‹ La "Profession de foi du vicaire savoyard"Chapitre 10 sur 176 · LE CHOIX DU CADRE ET LES SOUVENIRS PERSONNELS · texte numérisé non relu

LE CHOIX DU CADRE ET LES SOUVENIRS PERSONNELS

I. Les précurseurs de Jean- Jacques dans la fiction théologique.

Si Rousseau sonijea un instant à formuler directement en propositions dogmatiques et toutes nues sa « profession de foi », comme allaient le faire quatre ans avant V Emile les pasteurs de Genève S cette velléité fut sans doute fort courte. Il est même improbable que l'idée s'en soit jamais présentée à lui. Il sentait trop vivement la solennité de l'acte qu'il allait oser pour ne pas chercher à l'agrandir encore par une mise en scène, elle aussi, solennelle. Il savait l'importance de la « langue des signes » pour émouvoir « les affections de l'àme ». et n'avait garde de « la négliger » -. D'ailleurs, sa pensée religieuse, avant d'atteindre la pleine sécurité, avait traversé des angoisses, qu'il était bon de faire revivre au lecteur, pour le conduire à la même foi a. travers les mêmes émotions. Tout semblait donc inviter Rousseau à montrer ses cro\ances en action, dans un cadre dramatique et impressionnant. Si la prudence lui conseillait de ne pas se compromettre personnellement et nommément, une pareille considération n'était pas, je crois, décisive pour un écrivain comme lui. sincère jusqu'à l'audace, jusqu'à la témérité, et qui méprisait la diplomatie des anonvmats voltairiens. Mais il n'était pas encore d'un romantisme assez hardi pour taire de cette « profession de foi » une « confession » publique et déclarée; et il lui parut convenable d'en dissimuler les aveux intimes derrière le voile léger d'une fiction.

Ce n'était pas la première fois que des écrivains français, ou acclimatés en France, avaient recours au roman pour présenter leurs théories et leurs rêves religieux sous une forme à la fois plus séduisante pour le lecteur, et moins dangereuse pour eux. Sans remonter à Thomas

' Cf. leur Déclaration dan.s les ŒÀii'res de Rousseau, I, 354-H.'iS. ^ Cf. IV' Livre d'Emile. Il, 294-296, Essai sur l'origine des laiiffues. I, 370-371, et, ici-même, dans la Professii»!. p. 37 de cette édition, et note 6.

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