‹ La "Profession de foi du vicaire savoyard"Chapitre 9 sur 176 · PREMIERES ESQUISSES DE LA « PROFESSION » XIX · texte numérisé non relu

PREMIERES ESQUISSES DE LA « PROFESSION » XIX

parler complaisamment les personnages de son imagination, a voulu surtout soulager son cœur et se révéler lui-même. Et. par exemple, dans les discours — les longs discours — de .lulie mourante, il v a bien peu d'affirmations qu'il n'eût pas cru pouvoir prendre à son compte : profession de foi, d'un rationalisme moins agressif peut-être que celle du Mcaire, dune piété plus attendrie, mais dont la substance reste identique. C'est, d'ailleurs, ce que Rousseau reconnaissait lui-même ^ : « On trouve, dans VÈiiii/e. la profession de foi d'un prêtre catholique, et. dans VHéloïse. celle dune femme dévote. Ces deux pièces s'accordent assez pour qu'on puisse expliquer l'une par l'autre »; et, plus explicitement encore dans les Confessions : « La profession de foi de cette Héloi'se mourante est exactement la même que celle du \'icaire savovard » '-.

Enfin, dans la Lettre à lïAlemberl. — dans cette espèce d'intermède, tout pénétré de l'esprit de la Xouvelle Héloïse, et. en quelque sorte, fragment anticipé de l'œuvre qui s'achevait — il avait pris prétexte du Christianisme des pasteurs de Genève pour faire, en son nom personnel, une déclaration de sa foi : « Les dix ou douze premières pages, écrit-il ^, contiennent sans détour, directement et sous mon nom, des sentiments du moins aussi hardis et aussi durement énoncés » que les plus audacieux de VHéloïse. et. il aurait pu ajouter, de l'Emile.

Ces différents morceaux, dit-il encore *. « respirent les mêmes maximes» et les présentent sans plus de « réserve». Leur accord est d'autant moins surprenant que je les crois contemporains, ainsi que j'essaierai de le prouver plus loin. .Mais la multiplicité même de ces démonstrations simultanées suppose un besoin profond. On vient de voir que ce besoin le travaillait depuis fort longtemps. Ainsi, quand en 1762, par la bouche de son Vicaire, il exposa publiquement ce qu'il pensait et ce qu'il était décidé à penser désormais « sur le sort de l'homme et sur le vrai prix de la vie », il répondait à une exigence essentielle de son âme, et il exécutait un dessein, dont il avait, bien des fois déjà, tenté la réalisation fragmentaire. \'ovons maintenant comment il l'exécuta.

' Letlre.'i de ta MunlJ^ne, III, I23. Cf. encore /d., 173, Lettre à .U. de BeiTiiiiinnl, 111. 63.

' VIll, 290.

■' Observations sur tes retrancliements que .\t. de Mateslierbes l'uutait qu'on fil à la « Xouvetle Hétoïse », \', 8S.

■• Lettre à .\l. de Beaumont. 111. Ii2-b3.

XX INTRODUCTION

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