‹ La Production et l'Échange au Point de vue énergétiqueChapitre 138 sur 145 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Nous nous demandions, en commençant cette étude, s’il y avait une Economie énergétique. A cette question, nous sommes maintenant en mesure de répondre. Si nous nous reportons aux œuvres des énergétistes, nous savons qu’aucun de ces derniers n’a mis sur pied une théorie économique, basée sur le concept d’énergie. On ne voit nulle part un corps de doctrines, qui ait été proposé pour expliquer par l’énergie les phénomènes économiques. Aucun traité ne fait pendant aux Eléments d'Economie Pure de WaLRas. Nous reconnaissons'aussi que ce terme d'Economie énergétique, que nous avons mis en avant, n’a jamais été employé. Le mot n’existait pas plus que la chose.

Par contre, nous avons signalé, dans notre introduction, que les énergétistes ne se désintéressaient pas de l’'Economie politique, et qu'il y avait dans leurs œuvres les éléments d’une théorie énergétique de l’économie, mais on n’avait jamais tenté de réunir ces matériaux épars, ni de tirer, des principes qu’ils avaient établis, toutes les conséquences que l’on pouvait en faire découler. Notre travail a constitué une tentative faite dans ce sens sans que nous nous soyons dissimulé les difficultés qui nous attendaient, Les deux obstacles principaux que nous avons eu à surmonter, nous ont été suscités d’une part par la théorie des besoins, de l’autre par la théorie de l'échange. Les énergétistes affirmaient que toute l’activité de l’homme est condi-

tionnée par ses besoins en énergie. Or, dès que l’on voulait aller jusqu’à ce qui fait le fond de ces affirmations, on se trouvait en présence d’objections graves ou d’explications tout au moins insuffisantes. Nous nous sommes donc contraint à démontrer comment tous nos besoins se ramènent à l'énergie, quel que soit le nom sous lequel ils se cachent, ou le détour par lequel ils se réalisent. Peut-être avonsnous été bien long et même confus sur ce point ? Il nous semblait nécessaire de ne rien laisser dans l’ombre. De là cette étude successive des besoins que nous avons distingués, pour la facilité de la démonstration, en besoins physiques d'acquisition, d'économie, de dépense, d’aberration et en besoins transcendants. Nous reconnaissons combien il peut paraître paradoxal d’envisager tous les besoins sous l'angle énergétique. Nous semblons ainsi ne voir dans l’homme que le transformateur d'énergie et faire fi de tout ce qui constitue sa primauté et sa grandeur. Il y a longtemps que l’on a objecté aux matérialistes que lactivité de l’homme est tout imprégnée d’intellectualité et que vouloir expliquer la vie humaine sans faire intervenir l'âme avec son activité propre et les buts qui lui sont particuliers, c’est tomber dans un parti-pris qui nie l’évidence. Si nous nous étions arrêté à cette objection nous n’aurions pas poussé plus avant et nous aurions renoncé à l'étude que nous avions entreprise. Or, il nous a paru que la philosophie moderne nous donnait le moyen, sinon de résoudre le problème, du moins d'entrevoir qu’une solution est possible. Il nous a semblé que l’on pouvait discerner, Sous l'extrême complexité de la vie intellectuelle et morale, .ce que nous appellerions l’utilitarisme énergétique, c’est-à-dire la poursuite proche ou lointaine du plus haut degré d'énergie et cela, non dans un but bassement matériel, mais parce que, ainsi que nous le dit M. BERGSON, la possession des énergies est Justement la condition indispensable au progrès indéfini de l’âme humaine, jusqu’au point où elle s’absorbera dans le divin. Cette considération excuse les efforts que nous avons faits pour chercher à

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nos besoins intellectuels, esthétiques, moraux et religieux, une explication énergétique.

IL'est bien certain::que, si l’on nous accorde :que le

concept d'énergie permet de mettre une unité dans l’en-

semble: de nos besoins, nous:pouvons: espérer atteindre,

grâce à lui, une explication simple des phénomènes économiques.

Si tout désir, toute impulsion postule la recherche d’éner- Sie, c’est à l'énergie que sera due la satisfaction, ‘elle sera à la base dé la consommation. Tout objet matériel, comme tout service, ne sera utile que s’il procure ou économise

de Pérergie Fout travail: ne sera productif que s’il libère,

dans'un délai proche ou lointain, une énergie supérieure

‘à celle qu’il aura consommée.

Nous avons donc essayé de montrer comment la production s’analyse en termes d'énergie. Nous: avons remarqué, à ce sujet, qué la création de celle-ci est fonction: du développement intellectuel de l’homme, car cette création est,

en réalité, une transformation et, seul, un travail intelli- .&ent peut discerner les rapports existants entreiles éner-

gies potentielles et les énergies actuelles. La productivité du travail humain est donc conditionnée par son intellec-

.tualité. Par suite, les émergétistes seront amenés: à envisa- . ger le progrès social, comme lié au perfectionnement in- …tellectuel de humanité. Cela ne doit pas faire interpré-

ter l’énergétisme comme une:théorie d’intellectuels, étran-

gère:à la réalité et aux contingences. L'homme est: servi

par des organes mus énergétiquement et qui forment les premiers outils dont il se sert ; outils d’ailleurs irremplacables pour certaines tâches. Aussi l’énergétique ne saurait se -désintéresser de l’organisation du travail. Nous avons

-donc montré comment le concept d'énergie éclaire toutes

les pratiques du taylorisme et de la rationalisation. Sans

. prétendre qu’il ait. servi de base aux recherches et: aux

théories qui ont porté l’organisation moderne au niveau

. où elle se trouve, nous avons insisté sur les corrélations

qui existent entre les enseignements de la bio-énergétique

et les pratiques industrielles, inspirées par des considérations empiriques ou intéressées.

Que la perfection soit atteinte dans l’organisation de la production, nul ne saurait le prétendre, mais l’énergétique semble posséder, mieux que d’autres théories, le fil conducteur qui permettra, peut-être, à l’humanité, de sortir de l'impasse où la jetée la surproduction.

Notre but n’était pas seulement d’interpréter énergétiquement la production. Nous n’ignorions pas que le problème capital de l'Economie Politique est celui de la valeur. Comment allait se comporter le concept d’énergie mis en présence de ce problème ?

Les énergétistes ont affirmé que l’énergie était à la base de la valeur et cela va de soi, en effet, si l’on admet que l’énergie est l’objet de la Production. Nous ne pouvions toutefois nous satisfaire d’une conclusion a priori. Aussi nous sommes-nous demandé s’il était possible de déceler, dans les actes de l’échange, l’influence de l’énergie. Cela nous a amené à tenter une description mathématique de léchange. Le travail auquel nous nous sommes livré montre, semble-t-il, qu’il n’est pas impossible de décrire l’échange, a la lueur du concept d’énergie, au moyen d’une suite de formules s’enchainant entre elles et faisant apparaître, entre des grandeurs connues, des rapports qui peuvent être interprétés assez facilement. Obligé d'employer le langage mathématique, nous nous sommes borné à parler celui que nous connaissons. Notre travail est donc élémentaire et il est possible que, s’il avait été établi avec l’aide des mathémathiques transcendantes, il eût permis d'obtenir des résultats plus intéressants et moins contestables. Nous ne l'avons proposé que comme exemple d’une manière d’envisager l’échange, en faisant intervenir le concept d’énergie. De plus, nous pensons que l'Economie Politique a intérêt à ne pas utiliser exclusivement, si possible, un appareil mathématique qui risque de rebuter le plus grand nompre.

À l'aide des énergies physiologiques dépensées, nous avons exprimé les énergies étrangères produites. Nous avons essayé de montrer comment le prix était une part

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de ces énergies et comment, dans le cas où l’échangiste est producteur, ce prix varie entre certaines limites, dans lesquelles nous avons cru pouvoir reconnaître les valeurs d'usage, ou coûts de production et de reproduction exprimés énergétiquement. Nous avons même vérifié que lorsque la situation des échangistes variait, ces valeurs se transformaient en valeurs d’utilisation et de restitution ou en valeur de comparaison. Obligé d’expliquer comment le prix se fixe à un certain niveau, nous avons cru discerner qu’il se fixait de façon à être en équilibre entre les valeurs d'usage. Cet équilibre, exprimé au moyen d’une formule simple, nous a conduit à une suite de relations dont nous avons pu tirer des expressions intéressantes du prix relatif et de la valeur d’échange. Nous avons trouvé, qu’en définitive, celle-ci nous apparaissait comme le rapport des énergies humaines économisées aux énergies dépensées dans le cas particulier d’ur producteur, comme le rapport des utilités gagnées aux utilités perdues dans tous les cas. Par ailleurs, nous avons constaté que le prix semble subir l'influence tantôt de la productivité, tantôt de l'utilité. Ainsi, nous avons vu partout l'énergie apparaître, se transformer et se transmettre. Dans ce que l’homme reçoit, dans ce qu’il produit et dans ce qu’il donne, nous avons partout discerné le terme commun : énergie, et c’est cette continuité, jointe à l’aisance relative avec laquelle se développaient les formules, d’ailleurs simples, auxquelles nous avions d’abord abouü, qui nous a incité à poursuivre jusqu'au bout ce travail. Celui-ci peut s’analyser, en somme, comme une sorte d’extrapolation de la pensée énergétiste.

Nous avons constaté, en avançant dans l’analyse de l'échange, qu’il y avait une certaine parenté entre l’expression que nous avons cru pouvoir donner de l’échange, en partant du concept d'énergie et ia théorie mathématique. Mais une théorie énergétique semblerait pouvoir présenter sinon une plus grande généralité, du moins une diversité plus étendue d’aspects. Certains problèmes, toujours en suspens, trouveraient peut-être une solution, si lon

. s’astreignait à faire figurer, dans les relations qui décri-

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