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point de vue social ? et encore un examen approfondi permettrait sans doute de réfuter facilement les ‘objections que certains milieux lui opposent. Quoiqu'il en soit, la rationalisation marque une emprise accrue du concept d’énergie sur la production et c’est ce point qui, actuellement, doit retenir notre attention.
IT. — LE PRODUCTIVISME
Les systèmes, dont nous venons de nous occuper, tendent à économiser l’énergie ou à l’accroître soit à l’atelier, soit dans l’entreprise. Voici maintenant un système dont les ambitions sont plus vastes. C’est la productivité de la société elle-même qu’envisage le productivisme. SoLvay a attaché son nom à cette doctrine et l’a exposée dans plusieurs ouvrages. Un de ses disciples, WaxWEILER définit ainsi son but (1) ': « SoLvay tend à rechercher, entre des solutions > diverses, celle qui assure à l'activité de l'homme le ren- » dement maximum, et à dégager les facteurs qui modi- » fient la productivité des groupes ou des individus, pour » découvrir les moyens de l’accroitre rationnellement. >»
SoLvay lui-même a écrit : « Le productivisme, qui n’est
» autre chose que l'équivalent social de l'énergétisme, nous > enseigne qu'avant tout et toujours la production mazxi- » mum doit être le but suprême, éminemment moral, à » poursuivre » (étant bien entendu qu'il s’agit de la production de choses tant matérielles qu’immatérielles). Cette doctrine trouve sa source dans la tendance manifestée par l’homme vers le rendement maximum, tendance qui a, elle-même, pour base, la loi physique du travail maximum applicable aux réactions. L'homme lütte en effet sans cesse pour l'élévation du rendement de ses efforts, pour l’accroissement de son bien-être.
@) Principes d'orientation sociale. Résumé des études de M. Solvay
sur le productivisme et le comptabilisme, Institut Solvay. Notes et mémoires, Bruxelles 1904. }
Pour l'aider à atteindre ce but, il faut créer et multiplier les capacités productives à tous les degrés, mais des capacités adaptées aux besoins constatés et non déve- Jloppées anarchiquement.
Sans doute, il faut aussi améliorer le milieu par sa meilleure appropriation au profit de tous et une meilleure utilisation des matériaux, mais surtout il faut arriver à une meilleure utilisation des énergies individuelles, intellectuelles et morales. Ceci nous permet de constater le point original de la doctrine que nous étudions. Tandis que le taylorisme économise ou développe l’énergie physique de l’homme, la rationalisation des énergies naturelles, le productivisme veut développer l’énergie intellectuelle.
Nous avons déjà montré comment SoLvay envisageait la productivité du travail intellectuel et nous avons insisté sur ce que le travail humain est productif, en raison même de la part d’intellectualité qu’il met en jeu.
Il est donc tout naturel que Sorvay fasse appel au développement de l'intelligence pour accroître la productivité sociale. Voici comment il justifie l’extension du savoir pour créer des capacités productives. "
« Le progrès de l'humanité, dit-il (), est dü au savoir. » Celui-ci se divise en savoir spécifié des hommes d'élite, » caractérisé par l'imagination créatrice, le jugement, le > pouvoir de travail et en savoir généralisé commun à » tous les hommes, »
Le problème de l’évolution sociale se ramène à l’évolution du bien-être qui doit être envisagée à deux points de vue : sa progression et sa diffusion.
Or, l’on constate que le savoir spécifié correspond à la progression du bien-être social, tandis que le savoir généralisé correspond à sa diffusion.
Il y a ici alliance de deux impulsions : aux initiateurs
(1) Sozvay. — Sur les fondements positifs biopsychiques et énergéto- -productivistes de l’évolution sociale. Revue Economique Internationale
on doit le bien-être potentiel, aux généralisateurs, le bienêtre réel.
Quand croît le savoir généralisé, augmentent le nombre des hommes d'élite et le savoir spécifié qu'ils représentent. D’où un accroissement continu et constant du savoir total existant et l'intérêt qu’il y a à accroître le savoir généralisé.
Le savoir représente de la valeur intellectuelle valant de la puissance physique: ou mécanique.
En la multipliant par le temps du travail, on obtiendrait l’énergie sociale, pouvant se traduire elle-même quantitativement en bien-être. Il faudrait pouvoir évaluer en unités énergétiques la valeur sociale du savoir, en prenant Par exemple pour unité minima la puissance dépensée par unité de temps par un manœuvre. Ainsi, à chaque époque du développement d’une société, les valeurs moyennes du savoir spécifié et du savoir généralisé, caractéristiques du stade social considéré, pourraient être énergétiquement exprimées.
Quelle est la rémunération actuelle des savoirs généralisé et spécifié ? Théoriquement, le coefficient de proportionnalité des deux rémunérations doit toujours être égal
au rapport des valeurs énergétiques moyennes des deux savoirs.
Si le savoir des spécifiés allait croissant ainsi que la proportion des hommes qui peuvent lPacquérir, on aboutirait à ce que légalité en savoir serait offerte à tous et que l’égalité en bien-être serait assurée, On réaliserait ainsi l'égalité du point de départ et l’on Supprimerait les inéga lités sociales injustes.
L'état actuel de la Société étant loin de té devant théoriquement exister, des me ment social s'imposent.
comporter l’égalisures de redresse-
Ce qui précède montre dans quel esprit SOLVAY envisage l'instauration du Productivisme. I] s’agit de réaliser le maximum de productivité avec le maximum de justice so. ciale. Les réformes, qui constituent ‘sorr programme pro-
ductiviste répondent à ce double but. Les voici succinctement énumérées :
Formation des capacités. —— I1 faut créer des capacités productrices, à tous les degrés, par l'instruction aux mieux doués. Il s’agit de capacité non seulement professionnelle, non seulement scientifique, mais aussi d'action et de volonté, souvent prisée plus haut dans la vie pratique que la capacité de savoir.
SOLVAY n’ignorait pas la différence que nous avons mise en lumière et qui existe entre l'intelligence du savant et celle de l’homme d'action.
Chômage capacitariat. —— Les ouvriers doïvent être appelés, en cas de chômage, à travailler successivement, donc à journées réduites. Les loisirs seront utilisés à leur perfectionnement technique et général, qui accroîtra la capacité générale de travail.
Programme social. — Protection des travailleurs et assurances sociales.
Programme fiscal. — Impôt suecessoral réitéré, permettant par sa progressivité de faire passer à l’Etat la fortune acquise.
Programme économique. -— Fonds social de participation aux affaires créé par l'Etat pour participer aux bénéfices, ce qui accroîtra la rémunération du travail social par rapport au capital.
Groupement des productions similaires pour obtenir une production économique.
Loi sur les entreprises en général, pour ne créer et ne conserver que les plus productives.
Travail personnel obligatoire.
Comptabilisme, ou théorie généralisant la substitution du compte à l'emploi de la monnaie.
A part cette dernière réforme qui se situe dans le cadre de l’échange, toutes les autres ont trait à la production et visent au même but : l’extension de la productivité et du bien-être.
Tel est succinctement résumé, le système qui tend à réaliser toute la puissance de l’idée énergétique, en la poussant à ses ultimes conséquences.
Qu’en est-il advenu dans la pratique ? La plupart des réformes prônées par SOLvAy n’ont jamais vu le Jour ; seule, son idée de la formation des capacités subsiste. Elle est passée, sans doute inconsistante et peu précise, mais cependant reconnaissable, dans les programmes des démocraties européennes, où sa réalisation se poursuit.
Les efforts faits pour créer un enseignement professionnel dans tous les pays ne sont qu’une application plus ou moins consciente des principes de SoLVay. De même les méthodes, telles que lès méthodes des tests, adoptées pour déceler dans les écoles, aussi bien que les anormaux, les élèves les mieux doués. Sans douté, ces méthodes ne soni pas infaillibles: Les tests ne donnent qu’un tableau des capacités de l’élève au cours de Pexpérience et non une vue irtérieure de ses Capacités, de son habileté dans le passé, pas plus qu’une appréciation des possibilités plus ou moins marquées de progrès dont il dispose. On touche ici -du doigt les difficultés de réalisation d'idées, qui paraissent si logiques et si justes à première vue. On peut faire Ja même observation au sujet des efforts tentés d’une façon plus générale, pour faire émerger de la masse les hommes les plus aptes à former l'élite intellectuelle, tout en orientant les autres vers les professions qui leur conviennent. Ce développement de l’idée productiviste appelle des réserves. Il existe, en effet, dans la société, un processus destiné à porter à leur place les sujets d'élite. La société procède par élimination dans le sens de la production dap- S sociologiques du Professeur FRANKLIN. H. Ginnixcs (1). La société, dit-il en substance, sous l'influence d’un te, mais plus souvent inconsci rement dure à ceux qui ont u
e pression parfois conscienente, rend la vie particulién Caractère où une conduite
() Franklin H. Gibnins. 2 Etudes Sociologiques, citées par la Revue de l’Institut de Sociologie. Année 1922-1993, tome II
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que la société désapprouve (les non conformes). À la longue, la société organisée, grâce à ses approbations et ses désapprobations, ses pressions et ses réalisations, sélectionne et perpétue les types de mentalité et de caractère tels qu'elle les souhaite, qui sont relativement intelligents, tolérants et utiles, qui font preuve d'initiative, qui prennent leur part de responsabilité et qui jouent effectivement un rôle dans les entreprises collectives. Elle choisit et perpétue les aptes. A ce processus, que l’on pourrait qualifier de naturel, ne va-t-on pas faire succéder un processus artificiel ?
L'étude de l’histoire montre, par ailleurs, que l’intelleétualité suit la fortune. On dirait que la préexistence de celle-ci est nécessaire pour faire apparaître des intellectuels. En effet, les qualités de ceux qui ont fait fortune ne se retrouvent pas chez leurs enfants. M. BLANCHARD, dont nous avons déjà cité lés conférences sur la production et le travail à travers les âges, le constate en ces termes (1) : « C’est un fait général, semble-t-il, qu'une fois la fortune » faite et le succès acquis les fils de ceux qui, en s’escri- » mani, en jouant des mains ou des coudes, en affrontant » le risque, en se lançant à corps perdu et, généralement, > sans scrupule, dans la bagarre, dans la mélée, ont été les » profiteurs d’une certaine époque, se retirent de la lutte, » soit dans leur personne, soit dans celle de leurs descen- » dants. Au bout d’une ou deux générations, ils se trans- » forment en aristocrates d'argent, plus ou moins éloignés » des affaires ou, du moins, ne prenant plus part à celles- » ci qu'en qualité de fournisseurs d'argent et de bailleurs > de fonds. »
Alors sont réunies les conditions pour voir apparaître parmi eux dans toute leur ampleur, des facultés intellectuelles développées et dirigées vers les travaux désintéressés. De ces familles d’anciens riches sortiront des intellectuels, chez qui la fringale de jouissances que l’on trouve chez l’homme nouveau, semble émoussée et qui sont tout
| (L)-BLANGHARD. — Op. cit, page 116.