L'EQUILIBRE DE L’'ECHANGE
Notre but est d'arriver à déterminer le prix et, à ce sujet, nous avons rappelé, tout à l’heure, la lutte qu’engageaient entre elles les prétentions rivales des coéchangistes. Or, nous n’ignorons pas comment des efforts antagonistes parviennent à s’équilibrer.
Demandons-nous s’il ne pourrait pas en être de même, dans le cas qui nous occupe. Considérons maintenant la disposition des flèches et la position de a et de b. Tout semble se passer comme si, des deux côtés, les quantités d'énergie qui sont échangées étaient immobilisées dans une position d’équilibre, due à ce que des pressions, proportionnelles aux valeurs d'usage, s’exerceraient sur elles en sens contraire.
On ne peut nier que cette interprétation ne COHRS ROSE mieux à la réalité des faits.
Si a est donné, V,, et V, ont aussitôt une valeur bien définie. Primus et Secundus, qui ont à fixer d'accord la quotité de b, vont lutter de façon à repousser cette quotité le plus loin possible des limites que représentent pour eux Varret Vas Donc b oscillera entre ces limites. Quand il s’éloignera de V,,, b augmentera et inversement diminuera, quand il s’éloignera de V,,. D’autre part, la pression, que chacune des valeurs exercera sur b, sera d'autant plus grande que b s’en rapprochera davantage et sera prêt à
se confondre avec elle. Ainsi, il semble bien que la répul-
57 90 sion sera en raison directe des quantités d'énergies en présence et en raison inverse de leur distance.
Nous voici amené insensiblement à un énoncé qui rappelle la loi de l'attraction universelle, cette loi si générale qu'EiNSTEIN a démontré être l'attraction de l'énergie par l'énergie.
Nous pensons bien qu’à la lecture de cet énoncé, on va nous accuser d’être en pleine fantaisie, en nous objectant que ces énergies, sur lesquelles nous raisonnons et que nous matérialisons sur le papier, si l’on peut employer ce mot, sont, en réalité, des énergies virtuelles et, par conséquent, fort incapables d’exercer les unes sur les autres la moindre attraction ou répulsion.
Nous sommes d’accord sur ce point et nous repoussons bien loin de nous l'intention, que l’on pourrait nous prêter, de vouloir imaginer une pseudo-physique ou une pseudomécanique de l'Economie. Nous cherchons uniquement, en évoquant des notions scientifiques connues, à expliquer et à soumettre, si possible, au calcul des phénomènes économiques, mais sans vouloir les assimiler à des actions physiques. Les valeurs d'usage ne représentent pas, en effet, au moment de l’échange, des masses d'énergie actuelles, mais seulement l’évaluation de celles-ci et ce sont ces grandeurs qui constituent les limites entre lesquelles oscille le prix.
S'il s'agissait, d’ailleurs, d'énergies effectives, Va, el Va, ne resteraient pas constants, puisque b et a sont des portions d'énergie prélevées sur les gains en énergie, que représentent ces valeurs.
Une reproduction servile de la réalité, c’est-à-dire la représentation exacte du fractionnement des énergies, quand l'échange se liquide, ne ferait pas comprendre ce qui se passe, quand l'échange s’élabore. Or, c’est actuellement ce qui nous préoccupe. Nous voyons que, dans cette situation, chacun, intimement pénétré de la valeur d'usage de l’énergie formant le premier terme de l'échange, apprécie par rapport à cette valeur la quantité d'énergie qui doit former
Sean LE
le second terme. Pour cela, chacun tend à repousser ce terme le plus loin possible de sa valeur d’usage.
Il s’agit là d’actions subjectives, dont le schéma que nous proposons donne une représentation concrète. Tout semble donc bien se passer, comme si b ressentait l'effet de deux répulsions et comme si celles-ci étaient, en raison directe
des masses d'énergie en présence et en raison inverse de la distance.
Cette tentative d’explication, tout en atténuant ce que notre proposition avait d’étrange à première vue, ne fait pas disparaître toute difficulté. Il est bien évident que si, réellement, il se passe dans notre être intime les interactions que nous venons de suggérer, celles-ci semblent devoir postuler comme intermédiaire l'utilité. Cette appréciation du gain, que représente la valeur d'usage, et de la perte, constituée par le prix, doit faire intervenir l'utilité comme moyen terme. Comment, dans ce cas, imaginer l’équilibre ?
V, et Vyx, ont des utilités bien déterminées Va, e Va
> 1 Re, Ro, puisque, l'utilité étant constante, il suffit de multiplier une quantité d'énergie de la nature de b par le coefficient de rendement particulier à chaque échangiste, pour mesurer son utilité.
Quand b s’éloigne de V,, et se rapproche de V,, il diminue en valeur absolue et son utilité est, pour Primus et
MC IUNITSS SAT à Rs, BR, rentes positions que b peut occuper.
Si nous supposons l’équilibre réalisé (voir le croquis I),
on constate que b s’immobilise, quand la répulsion exercée
Imaginons par la pensée les diffé-
ï ne DEN, entre Va, ic est égale à celle qui s'exerce entre = et PA 5, Re, Rs, Ro,
Essayons d’exprimer chacune de ces répulsions entre utilités,; c’est-à-dire entre quantités d’énergie humaine, en appliquant les lois qui commandent aux répulsions dans des cas analogues.
Sans invoquef la loi de NEWTON, celle que MŒTERLINK a célébrée sous le nom de « grande loi >» (1), nous rappelle-
at
\/ ar mere A ERA y PA b R,; ur LA b1 L , de AS 1 ro.
LAN SE + Here Croquis II
rons que la répulsion de deux charges électriques de même signe, q et q’, à la distance r, est exprimée par la formule
aq
rè
Or, ces utilités, dont les quantités d'énergie sont, pour ainsi dire, les supports, s’apparentent à des charges d’électricité réparties sur des conducteurs.
Par analogie, appliquons cette formule aux deux répulsions que nous voulons exprimer, puis égalons-les. Nous connaissons déjà les quantités d'énergie qui se repousseront. Quant à la distance, nous la considèrerons comme
(1) MAETERLINK. — La grande loi, Paris 1933.
proportionnelle aux différences des utilités 53
Re, Rp d’un : Vous ÿ Ï € part, — 1 d'autre part. Nous faisons rémar- Rs, Ra, quer, à ce sujet, que ces différences d’utilité ont une signification. Elles représentent les utilités restant, après l'échange, à chaque coéchangiste comme balance entre les gains et les pertes.
En effet, Secundus, qui avait gagné ® a perdu A
b, Rs, . à ù | b
Done il lui reste bien 2 __.. Quant à Primus, il a Ro, Ro,
gagné b. mais en se privant de a il s’est privé de Vas
Ro, Re,
b Va : : er / À Donc __-: 1: représente bien son gain absolu. Rs Ra,
Nous pouvons donc dire que les répulsions que nous voulons calculer seront pour chacun en raison directe des uti-. lités de ia valeur d'usage et du prix et en raison inverse du carré du gain définitif en utilité. T’interprétation de cette proposition est facile à donner. Elle traduit de deux facons cette même idée, à la fois conforme au bon sens et à la réalité, que chaque échangiste oppose une résistance d'autant plus forte que le prix se rapproche davantage de sa valeur d'usage.
Nous écrirons donc
la: b
Ra. Ro,
15% répulsion € = ——— CES
Rs, Re,
Ü Va,
Ris À Re
2 répulsiont 0” =, pen ie
Ceci donne, en observant que Rs, et Rs, disparaissent et en égalant
On tire de là après avoir effectué
b — ve. NC Vas
Nous faisons remarquer que ce résultat est indépendant des coefficients de rendement, donc des utilités.
Nous aurions obtenu le même résultat, si, comme nous l'avait suggéré un premier examen, nous avions considéré les répulsions exercées directement par les énergies Vas b, Va,, Sans faire intervenir les utilités.
En effet, nous aurions eu alors immédiatement :
Va, pd b ai b x Vas
2 (Vas — br 3 (ONG
Cette particularité est due à ce que, l'utilité étant cons-
tante, V,, et b, bet Va, ont les mêmes coefficients de ren-
dement. Il n’en sera plus de même dans le cas de l'utilité décroissante. |
Le même raisonnement appliqué à a donne une formule analogue à celle trouvée pour b
a — PAT VE (10)