‹ La Production et l'Échange au Point de vue énergétiqueChapitre 25 sur 145 · RL DANSE · texte numérisé non relu

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fait du besoin, n’est pas isolée et que des sociologues ont considéré celui-ci sous un angle qui se rapproche du sien.

NyssExs (1) écrit dans un paragraphe intitulé : le besoin et le désir : « Le besoin est la privation, actuelle ou vtrtuelle, de ce qu'il faut à l'individu de substance et d'éner- » gie pour accomplir son évolution, sa destinée... Le besoin » se manifeste à la conscience de deux façons : objective- > ment par la tendance, subjectivement par la passion ; » ainsi la passion est le moyen qu'emploie la nature pour » nous révéler nos besoins. Le désir est un rapport men- » tal, établi entre le sujet et l'objet du vouloir, qui tend > à rapprocher le premier du second. C’est une fin du » vouloir, purement représentative, une croyance et, com- » me, telle, sujette à l'illusion, à l'erreur. Le désir est au » besoin ce que le subjectif est à l'objectif. IL est le mobile » de loutes nos actions et le besoin est le <primun movens» > de toute activité, de toute manifestation d'énergie hu- » maine, de tout travail ! >.

Voici une définition qui met en lumière le lien existant cnire le besoïn et le désir, et qui permet à celui-ci de ne pas paraitre Comme dénué de tout substratum matériel et organique. On y trouve également comme un rappel de FourIER et du rôle attribué par lui aux passions. Sans doute, FOURIER voit dans les passions un moyen employé par la nature pour nous faire remplir notre mission dans l’univers (2). Le caractère fatal qu’il attribue à leur mécanisme, le rôle d'équilibre qu’il croit voir remplir à Ja raison, tout cela l’apparente au déterminisme biologique, mais on chercherait en vain chez lui un argument qu’un énergétiste pourrait utiliser, pour réaliser la réduction à l’énergie de tous nos besoins. Une tentative plus marquée dans ce sens a Été faite par WIiNIARSKI, dans son Essai sur la mécanique sociale (3). Voulant démontrer l’unité sous-

(1) NYssENs. — Op. cit., page 191.

(2) LIMOUSIN. — De la prétendue folie de Fourier. Revue d'Economie Politique 1898.

(8) WinraRskr, —— Essai sur |

a mécanique sociale. Revue philosophique

‘ jacente de la société, c’est à l’énergie qu’il s'adresse, pour Paider à réaliser son dessein.

« L'énergie biologique, dit-il, est dirigée, dans chaque » individu et dans chaque groupe d'individus, per la ten- » dance au maximum de plaisir ou de bonheur possible, > Cette liaison du principe hédonistique à l’énergie est affirmée encore plus fortement dans la citation suivante qu’il fait d'EbGEWoORTH (1) :

« Le principe du plus grand bonheur (plaisir) social el » égoïste, qui constitue le sommet suprême de la morale el » de l'économie, est tout à fail analogue au principe du » maximum d'énergie, qui constitue une des plus hautes > généralisations de la physique. La mécanique sociale » peul, un jour, prendre place à côté de la mécaniqu” » céleste: ; toutes deux trônant sur la hauteur du principe >» du maximum d'énergie, qui est le sommet suprême de » la science morale, comme de la science physique. De >» même que, dans le Cosmos matériel, les mouvements de » chaque moléèule, qu'elle soit libre ou liée aux autres, » sont subordonnés à la somme maximale d'énergie à pro- » duire, de même les mouvements de chaque âme, qu’elle » soit égoïistement isolée ou dirigée sympathiquement, tend » à réaliser continuellement l'énergie maximale de plai- > Sir. »

« La société est donc considérée par nous, ajoute l’auteur, >» comme un agrégat d'individus-molécules, dont chacun » est soumis à l’action de plusieurs forces. Celles-ci sont » les besoins de l’homme, ses désirs, qui, tous ensemble, » tendent à procurer par leur interaction, et à l'individu » et à la soctété, le maximum de satisfaction. » Ces considérations nous introduisent dans la mécanique sociale et nous révèlent la méthode employée par la multitude de ceux qui, il y a 30 ans, ont voulu appliquer lénergétique à la sociologie: C’est toujours par analogie qu’ils ont pro-: cédé et cela les entraîne dans des considérations ou des

(1) EpcewontTH. — Mathématical psychics, cité par Winiarski.

MMA

hypothèses, ingénieuses peut-être, mais qui ne sont plus que % p . * : s s personnelles et s’éloignent de la rigueur que lon

des vue porter à l'étude des phénomènes sociaux.

voudrait voir ap WWiNIARSKI continue donc, dans son étude, à chercher à appliquer la mécanique à la sociologie. Ce serait nous éloigner de notre sujet que de le suivre, mais nous indiquerons toutefois comment il ramène tous les besoins à la faim et à l'amour, car il v a dans ses démonstrations certains passages où la-question est traitée dans un sens voisin de celui que lui donnera l’énergétique.

« La faim, dit-il, est le domaine de la haine et de la lutle » pour l'existence. Par contre la multiplication est la sour- » ce de sentiments de sympathie, laquelle, du reste, n'est > qu'un égoisme étendu, comme la procréation nest que » l'extension de la digestion. Ces deux besoins brutaux, la » faim et l'amour, en se subtilisant de plus en plus, ont > produit des phénomènes psychiques et sociaux. La faim » est évidemment la source de tous les besoins brutale- » ment égoïstes, de la cupidité, de l'envie, de la voracité, » etc. L'envie bien organisée c’est la justice, c'est un » équilibre d’un certain nombre d'égoismes assez puissants » pour qu'au lieu de s’entre-dévorer, on se respectät et » l’on se tolérât mutuellement. Ainsi, les besoins économi- » ques, politiques et juridiques ont leur base dans l'égois- » me. Le besoin sexuel est la source du sentiment de soli- » darité par l'intermédiaire de la famille. De la même » source provient toute l'esthétique : la beauté dans le > monde des plantes et des animaux est un produit de la » sélection sexuelle. Il en est de même dans l'humanité. > Cette source primitive de beauté, purement biologique, re transforme, sous la pression sociale, en belles pen- » sées;\en belles œuvres, en poésie et en art. Enfin, de la » méme source biologique, à savoir de l'instinct sexuel, » propient le mysticisme religieux. L'ordre dans lequel la Re FU A ï e suivant : la morale, l'esthé- : nu ne a le besoin SÉPAREAON satts- , rme en {toute une série de phéno-

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> mènes psychiques. L'intelligence provient du méme » fonds biologique ; c’est l'adaptation de l'individu à toutes > Les formes sociales dérivées de la faim et de l'amour. »

Nous n’insisterons pas davantage sur ce sujet, Car nous aurons à le reprendre tout à l'heure. Nous avons voulu attirer l'attention sur un aspect de lPeffort poursuivi pour réduire à l'unité tous les besoins humains, tout en montrant que l'extension du concept d'énergie est déjà esquissée chez certains penseurs. Le résultat n’a pas couronné leurs efforts. Cela tient à ce qu’ils n’ont pas su maintenir ce concept dans son domaine, et se sont laissé éblouir par des généralisations qui les amenaient vite dans des régions où ne subsistaient plus que des hypothèses et des vues de l'esprit.

Nous allons reprendre ce travail, en nous astreignant à suivre les manifestations et les déplacements de l’énergie physique qui anime tout être humain.

Disons d’abord comment nous concevons le besoin. La définition que nous en avons donnée d’après NYSSENS pourrait nous satisfaire, au moins comme point de départ. Il en serait de même de la définition donnée par M. EDME

Tassy (1) : « Le passage d'un état d'usure à un état de.

» réplétion et à sa dépense, est la cause déterminante de » tous nos besoins organiques. » Pourtant, ces définitions sont incomplètes, parce que ne mettant pas assez en évidence l'influence du besoin sur l’activité. L’explication suivante nous paraît devoir être préférée comme plus explicite. « La qualité primordiale d'une tendance instinctive, » lit-on dans un-ouvrage récent (2), c'est d’être consciente, > au cours de son fonctionnement normal, sous forme de » besoin. » Quelle que soit la forme qu’il revête, aspiration ou désir, le besoin est orienté vers un objet extérieur, un but qu’il ne peut atteindre que par des actes coordonnés et exigeant un certain effort. C'est-à-dire que cet objet, ce but, représente pour l'individu une valeur dans l’acception

(1) Tassx. — L'activité psychique, Paris 1931, page 8. (2) PapicLaurT. — Des instincts à la personnalité morale, Paris 1931,

Li Abe

exacte où l’on entend le mot en Economie politique. < L’'ins- » tinct est un mode compliqué d'adaptation organique au » milieu, et le besoin instinctif est le cri de notre cons- » cience devant l’antagonisme irréductible, l'appel de » détresse devant une crise, plus ou moins périodique, que =» subit notre personnalité dans sa lutte pour la persistance » de son être propre, ou de sa lignée, ou de son groupe

» social. »

Nous avons donné cette citation pour mettre en lumière le caractère absolu du besoin : il est une conséquence de notre nature ; il est une nécessité. Enfin, tout besoin exige pour sa satisfaction un effort, une activité. C’est à ce dernier, caractère que nous distinguerons le besoin ayant un. caractère économique, d’un besoin purement physiologique, se satisfaisant automatiquement sans une mise en jeu de notre activité volontaire. Le besoin de respirer, par exemple, n’est pas un besoin que l’économie ait à considérer, puisque l'air se trouve partout et que nos muscles inspirateurs nous permettent automatiquement, grâce à un réflexe, d’ingérer à tout moment l'air nécessaire. De même que nous baignons dans l’air, nous baignons dans la lumière lorsque le soleil brille. La lumière est certainement nécessaire à la vie, tant par lès radiations qu'elle nous apporte directement que par les facilités d’existence qu'elle crée autour de nous, et, cependant, on ne peut pas dire qu’elle fasse l’objet d’un besoin, économiquement parlant, puisqu'elle est mise à notre disposition en tous lieux, au cours de la journée. La lumière artificielle, qui supplée la lumiére naturelle, a un caractère différent. Du fait qu'il faut se la procurer, elle constitue un besoin. On pourrait faire, au sujet de l’espace, du son, des considérations analogues. L'existence de notre Corps suppose l’espace dans lequel nous nous mouvons. Le son se répartit automatiquement dans l'air. Pourtant, bien que l’espace, le son nous soient indispensables, on ne dira pas qu'ils constituent nécessaïi. rement un besoin du point de vue économique. Il n’en serait pas de même en ce qui concerne la propagation et le renforcement de certains sons, qui présentent pour nous

de l'utilité et qui peuvent, à cause de cela, exiger de nous de l’activité. Ainsi, nous avons trouvé, dans l’auteur cité, matière à éclaircir la notion du besoin. Pourtant, ce qu’il ne dit pas, et ce qu'affirme l’énergétique, c’est qu'au fond de tout besoin nous devons trouver l’énergie. Mais comment va-t-elle manifester sa présence ? Le besoin a,:d’après tout ce qui précède, un caractère acquisitif. Devons-nous dire que tout besoin postule une acquisition d'énergie ? Une telle affirmation serait démentie par les faits. Retenir une énergie possédée et la défendre contre la dissipation peut être plus important que d'acquérir une énergie nouvelle. Bien mieux, certaines dépenses d'énergie peuvent, parfois, être indispensables, tout comme la fuite de vapeur, que permet la soupape de sûreté, est nécessaire à la chaudière. - Enfin, comment passer sous silence les besoins anormaux, souvent plus tyranniques que les autres ? Tout cela nous met sur la voie d’une division des besoins, qui n’est pas celle que l’on adopte d'habitude. Besoins naturels et besoins acquis, dit-on quelquefois, besoins organiques, besoins intellectuels et moraux, affirment d’autres auteurs. Ce sont là des divisions rationnelles, mais qui doivent être complétées. Pour essayer de ne laisser dans l’ombre aucun des besoins dont l'observation nous révèle l’existence, nous étudierons nos besoins physiques, après les avoir divisés en quatre catégories : besoins d'acquisition, besoins d’économie, besoins de dépense, besoins par aberration. Nous étudierons ensuite les besoins que nous appellerons transcendants et qui réunissent les besoins intellectuels, esthétiques, moraux et religieux. Au cours de cette étude, nous essaie- “rons de montrer comment les besoins se rattachent tous à Pénergie. ;

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