syrie, ajoute cet auteur, ils le faisaient également pour le foyer de la puissance sarrasîne, l'Egypte, c'est-à-dire que, pendant les xiv* et xv" sièdes, ils allaient aussi prendre du coton à Aleiandrie comme aux lempi det ÉtaU latitu '^'. Ce coton

<'' MucBASD , Commerce de MarteiUt ««c le Levmt pendant le* QviiaJet. c Ce qui prouve qu'au temps des États lilins, c'est-à-dire iprës U première croï- Bade, ib y allBietit dé^k.

d'Alexandrie était, selon toute apparence, un produit indigène, car Sanulo nomme le colon parmi les produits de l'Egypte. Simon Simeonis et Piloti avaient vu les plantations de cotonniers sur les bords du Nil, et, enfin, un auteur arabe, originaire d'Espagne, Abou-Abdallab Ibn Alfadhal, décrit la méthode égyptienne. Il est pourtant très singulier <]u'Abdallatif, mort en laSi, qui décrit en général si minutieusement les produits naturels de l'Egypte , ne nomme même pas celui-là, et que ta grande majorité des Occidentaux qui visitèrent le pays pendant le moyen ftge, gardent sur ce point le même silence. Cela semblerait indiquer que la culture du coton n'y était pas très développée ou tout au moins qu'elle n'y jouait pas un grand rAle. En tout cas, il est probable que, sur ie marché d'Alexandrie, le coton indigène se vendait avec le coton étranger"'.» Ce passage est particulièrement instructif par la distinction très nette qu'il fait entre l'Egypte et la Syrie ; on voit bien par U qudte part revient à l'Egypte dans le commerce du coton du Levant, part plus importante peut-être comme marché exportateur que comme pays producteur. Nous constaterons à plusieurs reprises la supériorité d'autres régions sur l'Egypte comme producteurs : mais il nous suffit de savoir que le coton y était cultivé, fAt-ce sur une plus petite échelle qu'en Syrie, par exemple. Mais puisque le coton étranger contribuait avec le coton indigène h l'exportation d'Alexandrie et de Damîetle, d'oji venait ce coton étranger? «De l'Inde, sans doute, répond M. Heyd. En effet, Marco-Polo rapporte que le coton des environs de Camboye s'exportait dans différents pays et quand les Portugais arrivèrent aux Indes, le port de Camboye et le Bengale exportaient vers Aden et la Mecque d'une part, vers Ormons de l'autre, concurremment avec les fines étoffes si recherchées des habitants de l'Egypte et des provinces occidentales d'Asie, du coton brut et des fils de coton en quantités immenses; on peut aisément admettre qu'une partie en était destinée à l'Occident, n Ainsi le coton de l'Inde concourait probablement avec le coton égyptien au chargement des navires qui faisaient escale h Alexandrie. Ces navires embarquaient le coton tant6t en laine, tantôt filé, tantôt tissé en étoffes. Los tissus sont même désignés sous le nom de tissus d'Alexandrie. «Les ateliers de tissage d'Alexandrie, de Damiette, de Tennis, de Dabik (entre Farama et Tennis)

<'> Hno, Comaunt d» Le9Mt OM moyen igt, p. 613 et 6i3.

livraient, dil M. Heyd, de fines étoffes réputées en OrieDt et en Occident, e Quelques-anes de ces étoffes, celles oà la soie était mélaogée au coton, étaient fort chères : c'est ce prix ^eré, au-dessus des ressources des indigènes, qui détermina l'importation considérable des cotonnades à bon marché d'Europe en Egypte. Le commerce de l'Europe, et particulièrement de la France avec l'Egypte, ne se ralentit pas aui xtii' et xviir siècles : la valeur des exportations d'Alexandrie h destination de Marseille de 1 670 à 1 7 1 5 s'élève en effet à 8^.91 1.000 livres, chiffre très voisin de celui des exportations de Smyme (88.785.000). Gomme pendant la période précédente, le coton constitue un des prbcipaux articles de retour. R L'Egypte fournit surtout, pendant le ivii* siècle, dit M. Masson "\ des cuirs de toutes sortes, des cotons filés, des toiles, des safrannéesn. rEd 1700, année moyenne, lisons-nous dans le même ouvrage, 5 vaisseaux emportèrent d'Egypte la valeur de 1. 863.000 livres en nkarchandises : café 1.076.000, coton 333.900, cuirs a86.ooo, toiles diverses i33.ooo, safranum A6.&&0, liDi6.6o&. . . En 171 &, année maximum, sur 16 vaisseaux et 3 5 barques : 5.578.000 livres : café 3. /i& 8. 000, cuirs &87.000, toiles 3o6.ooo, colon 9i5.ooo,9> etc. D'après un tableau dressé par M. Masson, le coton filé d'Alexandrie se vendait 5o livres le quintal en 1 680 , et 67 livres en 1 706 (livre marseillaise — 1 3 onces).

Les archives de la Chambre de Commerce de Marseille fournissent sur le trafic du coton entre cette ville et l'Egypte, les rensagnemenls les plus nombreux et les plus précis. Elles contiennent, pour l'époque dont nous nous occupons, trois «états des cotons en laine et filés venus des Échelles du Levant à Marseille n à diverses dates de l'année 1711. Ces documents indiquent en rotons, poids du Levant, et en livres, valant A89 grammes 5i, poids de Marseille, la quantité de coton chargée sur chaque barque entrée dans le port. En voici un exemple :

Estât des gotous en LtinE et fil£s

TENUS DES ËCnEU.18 AU LeTANT k MlRSIILLE, DEPUIS LE 39 iOUST 171t.

De VEchelle d'ÂlexM^ie d'Egypte :

Par le Pînque ou Barque de Notre-Dame-de-BonSecourt , commandée par

''> MissoH, Commerce du Levant au ifit tiède.

Jean-François Carre de Marseille, arrivée le 16 aonst 1711, n'estant entrée qu'en septembre :

li biUei de raton filé, p«Hnt : rotons 6.g-]i (poids d'Aleiudrie),

^î foDl, poids de Marseille 7.553 litres.

t5 billes cle colonfilé de Rowel : rotons, 9.9^6 i0.7&i

Par la barque Saint-Jam-BapliêU-l'Aventuriirt, patron Henri Jullîen de Marseille, arrivée le i3 octobre :

*& ballet de coton filé: rotons 16.17* v i7.â65 livres.

Ainsi de suite sont indiqués les chargements arrivés dans le courant d'octobre, novembre, décembre 1711 parles barques Saint-Jean-Baptiste, Saint-Trophime, Notre-Dame-de-Monténègre et Sainte-Anne.

Grâce à ces trois états, nous pouvons établir qu'il est arrivé à Marseille, dans l'année 1711, 900.061 livres de coton d'Alexandrie, ou, plus exactement, j3.33t livres, du 3 A avril au i5 août 171 1, et 106.780 livres du 16 aoAt au aS novembre. Tout le coton porté dans ces états est du coton Glé, contenu dans des balles qui pesaient environ Â5o rotons chacune.

Les mêmes documents nous permettent de compara avec ces chiffres ceux qui représentent l'exportation des autres Echelles dans ta même période. Du a 3 avril au i5 aoûti7ii il est arrivé & Marseille 869-638 livres de coton des Echelles de Sayde, Tripoly et Chypre, dont notre élal ne divise pas les arrivages pour cette période, contre 93.33 1 livres arrivées d'Alexandrie dans le même laps de temps. De la seule Échelle de Sayde, il est arrivé à Marseille 635.i83 livres de coton, du 10 octobre au 19 décembre 1711, date à laquelle s'arrête l'état ; Alexandrie n'avait exporté que 106.730 livres du 16 aoAt au aS novembre, et n'en exporta sans doute plus avant janvier 1719, puisque l'état ne mentionne pas d'autres arri> vages. Enfin, dans la même année 1711, Marseille reçut de Satonique 68.777 li'"*^ *^* coton, d'Alexandretle i4.68o livres, de Malte 11.A97 et de Smyme 1 0.906. Surun total de t. 900. 66 9 livres de coton du Levant entré à Marseille en i7ii,r^ypleen a donc exporté 300.601 livres. Sa part est assez faible, on te voit, dans la production générale de l'Empire ottoman; elle est distancée, comme pays producteur, par la Syrie, dont les Échelles , et surtout celle de Sayde , en exportent une beaucoup plus grande quantité. Mais Alexandrie prend place immédiatement après les

ports de Syrie comme marché d'eiportalion , rang qui , en somme , suppose de la part du sol d'Egypte, une production assez considérable de coton.

Cette production ne diminue pas entre le commencement du xviii' siècle et une époque voisine de l'Expédition française, car voici la moyenne de Teiporlation des cotons d'Alexandrie à Marseille de 1788 à 1799'".

Colon eo lune — livres.

Cotons fila blaocs 35o . ooo

Toiles de colon Uaac communes 60.000

Toiles bleues du Csire io. 000

A quel usage les industriels d'Europe employaient-ils le coton dont ils faisaient venir de Syrie ou d'Egypte de si imprtantes cargaisons? «Ces objets, lisons-nous dans un mémoire de la Chambre de Commerce de Marseille publié par Volney à la suite de son Yoyagt en ^ypte, ces objets alimentent nos manufactures; le coton du Levant fournît à toutes les fabriques de Picardie, de Normandie et de Provence. On en fait les camelots, bouracans, siamoises, velours, toiles et bonnets. Ces fabriques font vivre un peuple immense d'ouvriers et de marchands <^'. »

Mais, outre ces emplois généraux et habituels, le coton d'Egypte et de Syrie était employé k certains usages dont tout autre coton n'eAt pas été susceptible. C'est l'argument dont se sert la Chambre de Commerce de Marseille, dans un mémoire de 1 765 , pour obtenir l'abrogation d'un nouveau droit de 9 livres par quintal sur les cotons filés du Levant. nII semble, dit-elle, qu'un retrait unique d'un commerce national pourrait être favorisé de la part du Gouvernement de S. M. avec d'autant plus de raison que son introduction dans le royaume ne saurait contrarier les vues justes et naturelles qu'elle a de favoriser la filature nationale. La plus grande partie du coton filé blanc du Levant et principalement celui de Sayde, n'est propre que pour les mèches des lampes , des bougies et des chandelles. 11 est très diffîcile d'imiter cette fdature souple et liche, qui n'est propre qu'à cet usage. H y a d'ailleurs sur les (ils de ces sortes de cotons un duvet particulier très fin qui rend la lumière des lampes, bougies ou chandelles

'') JuLLUDY, Commeree de Mantille.

'*> VoLNEï, Étal du Commeree du Leemtt en tj8&, i, la suite du voyage en Egypte et en Syrie.

plus claire et plus luisante, et c'est un apprêt que les cotons qu'on file dans le royaume n'ont pas. D'ailleurs , l'objet essentiel de notre filature étant l'aliment de nos manufactures, elle ne saurait recevoir aucun préjudice d'un colon filé qui doit avoir un emploi auquel les nôtres ne sauraient être destinés parce qu'ils n'y sont pas propres.» Il était encore une autre espèce de coton filé dont notre industrie ne pouvait, au dire de la Chambre, subir de préjudice : c'est le coton teint en rouge. nOn emploie cette sorte de coton aux fabriques de moucboirs ou de siamoises des manufactures de Rouen , et c'est avec tant de succès qu'elles ont fait des progrès très considérables. Il est difficile que nous puissions imiter cette filature en France. » Tels étaient les usages auxquels les cotons du Levant étaient particulièrement destinés au xviii* siècle. Ils n'étaient pas tous également appréciés , sans distinction d'origine , et les produits de l'^ypte ne venaient qu'en quatrième ligne après ceux de Hamali (ancienne Epiphanie) et d'Alep , ceux de la petite Arménie et du centre de la Syrie (enrirons de Damas), ceux enfin d'Acre, de Chypre et de Laodicée; les qualités de coton d'Egypte étaient sans doute peu variées, car les états que nous citons plus haut ne font aucune mention de qualité pour les chargements arrivés d'Alexandrie, tandis qu'ils étiqneltent minutieusement ceux qui viennent des Echelles d'Asie Mineure : coton filé fin bazar, fin d'once, fin Jérusalem, escart, fin de rame, en laine, telles sont les épithètes qui distinguaient alors les types. Il intervint même, pour confirmer ce classement, un arrêt du Conseil d'Estat du Roy, portant r^ement pour les cotons filés qui riennent des Échelles du Levant è Marseille, du sa septembre 1733 <■>. nSur ce qui a été représenté au Roi, étant en son Conseil, dit l'arrêt, par les Marchands en toiles de Fil et Coton de la Généralité de Lyon, que, pour l'entretien de leurs manufactures, ils sont obligés de tirer de Marseille des cotons qui riennent tout filés des Échelles du Levant, mais que ces cotons qui étaient anciennement de bonne qualité et bien assortis, se trouvent depuis quelque temps défectueux et mélangés, en sorte que dans une même balle, il s'en bvuve de différentes qualités, inférieures les unes aux autres, quoique toute la balle soit vendue au même prix.... le Roy estant en son Conseil , a ordonné et ordonne ce qui suit, n Suivent de nombreux

<'> Archives, Chambre de Gommerce de MarseUk.

articles qui imposent aux négociants des Échelles et à ceux de la métropole , BOUS peine de lourdes amendes, l'observation d'uo classement de bonne foi, exprimé par des signes conventionneb visibles de tous. Ainsi, les défauts du coton d'Egypte ne sont pas de date récente et lui viennent de son ancêtre le colon du Levant : que de fois les marchandises livrées de nos jours par les négociants d'Alexandrie n'ont-elles pas provoqué de la part des filateurs les plaintes auxquelles cet arrêt voulait mettre un terme?

Les seuls documents qui nous aient éclairé sur la culture du coton en ^pte depuis l'antiquité jusqu'aux dernières années du xvm* siècle sont, comme on Ta vu, de source tout à fait indirecte. Ce n'est pas qu'ils soient pour cela révocables en doute car, aujourd'hui encore, c'est par le chiffre d'exportation d'un article qu'on en évalue la production. Toutefois, s'il est possible que ces tableaux d'exportation mentionnent des chai^ements de coton venu des Indes, ils peuvent aussi ne pas tenir compte de tout le coton récollé en Egypte. D'abord, la consommation locale, et surtout le commerce entre pays musulmans en prélevaient, ainsi que nous le verrons, une notable quantité. Ensuite, il est une cause plus spéciale qui peut fausser, toujours dans le sens d'une évaluation inférieure à la réalité, les conclusions que nous tirons du tableau d'exportation. Nous relevons, en effet, dans un mémoire déjà cité de la Chambre de Commerce de Marseille, une prolestation contre l'entrée en franchise des cotons filés de Malle : cette exemption portait au commerce des cotons de Syrie et d'Egypte un grand préjudice. «Cost à la faveur de cette franchise, dit le mémoire"', que les Maltais introduisent à Marseille les colons qu'ils tirent du Levant et qu'ils font filer à Malle. Us ont commencé d'abord d'apporter à Marseille de très petites parties de coton filé qui procédait véritablement alors des productions de leur lie. Mais s'étant aperçus qu'ils trouveraient toujours facilement la consommation des cotons filés qu'ils apporteraient en cette ville , et qu'ils en retireraient de grands avantages, ils ont poussé ce commerce extraordinairement, et au point qu'on voit par un relevé qui fut fait en i^So qu'd en venait alors deux mille cinq cents baUes chaque année qui pèsent chacune près de h quintaux de France. L'tle de Malle n'est qu'une roche aride, qui ne

'*' M^tnre sur les cotons filés du Levant et Arcbîves, Chambre de Commerce de Mars^e.

produit presque point de coton en laine, elle fournit cependant presque autant de colon filé que la Palestine. II est aisé de voir par ce rapport que les Maltais ne filent pas le coton du produit de leur tie, mais bien celui du Levant, n Une certaine quantité de coton pouvait ainsi élre distraite par les Maltais de la récolte annuelle de l'c^ypte ainsi que de la Syrie. Peut-élf« pour des raisons analogues une faible partie du coton d'Egypte passaitelle aussi, avant d'arriver en France, par d'autres marchés intermédiaires i mais, on aurait tort d'en induire, par analogie, qu'une quantité, même faible de ce produit, gagnât directement les Echelles de Syrie, car celte hypothèse serait démentie par l'un des compagnons de Bonaparte, Girard, qui a noté l'absence du coton dans le chai^ment des caravanes k destination de la Syrie. Il n'en reste pas moins vrai que les conclusions tirées des tableaux d'eiportationa sur la production du coton en Egypte sont plutôt inférieures k la réalité.

Néanmoins, l'expédition de Bonaparte nous fournit de nouveau des témoignages directs de l'état de la culture en Egypte : les savants qu'il emmena avec lui n'ont rien laissé échapper de ce qui contribuait encore & faire vivre l'Egypte, ni suKout de ce qui pouvait contribuer à relever sa prospérité. Tous ceux d'entre eux qui ont étudié son agriculture ont signalé le coton parmi les végétaux cultivés par les indigènes; tous ont constaté que sa culture occupait déjà un certain nombre de travailleurs, donnait lieu k une industrie, k un commerce fort lucratifs, mats tous aussi déplorent le manque de soins qui seuls auraient pu la faire passer au premier rang, et reconnaissent en elle une des cultures d'avenir de l'Egypte. «La conformité de sa température avec celle de l'Amérique méridionale pendant une grande partie de l'année, dit Necloux'", promet k cette contrée de nouvelles sources de richesse dans ta culture de la canne à sucre, de l'indigo, du coton. Ces végétaux sont, k la vérité, cidtivés dans ce pays, mais avec si peu de succès, ou plutftt avec si peu d'encouragement et d'intelligence, qu'on peut dire que c'est une nouvelle branche d'agriculture à créer, n Ce jugement résume bien l'état de la culture du coton en Egypte, à la fin du xvni* siècle : sa situation réelle est moins précaire 60 elle-même

''' Projet d'un établistemenl d'agrieullure en Egypte, par le dloy«) Nectoux. Mémoires poMiÀ pendant les campagnes du gëoënd Bonaparte.

qu'inférieure à ce qu'elle devrait être. Nos savants qui se sont particulièrement consacres à décrire l'agrictdture, sont, avec Nectoui dont nous venons de citer quelques lignes, et Raffeneau-Delisle, qui fait des végétaux une étude plutôt botanique qu'agricole , Reynier et Girard, le premier dans un mémoire sur l'Egypte entière , de la collection en quatre volumes , le second dans deux mémoires sur ta Haute-Egypte et sur le Fayoum, Insérés dans la même collection, et dans un mémoire sur Tensemble de la vallée du Nil, publié dans la Detcriptio» de l'ÉgypIe. Ils nous renseignent donc d'une manière fort complète sur l'état de la culture du coton dans toutes les régions du ' pays. Laissant de cftté pour le moment leurs précieuses observations sur les procédés de culture de l'arbuste et les bénéfices qu'on en tire, nous ne relèverons que celles qui peuvent nous édaîrer sur'le d^ré d'importance, sur l'élat de cette culture vers le conmiencement du XII* siècle. Reynier "> qui divise tes cultures selon qu'elles se font sur des terres soumises k l'inondation ou sur des terres soumises aux irrigations, mentionne le cotonnier au nombre des secondes. nMais, ajoute-t-il, le colon n'est cultivé que pour la consommation intérieure et même cet article n'y suRit pas; le commerce eilérieur fournit l'excédent.» Pour que cette affirmation fût absolument exacte, il faudrait que la situation de l'Egypte eût bien changé en quelques années, car nous avons vu que l'Egypte fournissait du coton à l'exportation, loin d'en demander à l'importation. Sans doute, Reynier, dont te mémoire est surtout un projet des mesures à prendre pour l'amélioration de l'agriculture, s'est laissé inBuencer par ses préférences : car U préfère au colon la canne à sucre et l'indigo, qui sont, dit-il, nies cultures les plus précieuses auxqudles on peut consacrer ces terrains élevés n. II est probable que les jugements de Girard expriment mieux la véritable situation de la culture du coton à cette époque. nLe colon '^', dit-it, est un produit particulier de la province de Thèbes, en ce sens que cette province en produit la majeure partie, quoiqu'il n'y ail pas une contrée du Saîd où l'on n'en cultive quelques champs, n Ainsi le

''' Rimin, Gonndinttiont générale» ntr l'agriadture de VÉgypl» et le» amélioralimi dtmtdie etl ttae^éhU. Mémoires pnbHés peadanl les campagnes du générât Bonaparte.

'*' GistiD, Mémoire nr l'agriaiitiat tl le commerce de la Hame-Ègfpie. Hémoirea publiés pendant les campagnes du général Bonaparte.

cotonnier est cultivé d'uoe manière générale dans toute la Haute-%ypte, dans la province de Tbèbes plus acUvement que dans les autres. Dans le Fayoum non ne cultive le coton qu'en très petite quantité, dit Girard '", el setdement dans quelques jardins ou sur les bords du canal Joseph». Mais ta Basse-^pte, surtout le Delta proprement dit, est devenue h cet ^rd une r^on aussi productive que la vallée supérieure du Nil. n Quoique '^> l'on trouve dans presque toutes les parties de l'Egypte quelques champs cultivés en coton, on peut dire cependant que cette culture est particulière à la région la plus méridionale du Saîd et à tout le Delta. » Dans l'intérieur du Delta , le cotonnier fait partie de l'aménagement habituel des terres : «En été, dit Girard, on cultive seulement aS feddans; blé de Turquie, i3 feddans; sésame, 6; coton, 6 n. Nous jugerons mieux encore de l'étal de cette culture, en étudiant l'industrie et le commerce qui en résultent. C'est un fait curieux à noter que l'industrie de la filature et du tissage était alors une des plus actives de l'Egypte et même avait une importance bien plus considérable qu'aujourd'hui. 11 y avait dans toutes les parties de la vallée du Nil, des appareils k filer et des métiers à lisser auxquels le coton était livré après avoir été égrené à l'aide d'un appareil primitif dont nous parlerons ailleurs. Girard trace un tableau très complet de la situation de l'industrie textile en ^ypte, au moment où il s'y rendit. « Les toiles de coton sont les seules de la fabrication desquelles s'occupent les tisserands du Saîd , entre Syène et Girgeb ; depuis Girgeh jusqu'à la côte septentrionale de l'Egypte el notamment dans le Fayoum et le Delta , celle des toiles de lin est en quelque sorte exclusive. Le coton cultivé aux environs d'Ësneh est le plus eslïmé en Egypte : après qu'il a été débarrassé des gra-nes, on le soumet è l'arçonnage '''. Ainsi préparé, il est filé au fuseau par les femmes, pour être ensuite livré aux tisserands. Les tisserands établis à Esneh et aux environs fournissent toute la toile nécessaire, non seulement

''' GiiAKD, Mémoire ntr lu irrigaûmu, t'agnaUlure , Vùidiàtlne daiu la proomee de Fagoum. Hànotres publies pendaat les campagnes àa général Bonaparte.

'*' Giuu, Mémoin nr l'agriaiibirt , ViiiAulne el It eonmurte de l'Egypte. Dt$' rriplàm de VÈgypit.

(') L'arçoD est un gnmd archet; la corde tendue d'un bout k l'aulre de l'arçon est destinée 1 vibrer chaque fois que l'ouvrier la frappe avecle coche, espèce de maillet qu'il lient de sa main droite. Les fifamenls de colon s'enlortiUent sur la corde qui divise les

aux habitants de cette vUIe, mais aux tribus d'Arabes qui en fréquenteot les marchés. D Ainsi le coton de la Haute-%yple, comme le dit ailleurs Girard, n'est pas à proprement parler un objet d'exportation, mais il remplace, notamment dans les fabriques d'Ësneh, le coton de Syrie et du Delta employé dans les autres fabriques. On exerce la même industrie dans les villes de Qous et de Queneh, qui comptent plus de aEio métiers; les récoltes de coton du pays ne suffisant pas à l'approvisionnement de ces métiers, on en fait venir du Delta et de Syrie par l'intermédiaire de marchands du Caire '". Une fois arçonné par des ouvriers spéciaux et fîlé par des femmes, ce coton est livré aux tisserands, qui en fabriquent soit des pièces de toile blanche à &5 parats pièce '^', soit des ch&les de toile rayée de bleu 1^' dont les cultivateurs se couvrent les épaules; ces châles qui coûtent 370 parats pièce, sont vendus en partie dans le pays, en partie aux caravanes de Sennaar et de Darfour. A Beni-Souef, le tissage du lin est presque exclusivement remplacé par celui du coton que l'on tire, comme è Qous et è Queneh, de la Basse-Egypte et de Syrie. Année commune, on importe dans cette ville et dans la province du Payoum, six cents h mille quantars de coton (quantar du Caire = 1 90 rotls). On compte à Beni-Souef cinq à six cents ouvriers tisserands et trente arçonneurs ; les toiles <*) qu'ils fabriquent ne sont point envoyées au Caire ni dans la Basse-^ypte, mais restent dans le pays à l'usage des habitants et des tribus

flocoiu; k corde se charge de ces filaments lorsque l'arma est abaissa, s'en dégage lorsqu'il eA rdevé. L'habilel^ de l'onvrier consiste à mouvoir son arçon k propos, et à frapper sur la corde de manière k y faire attacher le coton , ou à le taire Ueber prise. Un (ulsnt tads k cdlé de l'ouvrier met dn coton préparé snr un rouleau de bois.

'*' Prix de vente dn colon arrivant duDdta onde Syrie: 76 parats leroll, poids de Queneh, équivalant h 3 roUs et demi du Caire. Arçonnage d'un rod : 6 parats; les fîleuses reçoivent un rod et demi el rendent un rotl , déchet de plus de 3o o/o k b filature.

<*) Dimensions de la pièce : 6 deraas, on pytr bdedy de longueor sur un deraa et demi de largeur. Deui jours pour le bbriqu» ; joura^ dn tisserand : 8 i 10 parats.

<') Dhnensions de b pièce : 1 9 dnaas de long sur un deraa et desii de large: coût 45 parab de façon; quatre jours ponr la fabriquer; poids 3 rotls du Caire. Prix en gros : 3 palaqiies ou 970 parais.

'*' Prix du rotl de colon importé : 98 à 3o parais. Prix de l'artonnage : 3 parais, de la filature : 1 o. Il ealre environ 9 rotls de fil par pièce ; un ouvrier en fabrique cinq eo huit jours : la façon de chacune lui est payée i5 parats.

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d'Arabes de l'Ëgyplc moyenne; on esl au contraire obligé de faire venir du debors des toiles de lin el des étofTes de laine, car les mëti£rs à tisser c«s produits sont réduits à buit ou dix. La province limitropbe du Fayoum étend son industrie sur toutes les substances propres au tissage : à Médine, quatre-vingts ou cent métiers tissent le colon, qui vient du Caire, parte Nil, jusiju'au village de Zoncb, ou jusqu'à Beni-Souef, d'où on le transporte par terre dans le Fayoum. A Mehallet el<Kébir '", centre du lissage de la soie, le tissage du coton occupait autrefois jusqu'à deux mille ouvriers; ce nombre se trouve alors réduit à cinq cents ouvriers qui lissent du coton venu de la province de Mansourab ou de Syrie. Les villes de Rosette et de Damiettc comptent aussi plusieurs fabriques de toile de coton ainsi que de tissus particuliers, mélangés de lin et de coton. Elles tirent leur matière première de Damanbour et de Mansourab. Enfin , il existait des fabriques de toiles à voile , faites de lin el de coton , à Damiette , à Rosette , à Bourlos , Alexandrie et Menzaleh (^>.

Telle était, au moment de l'Expédition française, la situation de l'industrie du tissage des toiles de coton, l'une des plus anciennement exercées en Egypte. Sa prospérité esl un indice de l'importance prise h celte époque par la culture du coton, car, bien qu'elle fil venir de Syrie une partie de ses approvisionnements , elle en lirait une très grande part des plantations de la Haute-Egypte el du Delta. Pour une autre cause, il était nécessaire de signaler le développement de cette industrie à la fin du svin° siècle : elle a, aujourd'hui, presque complètement disparu, après avoir été un instant transformée par Méhémet-Ali à l'image de la filature européenne. Quand nous examinerons l'écbec de cette entreprise, nous devrons donc constater qu'avec la création factice de Méhémet-Ali, périt toute une industrie locale, très ancienne et très prospère, à laquelle le Pacha voulut la superposer.

D'une industrie aussi active devait résulter, entre l'Egypte et les autres régions de l'Afrique, un commerce intérieur des plus actifs. C'est en eiîet ce que confirment les renseignements récollés par Girard. Les plus grands

<'' Prit des pièces : liok t5o médins.

'"' D'âpre GiB*HD, Mémoire sur Vagr'mdtwe, l'inJustrie tl le ammerct de l'Egypte. DampûoH de l'Egypte.

Le Coten m Egypte. a

marchés intérieurs étaient Médine, le Caire et Tanlah, A l'exportation, les toiles de coton faisaient l'objet des chargements de retour de la caravane de Darfour, dans lesquels Girard a relevé mille pièces environ d'étoffes de soie et de colon appelées qabiy, valant chacune to à i5 pataquès; vingt ou vingt-cinq mille pièces de toile de Mehallct el-Kébir, valant chacune 1 35 parats. La caravane de Sennaar emportait trente ballots de toile de colon teinte en rouge (chaque ballot de vingt pièces de toile, coûtant ensemble 1 a zer-mahoubs) , deux mille pièces de toile de coton fabriquées au Caire , du prix de t!io pataquès chacune. L'Egypte exportait encore des tissus de colon à destination des ntats barbaresques : il partait annuellement d'Alexandrie pour Tunis dix ou douze bâtiments sur chacun desquels on embarquait cent cinquante à deux cents balles de toile de lin ou de colon du Caire. Pour Alger, il parlait d'Alexandrie, année commune, trois ou quatre cents balles de toile de colon et de lin. Au contraire, à destination de l'Asie, l'Egypte ne fournissait pas de colon : c'est elle qui recevait de Syrie, selon que l'année avait été plus ou moins favorable, deux ou trois mille balles du poids de 3 quantars et demi à 1 35 rotls chacune <".

Les Etats chrétiens continuaient à demander h l'Egypte une partie de leur approvisionnement en coton du Levant. La Toscane recevait tous les ans deux ou trois cents balles de fil de colon provenant du Caire et des environs ; chaque balle pesait -j quaolars de i a5 rotls. Les toiles de coton d'Egypte envoyées à Livourne se nommaient £mitles et sortaient généralement des métiers de Rosette, d*où l'on en envoyait par an trente ou quarante balles, contenant chacune deux cents à quatre cents pièces, du prix de 6o h laomédins. La France tirait d'Alexandrie, de Rosette, de Mehallet el-Kébir et du Caire, du coton filé qui était employé en Provence. Le prix variait de 30 à 3o médins le roll de là/i drachmes, suivant la qualité du fd, l'exportation annuelle en variait aussi de cinquante h cent cinquante balles, de çi à 10 quintaux chacune. Suivant leur qualité, les toiles de coton se divisaient en agatny fabriquées au Caire ou dans les environs; en aman plus larges, mais de même provenance, en mehalhuy, fabriquées à Mehallet; en toiles à l'imitation des guinées et des toiles des

''' Le qnaatar de coIod se vendait à Sainl-Jean d'Acre de lAo à soo pUslres de ho médins.

Indes, en toiles de Rosette oa dmilles. L'Egypte eiporlait de ces différentes qualités six à huit cents balles qui contenaient cent vingt à cent cinquante pièces el coûtaient àoo à 5oo piastres de âo mddins <".

Ainsi , non seulement l'Egypte suffîsait h sa propre consommation — car les tableaux des marchandises qui acquittèrent les droits de douane à l'importation ne mentionnent aucune espèce de cotonnades — mais elle exportait chaque année une quantité assez notable de coton dans d'autres régions de l'Afrique et dans les États chrétiens de la Méditerranée. La production du coton en Egypte pendant cette longue période qui s'étend du moyen âge à la fin du xtiii* siècle, était en somme restée dans un état stationnaire. Il nous est possible, à l'aide des tableaux partiels que nous en avons tracés, d'en fixer les traits les plus généraux. D'abord, la culture du coton comporte déjà un certain développement, occupe un espace assez étendu, rend d'assez beaux bénéfices. Si pourtant tous ceux qui ont pu l'observer sur place en déplorent la situation précaire, c'est qu'ils en ont deviné l'avenir, et ne trouvent pas que les résultats qu'elle donne répondent h ceux qu'elle pourrait donner. Pratiquée sans soins, d'après des méthodes surannées, dans des conditions qui limitent d'avance son extension et enrayent ses progrès, c'est véritablement la culture indigène. L'espèce même du cotonnier cultivé était différente de celle que nous verrons bientôt s'étendre à la majeure partie de l'Egypte. Ainsi le décrit l'auteur d'un mémoire sur celle culture, M. Gliddon : «Avant l'année i8ao, la récolte de coton en Egypte consistait seulement en coton belledi. Inférieur en qualité au coton du Bengale, il ressemblait h celui qu'on connaît en Europe sous le nom de suralh, nom sous lequel il a toujours été vendu. Gomme texture, il est pareil au coton hastabar, qualité bien connue dans le commerce du Levant. Il s'en dégage une forte odeur, et il est chargé de toutes sortes de matières, probablement parce qu'il est mal récolté et cultivé sans soins <^'. n Son habitat n'était pas celui du coton cultivé de nos jours : sans doute, la culture s'était déj^ portée de la Haute-Egypte dans le Delta, mais c'était encore une province de la vallée supérieure du Nil qui en

c D'après Giubd, Méaunit tvr Vagnevlture, l'industrie el le commerce de VEgypie. Detcription de l'Egypte.

'*> GuoMN, A Memotr m ihe Collon m Egypt.

récoltait la plus belle qualité, et peut-être même la plus grande quantité. Un contraste très trancké avec la période suivante, c'est encore l'activité de l'industrie textile : l'Egypte n'exporte alors que du coton filé ou lissé et ûle et tisse même plus de colon qu'elle n'en produit. C'est une situation qui va changer du tout au tout : l'Égyple n'exportera bientôt plus que du coton en laine el recevra d'Europe des tissus de coton. Enfin une dernière différence résulte de l'écart entre la production de l'Egypte depuis 1 830 et avant 1 890. Deux faits nous frappent dans le tableau que nous avons tracé de la production du coton au commencement de ce siècle : la grande place que lient le Levant dans sa production générale, la petite place que tient l'Egypte dans la production particulière du Levant. Le Levant était encore vers 1800 l'un des principaux fadeurs de la production, car la première expédition des Etats-Unis est de 1790 et leur exportation ne s'élevait en 1799-1800 qu'à 79.066 balles. Or, à quel rang vient l'Egypte parmi les pays producteurs du Levant? Après la plupart des provinces d'Asie Mineure. «Le principal marebé parmi les Echelles, lisons-nous dans un mémoire de 178& '", paraît être Smyrne. Le principal article des retours est le coton en laine. Le pays en rend par an quarante-deux à quarante-quatre mille balles, dont douze i^ treize mille passent en France, cinq mille en Italie, huit mille en Hollande, trois mille en Angleterre, el le reste demeure dans le paya." Puis, viennent Sayde, Acre et leurs dépendances; la Syrie prime de beaucoup l'Egypte comme pays producteur de coton. A partir de 1890, nous verrons ces mêmes contrées devenir des facteurs de plus en plus négligeables de la production cotonnière, au point que l'Egypte sera la seule province ottomane dont l'industrie devra tenir compte ; nous verrons, au contraire, la récolte de l'Egypte croître dans de telles proportions qu'elle conquerra une des premières places dans la production générale du monde.

''' Mi!moirp env IVlat du ronimerce du Levant en 1784, k ta suite du voyage en Égypln, de \olney.

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