LES ENERGETISTES ET LA VALEUR
Nous venons de montrer, dans la première partie de cette étude, comment l’énergétique donne de la production une interprétation qui est, dans une certaine mesure, originale. "
Les œuvres des énergétistes nous ont été d’un réel secours pour préciser notre point de vue. Ceux-ci nous ont apporté souvent un argument, et de fréquentes citations nous ont permis de faire entendre, pour ainsi dire, leur voix au cours du débat que nous avons institué.
Cette aide va nous manquer, en partie, dans l’étude que nous entreprenons de lPéchange. Cette question ne semble pas, en effet, avoir beaucoup préoccupé les théoriciens de l’énergétique. Nous en avons déjà donné la raison. C’est qu'aucun d'eux n’a cherché à mettre sur pied une économie fondée sur les principes, dont ils cherchaient pourtant à étendre la portée. Ils ont bien pu, au cours d’études embrassant de vastes sujets, effleurer les questions économiques, mais la théorie de la valeur ne semble pas avoir retenu longtemps leur attention. Plus sociologues qu'économistes, ils sont allés d’instinct ‘vers
des solutions réalistes. Ils ont demandé au concept de l'énergie de les conduire sur le chemin de la justice sociale. Or, ils n’ont pas vu que celle-ci dépend de léchange ; on ne peut savoir si les lois de la répartition des richesses sont justes, tant qu’on n’a pas précisé comment sont déter-° minés les échanges et tant qu’on n’a pas édifié une théorie de la valeur.
N'’étant pas guidés par la conscience de cette nécessité, les essais faits par eux, pour définir la valeur, n’ont jamais été, à notre connaissance, poussés à fond. Ils n’en donnent qu’une notion assez vague dans ceux de leurs écrits où ils ont abordé ce sujet.
Voici comment s'exprime OSTwALD dans le chapitre, intitulé Valeur et échange, d’un ouvrage déjà cité (1) :
« Les valeurs primaires sont les énergies, car les éner- » gies sont incréables et elles sont indispensables à la vie. » Parmi les énergies brutes, un petit nombre seulement > appartiennent en commun aux hommes, ce sont celles > qu'on ne peut pas s'approprier, comme, par exemple, > l'oxygène libre de l'air. La chaleur solaire, qui se > répand librement partout, transportée en grande partie > au moyen de l'air, est aussi une énergie, non susceptible > d'appropriation privée. I n'en est pas tout à fait de > même du rayonnement solaire. En effet, les produits > des forêts, des champs, des prairies, sont constitués par > de l'énergie solaire émise par rayonnement et emma- » gasinée. Sous la forme solide (ou la forme liquide com- » me dans l'alcool), cette énergie peut se conserver et se » {ransporter et, par suite, être propriété privée.
» Les autres formes de l'énergie brute, telles que les > chutes d'eau, les trésors de tout genre que renferme le > sol, ele, sont également susceptibles d'appropriation > privée.
» Ces énergies brutes sont les sources de toutes les va-
.) OsTWALD. — Les fondements énergétiques de la science de la givilisation, page 118.
leurs, mais la plupart ne sont pas encore elles-mêmes des valeurs, ou ne sont que des valeurs médiates.
> Les valeurs immédiates sont les choses nécessaires ou utiles à la vie. (Je veux parler ici de la vie sous tous ses aspects et non pas seulement de la vie physiologique). Sont valeurs fondamentales, celles sans lesquelles la vie ne serait pas possible, à savoir, en premier lieu, les aliments et, en second lieu, les vêtements et l’habitation. Les valeurs de second ordre comprennent celles qui, sans être indispensables, sont utiles (ou simplement désirables).
> En fait d'énergies brutes constituant des valeurs immédiates, il n'y a guère, outre l'oxygène et la chaleur solaire, que les quelques fruits que l'homme a l'habitude de consommer crus. Les autres énergies brutes doivent être transformées, avant de représenter des valeurs immédiates.
> La transformation des énergies brutes en énergies immédiatement utilisables, exige l'emploi d'outils et de machines. Ceux-ci constituent, comme toute chose, des systèmes énergétiques. Mais leur valeur ne repose pas sur la somme d'énergie qu'ils contiennent : elle consisle dans le fait qu'ils facilitent la transformation d’autres énergies. Ils sont en eux-mêmes sans valeur, sous le rapport énergétique, mais ils augmentent celle des énergies qu'on élabore avec leur aide. L'économie sociale les désigne sous le nom d'agents de production : nous les appellerons, avec plus de raison, agents de transformation ; car ils ne produisent pas au sens propre du mot, ils transforment. Il convient d'en rapprocher, au point de vue qui nous occupe, les divers moyens de conservation et de transport. Tout produit fabriqué, que ce soit une œuvre d'art où un aliment, renferme, d'une part, une certaine quantité d'énergie intrinsèque : d'autre part, il a exigé pour sa fabrication la dépense d'une autre quantité d'énergie. On peut considérer la somme de ces deux quantités comme constituant la valeur objective de fabrication du produit. Cette valeur