balles
Ces tableaux montrent bien une exportation qui atteint d'emblée un maximum provisoire, et décroît ensuite, au lieu de s'y maintenir, ou de continuer ses progrès. C'est ce que va nous conBrmer le tableau d'ensemble de l'exportation du coton Jumel de 18a t à iSa^, évaluée en quintaux de 1 It livres net :
1821 944 i6d(Jiar8.
qaiilUI. frii dti qaiaUl.
1825 aia.3i8 i3<k)lUre.
1827 169. eSa i3
1828 59. aS6 1 3
1829 ioi.gio 19
C'est en tSah que l'exporlation a atteint son maximuoi. Brillamment inaugurée, elle se maintient pendant deux ans h un chiffre sensiblement égal, tandis que s'abaisse déjà le prix du Jumel, puis décroît et tombe en 1899 a moins de ta moitié du chiffre atteint cinq ans auparavant. A cette décroissance, il y a plusieurs causes, qui sont la crise que fait subir h la culture entière le régime du monopole, et l'installation des manufactures.
Le régime du monopole, monopole de la propriété des terres et de la vente des produits, eut donc pour premier effet de donner à la culture et à la production une impulsion , un .élan décisifs. L'ingérence universelle et toute -puissante du Pacha créa en un instant ce qu'il aurait fallu attendre pendant des années de l'initiative privée. C'est, au jugement de tous, un résultat capital, plus capital encore au jugement de Méhémet-Ali, dont la préoccupation dominante était de se procurer de l'argent sur le champ. Mais ce fut le seul résultat heureux du monopole, qui ne cessa dans la suite de porter le plus grand tort k la production et au commerce du coton Jumel. «Là où le cultivateur ne jouit pas du fruit de ses peines, il ne travaille que par contrainte, et l'agriculture est languissante, n L'Egypte ne pouvait échapper que temporairement, accidentellement à cette loi. Le fetlah ne pouvait distraire à son profit un seul quantar du coton produit par son travail, vil est obligé de tenir toute sa récolte à la disposition du Gouvernement qui la fait acheter par ses agents; ceux-ci paient le coton au cultivateur de t3o à i5o piastres le quintal de lao livres, suivant la qualité, sous la condition qu'il le transportera aux dépôts établis dans les chefs-lieux de canton. L5, on lui donne un récépissé de la valeur de sa marchandise; la somme en est déduite de ses impositions, s'il ne les a pas encore payées, ou bien il la touche par acompte, et à ta volonté du Directeur du dépAt chargé de cette comptabilité, n C'est ainsi qu'un historien plutôt favorable au Pacha rend compte du fonctionnement de son monopole. Au début, ce prix arbitrairement lïxé par le Gouvernement fut asseï élevé (176 piastres),
et le fellah , rapportant quelque argent de la livraison du coton , s'adonnait ■volontiers à sa culture. Bientôt, la valeur du colon diminua en Europe; d'autre part, les encouragements h la culture étaient devenus moins nécessaires, et surtout les encouragements pécuniaires. A partir de ce moment r quelles que fussent la quantité et la bonté du coton qu'il livrait aux magasins du Gouvernement, le fellah n'en rapportait jamais que des chiflbns de papier qui servaient à escompter son impôt ou celui d'un autre; jamais il ne louchait cinq centimes. Dès lors, la culture du coton, qu'il avait faite jusque-là avec plaisir, fut considérée comme une charge. 11 était forcé de cultiver l'étendue ilxée, mais il ne donnait au colon que les plus mauvaises de ses terres et économisait le plus possible de son temps, il n'y consacrait que les soins qu'il ne pouvait se dispenser de lui donner. Dire la quantité de colon que j'ai vu se perdre dans les champs faute d'être récollée, est impossible.» Ainsi s'exprime un colon qui cultiva le coton depuis 1839. Cest là le vice fondamental du monopole, celui qui a faussé toutes les entreprises de Méhémet-Ali, et que ses panégyristes eux-mêmes n'ont pu qu'atténuer : nQuel inlérél les cultivateurs pouvaient-ils prendre h des améliorations qui, loin de leur être profitables, ne faisaient que leur apporter une a^ravation de travaux et de soucis? Aussi, une fois livrés entre leurs mains, tous ces nouveaux procédés périclïlaient. n Enseignez aux cultivateurs les procédés nouveaux qui les enrichiront, quitte à leur demander ensuite plus d'ai^nt sous forme de contributions : vous les verrez aussitôt se les approprier. Mais comment espérer qu'ils changeront leurs méUiodes, redoubleront d'activité pourprocureràl'Étaluneabondance dont ils ne sentent pas les effets? Que sera-ce si leur situation s'empire de jour en jour, si cet enrichissement de l'Etat les laisse plus pauvres et plus dénués de tout? Ce fut précisément ce qui se produisit en Egypte : R Consacre-loi , disait-on au fellah , h cette culture qui exigera de toi plus de soins, plus de peines, mais qui te donnera de plus beaux bénéfices n. Or, de ces bénéfices, il ne touchait jamais la moindre part, et c'est à peine si la valeur de son coton couvrait celle de ses impositions : des différences qu'on lui avait annoncées entre cette culture et celle du dourah ou du blé, il n'y en avait qu'une de constante, l'effort qu'elle exigeait de lui. Après quelques années de culture consciencieuse et de confiante bonne volonté, le fellah , découragé mais contraint à obéir, réduisit son effort au minimum.
Or, les soins de la culture sont pour beaucoup dans la quantité et la qualité de la production. Aucune culture ne réclame plus de circonspection dans le choix du terrain, dans celui des semences, dans la préparation de la terre. Le coton est une plante épuisante , et s'il est semé sur un mauvais sol, celui-à est épuisé pour plusieurs années. Or, le Tellah, toutes les fois qu'il Tut libre d'agir à sa guise, s'empressa de semer du colon dans ses plus mauvaises terres, et voilà comment le monopole ayant ruiné le cultivateur, appauvrit aussi le sol. La terre s'appauvrissani , le rendement diminua : telle terre qui produisait d'abord sept ou huit cantars de coton par feddan, n'en produisit plus que cinq ou six, ou même quatre. Ajoutez à cet appauvrissement de la terre les pertes subies pendant la récolte par la négligence des enfants, auxquels ce soin était confié, la diminution du rendement des cotonniers sur pied depuis plus de trois ans, la stérilité accidentelle enfin des terres jusqu'auxquelles l'inondation n'est pas parvenue : il n'est pas étonnant dès lors que la production totale du coton se soit accrue dans une bien moindre proportion que les surfaces consacrées à sa culture. De fait, tandis que chaque année l'ordre était donné de semer de cotonniers de nouvelles étendues, la producUon ne doublait même pas entre 1 83o et 1 8â o.
HfeOLTB DD COTON EH ^YPTE DE l83l 1 iS^IO^'^
1831 âi.950 bdlesde loSkihra.
1835 lo&.ooi
Moyeone décennale : 76,786
Il en était de tous les autres soins de culture comme du soin des
assolements ; choix des semences, labours , arrosages , le felfah ne s'appliquait
plus à rien. L'effet de ces négligences se fit sentir immédiatement dans la
qualité du produit. Au début de la culture , le coton Jumel avait été considéré
<'' JouuHï, Commerte de ManeSU.
conune un des plus beaux du marché et payé fort cher. Mais, moins de vingt ans après son apparition, il avait déjà perdu de sa pureté; par suite, sa réputation était compromise et son prii ahaissé. En 18A0, Méhémel-Ali demandait aux courtiers de colon de Liverpool et de Manchester de lui adresser un rapport sur la valeur industrielle du Jumel, ainsi que du Sca-Island semés en Egypte. Tout en affirmant que les qualités essentielles et solides du coton égyptien avaient été confirmées en Angleterre par une longue expérience, ceux-ci signalaient des symptAmes de dégénérescence inquiétants depuis que le cotonnier Jumel avait été implanté en Egypte; il manifestait, selon eux, une tendance à s'altérer, îk s'éloigner de son type primitif et idéal. «Il ne parait pas, disaient-ils, que le sol nilotlque ait amélioré en rien le produit primitif. Notre certitude est hasée sur ce fait que, depuis dix-huit ans, 1 SaS-iSaâ , époque des premiers essais sérieux en Europe, on constata une légère dégénéraUon, tant dans la couleur du n lint n, que dans l'unité générale des brins , chargés de fibres folles , difficiles à fiier, et comme le serait le duvet d'un oison. Ce phénomène morbide a éprouvé un temps d'arpét marqué, coïncidant avec l'introduction de gouverneurs ou maîtres agriculteurs, empruntés aux plantations les plus renommées des Etats cotonniers du sud des Etats-Unis. Mais cette amélioration relative ne s'est fait sentir que sur les produits des domaines privés de Menoufieh et de Gharkieb. Il est donc urgent pour ramener et maintenir le Jumel au «Standard point», type parfait qu'il présentait dans les premières années de sa culture, que le Vice-Roi ne se ralentisse dans aucune mesure, n Ce rapport n'hésite donc point à imputer au manque de soins , qui seuls peuvent combattre les causes naturelles de dégénérescence , les défauts de malpropreté et d'irrégularité qui devenaient chroniques chez le coton Jumel. Son prix sur place se maintînt longtemps, malgré cette infériorité de qualité , à un chiffre élevé , qui rend moins compte de sa valeur vraie que du plus ou moins grand succès des spéculations du Pacha : pourtant, k partir de 1860, et surtout de i8&3, le prix du Jumet tombe à 1 3 , puis à 1 , puis k 7 lalaris Sfh par quintal , alors qu'il avait atteint 3 8 , 3o 3/â et 3 5 i/& entre 1 833 et i836. Infériorité de qualité et dépréciation , voilà donc les résultats de la diminution des soins de culture. On ne sait si l'on doit dire que la misère des cultivateurs en fut la conséquence ou plutôt la cause ;à coup sAr, cette misère entra pour beaucoup dans le découragement
qui lear fil prendre en aversion les travaux des champs. Dans un rapport adressé à Bowring, un ingénieur anglais applique à l'Egypte cette parole de Rîcardo : « Dans ce pays où tes classes laborieuses ont le moins de besoins el se contentent de la nourriture la moins coûteuse, les gens sont exposés aux plus terribles misères n. Ces misères , nous les connaïssoDS : le monopole leur ravit leurs récolles sous prétexte de prélever sur leur valeur celle de l'impôt foncier; mais que leur récolte soil insuffisante, qu'un de leurs voisins ne puisse se libérer, et les voilà soumis à la bastonnade jusqu'à ce qu'ils aient donné ce qui leur reste d'argent pour s'acquitter eux-mêmes ou libérer l'insolvable. Il est à peine nécessaire de faire remarquer que ces maux tiennent uniquement au régime du monopole. Réduits k un étal d'inertie, d'apalhie presque complètes, les fellahs se plient moins aisément aux exigences de la culture du coton après vingt années d'expérience que dans les premières années de son extension. « L'introductiou du coton, écrit à Bowring le même ingénieur, est devenue pour l'agricullurc un empêchement sérieux, sans être d'aucun avantage aux fellahs, ainsi que le prouve clairement l'incendie régulier des récolles, n II fallait que leur misère fât bien grande pour que ces hommes paisibles missent le feu à des récolles. Mais, ce qu'il est aussi curieux de constater, c'est que les Européens eux-mêmes se prennent à douter <]ue les cultures les plus rémunératrices soient avantageuses à qui que ce soit. Les mots n d'empêchement mis k l'agriculture» reproduisent un reproche devenu banal vers i8ûo, le reproche qu'adressaient à Méhémet-AH ceux qui le blâmaient d'avoir restreint la culture des céréales au bénéfice de celle du coton.
Il eut fallu pour triompher de la négligence du fellah une surveillance rigoureuse de tous les instants, un «monopole de la surveillance i). Mais celle-ci devenait de plus en plus diiricile à mesure que s'étendait la surface cultivée en coton. A la diminution des soins spontanément donnés au coton, au besoin plus grand de surveillance, correspond une difTicullé plus grande de surveiller. La qualité diminua , en effet , dans la proportion où augmentait la quantité. Si la vente avait été libre, le fellah n'aurait pas eu besoin de surveillance pour faire produire à son champ un article d'une qualité plus chère; mais, son intérêt personnel n'intervenant pas dans la queslion, peu lui importait de livrer au Pacha un coton dont celui-ci tirerait un plus ou moins grand profil. Il n'y avait donc pour Méhémet-Alî qu'un moyen
d'obtenir une récolte de choix : c'était de restreindre la culture aux bornes dans lesquelles sa surveillance pouvait efTicacemenl s'exercer. Or, ce ne fut pas du tout le plan auquel it s'arrêta, calculant, sans doute, avec son désir de ^ia immédiat, qu'une grande quantité de colon médiocre amènerait dans ses coffres plus d'argent qu'une petite récolte de qualité très pure. En effet, non seulement il ordonne la culture du coton sur des surfaces proporlionnellement de plus en plus grandes, mais il s'efforce de rendre propres à cette culture des terres qui, jusqu'alors, ne l'étaient pas : c'est en vue de ce but qu'il fait commencer la construction du grand barrage de Saidieb, creuser des canaux qui porteront l'eau du Nit dans des provinces où elle ne parvenait pas (le Mahmoudieh ) , en un mot, qu'il inaugure la substitution des irrigations par canaux au système des inondations par bassins. Ces travaux prouvent une fois de plus quel juste sens il avait des besoins de ta culture du coton , et combien il est fâcheux qu'un régime despotique en ait enrayé les progrès, au moment même où son créateur indiquait aux souverains d'Egypte le but vers lequel diriger leurs efforts. Méhémet-Ali se préoccupait aussi d'augmenter la proportion des terrains cultivables, afin d'ouvrir un nouveau cbamp aux cultures qu'il avait introduites, question qui préoccupera tous les gouvernements dans un pays où la présence d'un peu d'eau peut fertiliser tant de terres incultes. Mais le Pacba avait assez à faire s'il voulait rendre à la culture des terres, qui, autrefois utilisées, étaient maintenant laissées en friche, par suite de la ruine ou de l'exode des habitants : ce fut l'objet des abadt/ehs. Par un expédient habile, Méhémet-Ali distribue à ses créatures sous le nom d'abadyeh» et sous la garante de quelques privilèges, des terrés en friche ou grevées de charges arriérées qu'elles étaient hors d'état de payer. C'est toujours le même procédé d'exploiteur hâtif, de despote qui emploie un système fîscal à étendre la surface des terres susceptibles d'exploitation, et, dans cette surface, celle des terres qui se prêtent aux cultures les plus rémunératrices. Mais que la production de cette immense étendue de terres rapporte à ceux qui la cultivent à peine de quoi payer l'impôt, c'est ce dont Méhémet-Ali ne se tourmente pas.
Ainsi , la surveillance devenait plus difficile dans la mesure même où elle devenait plus nécessaire. Il fut bientâl évident pour Méhémet-Ali lui-même, que la culture du coton périclitait. Allait-il se résoudre à mettre les
cultivateurs en état d'ea tirer quelque bénéfice, pour forcer leur mauvaise volonté cl obtenir d'eux les soins nécessaires? Aucunement. Il résolut de rendre sa direction plus directe en rendant sa propriété encore plus immédiate: c'est l'origine des cbiffliks, ou fermes du vice-roi. nLe Gouvernement montrera aui fellahs ce que peut produire le sol d'^yple, quand les procédés agricoles sont bons el quand on sait introduire l'économie nécessaire, n Tel a été le dire du Grand Pacha. Le fisc récolle lui-même les fruits de la terre, et, en retour du travail que lui fournissent les fellahs, il leur donne 1/6 des produits récoltés; aux fonctionnaires de l'administration des cbiffliks incombent tous les soins et toute la responsabilité : tel est le régime de ces propriétés dont le Vice-Roi et chacun de ses enfants eurent une large part '". E^les étaient presque toutes situées dans les régions basses, dont l'arrosage est facile, et qui constituent les grands centres producteurs de coton. Il s'ensuit qu'il ne resta plus aux cultivateurs que les mauvaises terres, pour leur faire rendre des produits de plus en plus difliciles à obtenir en quantité suffisante. Aussi, à partir de ce moment, distingua-t-on deux espèces de coton égyptien : le coton zartam, mot qui signifie «haut dignitaire 71, c'est-à-dire produit des cbi£9iks; et le coton harrani, produit des terres de fcllabs, qui se vendit toujours, dit M. Grégoire, de 5 à 1 0/0 moins cher que le premier. Maïs, en achevant de ruiner les fellahs par la mainmise sur les meilleures terres, le Pacha et ses enfants De s'enrichirent pas. Les chiffliks, à l'exception de ceux d'Ibrahim pacha, eurent des résultats lamentables. «Le Vice-Roi, éloigné de ces centres d'eipérimcntalion, fait écrire d'ensemencer ici du colon, là du sésame cl presque conslammenl, il adopte l'inverse de ce qui devrait se faire. Du retard est survenu, on veut alors qu'après dix jours les terres soient préparées et comme les ordres doivent suivre une voie hiérarchique, il arrive souvent que l'époque des ensemencements est près de finir, quand le Directeur a connaissance de la volonté du Pacha '^'.n Conmient pouvaït-on attendre
''' D'après Hahont, L'Kggpte ioms Mékémet-Ali, on compltit en i8&t : dans la province de Girbieli, 100.000 fecidans rëduils en chiflliks; dans cdies de Cliarkyeh et Dakalyeh, 80.000 feddans; 80.000 dans le Bébéra; 19.000 dans le MenouGeb; â ou 6.000 dans le G^oubieh. Puis venaient les cbiffliks d'Ibrahim pacha et d'Attbas pacha , et de cliaqne «dànt du Vice-R(H.
<" Hawmt, L'ÈgffU mm MëAmt-AU.
quoi que ce soit de bon, de l'exagération d'un régime qui, lui-même, élreignail la culture?
Pourtant Méhémet-Ati restait inflexible dans l'application de ce déplorable système. La raison en est bien simple : tes monopoles lui ont donn^ pour l'année i835 le cbifTre total de 8^.860.000 piastres; le monopole du coton Jumel (aoo.ooo quintaux) entrait dans ce total pour 39.5oo.ooo piastres, auxquelles viennent se joindre 960.000 piastres, prix de la vente de 6.000 quintaux de coton BeUedi. Or, s'il avait retranché ces 81. 000. 000 ou seulement ces Ss. 000. 000 des 3ii.aio.ooo piastres qui composent ses recèdes, celles-ci n'auraient plus balancé les 3o5.6oo.ooo piastres qui représentent ses dépenses. «11 résulte de là que, tant que le pied de guerre devra être maintenu, écrivait M. Colin, l'existence du Pacha sera liée k celle des monopoles. » La solde et l'entretien de l'armée de terre s'élevaient en effet à 1 oS.ooo. 000 de piastres et ceux de l'armée de mer à 4o. 0*00.000. Les projets politiques, les vues belliqueuses de Méhémet-Ali causèrent à l'agriculture égyptienne un mal inappréciable. «Il ne peut être mis en doute, écrit Bowring, que la conscription ait lésé d'une façon très sérieuse les forces productives du pays.» C'est également ce qu'écrit k M. Bowring, le Consul général d'Angleterre, Colonel Campbell : «Pour mettre lin aux maux qui pèsent sur l'Egypte, le Pacba doit rendre aux travaux agricoles une foule d'hommes employés dans son armée et dans sa flotte». Par horreur pour le service militaire, et aussi par attachement à la terre, les fi^lahs n'hésitaient pas à se mutiler, à se couper les doigts, à se crever un œil, pour échapper à cette obligation. Cet entretien coûteux et ruineux pour lagricutture, de forces militaires considérables, est la condamnation absolue de ceux qui veulent justifier le monopole par l'intérêt même de l'agriculture. Le monopole est nécessaire, disent-ils, parce qu'en Egypte il appartient à l'Etal d'exécuter les travaux indispensables à l'exploitation des terres. L'État donne au cultivateur, canaux, digues , ou même , comme Mébémet-Ali , semences et instruments aratoires; en échange, il lui demande de lui livrer ses produits, ne pouvant se fiera l'incertitude des ventes. Nous répondrons que d'abord, c'est par les bras des fellahs, gratuitement requis pour cet oflice que l'Etat fait exécuter tous les travaux d'utilité agricole et la dépense pour ce genre de travaux n'est que de 1/60 du budget. Ensuite, nous savons maintenant à quoi nous en tenir sur ta destination du produit des
monopoles : cel argeot, que le monopole enlève aux fellahs sous forme de produits , avant même qu'ils aient pu le liquider, ce n'est pas la compensation légitime de dépenses faîtes dans leur intérêt , pour augmenter leur fortune, leur bonheur. C'est te solde de dépenses militaires, dont les fellahs n'ont retiré aucun profit, ni d'ordre matériel, ni surtout d'ordre moral, car ils sont absolument indifférents aux desseins politiques de leur Pacha. Voilà donc sur quoi repose en dernière analyse ce f&cheux régime du monopole : sur la préparation à la guerre, dont l'agriculture, qui se confond en Egypte avec la richesse, n'a jamais été pour Méhémet-AH que nie nerfn.
Mauvaise volonté et né^igence d'une part, insuffisance croissante des moyens d'action d'autre part, et exagération de tendances qui vont k rencontre même du but qu'elles se proposent : voilà ce qu'était devenu un système qui aurait dû être fait d'obëîssance passive chez les fellahs, de direction toute-puissante et d'intervention salutaire de la part du Pacha. Le monopole se retourne contre ce qu'il a créé : il fait tort à la qualité du coton , il appauvrit la terre et diminue le rendement , il empêche la production de croHre en proportion des surfaces cultivées, il plonge dans la misère ceux qui se livrent à cette culture. Il n'était pas moins déplorable comme système commercial que comme système agricole, et créait de grandes difficultés à l'exportation du coton Jumel. Tous les produits sur lesquels Méhémet-AIi avait établi son monopole, c'est-à-dire tous les produits de l'Egypte, formaient un dépMdans lequel le Pacha prélevait la pari qu'il voulait faire à l'exportation et celle qu'il réservait à la consommation locale. Le coton en laine entrait, année moyenne, pour Soo.ooo quintaux dans la composition de ce dépAt ">. Une certaine quantité en était absorbée par les manufactures, qui en fabriquaient, année moyenne, 3.000.000 de pièces
''' Voici lesvaleursmoyenDes indiquées par M. CoLtii./IeilMtiMDetur MonJet, iSSg: Céréales, tournes secs, blés, fôves, leolilles, orge, maÎB : S.ooo.ooo d'ardebc. Rîz de Damielte : 80.000 ardebs. Rii de Rosette : 60.000 ardebs. Sucre : Sa.ooo quÎDiaux. ColoD : Soo.ooo quintaux. Safranum : 3.5oo quintaux. Indigo : 178.000 oekt». Opium : 1 5.000 ockes. Tabac : 100.000 quintaux. Lin : So.ooo quintaux. Graine de lin : 80.000 ardebs. Produics manufacturés : sS.ooo pièces d'iadienne, t a.ooo moucboire imprimés, 9.000.000 de pièces de toiles de coton, 3.000.000 de pièces de toiles de lin, iS.ooo pièces d'étofles de colon, soie et or, A. 800 pièces de drap grossier, 100.000 cuirs de vacbe, chèvre, brebis, 180.000 quintaux de nitre.
de toile, et le rendaient au dépAt sous forme d'objets manufacturés. La plus grande partie de la récolte était pourtant exportée et cette exportation, en i836, rapporta au Pacha a&. 389.000 francs, plus de la moitié de la valeur de l'exportation totale, âa.oGa.ooo francs '". C'était là un bénéfice dont le monopole lui permettait de s'approprier la totalité, mais le monopole se retournait encore contre lui en réduisant la quantité et les profits de l'exportation par les entraves qu'il créait au commerce. De i8aa à id35, le Pacha vendit son coton en Europe en traitant de gré h gré avec un petit nombre de commerçants d'Alexandrie. La faveur eut une part prédominante dans ces marchés. Les opérations louches dont, grâce au monopole, les achats offrirent l'occasion, tentèrent un grand nombre des Européens qui approchèrent Mébémet-Ali, et ce furent autant d'intérêts ligués pour maintenir ce système. nLes monopoles du Gouvernement, dit Bowring, et les entraves qu'ils ont mises k l'agriculture, ont grandi avec l'appui de plusieurs des consuls d'Alexandrie, qui n'ont souvent été que les agents du Pacha. A l'exception des consuls généraux de France , d'Angleterre , d'Autriche , de Russie et d'Espagne, tous les autres sont, je crois, marchands, font trafic des denrées du pays, entretenant avec les fonctionnaires des rapports plutdt privés qu'officiels.» L'irrégularité, et, pour l'appeler par son nom, la malhonnêteté des marchés , était une conséquence fatale du régime lui-même. nCe fut, dit M. Merruau, l'âge d'or des négociants européens établis h
''' Voici , d'après la m^e source, le détail des exportations en i836 :
Colons il. 989. 000 francs.