‹ La Production et l'Échange au Point de vue énergétiqueChapitre 130 sur 145 · ARE · texte numérisé non relu

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I suffit de réfléchir un instant et de considérer les courbes d'utilité que nous avons tracées pour conclure que

dans le cas de l'utilité constante wa, , Ua, coïncident avec

Fa, l'a, CAT utilité moyenne et utilité finale sont confondues. La courbe d'utilité devient alors une droite parallèle à l’axe vertical.

Donc, il y a un certain accord dans ce cas entre l’énergétique et l'Economie mathématique.

Si nous passons maintenant au cas, qui nous à servi à amorcer cette discussion et qui ressort à l'utilité décroissante, nous constatons qu’on ne trouve plus d’analogies de cette nature. Faut-il en tirer une conclusion défavorable à l'égard de toute formule qui ne coïncide pas avec celles de l'Economie mathématique ? Nous ne le croyons pas.

En effet, nous remarquerons maintenant que la formule de WaLras n’est, elle-même, qu'une formule approchée dont on peut discuter peut-être la démonstration. On lui a reproché, notamment, d’avoir imaginé qu’il pourrait Y avoir des échanges successifs, là où il n’y a réellement qu’un échange, et d’avoir raisonné sur des échanges poussés à l'infini de quantités infinitésimales. C’est là un procédé mathématique, mais qui ne correspond à rien en Eco-. nomie Politique. À

Enfin, cette formule n’est basée que sur une hypothèse. WaLkAS l’a établie en supposant que l’échangiste opère l'échange, de manière à satisfaire la plus grande somme totale de besoins possibles, ce qui n’est pas prouvé.

Sa démonstration suppose incontesté le principe de lutilité finale. Elle fait, d'autre part, abstraction du travail dépensé. Or, sur ces deux points, les critiques ne manquent pas. Pour certains économistes l’achèvement d’une satisfaction n’a pas moins d importance que le commencement. Donc, Tutilité de la partie du bien, destinée à cet

achèvement, n’est pas inférieure à celle d’une autre partie. Sans être aussi absolus, d’autres pensent que l'utilité va parfois en décroissant, mais que l’on ne peut considérer l'utilité marginale seule, au cours de l'échange. On a objecté à l'Economie mathématique que l’échange cesserait

quand, les utilités devenant égales, il n’y aurait plus de raison suffisante pour le déterminer. En effet, l'utilité totale entre en jeu dans l'appréciation d’une acquisition. C’est de cette idée que nous sommes parti pour établir les règles qui nous ont conduit à une formule du prix, où figurent les utilités moyennes au lieu des utilités finales. Ne peut-on se demander si cette conception n’est pas plus proche de la réalité que celle de l'Ecole mathématique ? D’ailleurs, nous avons déjà fait remarquer que nous avions étendu, davantage, le champ de nos observations. Nous avons admis qu’il y avait des cas, où l’utilité était constante, et nous avons raisonné en conséquence. Nous avons voulu tenir compte également du travail de production, que les économistes de l'Ecole mathématique négligent. Ils ne méconnaissent pas que la possession présuppose une acquisition et, par conséquent, du travail Seulement, disent-ils, ce travail une fois dépensé, n’a aucune importance dans le règlement de l’échange ; il est perdu. Or, c’est justement parce qu'à est perdu, que celui qui Fa sacrifié veut le retrouver. La considération de l'effort dépensé est plus décisive que celle de l’utilité, de l'intensité du besoin, cat, si le sacrifice demandé est plus grand que l'intéressé n’est disposé à le faire, l'échange n’a pas lieu (1).

Enfin, d’une façon générale, les économistes, tout en reconnaissant les mérites de l'Economie mathématique, sont les premiers à admettre que celle-ci vit dans un monde économique par trop simplifié, et que ses conclusions sont loin parfois de correspondre à la réalité (2).

On ne peut donc, semble-t-il, tirer argument contre une théorie énergétique, du fait que les formules de celle-ci ne viennent pas se confondre avec celle de WaLBas. Par contre, les points de tangence, qu’elles ont avec cette dernière, ne sont pas intérêt.

Tout semble se passer comme si les deux théories avaient exploité un fonds commun. On doit même reconnaître, nous

(1) SoLox THÉoporou, — De quelques théories sur la valeur en Economie Politique. Thèse Paris 1924.

(2) Giwe et Riot, — Histoire des Doctrines Economiques, Paris 1922, page 647,

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l'avons dit, que WaLras a construit une théorie qui, à première vue, concorde bien mieux avec les principes de l’'énergétique. Tout en souscrivant à cette constatation, nous remarquerons que notre démonstration s’appuie également sur des données de l’énergétique, mais en accordant plus d'influence à l'utilité totale qu’à l'utilité finale. Cela nous a amené à considérer la valeur d'échange comme caractérisée par l'égalité des rapports du gain à la perte ; rapport de l'énergie économisée à l'énergie dépensée, quand il s’agit de producteurs ; rapport de l'utilité acquise à l’utilité perdue dans les autres cas. Or, WaLrAS aboutit à légalité des rapports de l’utilité finale du bien acquis à celle du bien restant. On ne peut nier que cela soit voisin, malgré les différences que nous avons fait ressortir, quand nous avons traité des valeurs utilités.

Il semble que l'Ecole mathématique a pris, comme point de départ de sa théorie de l’échange, le cas particulier le plus fréquent qu’elle a généralisé par la suite. Pour nous, ayant conscience des difficultés de notre tâche, nous ne pouvions songer à généraliser. Nous nous sommes astreint à aller de cas particulier en cas particulier, en examinant les modifications que l’échange subissait, quand les circonstances se modifiaient.

Nous ne pouvons donc prétendre donner une vue d’ensemble de l’échange, ayant l'ampleur des conclusions de l'Ecole mathématique.

Nous pouvons, tout au plus, présenter un résumé de nos constatations.

Les cas d’échangs que nous avons discernés en développant la pensée des énergétistes, sont les suivants :

1° Hypothèse de l'utilité constante

a) Echange d’énergies produites réellement ou qui pourraient l’être par les parties.

b) Echange d'énergies, dont la leon serait impossible par les parties.

ec) Echange d’énergies, que les parties ne peuvent ni produire ni reproduire,

en LL 2° Hypothèse de l'utilité décroissante

a) b) c) Comme ci-dessus.

Le cas défini au paragraphe c) de la deuxième hypothèse, serait celui dans lequel se serait placé d'emblée WaL- RAS, pour établir une théorie de l'échange. Toutefois, en faisant l'hypothèse que l’échange réalise l'utilité maxima, il aurait choisi pour sa démonstration un point de départ, qui l’amènerait, dans le cas de la décroissance, à des conclusions divergentes par rapport à celles que nous a procurées l’énergétique. [1 ne nous appartient pas d'apprécier ces dernières ; mais, toutes réserves faites à leur sujet, ne peut-on pas en déduire, du moins, qu'une théorie énergétique paraîtrait apte à rendre compte, d’une façon plus apparente, de tous les cas d'échange ?

On pourrait, par suite, grâce à elle, lever peut-être des contradictions et concilier des hypothèses.

Bien souvent, on voit, au cours de l’histoire des doctrines économiques, certains économistes proposer une explication ou démontrer une relation, que d’autres bientôt rejetteront avec des arguments non moins convaincants que les leurs. Tout s’expliquerait alors, puisqu'il n’y aurait pas un type unique d'échange, mais des types divers, et que la solution du problème ne serait pas la même pour chacun d'eux. Ainsi, la considération de la peine épargnée s’explique, quand chaque coéchangiste peut produire l'énergie qu’on lui offre. Elle ne s'explique plus dans le cas contraire. BASTIAT aurait eu raison, et ses contradicteurs également ; car chacun se placait dans une situation différente. Les prix seraient tantôt fonction de la productivité et tantôt de l'utilité.

Le concept de l'utilité est certes toujours à la racine de la valeur ; mais, parfois, il s’agit d'utilité à deux degrés ; c’est elle dont nous nous sommes occupé le plus souvent.

D'autre part, il est bien vrai que, dans certains cas, l’utilité décroît au cours de l'échange. On peut seulement se demander si la considération de l'utilité moyenne ne permet pas d’en tenir compte, aussi bien que l’utilité finale.

On pourrait allonger la liste de ces comparaisons et montrer que l’énergétique est, peut-être, capable d'apporter de la clarté et de l’ordre dans un ensemble de notions toutes exactes, si on les considère isolément, mais qui perdent de leur certitude quand on les compare entre elles. L’énergétique permettrait de les ordonner, de les placer chacune sur son plan et de montrer que des comparaisons sont impossibles, car il faudrait comparer des situations dont les éléments ne sont plus les mêmes.

Notre tâche n’est pas de pousser plus loin le parallèle entre une théorie énergétique, dont notre essai n’est qu’une ébauche, sans doute fort imparfaite, et une théorie mathématique, dont le rayonnement est universel. Ce qui importait, à l'heure actuelle, c'était de situer la conception que l’énergétique se fait de l’échange et de lui trouver une place parmi les grandes théories qui se partagent les préférences des économistes.

Après avoir démontré que la psychologie ne peut la repousser, car elle s'avère comme liée, elle aussi, à la psychologie, nous venons de découvrir que l'Ecole mathématique semble présenter avec elle des points de contact.

Notre but est donc atteint et si nous sommes loin d’enregistrer des certitudes à l’égard des spéculations qui ont fait l’objet des pages qui précèdent, nous avons, du moins, le sentiment qu’elles n’ont pas été inutiles. Elles nous ont amené à des constatations intéressantes qui semblent indiquer qu’une théorie energétique de l’échange n’est pas impossible,

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