‹ La production du coton en EgypteChapitre 30 sur 76 · FONCTIONNEMENT DES ACHATS ET DBS VENTES. — INDUSTRIE · texte numérisé non relu

FONCTIONNEMENT DES ACHATS ET DBS VENTES. — INDUSTRIE

En Egypte, avons-DOus dit, l'industrie et le commerce naissent de l'agriculture. Cette affirmation se vérifie par l'organisation industrielle et les opérations commerciales dont la culture du coton est le principe. Entre le moment oiî il quitte le champ et celui oà le consommateur l'achète sous forme de toile, le coton subit bien des transformations, passe par bien des mains, donne lieu à bien des transactions. Un grand nombre d'individus, industriels ou négociants, prennent place entre le cultivateur et l'acheteur qui acquiert une étoffe de coton : l'un d'eus égrène le coton; l'autre le presse en balles pour l'exportation; l'autre l'exporte, c'est-à-dire le vend en Europe; l'autre le transporte, c'est l'armateur; l'autre le file et le tisse. Entre ces industriels et ces commerçants , s'immiscent encore des intermédiaires ou courtiers, mais il est toujours loisible, à ceux qui achètent ou vendent, de se passer de leur office, tandis que l'égreneur, le presseur, l'exportateur, l'armateur et le filateur constituent la filière que suit invariablement le coton entre l'arbre et la boutique du marchand. Égrenage, pressage à la vapeur, vente à l'exportation, transport, filature et tissage sont comme les échelons qu'il doit gravir avant d'arriver à sa destination définitive. Les phases de cette évolution ne s'accomplissent pas toutes en Egypte : la filature et le tissage ont leur siège en Europe; nous connaissons les efforts de Mébémet-Ali pour organiser ces industries en %ypte , et l'échec de sa tentative. Elles ne se sont pas relevées depuis '", et le colon quitte

<'' U n'existe, eo Egypte, à uoU'e connaissance, que deux filatures; encore sont-elles peu importantes et fîleat-dles surtout dee colons importés de l'étranger. U CoUa M ÉgypU. 18

encore l'Egypte avant d'avoir subi sa dernière transformation. Ainsi, l'industrie égyptienne, qui est limitée à l'égrenage et au pressage du coton, donne plutôt à ce produit une préparation qu'une transformation. L'étude de rindustrie cotonnière en Egypte doit donc se borner à celle de ces deux opérations. Mais les transactions commerciales, <]ui ont pour objet le coton et sont accomplies en Egypte même, ne mettent pas en présence que le cultivateur, t'égreneur et la société de pressage. Ces transactions s'étendent naturellement à un plus grand nombre d'individus et mettent en présence tous les agents que nous énumérions. Suivons donc le coton dans les étapes qu'il parcourt, du champ à son arrivée en Europe, en nous arrêtant pour décrire les préparations qu'il reçoit dans les usines établies sur le sol d'Egypte.

Le coton qui vient d'être récolté est ce qu'on appelle du coton en graines. A mesure qu'il est cueilli, il est entassé dans des sacs, sans avoir été séparé de ses graines. Avant d'être expédié à Alexandrie pour y être vendu, il faut qu'il soit égrené. En quelles mains passe-t-ii pour arriver à l'usine? Quelles sont les différentes transactions dont il est l'objet à l'intérieur même des provinces? Le fonctionnement de;; achats et des ventes à l'intérieur est compliqué et comporte des modes très variés , que nous allons passer en revue un à un.

L'industriel égreneur achète lui-même le colon en graines au cultivateur, pour son propre compte. Les ventes de coton en graines, quel que soît d'ailleurs le mode employé, se font par unîtes de 3i5 rotolis. Le kantar de coton égrené est de loo rotolis; le kantarde coton en graines est de 3iS rotolis. Cette différence repose sur un calcul bien simple : en règle générale, 3i5 rotolis de coton brut donnent à l'égrenage loo rotolis de coton en laine. En réalité, les bonnes qualités de coton donnent davantage; on compte sur t o5 ou 1 06 rotolis de coton en laine pour 3 1 5 rotolis de coton brut. Cette proportion est ce qu'on appelle le rendement à l'égrenage et constitue le bénéfice de l'égrcneur, dans l'hypothèse que nous envisageons. En effet, une fois le coton acheté au cultivateur, à Go francs, pareiemple, les 3i 5 rotolis, l'industriel l'égrène et vend ensuite, pour son propre compte, le coton en laine, à ^5 francs le kantar, par exemple, et la graine à is fr. ho Tardeb. L'égreneur vend son coton en laine à un négociant d'Alexandrie qui l'exporte , quelquefois même , directement à une filature auprès de qui il a

des agents. Le coton qui est arrive à l'usine dans des sacs, en repart toujours en balles. Ces balles sont de deux sortes : balles hydrauliques d'un fort volume et d'un poids variant entre 3So et 5oo livres anglaises, lorsque le colon doit être vendu sur le marché d'Alexandrie ; balles dites r à la vapeur n, d'un volume moindre et d'un poids supérieur de 7 kantars i/a , soit 7 5o livres anf^aises environ , lorsque le coton doit être seulement embarqué h Alexandrie. La graine de coton quitte l'usine dans des sacs et se vend sur le marché d'Alexandrie. Les frais de transport du coton , des champs k l'usine, sont en général à la charge de l'égreneur; le transport des balles de coton, de l'usine à Alexandrie, sont également à sa charge. La plupart du temps, les maisons qui achètent le coton qu'elles égrènent, font des avances aux fellahs. 11 est vrai que leurs clients sont, en général, de grands propriétaires, des pachas, des princes de ta famille vice-royale, ou le Khédive lui-même. Mais s'il s'agit d'un petit cultivateur qui ait besoin d'avances pour cultiver du coton sur sa terre, l'usine lui prête de l'argent, contre lequel il s'engage à livrer une quantité équivalente de coton; au moment de la livraison, l'acheteur n'a plus à payer que le surplus de la récolle. Le taux de ces avances varie naturellement avec les maisons. L'usine Planta, à Zagazig, prête à 8 0/0; mais d'autres prêtent à un intérêt bien plus élevé. Ce premier cas est, en somme, très simple : un industriel achète et vend pour son compte le produit qu'il prépare. Ce mode d'achat et de vente est pourtant rare et n'est le fait que des grandes maisons, telles que la maison Planta. Il oblige, en effet, ces maisons à avoir h l'intérieur des provinces, dans les principaux centres de production, des agents qui achètent le colon aux producteurs, pour le compte de l'usine, et touchent un courtage de 9 ou 3 0/0. Si l'usine désire vendre diri>ctemenl aux fdateurs, ce qui est rare, il est vrai, elle est forcée d'entretenir aussi des agents en Europe, dans les centres manufacturiers. Ces charges font reculer le plus grand nombre des égreneurs devant l'achat et la vente du coton à leur compte. Voici maintenant deux procédés qui laissent le cultivateur en possession du coton égrené et ne font pas intervenir l'industriel dans la vente de ce produit. Dans un premier cas, le cultivateur donne son coton à égrener à un industriel qui garde la graine en paiement et paye encore au propriétaire du coton une somme déterminée, parce que la valeur de la graine est supérieure aux frais de l'égrenage. £n effet, pour 3i& rotolis de coton

brut qu'il a reçus, Tégreneur ne rend que io5 ou »o6 rotolis de coton en laine , il reste donc détenteur de près de deux tiers de la matière qui lui a été livrée. C'est en raison de cette proportion qu'il doit un dédommagement au producteur. La somme qu'il lui paye est à fixer d'après le prix marchand de la graine : elle est à peu près égale à q& piastres par kantar: Ce procédé qui consiste dans un égrenage à forfait est aujourd'hui le plus répandu en Egypte. Dans un second cas, le cultivateur se fait rendre les graines et te coton en laine, et c'est lui alors qui paye à l'égreneur une somme de tant de piastres par kantar. Après l'égrenage, le propriétaire rentre en possession du coton en laine et des graines, ou du coton seulement, selon le mode adopté.

Jusqu'à présent, nous n'avons pas vu paraître d'intermédiaire entre le cultivateur et l'égreneur. En réalité, il arrive souvent que le producteur se soit déjà défait de son coton lorsque celui-ci arrive à l'usine. Dans les provinces cotonnières d'Egypte, résident une foule de négociants qui achètent les récoltes des petits cultivateurs, les font égrener et les revendent à Alexandrie. Ces négociants sont en général des Grecs et exercent l'usure sans éire troublés en aucune manière. Les achats se font à l'intérieur de plusieurs façons, i" D'abord, au comptant : ce mode a l'avantage d'exclure les facilités que les ventes à terme offrent à l'usure: aussi est-ce le plus fréquemment employé dans les b'ansactions honnêtes, a' On vend aussi à terme. Lorsqu'un petit propriétaire se trouve avoir hesoin d'argent, dans le courant de l'année, il s'adresse à ces négociants établis à l'intérieur des provinces. Il leur vend son coton payable au comptant, mais livrable au moment de la récolte. Le prix en est toujours fixé très has, bien au-dessous de la valeur réelle du coton , ces acheteurs à terme n'étant que des usuriers à peine déguisés. Le marché conclu, le négociant remet au cultivateur soit une avance sur ce prix , soit ta totalité. Après sa récolte faite , le propriétaire donne au négociant la quantité de coton qu'il lui a vendue. Ces usuriers, qui déguisent sous des ventes à terme des prêts à 35 et 3o o/o, sont la plaie des fellahs. Les cultivateurs pauvres préfèrent cependant s'adresser à eux plutôt que d'hypothéquer leurs terres, parce que le Crédit foncier n'attend pas et saisit le gage de ceux qui ne remplissent pas leurs engagements à l'échéance, tandis que les usuriers leur accordent des délais. H n'existe d'ailleurs aucune mesure contre le prétusuraire, sans doute parce

que les capitutadoQS en rendent la répression difficile, ceux qui s'y livrent étant Européens. Les sociétés de crédit sont peu nombreuses en Egypte et n'ont pas d'agences dans les villages. Il reste les maisons qui consentent à faire des avances aux cultivateurs pauvres; mais celtes qui le font se défendent-elles toujours des mêmes excès? 3* Un troisième procédé de vente usité à l'intérieur donne toute garantie au vendeur : c'est la vente à terme avec prix à fixer. Lors de la récolte, le propriétaire vend son coton au négociant, qui prend possession de la marchandise et en verse le montant approximatif entre les mains du vendeur. Celui-ci se réserve la faculté de choisir tel jour qu'il lui plaira, dans un délai fixé de trois ou quatre mois, pour arrêter le prix définitif du coton vendu et livré. Au jour qu'il pense favorable, il se rend donc chez son acheteur, qui télégraphie à Alexandrie et se fait délivrer un certificat établissant le cours de ce même jour à Alexandrie. Le prix définitif du coton est calculé sur cette base. Les certificats de ce genre sont délivrés par l'Association des courtiers. La vente au comptant, la vente à terme simple, et la vente à terme avec prix à fixer sont tes trois modes les plus fréquents de vente du coton dans l'intérieur des provinces. Le négociant qui achète du coton en graines, état dans lequel le coton est mis en vente dans l'intérieur, est tenu h une précaution capitale : il doit se préoccuper du rendement h l'égrenage. La proportion de io5 ou io6rotolis de coton en laine pour 3i5 rotolis de coton brut est une proportion variable; la multiplicité et la diversité des espèces ont accru la difficulté de savoir quelle quantité de fil donne un poids connu de coton brut. Si on s'attend à un rendement de to5 rotolis de fil et que le coton ne donne que i o 4 , cette différence de i p. o/o représente une perte d'environ 3 fr. 5o par 5o kilogrammes. Aussi, les négociants exjgent-ils souvent qu'on égrène un échantillon; encore, cette expérience ne donne-t-elle qu'un résultat approximatif, car le rendement moyen d'une grande quantité de coton peut être inférieur au rendement de l'échantillon.

Lorsqu'un négociant s'est rendu acquéreur d'une cargaison de coton brut, par une vente réglée d'après l'un de ces trois types, il fait égrener ce coton aux conditions que nous avons exposées précédemment. La plupart des affaires traitées dans les provinces, les plus grosses surtout, sont conclues par l'entremise de courtiers et sur la présentation d'échantillons. Le courtier ou le propriétaire, selon les cas, vont trouver le négociant à qui

ils veulent vendre et lui présentent des échantillons égrenés du coton qu'ils lui offrent. L'acheteur a une manière particulière de déchirer les Bbres, qui lui permet de juger de leur force , de leur longueur et de leur Gnesse. C'est d'après ces échantillons qu'il se décide, et, le plus souvent, il ne voit pas ia marchandise achetée avant le moment oiî elle lui est livrée. Les sacs dans lesquels le coton est livré à l'acheteur portent l'indication de l'espèce, du classement et le nom du cultivateur. Ils sont troués pour qu'on puisse en vérifier le contenu. Les atîaires de peu d'importance ne se traitent pas tout à fait ainsi. Pendant la campagne cotonnière, il se crée, dans les centres industriels et agricoles de chaque province, des marchés au coton, où les petits cultivateurs apportent leurs récoltes. Ils les vendent sur place à des négociants qui jugent, de leurs propres yeux, du lot tout entier. Par ce procédé, qui rappelle celui de nos halles ou de nos foires, ne peuvent être conclues que de minimes affaires, portant sur de petites quantités de marchandises. Néanmoins, à l'époque où le colon afQue des champs vers les centres où sont réunies les usines d'égrenage, les marchés au coton présentent une animation extraordinaire. Mais lorsque la campagne approche de sa 6n, ils se vident peu à peu d'hommes et de marchandises.

Avant d'être égrené, le coton est donc l'objet de ^transactions variées, soit entre le cultivateur et l'égreneur, soit entre le cultivateur et un négociant, qui s'accorde ensuite comme il l'entend avec l'induslriel. Mais il reste k transporter le coton des champs , où sont situées les granges du cultivateur, i la ville, où se trouve l'usine d'égrenage. Aux frais de qui et par quels moyens s'accomplit ce transport? Lorsque l'égreneur achète le coton qu'il prépare, les frais de transport des champs à l'usine sont en général k sa charge. Il supporte aussi le plus souvent les frais de transport du coton égrené de t'usine h Alexandrie, où le Ql est acheté par les négociants qui Texportent. Lorsque le cultivateur fait égrener son colon sans en perdre la propriété, c'est lui naturellement qui acquitte les frais de transport des champs à l'usine, et aussi de l'usine à Alexandrie, k moins qu'il n'ait vendu son coton égrené h. un négociant de l'intérieur. Mais, lorsque le cultivateur vend son coton en graines à un négociant, à qui revient alors le soin de le faire égrener; le transport du coton, des champs h l'usine, est-il à la charge du vendeur ou de l'acheteur? H n'y a pas sur ce point de disposition invariable: une clause du contrat règle celte question. Au point de vue des

frais de transport, le propriétaire a deux manières de vendre le coton : il te vend n livrable» à tel endroit ou n franco n à tel endroit. Si un propriétaire de Minyel-el-Kamh, près de Zagazig, par exemple, vend son coton à un négociant d'Alexandrie, à un «exportateur», il le lui vendra «livrable Alexandrie^ ou «franco Minyetn. Dans te premier cas, tous tes frais dont le coton est grevé entre Minyet et Alexandrie sont à la charge du vendeur; dans le second cas, ces frais sont à la charge de l'acheteur: te prix payé par l'acheteur, dans la vente «livrable Alexandrie n, représente la valeur nette de ta marchandise : ce prix , dans ta vente « franco n, représente la valeur de la marchandise grevée des frais de transport et de manipulation. Si le même propriétaire vend te coton en graines à un négociant de sa province, lequel revendra le produit égrené à Alexandrie, il peut le lui vendre également n livrable Zagazig vont franco Minyef-el-Kamh n. Dans te premier cas, le vendeur prend h sa charge les frais de transport de la marchandise, du village à la ville oîi est située l'usine; dans te second cas, il est déchargé de ces frais. Ce transport s'opère de plusieurs manières, selon la distance à parcourir, la situation des deux termes du voyage, l'outillage mécanique de ta région. Lorsque la distance n'est pas trop grande, entre le village et le centre industriel de la province, on charge les sacs de coton sur des chameaux. Chaque chameau porte deux sacs, posés de part et d'autre de son dos, comme un bât. On rencontre constamment aux approches des villes de la Basse-Egypte, des caravanes de cinquante ou de cent chameaux, ou davantage, qui s'acheminent vers tes magasins des usines d'égrenage et y déposent leur chargement. Celui qui supporte les frais de transport paye i fr. &o par chameau portant deux sacs, pour une course de deux heures et demie à trois heures. Il n'est pas rare non plus de rencontrer, dans tes régions oïl l'étal des routes le permet, de lourds camions traînés par des chevaux et chargés de sacs de coton. Le transport par camions coAte environ une petite piastre par sac et par Itilomètre. Mais ces véhicules de peuvent pas circuler dans les sentiers, ni sur les digues étroites qui sont souvent les seules routes de l'Egypte. Enfin, comme dernier mode de transport par la traction animale, citons le transport à dos de baudets. Les petits cultivateurs qui vont vendre leurs qudques kantars de coton au marché dont nous partions tout à l'heure, chargent leur récolte sur le dos de leurs ânes. Très souvent, le coton n'est même pas mis en sacs, mais

simplement eDroulé, en gros paquets, dans une toile de sac. On voit fréquemment des troupes de cinq à dix baudets passer sur les digues, en trottinant sous ce fardeau , ou stationner aux abords des marchés au coton . Lorsque le village oii le coton a été produit et la ville oiî il doit être égrené sont reliés par le Nil ou par un canal navigable en toute saison , le moyen de transport employé est le transport par eau. Grâce à l'extension du réseau de canaux de la Basse- Egypte, ce moyen est très répandu. A Zagaiig, par exemple, le coton brut arrive de divers points de la province par le Bahr Moez et le canal de l'Ouadi; à Kafr-Zayat, il arrive par la branche de Rosette, et parles canaux qui sillonnent l'intérieur du Delta; k Mansourab, les usines d'égrenage reçoivent la matière première par la branche de Damiette, à Mehalla-el-Kébir, par le Bahr Ghibin et le canal Mehalla. Les sacs de coton sont placés dans ces barques indigènes Èk lavant bombé et recourbé , au mflt court et droit , k la vergue immense et très fme ; l'aspect de ces cangei, lorsqu'elles ont leur voile déployée, est d'une extrême élégance. La batellerie sert aussi au transport du coton égrené et pressé en balles, de l'usine è Alexandrie. Grâce au canal Mahmoudieh, les barques qui ont descendu le Nil peuvent gagner Alexandrie. Il y a des usines situées sur le bord de la branche de Bosette qui n'emploient pas d'autre moyen de transport. L'usine Salvago qui est construite au barrage même, à quelques pas de la tête du pont de Damiette , embarque les balles de coton sur des amgea ou Mambmh qui sont amarrées sur le Nil en amont de l'ouvrage et descendent le cours d'un des canaux à écluse jusqu'à sa jonction avec la branche de Rosette. A Kafr-Zayat, oîi cette jonction a lieu, on voit les mêmes barques passer du canal dans le Nil par une écluse fermée au moyen d'un immense pont tournant , tout en fer, dont tes habitants , et surtout les Européens fixés dans cette ville, sont extrêmement fiers. Les barques sont généralement attachées deux par deux, marchent avec une seule voile, et manœuvrent avec leurs deux gouvernails reliés par des cordes, comme avec un seul. Plus bas sur le Nïl, à Alfeh, les barques entrent dans le Mahmoudieh qu'elles descendent jusqu'à Alexandrie. Les usines qui expédient leur coton par le Nil et par les canaux réalisent une économie de moitié sur le transport par chemin de fer. Le transport par eau leur revient à fr. 7B par kantar, au lieu d'un prix variant entre t fr. a5 et 1 fr. 7^ le kantar. Une condition les gêne pourtant: ce sont les péages qu'il faut

acquitter pour passer sous certains ponts. Ces droits se payent tantât par kantar, environ deux piastres par kanlar, lantdt d'après la capacité du bateau évaluée jusqu'à la ligne de flottaison. L'habileté, nous disait -on, consiste alors à laisser te plus de balles possible dépasser la ligne de (loltaïson. Enfin, le transport du coton s'opère encore par chemin de fer. Ce mode de transport n'a pas cessé depuis une dizaine d'années de faire des progrès. Pourtant les voies ferrées sont plus employées, encore aujourd'hui, pour le transport du coton de l'usine à Alexandrie, que pour le transport du mJme produit des champs à l'usine. Cette inégalité s'explique facilement. Tous tes centres industriels de la Basse-Egypte sont reliés à Alexandrie par une voie ferrée, tandis que bien des villages ne sont pas mis en communication avec l'usine par le chemin de fer. En outre, si la dislance est courte, il peut être plus économique d'avoir recours à l'un des moyens que nous avons indiqués. Mais, depuis vingt ans, le nombre et la valeur des tonnes de coton transportées par chemin de fer dans l'intérieur des provinces, à destination d'autres gares qu'Alexandrie, ont augmenté dans des proportions immenses.

Les statistiques de l'administration des chemins de fer font ressortir l'importance du commerce intérieur auquel le coton donne lieu. C'est une circulation considérable de marchandises et de valeurs dans l'intérieur même de la Basse-Egypte.

Le coton, quelle que soit sa destination, forme une proportion considérable du volume total des marchandises transportées par voie ferrée, et plus encore du prix total acquitté par ces marchandises. Au point de vue des recettes, le coton est aujourd'hui l'élément le plus important des transports par petite vitesse, dépassant de beaucoup les céréales. Il est évident que l'on a bien plus souvent recours au chemin de fer qu'il y a vingt ans pour expédier le coton , des champs k l'usine. Dans les principaux centres industriels de la Basse-Egypte, on voit constamment arriver des trains chargés de sacs de colon, et les usines importantes sont généralement reliées à la ligne du chemin de fer par une voie qui aboutit dans leurs magasins. Ces progrès sont dus à la construction de lignes nouvelles et à l'abaissement du tarif des marchandises. Ces lignes desservent, soit directement, soit par leurs embranchements, la totalité de la Basse-Egypte; sur chacune d'elles sont établies des stations aux points qui ont une

importance comme centres de production ou de préparation du colon , en sorte que les villes où sont établies les usines d'égrenage, Zagazig, Mansourah, Kafr-Zayat (sur la ligne du Caire à Alexandrie, près de Tantah), MebalIa-et-Kébir (sur la ligne de Tantah à Damiette) sont aujourd'hui reliées aux villages de l'intérieur des provinces et à Alexandrie par un réseau de lignes suQisamment étendu. Mais encore faut-il que les tarifs ne soient pas trop élevés et ne créent pas un avantage en faveur des autres modes de transport. Le rapport du Conseil d'Administration des chemins de fer de l'État, pour 1 837, résume ainsi qu'il suit les modifications apportées au tarif des marchandises. «Pour les marchandises, il y avait, jusqu'au commencement de 1SS9, un tarif à base (iie et uniforme équivalant aux chiffres suivants par 1 kilogrammes et par kilomètre parcouru.

OBAHDB VITESSE.

Page 1