CONCLUSION
COUP DŒIL SUR LA PRODUCTION COTONNIERE DU GLOBE. AVENIR DU COTON EN EGYPTE.
Nous avons examiné successivement le développement de la production du colon en Egypte, la culture du cotonnier et les conditions cpie lui offre la vallée du Nil, l'industrie et le commerce qui en résultent; il nous reste à replacer la production cotonnière de l'Egypte dans celle du monde entier et à lui assigner le rang qui lui appartient. Il convient, en eiïet, après avoir moiitré la valeur absolue de l'Egypte, comme pays producteur de coton, d'en montrer la valeur relative. Puis, l'Egypte forme bien un tout, mais non pas un tout isolé du reste du monde. Nous avons constaté, au moment de la guerre de Sécession, plus récemment, dans la baisse et dans la hausse des prix, l'influence exercée sur elle par les autres centres de production. En réalité, cette influence est constante, permanente, et le développement de la production du coton en Egypte n'est qu'une phase du développement général de cette production sur la surface du globe.
En observant la culture du coton dans le monde, on est frappé des liens qui unissent son développement à celui de la même culture en Egypte. Avant le commencement du xu' siècle, la production cotonnière du globe se trouvait, par rapport à son état actuel, dans la même situation que celle de l'Egypte avant l'introduction du cotonnier Jumel. La récolte annuelle était équivalente au vingtième de ce qu'elle est aujourd'hui; elle provenait, en majeure partie, de régions qui ne comptent plus dans la production totale, l'Asie Mineure, ou qui comptent à peine, l'Amérique du Sud; les pays qui sont maintenant les premiers centres producteurs, les Etats-Unis, l'Egypte, les Indes, ou bien ne cultivaient même pas le cotonnier, ou bien n'exportaient pas son produit à l'état brut, ni en quantité appréciable. Avec le xii' siècle, commence, pour la production du coton.
une période de développement inlense : la récoite passe, en moins d'un 8ièclft,de ).5oo.ooo balles environ par an à ao.ooo.ooo de balles. Cette période de développement est en mt^me temps une période de transformation, d'organisation définitive. Les centres de production se déplacent: panni les anciennes régions cotonnières, les provinces ottomanes d'Asie sont éliminées, ou peu s'en faut; deux des plus grands marcbés actuels, les États-Unis et l'Egypte, font leur apparition dans le commerce du coton : le premier en 1790, le second en 1891; les Indes, le plus ancien et maintenant encore le deuxième centre de production du monde, ne commencent à exporter que depuis notre siècle. Avec ces trois régions fournissant chacune en proportion trh inégale à l'exportation, la production contemporaine est en possession de ses trois principaux facteurs. Mais le développement de la culture aux Etats-Unis est tellement rapide <jue ce pays fmit par pourvoir presque seul à la consommation générale. La guerre de Sécession, en supprimant tout à coup l'approvisionnement américain, provoque l'extension de la culture partout où elle existait et son établissement dans les régions où elle était susceptible de réussir. De ce moment date la situation actuelle de la production du coton. Les Etats-Unis, une fols la paix signée, réorganisent la culture sur leur sol, rétablissent la production chez eux, sur le même piod qu'avant la guerre, mais les résultats atteints pendant la crise sont définitivement acquis pour deux pays où la production en grand est installée, ce sont les Indes et l'Egypte. Parmi les autres pays, ceux qu'on peut appeler les producteurs d'aventure disparaissent; le cotonnier reste cultivé, sur une moindre échelle qu'aux Etats-Unis, aux Indes, en Egypte et dans une quantité d'autres pays de l'ancien et du nouveau continent. Postérieurement à la crise, il s'étend encore, la plupart du temps avec la colonisation européenne, dans un certain nombre de régions d'Afrique, d'Asie centrale ou d'Extrême Orient; en sorte qu'à l'heure actuelle, il est cultivé dans toutes les parties du monde à l'exception de l'Europe.
Mais l'extension de la culture, les progrès de la production particulière des États-Unis, des Indes, de l'Egypte, ont pour conséquence une Immense augmentation de la production totale. Celle-ci incomplètement compensée par un accroissement correspondant de la consommation, entraîne la baisse des cours. L'abondance de l'offre, l'avilissement du prix.
tendent à faire abandonner les qualités secondaires, qui trouvent difficilement acheteur, du moins à un prix suffisant pour rémunérer le cultivateur. Les produits de qualité supérieure tels que les cotons d'Amérique et d'Egypte , qui ont déjà commencé à faire prime sur le marché, prennent un avantage plus marqué encore sur ceux qui constituaient autrefois à eux seuls toute la matière première. Stationnairc pendant quelques années, la consommation mondiale augmente de nouveau, provoquant une hausse des prix et, depuis i8g8 jusqu'à une date toute récente, la production prend un nouvel essor; ce ne sont qu'efforts pour la développer dans les régions où le coton est déjà cultivé, tentatives pour introduire celte culture dans les pays nouvellement ouverts à la colonisation. Depuis l'été dernier, une baisse à peu près générale sur les cours du coton fait craindre que le marché soit quelque peu saturé.
Tels sont les principiiux traits du développement de la production du coton dans le monde : l'extension de la production cotonnière de l'Egypte n'est, comme nous l'avons dit, qu'une phase de la précédente.
Passons en revue les pays oi^ la culture du cotonnier introduite ou développée, soit au cours de ce siècle, soit auparavant, est pratiquée à l'heure actuelle. Ils sont fort nombreux et répandus sur quatre parties du monde : l'ordre géographique est le plus logique que l'on puisse suivre avant d'avoir déterminé leur importance respective; l'ordre hiérarchique se dégagera tout naturellement de cet examen.
En Asie, le cotonnier est cultivé dans un plus grand nombre de régions que dans aucune autre partie du monde. «Le coton, disent MM. Gallois £l Lederlin, est le textile national de l'Inde, n II y est récollé depuis la plus haute antiquité , ainsi que l'attestent les témoignages des historiens anciens. La nature physique du sol désignait d'ailleurs l'Inde pour donner asile au cotonnier; cultivé surtout dans le Dekan et dans les vallées de l'Indus et du Gange, il trouve, dans ces trois régions, des conditions physiques parfaitement propres à sa culture : ici, un terrain d'alluvions; là, le rt^gur, ta terre à coton par excellence; partout, enfin, un climat chaud et humide sans excès. Aussi, la culture du coton s'est-elle maintenue aux Indes, à travers toute la période moderne, sur une très vaste échelle, mais ce n'est que depuis la guerre de Sécession , que les progrès de sa production ont fait de rinde un des grands marchés de coton du monde. Les chiffres suivants
permettent de se rendre compte du développement de la production cotonnière aux Indes, au cours de ce siècle.
bd]« da Sos liir».
1834 463. ooo
Entre i83â el 1870, la production a donc plus que quadruplé : cette augmentutîon est due à la crise de 1869. L'impulsion donnée paria guerre se maintient et, pendant les années suivantes, la récolte augmente encore du double. Ses progrès subissent un temps d'arrêt Si partir de 1890. Ce temps d'arrêt, qui coïncide avec une baisse générale des cours du coton dans le monde, est aussi le résultat d'une dépréciation particulière du coton indien. La fîbre que fournissent les deui autres grands centres producteurs, les États-Unis et l'Egypte, est supérieure en qualité à la fibre bindoue. Prévoyant la suprématie que conquerraient sur le marché ces fibres de premier ordre , la Compagnie des Indes avait essayé , mais sans succès , d'acclimater des espèces cultivées en Amérique et dans le Delta du Nil. nEn même temps, disent MM. Gallois el Lederlin, que, par suite de la surproduction, le prix du coton américain s'avilissait, les industries qui employaient le coton des Indes purent, à prix égal, se procurer du colon d'Amérique. Même les décbets d'Amérique, par suite du perfectionnement du cardage, firent concurrence au colon des Indes. "
Cette dépréciation eut pour conséquence de restreindre l'importance des exportations. Insignifiantes jusqu'à la fin du xviii* siècle, les exportations de
coton des Indes avaient pris, pendant le premier tiers du ux* siècle, une grande extension. En 1801, l'Inde n'expédiait annuellement en An^elerre que 7.535 balles. Pendant la guerre de Sécession, elle eiporta approximativemenl 1.600.000 balles par an. Les exportations se maintinrent, jusqu'en 1875, au-dessus de 1.000.000 de balles. A partir de cette époque, elles déclinèrent rapidement, au point de tomber, en 1897, à moins de 300.000 balles 11'.
A cette décroissance rapide des exportations, correspond une augmentation plus prompte encore de la consommation locale. C'est de cette période 1 87 5- 1897 que date l'essor pris, dans l'Inde, par l'industrie de ta filature et du tissage. Exportations et consommation locale ont réagi l'une sur l'autre; les difficultés que rencontrait l'écoulement de ta récolte sur les marchés extérieurs ont contribué à déterminer et h favoriser le développement sur place de l'industrie cotonnière; en retour, ces progrès ont provoqué un accroissement de consommation locale qui a restreint d'autant la part de l'exportation. La première Glature installée à Bombay date de 18&& : «En 1871, il y en avait douze; en 1875, quarante; en 1880, cinquante-six; en i885, quatre-vingt-sept; en 1890, cent Irente-sept; en 1895, cent quarante-buit'^'n.
En 1861, on ne comptait encore aux Indes que 333. 000 broches; en 1895, il y en avait 3.8io.ooo. Le tableau suivant indique les étapes de cette progression :