DEPUIS LA GUERRE DB SÉCESSION JUSQU'À NOS JOURS
Aucune culture n'a éiè soumise à des influences plus fortuites, ou du moins plus imprévues, i]uc celle du coton Jumel. Elle doit son origine au hasard d'une découverte; elle doit sa prospérité actuelle aux dissensions qui éclatèrent aux Etats-Unis d'Amérique entre les Etats du Nord et ceux du Sud. La suppression de l'esclavage menaçait de ruiner les riches planteurs du Sud qui employaient des esclaves à la culture du coton : les États du Sud se confédérèrent et déclarèrent aux États du Nord une guerre qui , en se prolongeant cinq ans {i86i-i865), provoqua une crise terrible dans l'industrie cotonniâre. Cette crise a été pour le coton d'Egypte comme une seconde création : sans elle, la production eût mis sans doute un demi-siècle h parcourir le chemin qu'elle parcourut en quelques années.
Il nous faut préciser la nature et les effets de la crise de 1863, pour comprendre le contre-coup qu'elle a eu sur l'Egypte. C'est sur les pays industriels, où le coton est fdé et tissé, que la guerre de Sécession a directement agi, et ce sont ces États, l'Angleterre en particulier, qui ont à leur tour agi sur les pays producteurs du coton ou susceptibles d'en produire. Bien que l'exportation du colon d'Egypte eût atteint un chiffre déjà élevé, c'est principalement auprès de rAméri<|ue que l'Europe s'approvisionnait de ce textile, n Le coton d'Amérique, dit M. Reynaud, avait éteint presque toutes les concurrences. Les produits avaient une supériorité avérée; ils arrivaient à jour fixe et en quantité telle que la faculté du choix était toujours assurée ; l'Europe en employait 3 millions et demi de balles. A ces motifs de préférence venait s'ajouter la modicité de plus en plus grande des prix, n Dans les années d'abondance, ce prix était tombé, pour les qualités courantes, à fr. âo le demi-kilogramme. On comprend dès lors l'angoisse qui s'empara de l'Europe, de l'Angleterre surtout, à la pensée que cet approvisionnement capital pourrait lui manquer. Avant même que ta sécession
des Etals du Sud fAt ua fait accompli, l'industrie curopiîennc en prévit les conséquences avec terreur, nll y aurait d'abord, écrivaît-on en 1861, diminution instantanée, arrêt plus ou moins complet dans la culture du colon auï États-Unis, puis une crise générale amenant avec elle l'inaction dans les districts manufacturiers de la Grande-Bretagne. Dans les circon^ stances exceptionnelles oi^ vit cette industrie en Angleterre , un temps d'arrêt , quelque court qu'il soit, dans l'approvisionnement ou la fabrication, produirait indubitablement une crise. En réalité, il ne s'agît pas aujourd'hui de savoir si l'industrie cotonnière serait ou non détruite, mais le temps d'arrêt ayant lieu dans la production du n raw matériel n, quelles seront ta durée et la gravité de la criseîn
L'événement redouté s'étant produit, toutes les conséquences qui le faisaient craindre se produisirent aussi. Tant que dura la lutte entre les deux moitiés de la confédération américaine, la récolte et l'exportation du coton furent réduites à néant. Les causes en sont très clairement exposées par M. Reclus dans un article de 1869 : «C'est dans la guerre elle-même, Jit-il , qu'd faut chercber la première cause de la diminution inévitable des futures récoltes du coton n. C'étaient les cultivateurs qui s'élaient insurgés. Un grand nombre d'entre eux furent appelés à porter les armes et entrèrent pour une bonne part dans l'armée de 3oo.ooo hommes levée par les Etals du Sud. L'agriculture ne chAma pourtant pas pendant toute la durée de la guerre, mais la disette força les planteurs du Sud à remplacer la culture du coton par celle d'autres denrées, des plantes alimentaires, dont ils s'approvisionnaient autrefois auprès des Etats du Nord. Les mêmes Etats fournissaient aussi aux colons du Sud les objets manufacturés, et particulièrement les cotonnades. Après la rupture, ceux-ci durent consacrer une partie de leurs forces à la fabrication d'objets que l'importation ne pouvait plus leur fournir. Ils furent donc obligés de transformer en ouvriers un certain nombre de nègres autrefois occupés aux travaux agricoles. Ce sont là des nécessités qui se perpétueraient si la guerre s'était terminée à l'avantage des Etats du Sud. nMéme dans la plus profonde paix, une simple barrière placée entre les États du Nord et ceux du Sud suffirait à enlever à la culture du coton un très grand nombre de bras qui devraient être employés à la production des céréales , aux divers métiers , à l'industrie, n Car l'Europe se prend dis iS6a à redouter les conséquences de l'issue,
quelle qu'elle soit, de la guerre. Les Ëlats du Nord seront-ïls victorieux? L'esclavage est supprimé, tes planteurs du Sud sont privés d'un inslrumenl grâce auquel la culture du coton était devenue si florissante , si rémunératrice ; grevée de frais nouveaux, la production pour se maintenir aura besoin de prii plus élevés. La guerre tourne-t-elle à l'avantage des États du Sud? Devenus un Etal indépendant, ceux-ci devront supporter seuls tous les frais qui se répartissaient entre tous les éléments de la confédération : armée permanente, marine, rentes aui créanciers, entreprises publiques. Pour subvenir à ces dépenses, Ils devront frapper d'un impôt la production agricole; c'est au colon qu'ils demanderont nie budget de la paixn comme ils lui demandent le budget de la guerre. «L'esclavage lui-même est condamné par l'épreuve qu'il vient de subir. i> Enfin, t'insulTisance de terres nouvelles, désormais limitées, sur lesquelles le cotonnier produit sans beaucoup de frais, rendra cette culture plus onéreuse. nLes planteurs, refoulés dans un plus étroit espace, ne pourront plus échanger des terres épuisées contre un sol rierge, et la production du coton, comme celle des autres denrées, deviendra de plus en plus coûteuse, n
L'abaissement de la production du coton apparaissait donc, en 1869, comme un danger présent et futur. Ce danger n'était pas sans effrayer la France : nombre de filatures se virent forcées de marcher au jour le jour, et finalement de cesser leur travail ; les industries de Lyon et de Saint-Étienne furent aussi contraintes au chômage qui jeta les ouvriers dans une affreuse misère. Mais la France n'importait annuellement que pour 8.000.000 de livres sterling de coton brut et la valeur matérielle des immeubles affectés chez elle à l'industrie cotonnière ne s'élevait qu'à â. 900. 000 livres sterling. En Angleterre, au contraire, la matière première, la main-d'œuvre, les machines et immeubles représentaient une somme de 390.000.000 de livres sterling et le lainage importé montait à 3o. 000. 000 de livres sterling. Ces chiffres donnent une idée des ravages que la crise exerça dans la population industrielle de l'Angleterre , ouvriers et chefs d'usines. Le nombre d'ouvriers employés à la filature et au tissage du coton était en i856 de 379. aiS personnes. nD'après une déclaration du 8 novembre 1862, dit M. F. Verdeil, dans les vingt-sept unions ou groupes de paroisses affectés par la crise industrielle, le nombre de personnes assistées par la taxe des pauvres s'élevait à 9 37. 7/13. i> En ajoutant à ces chiffres des secours distribués
indépendamment de la taxe des pauvres, on arrive à un chiffre total de 33o.66/i individus recevant l'assistance sous une forme ou sous une autre. nAu mois de juillet 1869 , dit M. Farnall, commissaire déliigu<^ du hoard of poorlaw, on déclarait (|u'il y avait 33.3&3 individus sans travail et 3A.069 individus ne travaillant qu'une partie de la semaine, dans les cinq villes de Preslon, Blaclburn, Wigan, Ashton et Stockport.» Enfin, d'aprësM. Reclus , sur8 1 3 filatures du district de Manchester, 3^5 seulement, en novembre 1861, travaillaient sans interruption, 698 rostaient ouvertes pendant quatre ou cinq jours de la semaine, ig étaient déjà fermées.
La spéculation effrénée qui avait suivi le commencement de ta guerre avait forcé les patrons à en venir là. Le commerce du coton ne prétait d'ordinaire qu'à une spéculation très modérée, mais à peine la crise avait-elle éclaté que les spéculateurs s'emparèrent du marché. « Celait à qui achèterait ou vendrait suivant l'impression ou le moment, dit M. L. Reybaud. Dans la même bourse, le même traité passait en trente mains différentes. Moins il arrivait de coton réel, plus il s'échangeait de colon imaginaire. Tout se terminait par des primes, des reports et des règlements. Naturellement, les prix s'élevaient au feu de ces enchères vertigineuses. Quel moyen de défense restalt-ii aux manufactures? Leurs produits restés à l'écart de cette fièvre ne suivaient pas l'impulsion et les laissaient en perte, n En effet, l'arrêt du travail s'explique bien moins par la rareté de la matière première que par le prix inabordable auquel la livraient (es spéculateurs. Les objets manufacturés, qui revenaient très cher aux fabricants, n'obtenaient pas un prix de vente en rapport avec ce prix de revient. Voici, d'après M. Verdeil, le prix du coton brut de bonne qualité au h décembre des années i8&7-i86a :
1863, 35 deniers la livre; 1861, ti deniers; 1860, 7 deniers »/4; 1859, 7 deniers t/U; i858, 7 deniers; 1857, 6 deniers i/4.
Voici maintenant le prix du filé n" ko, faîr, deuxième qualité : 1863, 37 deniers la livre; 1861, li deniers i/4; 1860, ia deniers i/i; i85g, 13 deniers 5/8; i858, iq deniers; 1857, 10 deniers 3/8.
Le prix du coton brut ayant triplé, celui du coton filé doublé, de 1860 à 1863, il était impossible aux manufactures de subir le prix des marchands, comme aux consommateurs de consentir à ceux des manufactures. Aussi , les fabriques se fermèrent-elles, jetant dans la misère tous les ouvriers qu'elles employaient.
n L'ancien monde est solidaire du nouveau n, dit M. E. Reclus. Cette pensée est vraie, soit qu'on l'applique à l'induencc de la guerre d'Amérique sur l'industrie anglaise, soit qu'on l'entende des effets de la crise indusliielle sur les pays producteurs de coton. Tandis que les administrations publiques s'occupaient à secourir les ouvriers sans travail, les fdateurs cherchaient à remplacer l'approvisionnement américain par des récoites provenant d'autres pays. D'abord, ils pensèrent k réclamer l'appui de la marine anglaise pour débloquer les côtes des États du Sud et en rapporter de force le colon qui ne pouvait en être exporté. Puis, ils s'avisèrent que «pour obtenir le produit qui est le pain quotidien de leur industrie, il leur sulTisait de s'adresser à tous les pays producteurs de coton n, et principalement aux Indes et h l'Egypte.
Dans cet esprit se fonda la Cotlon titppkf AsBociaùm de Manchester. Le remède qu'elle se proposait d'appliquer, et qui était le seul en l'espèce, rencontra beaucoup de sceptiques. Trop confiants dans le succès de leur œuvre, les promoteurs de l'association annoncèrent, en effet, sur la foi de calculs exagérés, des résultats que semblait interdire le bon sens, se flattant de rétablir en deux ou trois ans l'équilibre dans la production et fixant pour chaque région un contingent au-dessus de ses moyens. « Tout cela, écrivait en 1861 M. J. Ninet, ù veiy promising sur le papier, mais on pratique, c'est tout bonnement une plaisanterie. En admettant même* que tout se passe pour le mieux aux Etats-Unis, que rien n'y soit changé, on n'improvise pas la culture du coton du jour an lendemain, conmie un discours à ses constituants. Quoique cette plante vienne de semence, croisse et produise dans l'année, ni plus ni moins que le plus simple des navets, encore faut-il trouver des bras intelligents, accoutumés au travail des champs sous une latitude la plupart du temps mortelle aux Européens. Aussi est-il prouvé qu'avec les moyens d'action les plus complets, aucune tentative de culture de coton ne peut donner de résultats un peu sérieux avant deux ou trois années de peines et d'efforts soutenus.» On serait embarrassé de dire à qui l'expérience donna raison, des optimistes ou des pessimistes : si l'on envisage la question au point de vue des États destinés à suppléer aux États-Unis, on constate chez les uns des résultats éphémères, chez les autres un progrès définitif, permanent; si l'on se place au point de vue de l'industrie européenne, on reconnaît que c'est seulement à la fin de
la guerre qu'elle arriva à combler le vide des États-Unis avec des récolles de qualité inférieure.
Quelle part faisaient à l'Egypte, dans la production présumée des pays cotonniers, les promoteurs de la CoUon tupply Aisocialion? La vallée du Nil n'était pas la région dont ils allcndaient les plus gros arrivages : avant elle venaient les Indes. «Les Indes orientales, les présidences de Madras, de Bombay, Surate , les contrées du centre , situées plus près de l'Himalaya , le Scind, telles sont les véritables sources dont l'Angleterre et le monde maoufacturier doivent attendre lAet'r regular lupply of raw material. n (J. Ninet, 1861 "'.)I1 était naturel que des sociétés anglaises 'saisissent avec empressement l'occasion d'ouvrir à une colonie an^aise une nouvelle mine de profits. La production du coton des Indes, alors, comme aujourd'hui, plus âevée que celle de l'Egypte, justifiait cette prétention. itLe cotonnier n'a jamais cessé d'être une des principales cultures de l'Hindoustan , écrivait M. Reclus en 186s '^). Ses viUes, Galicut, Mazulipatam et d'autres, ont imposé leurs noms aux étoffes de coton qu'elles seules fabriquaient autrefois. On évalue diversement la récolte de l'Hindoustan à a.Soo.ooo, 3 millions ou même 6 millions de balles. Ses exportations varient chaque année suivant les besoins des fabriques du Lancasbire; en moyenne, il expédie Son. 000 balles à la Grande-Bretagne, et tioo.ooo balles à l'empire Shinois.» S'il faut en croire M. Ninet, la moyenne de ses exportations annuelles en An^eterre aurait été, de i85o à 1860, de ^t 8. 5 00 balles '''.
' J. Ninet, Bevut det Devx Monde», 1" mars 1861. ' E. Rkcius, Rnnw (JM Dcwc Jfonde*, 1" janvier i86!i. ' J. NniRT, RtvM det Deux Monde», i86t :
1850 300.000 balles.
1852 ai3.o«o
La seule principauté de Bombay, dont M. Verdeil estime qu'il faut attendre le plus, aurait exporté, en 1860-1S61, à destination de tous pays, 913.000 balles d'une valeur de 3^7.007.379 livres sterling '". Les Indes trompèrent en partie les espérances fondées sur la foi de ces chiffres. Sans doute elles exportèrent en Angleterre des quantités de coton bien supérieures à celles qu'elles lui avaient jusqu'alors fournies : en 186S on estimait à 1 .600.000 balles, les arrivages des Indes attendus en Europe. Mais il ne fut jamais possible à l'industrie d'employer cet approvisionnement à lotis les usages : le cotonnier berbacé qui pousse dans l'Hindoustan produit un coton de qualité Inférieure connu en Europe sous le nom de bomhay, mrate, madroê, de soie très courte, faible, mélangée de fibres nouées, et laissant à la filature un déchet considérable. Ces défauls rendaient son emploi très limité et nécessitaient même une adaption des machines faites pour filer le coton d'Amérique. Aussi , pensa-t-on aussitôt à introduire dans le pays des espèces supérieures , telles que le Jumel , auxquelles le climat et le sol pussent convenir. Mais la même dilllculté s'opposait à l'établissement des Européens et à l'amélioration de la culture, qui avait entravé les progrès du Jumel en Egypte : l'état social et la constitution de la propriété. Les populations hindoues n'étaient pas moins propres que les fellahs k pratiquer la culture d'un cotonnier nouveau. On les eût habitués plus ou moins rapidement à
1860 ses. 000 bBtiw.
MoyoDnc des Elals-UniK, même période 1 .713.000
Moyenne du monde entier a. 383. 600
''' Verdeil, Rtoue det Deux Monde», 1" janviei- i863. Expnrlalions de )a province de Bomlisy, 1860-1861 :
EnAnsleleire 378.868. laC livres.
En Chine 60. lii .785
A Amsierdam 786. 000
En Norvège 689.960
Pirlp Golfe Arabique Ù90.S76
Por Aden 111 .073
Par les Qles d'Afrique 18.7G0
soil : 913.000 balles.
donner à la récolle, au clioiï des semences, les soins qu'ils n'y apportaient pas. On cAt creusé les canaux , créé les chemins de fer qui n'existaient pas. Mais, comme Méhémet-AIi, la Compagnie des Indes avait soumis la classe rurale à une sorte d'esclavage. Mailresse de la terre, elle l'aliénait à des collecteurs moyennant une redevance : ces collecteurs sous-Iouaient la terre aux paysans ou ryots, qui la cultivaient en payant une taxe. La couronne succédant à la Compagnie, conserva cette situation à laquelle la liaient des engagements antérieurs de la Compagnie. ^ La misère profonde et l'avilissâment des cultivateurs, écrit Reclus, est le plus grand obstacle à la prospérité de l'Hindoustan , et, quoi qu'en disent les optimistes, il est probable que l'Angleterre aura plus d'une fois à gémir sur les résultats de ta longue oppression à laquelle a été soumis le peuple bindou. n La situation respective des ryoU et des zemindar» oITre une Trappanle analogie avec celle oij le monopole avait placé les fellahs et dont les réformes de Saîd avaient commencé h les tirer.
L'Egypte venait au second rang dans les présomptions des économistes. H serait faux de dire que les événements la placèrent au premier, car les Indes fournirent toujours une plus grande quantité de coton qu'elle. Mais l'Egypte a incontestablement dépassé leurs espérances et leurs calculs. Le projet des filateurs comprenait une extension, une impulsion données à la culture du coton dans tout le bassin de la Méditerranée, aussi bien dans tes provinces ottomanes qui rivalisaient autrefois avec l'Egypte, que dans les possessions européennes où les gouvernements s'empressèrent d'exploiter une si riche mine de bénéfices. Partout oij il fallut créer la culture de toutes pièces, ou la ressusciter, ou la tirer d'an engourdissement trop complet, les efforts n'aboutirent qu'à des écbecs : ainsi en Algérie, en Sicile, en Grèce et dans les Iles, ainsi même en Syrie, en Asie Mineure, en Turquie où les résultats furent pourtant plus sérieux. On avait trop présumé de ces régions; on n'avait pas assez présumé de l'Egypte, bien qu'on lui eût fuit la part plus belle, n Les possibilités d'un développement excessif de la culture du coton dans le bassin de la Méditerranée n'ont rien de sérieux, dit avec raison M. Ninet. Il n'y a que l'Egypte qui offrirait de ce côté quelque marge, n Puis il ajoute avec moins de perspicacité : n Cependant, il serait dilTirile de cultiver plus de coton qu'on ne le fait aujourd'hui. Depuis Mako bey, l'importateur des semences de coton d'Abyssinie, depuis Jumel, le jardinier
Lt Coton en Egypte. 6
savoisien qui engagea Méhémet-Ali à cultiver cette plante , jusqu'au Vice-Roi que nous venons de nommer, on a fait , en Egypte , tout ce qu'il était possible de faire pour porter au plus haut degré de quantité la production de cette fibre. A cet égard, le dernier échelon a été atteint, et Ibrahim pacha, qui était l'agriculteur pratique par excellence, quoique ayant considérablement amélioré ses qualités de coton , préférait , à ce lainage , les céréales et la canne à sucre , qu'il trouvait plus productives, n Puis , examinant les récoltes produites et les quantités fournies par l'Egypte à l'exportation, It-jS.Q^ù quintaux de 100 rotolis, la moyenne de i85o à 1860, le même auteur conclut « qu'il y a bien loin de ce chiffre au million de balles que l'économiste fait venir d'un trait de plume de l'^ypte n. Il est vrai qu'il reconnaît pourtant dans l'c^pte , n la seule contrée oii la culture du coton ait la chance de rester longtemps encore une des principales sources de la prospérité publique, parce que les indigènes y sont essentiellement agriculteurs, parce que le terrain et la main-d'œuvre y sont encore à bon marché. Ce qui fait la sécurité de l'Egypte, au point de vue agricole, c'est la somme infinitésimale des l>esoins de la population fellah. Dotez-la d'exigences nouvelles, enseignez-lui l'intempérance, le luie, ce que nous appelons les nécessités de la vie humaine ; aussitôt , vous verrez les terrains augmenter de prix , la maind'œuvre devenir plus chère et plus rare et la culture du coton cesser faute d'être profitable. »
Tels étaient les résultats qu'on attendait de l'Egypte, les avantages qu'on lui concédait et les craintes qu'on formulait à son égard. De quelle manière les événements répondirent-ils h ces prévisions? Le dernier chiffre que nous ayons cité, pour l'exportation du coton, est celui de l'année 1861 : 596. aoo quintaux de lâ livres net. En 186s, l'exportation passait de ce chiffreàceluide Sao.iioquintauï. En i863, à celui de 1.287.000 quintaux. En i86Zi, à 1.7&0.000 quintaux. En 186&, à q. 807.000 quintaux. C'était un accroissement inespéré , qui amenait en Egypte une somme d'argent énorme.
1862 Sao.iiO ^93.066
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Ce sont là des chiffres qui représentent le coton exporté à destination de Ions les pays. Parmi ceux-ci, l'Angleterre était la première; après elle, la France tenait le second rang avec les importations que voici :
1862 5.546. i6i do. 500.796
Comme poids et comme valeur, les exportations de coton Jumel , d'^ypte en France, sont donc triplées en quatre ans : elles s'élèvent, pour ces quatre années, à la somme de ao5.598.o85 francs. Si l'on veut se faire une idée de l'activité donnée par l'extension de sa culture au commerce général de la France avec l'Egypte, que l'on compare ces deux tableaux.
IMPORTATIONS DE HlilCBlNDISBS ÉCYPTIEnNES El* FRANCE.
. i5. 116. 1,0 . ïi.3»4.i96 . i3. 638.468 ■ 39.713.689
Tom..
Total..
soit une augmentation de aSa.ao'y.^Si francs en faveur de l'exercice 1869-1865. Presque tout ce commerce se faisait par Marseille ainsi que l'atteste le tableau suivant :
QDINTIT^ ARKlViES EN V
«UANTiris BEfDEB PIB MARSEILLE.
Tom 45.819.474
Ainsi, la guerre touchant à sa fin, l'Egypte était arrivée h. exporter deux millions et demi de quintaux de ■ 4 livres qui lui rapportaient un milliard et demi de piastres tarif, n Parmi les pays qui se signalèrent dans cette joule pour la production du coton, l'Egypte se place au premier rang;
elle a même réalisé un vérilable tour de force. Il semble que ce soil là un résultat merveilleux, un exemple éclatant et sans réplique des prodiges que peut enfanter la spéculation, n Ainsi rend compte de cet accroissement, dans un article de 1866, l'auteur même qui faisait, en 1861, ses réserves sur les prévisions des économistes. Pour se faire une idée de la place que tient, à celte époque, l'exportation de coton dans le commerce de l'Egypte, que l'on compare la valeur de ses exportations totales à celle de ses exportations de coton.
VU.Rim DE L'BXPOIITATIOII lOTALB.
1862 78u.6gA.096
1863 i.9d3.i45.ooo