I -' t C, D : mystères
' Cl. IV' Livre d'Emile, II, 182 : « Ce que Dieu veut qu'un homme fasse, il ne le lui fait pas dire par un autre homme, il le dit lui-même, il l'écrit au fond de son cicur »; el Le Militaire philosophe, S. [i3o'"»], 91 : « Dieu ne dicte point de livres; il parlerait immédiatement aux cœurs des hommes, s'il avait des ordres à leur donner ».
- Rousseau pose le problème de la Révélation, comme il l'avait vu faire dans ses livres familiers par les croyants ou les déistes: cf. Pluche, Spectacle de la .\'ature [137], VIII, Première Partie : « Discours préliminaire sur la nécessité d'une Révélation », p. 14: «Question légitime : Dieu a toujours montré sa présence et ses intentions par le spectacle de l'univers, par les sentiments de la conscience et par les instructions traditionnellement transmises des premiers hommes aux races suivantes : a-t-il ajouté à cette révélation primitive une nouvelle manifestation qui nous instruise précisément de ses volontés et qui nous conduise au salut »? Dans une direction opposée, il pouvait lire chez Vernet, Vérité de la Religion, I. i [162], 1, 12, la question du déiste Uriel Acosta : « Que ne s'en tient-on à la Loi Naturelle, qui est commune à tous les hommes..., au lieu d'y ajouter de nouvelles doctrines, qui, dans ce qu'elles ont de bon, ne nous enseignent rien que la raison ne dicte également, et qui, par des additions mauvaises ou superflues, ne font que donner lieu à des contestations infinies »? etc.
' Lui-même avait déjà dit, avec moins de confiance dans « la loi naturelle », mais avec le même sentiment <à l'égard des révélations. I" Contrat Social [3g], 25i : « Si les notions du grand Être et de la loi naturelle étaient innées dans tous les c.eurs. ce fut un soin bien superflu d'enseigner expressément Tune et l'autre; c'était nous apprendre ce que nous savions déjà, et la manière dont on s'y est pris eût été bien plus propre à nous les -faire oublier. Si elles ne l'étaient pas. tous ceux à qui Dieu ne les a point données, sont dispensés de les savoir; dès qu'il a fallu pour cela des instructions particulières, chaque peuple a les siennes, qu'on lui prouve être les seules bonnes, et d'où dérivent plus souvent le carnage et les meurtres que la concorde et la paix ». Pourtant, quelques pages plus loin, dans ce même Contrat Social [3<f. 280. et 111, 32y, il protestait contre « l'orgueilleuse philosophie ou l'aveugle esprit de parti », qui ne voient dans les fondateurs de religions que « d'heureux imposteurs » : c(. encore Lettre à M. de Beaumont, III, 94.
3o8 RÉDACTIONS MANUSCRITES
On me dit qu'il faloit une révélation pour apprendre aux hommes la manière dont Dieu vouloit être servi, on ^ allègue (?) ('pour) preuve la (^multitude) * de cultes ^ différens et bizarres qu'ils ont institués : et l'on ne \oit pas que cette di\ersité même « vient » de « •> la fantaisie des» révélations (et que) dès que les peuples se sont avisés de faire parler ' les Dieux «chacun « ^ les a fait parler à sa » (i° fantaisie) «et » "leur a fait dire ce qu'il a voulu. Si l'on n'eut '^ écouté que ce que Dieu dit au cœur de l'homme il n'A" auroit fjamais euj qu'une religion sur la terre.
i [!' Si Dieu daigne parler aux hommes c'est pour leur apprendre la vérité. La révélation ('^ lui sert de preuve) Mais s'il îaut prouver la révélation même (^^ de) quoi sert elle. C'est [ce me semble] une grande preuve contre une révélation qu'elle ait besoin d'être prouvée].
Il faloit un culte uniforme i« cela peut être. Mais "il ne îaut pas confondre la Religion avec le cérémonial de la Religion. Le culte que Dieu demande est celui du cœur et celui la quand il est
' B. assigne.
' [en].
^ [diversité].
■' (bi zarbb).
•' B. < différens et >.
" [(celle des)].
' B. Dieu.
" (ils leur ont fait dire).
'" [mode].
" B. lui.
" (été).
" (L'utilité Quand).
" [supplée aux preuves].
'" B. je le veux bien. Mais ne confondons pas le cérémonial de la Religion avec la Religion. Le culte.
" M. [ce point étoil-il donc si important qu'il falul tout l'appareil de la puissance divine pour l'établir?] ne confondons pas.
t Ce petit paragraphe est écrit en marge du précédent, mais aucun signe n indique qu'il doive se placer ici. Il n'est, d'ailleurs, pas barré, ce qui montre que Rousseau, après l'avoir rédigé et même corrigé, ne l'a pas pris ; cf., plus haut, /" 164 ™.
On me dit qu'il falloit une révélation pour apprendre aux hommes la I manière dont Dieu vouloit être servi ; on assigne en preuve la [i^i] diversité des cultes bizarres qu'ils ont institués i; & l'on ne voit pas que cette diversité même vient de la fantaisie des révélations. Dès que les peuples se sont avisés de faire parler Dieu, chacun i"a fait parler à sa mode, & lui a fait dire ce qu'il a voulu. Si l'on n'eût écoulé que ce que Dieu dit au cœur de l'homme, il n'y auroit jamais eu qu'une religion sur la terre -.
il falloit un culte uniforme: je le veu.\ bien : mais ce point étoit-il donc si important qu'il fallût tout l'appareil de la puissance divine pour l'établir ? Ne confondons point le cérémonial de la religion avec la religion. Le culte que Dieu demande est celui du cœur ^ ; & celui-là, quand il est sincère, est toujours uniforme; c'est avoir une vanité bien
' Il est probable que, parmi tous les apologistes qui ont fait valoir cet argument, Rousseau songe surtout à Bossuet, Histoire universelle. 11, 16 ^88^, 441-442 : « Les nations les plus éclairées et les plus sages... étaient les plus aveugles sur la religion, tant il vrai qu'il faut v être aidé par grâces particulières et sagesse plus qu'humaine ». etc.; cf. encore .\bbadie, Vérité de la Religvm, I, 11, 7. « Où l'on établit la nécessité d'une révélation ajoutée à celle de la nature » '92 , I, 141 ; il y éhumère rapidement toutes les bizarreries immorales des cultes païens, et il conclut : « La religion naturelle n'est pas seulement devenue inutile, mais encore pernicieuse par le mauvais usage que les hommes en ont fait ». Même démonstration dans Vernet, De l'utilité d'une Révélation '162], I, 1-198. Prenant précisément ces pages de Vernet comme point de départ, Formev, dans son Essai sur la nécessité d'une Révélation '211 •>■»], II, 29^ sqq, reproduit à son tour l'argument traditionnel : et. comme Rousseau, et pour les mêmes raisons, il refuse de s'en contenter : « Tous les peuples privés du flambeau de la
Révélation étaient ou sont encore dans l'égarement Donc il fallait une Révélation.
Je ne suis pas encore convaincu de la justesse de la conséquence... Si la Révélation
était d'une nécessité indispensable, c'est sans doute parce que sans elle, tous les
hommes étaient éternellement malheureux ; mais pensez à ce que vous affirmez et voyez ce que vous aurez à me répondre. Dieu est le père commun de tous les hommes : ils ont tous avec lui la même relation que j'appelle primitive et essentielle », etc. (2g5-2g6). El l'argumentation se poursuit dans un sens très voisin de celui de Rousseau : cf., plus loin, la note 2 de la p. 169. Il est d'autant plus piquant de le constater que Formev deviendra quelques années plus tard l'auteur de VÉmile Chrétien : c(. Introduction, II' Partie, chap. 11, j 3.
' Cf. Toussaint, Les'ilceurs, I, m, 2 [184, 64-65 : « Qu'on me donne des hommes sortant des mains de la nature... : qu'on les assemble de tous les coins de la terre pour conférer en commun sur l'hommage qu'on doit à Dieu : cette unité si désirable de religion reparaîtra bientôt. Leur jugement n'étant point encore dépravé par l'aveugle prévention, mais éclairé par les pures lumières de la raison, ou ils rejetteront tous les cultes établis, ou, s'il en est un qui mérite d'être affermi sur les ruines des autres, ce sera celui-là qu'ils choisiront unanimement ».
• Puisque Rousseau a relu très soigneusement Charron pour écrire cette Seconde Partie \c(., plus loin, pp. i36-i37 et notesl, on peut rapprocher de ces considérations le passage suivant de La Sagesse. II. v. 20-21 [77 A], 365-366: « Il faut le servir de cœur
3IO REDACTIONS MANUSCRITES
sincère est toujours uniforme, mais ' il faut (- être d')une \anité * bien (* aveugle) et bien '■ imbecille pour s'imaginer que Dieu prenne un grand intérest "à la forme de l'iiabit du prêtre 'et au geste qu'il fait à l'autel '. Dieu veut être adoré en esprit et en vérité. Ce devoir est de toutes les religions de tous les pays de tous les '■' hommes. Quant au culte extérieur ^" il doit être uniforme ('' il est vrai) ; '- mais c'est au gouvernement à le prescrire, c'est '■' une affaire de pure police il ne faut point de révélation pour cela.
' M. comment peut on croire que Dieu prenne.
-' [avoir].
' B. < bien étrange et >.
* [étrange].
^ I. stupide.
" M. au choix des alimens qu'on mange, à la forme.
■ B. [à l'ordre des mots qu'il prononce] (et) au.\ gestes. — M. < à l'ordre des mots qu'il prononce > au-v gestes. — I. (et) aux ge^es.
" B. [et à toutes ses génuflexions. Eh I mon ami, reste de toute ta hauteur, tu sera toujours assés près de terre]. — M. < et à toutes ses... assés près de terre >. — I. [et à toutes ses... assés près de terre].
" (cuit ES).
'" B. (s'il).
" [pour le bon ordre].
'- B. < mais c'est au gouvernement à le prescrire >.
" B. purement une affaire de police.
toile, de s'imaj;iner que Dieu prenne un si grand intérêt à | la forme de l13P] l'habit du Prêtre, à l'ordre des mots qu'il prononce, aux gestes qu'il fait à l'autel, & à toutes ses génuflexions '. Eh! mon ami, reste de toute ta hauteur, tu seras toujours assez près de terre. Dieu veut être adoré en esprit & en vérité - : ce devoir est de toutes les religions, de tous les pays, de tous les hommes. Quant au culte extérieur, s'il doit être uniforme pour le bon ordre, c'est purement une affaire de police ^; il ne faut point de révélation pour cela.
et d'esprii... L'otVrandc plaisante à sa .Majesté, c'est un cctur net, franc et humilié
1,'homme saf^c est un vrai sacrificateur du grand Dieu, son esprit est son temple,... son
plus grand et solennel sacrifice, c'est l'imiter, le servir Ne faut toutefois mépriser
et dédaigner le service e.xtérieur et public, ... et toujours avec cette pensée que Dieu veut être servi d'esprit ». Cf. encore Tyssol de Patot [iiij, 426 : « Le culte n'est plus attaché à un endroit particulier, ce n'est plus sur une montagne ou dans Jérusalem que l'on adore ; Dieu ne se pave plus de sang de génisse ou de contorsions de corps ; mon fils, nous crie-t-il, donne moi ton cœur».
' Cf. Chubb, Supplément à la qnestion préliminaire touclianl la religion [i361, 162-163 : «Supposons, par e.xemple, que d'incliner son corps du côté de l'orient, ou de fléchir les genou.\ devant une image soient des actes qui en eux-mêmes ne sont des marques naturelles ni de respect, ni de mépris, et qu'il n'y eut probablement aucune suite fâcheuse à craindre en pratiquant l'un plutôt que l'autre. Supposons encore que Dieu, par un effet de sa bonté, pour prévenir toute dispute et entretenir l'union parmi les hommes, interposât son autorité et déclarât qu'il veut que ses créatures exercent dans le culte religieux qu'elles lui rendent l'un ou l'autre des actes ci-dessus rapportés, dans ce cas, la question est de savoir, s'il y a une convenance morale que nous obéissions à un tel commandement ou s'il n'y en a pas. S'il y a de la convenance, cela convient à la définition que j'ai donnée de la véritable religion, savoir qu'elle consiste à faire ce qui est juste et convenable dans la nature des choses ».
- Parole du Christ à la Samaritaine (Jean, IV, 24I, souvent reprise par les théistes : cf. .\bauzit, Réflexions sur l'idolâtrie [5o], 1, 3i : « Les vrais adorateurs que Dieu demande, ce sont ceux qui adorent en esprit et en vérité » : Lettre à une dame de Dijon 'bo\ 1, 20E ; Vernet, Instruction chrétienne, [2i3], II, 3i. Mais c'est surtout chez Toussaint que cette formule évangélique est coinmentée dans le même esprit que par le Vicaire; cf. Les Mœurs, 1, i[i, 1, « Du culte intérieur » [184], 54-55 : « Le culte intérieur réside dans l'âme et c'est le seul qui honore Dieu. 11 est fondé sur l'admiration qu'excite* en nous l'idée de sa grandeur infinie, sur le ressentiment de ses bienfaits et l'aveu de sa souveraineté. Le cœur pénétré de ce sentiment les lui exprime par des extases d'admiration, des saillies d'amour, et des protestations de reconnaissance et de soumission. Voilà le langage du cœur, voilà ses hym.nes, ses prières et ses sacrifices : voilà le culte dont il est. capable, et le seul digne de sa divine iMajesté. C'est aussi celui que voulait rétablir dans le monde, le destructeur des cérémonies judaïques, comme il parait par cette belle réponse qu'il fit à une femme samaritaine, lorsqu'elle lui demanda si c'était sur la montagne de Sion ou sur celle de Sémeron qu'il fallait adorer : Le temps vient, lui dit-il, que les vrais adorateurs adoreront en esprit et en vérité. C'est ainsi qu'avaient adoré les premiers pères du genre humain ». Le rapprochement avait été déjà fait par Cajot, Plagiats de J. J. Rousseau [247], 285.
' Cette dernière maxime ne surprend pas chez l'auteur du Contrat Social : mais il ne faudrait pas confondre ce « culte extérieur ». ce « cérémonial de la religion ». avec la « religion civile » : cf. 111, 388-389.
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