‹ La Production et l'Échange au Point de vue énergétiqueChapitre 51 sur 145 · DELTA · texte numérisé non relu

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qui conduit la machine, était multipliée par un coefficient dont l'importance croît avec les progrès de l’industrie ; Mais ces énergies, aussi considérables soient-elles, n’auront d'utilité que si elles permettent d'économiser, par la suite,

des énergies humaines.

3° L'énergie de mouvement de l'air et de l’eau. Cette énergie, qui assure la propulsion de certains bateaux ou bien actionne des moteurs ou des turbines, provient, comme les précédentes, de l'énergie radiante du soleil. Nous l’utilisons, le plus souvent, sous la forme électrique. Mais il ne s’agit là que d’une transformation de l'énergie, car nous navons pas encore résolu le problème de puiser directement l'énergie électrique dans la nature.

De même, l'énergie des mers n’est pas encore utilisée couramment. Que lon capte l'énergie produite par le mouvement des vagues ou par la différence de température des différentes couches des mers, ce sera toujours de l’énergie radiante du soleil qui sera mise à notre disposition. Dans les cas où l’on utilise le mouvement des marées, l'énergie produite est due à la force attractive de la lune.

Nous voyons que la production puise dans la nature deux grandes catégories d'énergie. L’une que nous appelons alimentaire est assimilable par lorganisme, qui en tire l’énergie physiologique, dont il a besoin pour fonctionner.

À l’autre, nous pouvons attribuer le qualificatif d’industrielle, car elle est puisée dans la nature grâce à l’industrie de l’homme. La première permet une acquisition d’énergie humaine, la seconde une économie.

Voici, tracé en quelques mots, le tableau des énergies qu’utilise la production. :

On va nous objecter, sans doute, que la nature ne comporte pas que des énergies et que la matière y tient une place assez ample, pour ne pas laisser de côté les substances matérielles.

À cela nous répondrons que la matière n’est qu’un support pour l'énergie, qu’elle joue un rôle passif. Ce qui importe dans un gramme d’amidon, ce n’est pas le carbone, l’oxygène et Phydrogène qui le composent, mais

l'énergie chimique qui maintient combinées ces trois substances.

Dans les aliments nous n’avons donc à considérer que l'énergie. De même que dans une huître le gourmand ne considère que le mollusque et jette la coquille après en avoir gobé l'habitant, ainsi nos aliments n’ont de valeur pour nous qu’en raison de l'énergie qu’ils recèlent. Quant aux substances matérielles, qui sont nécessaires à notre organisme pour se constituer, nous avons déjà dit qu'on peut leur attribuer un rôle énergétique indirect.

Nous ferons une remarque analogue en ce qui concerne les combustibles, où, seule, l'énergie calorifique développée compte pour nous. Pour ce qui est des matières et matériaux divers, nécessaires à l’outillage et à la machinerie moderne, c’est uniquement au fait qu’ils sont indirectement énergétiques que nous leur attribuons de la valeur. Au reste, nous savons que les services qu’ils nous rendent sont dus aux énergies diverses (énergies de surface, de forme, de volume, de gravité...) qu’ils recèlent.

Voilà pourquoi, dans la nature, nous ne voulons voir comme facteur de la production que l’énergie.

Les énergies que l’homme trouve dans la nature sontelles inépuisables ? Nou avons vu plus haut que toutes les énergies ne sont pas utilisables, et nous savons, de plus, que toutes les énergies ont une tendance à se dégrader et à se transformer en chaleur. Ainsi, l’on est en droit de se demander si, d’un point de vue général, la production administre avec économie le domaine énergétique, et si l’humanité n'aura pas à se repentir un jour d’en avoir gaspiné’les ressources. Le rôle joué par les êtres vivants dans l utilisation des énergies est double. D'une part, ils ont pour mission de ralentir la dégradation de l'énergie dans le monde. En particulier, l’homme est très apte à capter les forces naturelles et à utiliser de l'énergie qui serait gaspillée. La force de la chute d’eau qui ne servirait qu'à produire des sons, l’échauffement des rochers ou le ravinement des terres est disciplinée et forcée à fournir un travail utile. Ainsi, grâce au progrès, l'énergie utilisée augmente. Par

contre, l'énergie utilisable diminue. La mine s’épuise ; l'altitude des montagnes décroît ; le soleil se refroidit. Mais, comme la première catégorie d’énergie n’est qu'une fraction imperceptible de la seconde, elle pourra continuer à augmenter beaucoup en donnant Pillusion du progrès, bien que la richesse totale décroisse. L'homme doit porter son attention sur cette décroissance, d'autant plus qu’il peut lui-même, s’il n’y prend garde, accélérer la dégradation de l’énergie : c’est le cas lorsqu'il pratique, le plus souvent par ignorance, la dévastation de la nature, Ia raubwirtschaft des Allemands (1). Le civilisé barbare accroît la dissipation de l'énergie, au lieu de la ralentir. Qu'il déboise imprudemment et les eaux pluviales, au lieu d’alimenter ses chutes, dévasteront ses plaines ; la chaleur solaire, au lieu d’être emmagasinée dans les plantes, rayonnera dans l’espace. Il gaspillera aussi des richesses en énergie, qui ne se renouvelleront pas, s’il continue à utiliser le charbon pour produire de la force motrice, puisqu’une faible fraction de la chaleur seulement est transformée en travail. On voit done combien il est important pour l’homme d'économiser les énergies dont il peut disposer, car les énergies utilisables ont une tendance à diminuer.

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