Critique de l'idée de révélation
Je ne commençai ' point par toutes ces reflexions. Entrainé par les préjugés de l'éducation et par ce dangereux amour propre qui veut toujours (2 élever) l'homme (^ en) dessus de ('sa nature), ne pouvant élever mes foibles ^conceptions jusqu'à "l'être suprême je m'etTorçois fo 168 ^° de le il ('îaire descendre) jusqu'à moi ("et non content '^ des relations qui sonf^ « entre » sa nature et la mienne "^ je cherchois des moyens extraordinaires pour atteindre «jusqu'à» lui, (''pour le mieux connoitre) je voulois des communications plus (^^ particulières) des instructions plus ('■■' immédiates), ['' et non content de faire dieu semblable à l'homme] ^^pour être privilégié « '" même » ("dans mon espèce), je voulois 1* des lumières surnaturelles, je voulois un culte exclusif, je voulois \« '"que Dieu »] m'eut dit ce qu'il n'avoit pas dit à d'autres ou ce que d'autres n' -'» avoient pas entendu (-'si bien que) moi.
' B. (point) [pas].
^ [porter].
' [au].
■* [lui même].
•'' I. (contemplations) [conceptions].
" B. (1") [au grand] Etre (suprême).
' [rabbaisser].
' (je) [de raprocher les raports éloignés qu'il a mis]. — B. Je rapprochois les rapports infiniment éloignés qu'il a mis.
" [(des raports)].
'" [(je voulois raprocher ces raports)]. — B. < je cherchois des... jusqu'à lui >.
" [(et ne pouvant m')].
'- [immédiates].
" [particulières].
■'' (ne POUVANT?... faute de pouvoir (m'élever) [atteindre] à la divinité, je l'aurois volontiers... non content de rapprocher (la divinité de) à l'état d'homme la divinité (et)). — M. < et non content de faire Dieu... un culte exclusif >.
'^ (et).
"'■ B. moi-même.
" [« parmi » mes semblables].
'" (savoir d'elle).
'■■' [(qu'il)].
-" B. auroient.
-' [comme].
I 2. Critique de l'idée de révélation.
Je ne commençai pas par toutes ces réflexions. Entraîné par les préjugés de l'éducation, & par ce dangereux amour-propre qui veut toujours porter l'homme au-dessus de sa sphère, ne pouvant élever mes foibles conceptions jusqu'au grand Etre, je m'efforçois de le rabaisser jusqu'à moi '. Je rapprochois les rapports infiniment éloignés, qu'il a mis entre sa nature & la | mienne. Je voulois des communications plus [136] immédiates, des instructions plus particulières : & non content de faire Dieu semblable à l'homme: pour être privilégié moi-même parmi mes semblables, je voulois des lumières surnaturelles; je voulois un culte e.xclusif ; je voulois que Dieu m'eût dit ce qu'il n'avoit pas dit à d'autres, ou ce que d'autres n'auroient pas entendu comme moi ^.
' Cf. .Montaigne. Essais. Il, 12 [76], II, 241-242 : « Qu'est-il plus vain que de vouloir deviner Dieu par nos analogies et conjectures?... et, parce que nous ne pouvons étendre notre vue jusques en son glorieux siège, l'avoir ramené ça-bàs a notre corruption et à nos misères » ?
' Je croirais volontiers que Rousseau ne reconstitue pas artificiellement un étal d'esprit qu'il n'aurait point connu, mais qu'il parle ici sur des impressions personnelles. Tout ceci va rejoindre, à quelques pages d'intervalle (p. 141), le mot fameux : «Que d'hommes entre Dieu et moi » !
314 REDACTIONS MANUSCRITES
1 Regardant le point où j'étois {- parvenu) comme le point commun d'où ^ partoient tous les * hommes pour « '^parvenir » à un culte plus éclairé '^ les dogmes de la religion naturelle (ne me sembloient) que les ' élemens de toute Religion. Je considerois cette di\ersité de sectes qui régnent sur la terre [et qui s'accusent mutuellement de mensonge et d' ^aveuglement (et) je (me) demandois quelle est la bonne. Chacun me répondoit c'est la mienne [chacun disoit] moi seul et mes partisans pensons juste tous les autres sont dans l'erreur. Et comment sa\'ez-\ous que vôtre secte est la bonne. Parce que " j'y suis né. Mon (^^ père) me dit d'ainsi croire et ainsi je crois, il m' '' a dit que tous ceux qui (vous) disent autrement que '- nous mentent, et je ne les écoute pas *. f Quoi " disois-je la '* vérité n'est elle pas une, ^^ ce qui
B, F 167 '° * Tous, l'^dit '" un ("'sagei et ('^ vertueux) Prêtre (catholique romain), disent qu'ils la tiennent et la crovent (et tous usent de ce jargon.) que non des lionunes. ne d'aucune créature, ains de Dieu.
Mais à dire vrai sans rien flatter ni déguiser il n'en est rien : elles
' iJe ne).
- [arrivé]. — B. (arrivé) [parvenu].
' B. parl(eni) parl[oient].
•■ B. croyans.
' B. arriver [(parvenir)].
" [et (ne trouvant dans) je ne trouvois dans]. ' B. (dogmes) [élemens].
' B. d'erreur.
'•' B. Dieu l'a dit. Et qui vous dit que Dieu l'a dit. Mon Pasteur. Mon Pasteur me dit d'ainsi croire.
'» [Pasteur].
" B. assure que.
'■-' B. lui.
'•' B. pensois-je.
" (re i.igion).
'^ B. et ce.
"■' M. disoit.
'" (le S aoe).
" [(savant)].
" [(pieu.v) sage et bon].
t L'astérisque et la note qu'il amorce ne se trouvent pas dans F.
Regardant le point où j étois parvenu comme le point commun d'où partoient tous les croyans pour arriver à un culte plus éclairé, je ne trou vois dans la (=>) religion naturelle que les élémens de toute religion. Je considerois cette diversité de sectes qui régnent sur la terre, &. qui s'accusent mutuellement de mensonge & d'erreur; je demandois, quelle est la bonne-- Chacun me répondoit. c'est la mienne 1'')*: i chacun [127]
Tous, dit un bon & sage Prêtre -, disent qu'ils | là tiennent & la croient, (K 137]
tous usent de ce jargon,) que non des hommes, ne d'aucune créature, ains de Dieu.
Mais à dire vrai sans rien flatter ni déguiser, il n'en est rien, elles sont, quoiqu'on die, tenues par mains & moyens humains: tesmoin premièrement la manière que les Religions ont été reçues au monde. & sont encore tous les /ours par les particuliers : la nation, le pays, le lieu donne la Religion : l'on est de celle que le lieu auquel on est né & élei'é tient : nous .sommes circoncis, baptisés, .lui/s, Mahometans. Chrestiens, avant que nous sachions que nous sommes hommes, la Religion n'est pas de notre choix & élection: tesmoin après la vie & les mœurs si mal accordantes avec la Religion: tesmoin que par occasions humaines & bien légères, l'on va contre la teneur de sa Religion. Charron, de la sagesse. L. II. Chap. 5. p. 257. Edition de Bordeaux 1601 '.
Il V a grande apparence que la sincère profession de foi du vertueux Théologal de Condom. n'eût pas été fort différente de celle du Vicaire Savoyard.
a j C D : lians tes dogmes de la rétigion [D : religinn^, naturetle.
ti) Dans C et D, la noie n'est pas suspendue à ce mot. Elle est reportée deux lignes plus loin, après ; Parce que Dieu la dU *.
' Rousseau avait d"abord écrit : « Prêtre catholique romain » ; et tes épithètes supprimées nous donnent les motifs de cette citation. Rousseau aurait pu trouver dans .Montaigne, qui lui était si familier, les mêmes idées exprimées sous une forme plus vive: cf. Essais, II, 12 [76], II, 149 : « Nous ne recevons notre religion qu'à nc^re façon et par nos mains, et non autrement que comme les autres religions se reçoivent,... nous nous sommes rencontrés au pays où elle était en usage... Lne autre région, d'autres témoins, pareilles promesses et menaces nous pourraient imprimer par même voie une croyance contraire. Nous sommes chrétiens au même titre que nous sommes ou périgourdins ou allemands » : mais il a préféré emprunter un texte à Charron, parce que Charron était prêtre catholique, et qu'il pouvait apparaître ainsi comme un ancêtre authentique du Vicaire.
' Rousseau renvoie à l'édition originale : et cette précision est intéressante, parce qu'elle montre avec quel soin il avait fait ses lectures. Le fait mérite d'autant plus d'être noté que Rousseau possédait un exemplaire de La Sagesse, édition de Rouen. 1618. qui lui avait été donné par la marquise de Créqui, et sur lequel il avait même écrit quelques remarques, exemplaire qui se trouve aujourd'hui à la Bibliothèque Nationale ^•78; mais cette édition reproduisait le texte adouci par Charron, et précisément 'e passage que Rousseau désirait citer en avait disparu; d'où la nécessité de se reporter à l'édition originale. — On remarquera que Rousseau a scrupuleusement conservé la faute d'impression de l'édition originale, et transcrit : p. 25 j. au lieu de 557.
3l6 RÉDACTIONS MANUSCRITES
est vrai ' dans un pays peut il être faux ^ dans un autre. Si la méthode de celui qui « ^ suit » la bonne route [■* et celle de] celui qui s'égare est la même ^quel mérite '^a l'un de plus que l'autre leur choix est l'effet du hazard le leur imputer est ' une injustice c'est récompenser ^ ou punir pour être né dans « " tel » ou dans « tel pays '" »
sont quoi qu'on die tenues pj}' mains et moyens humains : té' s^moin premièrement la manière que les Religions ont ètè receues au monde et '^ sont encore[s] tous les jours par les particuliers : la nation, le pavs. le lieu donne la religion : l'on est de celle ^- que le lieu auquel Von est né "et e sjevè tient : nous somme circoncis, babtisés, Juifs, mahiimetans, chrestiens, avant que nous sachions que nous sommes hommes : la religion n'est pas de « notre » choix et élection, tesmoin après, la vie et les mœurs si mal accordantes avec la religion, tesmoin que par occasions humaines '* et bien légères, l'on va contre la teneur de sa religion. Charron: de la Sagesse L. 2. chap. 5. p. 257. '■'' Bordeaux. 1601. Il v a grande apparence que la sincère profession de foy du i^ Théologal {" Charroni n'eut pas été fort différente de celle du Vicaire savoyard.
' B. (dans un pays) [chez moi].
^ B. (dans un autre) [chez vous ?].
' (se trompe).
■* (est la même que).
■'' (quelle [leur choi.x est l'effet]).
" B. [ou quel tort] a l'un. — I. [ou quel tort] a l'un. ' B. iniquité ; c'est.
* B. (pou r).
" [(telle)] ou [(telle contrée)]. — B. dans tel (pays plus tôt que dans tel autre) [ou dans tel pays]. -
'" (Cette idée étant injurieuse à la justice (de Dieu) [divine] je la rejette et je dis ou toutes les religions sont bonnes et agréables à Dieu, ou si une seule est la véritable elle a des signes évidens qui la font reconnoitre pour telle). [(Celte idée est trop injurieuse à la justice (de Dieu) [divine] pour qu'on puisse l'adopter sans crime. (Ne blasphémons point) [je croirois blasphémer] contre la justice divine (en croyant) [en adoptant] que s'il est une religion (qu'elle... qu'il) [que Dieu] prescrive à l'homme il a pris soin de la lui rendre)]. " M. (le).
'- I. (à laquelle) [que'.
'^ I. (tient).
'^ M. < et >.
'^ (de l'e dition).
"' M. vertueux.
' ' [de Condom].
disoit, moi seul & mes partisans pensons juste, tous les autres sont dans
l'erreur. Et comment save^-vous que votre secte est la bonne! Parce que
Dieu l'a dit. Kt qui vous dit que Dieu la dit? .Mon Pasteur qui le
sait bien. .Mon Pasteur me dit d'ainsi croire, & ainsi je crois; il m'assure
que tous ceux | qui disent autrement que lui mentent, & je ne les [138]
écoute pas.
Quoi, pensois-je, la vérité n'est-elle pas une, & ce qui est vrai chez moi, peut-il être faux chez vous? si la méthode de celui qui suit la bonne route & celle de celui qui s'égare est la même, quel mérite ou quel tort a l'un de plus que l'autre? Leur choix est l'effet du hazard, le leur imputer est iniquité ; c'est récompenser ou punir, pour être né dans tel ou dans tel pays '. Oser dire que Dieu nous juge ainsi, c'est outrager sa justice.
' Rousseau reprend à son compte l'idée de Charron et de .Montaigne. Il s'en était servi quelques pages avant la Profession, II, 229 : « La foi des enfants et de beaucoup d'hommes est une affaire de géographie », etc.; il y reviendra vers la fin de la Profession, pp. 184, iqS-igô. 11 l'avait déjà présentée sous une forme dramatique dans son petit conte de la Reine fantasque, qui avait paru en 1738 (cf. Journal encyclopédique du i5 Juin 1758 [46, 1 10-1191, XII. 268 : « Je sais bien que les lois de la géographie, qui règlent toutes les religions du monde, veulent que les deux nouveaux-nés soient musulmans ». etc. L'idée était, d'ailleurs, devenue banale dans la discussion « philosophique »; cf., par exemple. Le Militaire philosophe j3o''''], 56-57, 85, ii5 : *Je suis né à Paris, fe suis papiste...; si j'étais né à Constantinople, je parlerais turc, je serais mahométan », etc. ; Voltaire, Religion naturelle. Il 1^22 1], 449 :
Il agit en machine, et c'est par sa nourrice Qu'il est juif ou païen, fidèle ou musulman.
3l8 RÉDACTIONS MANUSCRITES
('Ce n'est pas ainsi que) Dieu nous ju^e (-je croirois) ^blasphémer contre sa justice, f
Ou toutes les Religions sont bonnes et agréables à Dieu ou s'il en est une (seule)} qu'il prescrive aux hommes et qu'il les punisse de méconnoitre, il lui a donné des signes certains et manifestes pour être distinguée et * reconnue pour la seule \éritable. Ces signes (5 doivent être) de tous les tems et de tous les ('^ pays) ' également sensibles ** à tous les hommes "grands et petits, savans et ignorans, Européens] Indiens ('"américains) sauvages. S'il î'^étoit] une religion sur la terre ('-dans laquelle on n^putj dire hors de l'Eglise point de salut) et qu'[en quelque lieu du mondei un seul mortel de bonne foi n'eut pas été frapé de son évidence le Dieu de cette Religion seroit le plus inique et le plus cruel **de tous les tirans.
I Cherchons nous donc sincèrement la véritéj. Ne donnons (donc) rien '-'^au droit de la naissance à l'autorité des '"pères et des
■ [(penser que c'est ainsi) oser dire que].
- [ainsi c'est].
" B. (blasphémer contre) [outrager]. — I. i blasphémer contre) [outrager].
* B. connue.
^ [sont].
'^ [lieux].
' (dans les).
" (et dans).
'■' ([euro pÉENs] indiens, am éricains).
'" [africains].
>' (est).
'- [hors de laquelle il n'y eut que peine(s) éternellels)].
" (puisse).
" B. (de toutes les) [des]. — M. de tous les.
'■' I. (à l'autorité) [au droit].
"■' M. Pasteurs et des Pérès.
t Ici, en marge, deux réflexions indépendantes, qui interrompent le développement et qui seront utilisées plus loin : Mais il me faut des raisons pour soumettre ma raison. — Mais le livre de la nature est ouvert à tous les hommes. Ils n'ont pas peur qu'il les trompe, ils n'ont pas besoin de le vérifier.
Ou toutes les religions sont bonnes & agréables à Dieu. ou. s"il en est une qu'il prescrive au.v hommes. & qu'il les punisse de méconnoître, il lui a donné des signes certains & manifestes pour être distinguée & connue pour la seule véritable. Ces signes sont de tous les tems & de tous les lieux, également sensibles à tous les hommes, | grands & petits, [139] savans & ignorans. Européens, Indiens, .\friquains. Sauvages '. S'il étoit une religion sur la terre hors de laquelle il n'y eût que peine éternelle, & qu'en quelque lieu du monde un seul mortel de bonne-foi n'eût pas été frappé de son évidence, le Dieu cette religion seroit le plus inique & le plus cruel des tirans - i^).
Cherchons-nous donc sincèrement la vérité? Ne donnons rien au droit de la naissance & à l'autorité des pères «S: des pasteurs, mais rappelions à l'examen de la conscience & de la raison tout ce qu'ils nous ont appris dès notre enfance -^ Ils ont beau me crier, soumets ta raison :
l'I C, D : tyrans.
• Cf. Chubb, Question préliminaire touchant la Religion j36], 125-126: « La véritable Religion est la même dans tous les âges, dans tous les pays et dans tous les mondes, s'il m'est permis de parler ainsi: car si les planètes sont habitées pir des créatures semblables à nous, leur Religion doit par conséquent être la même que la nôtre, la convenance morale des choses étant la même dans tous les lieux et dans tous les temps » : Examen de la Religion du pseudo-Saint-Évremond [lyS], i 12-1 i3 : « Si Dieu avait exigé de nous un culte particulier, dont il voulut être honoré, il l'aurait révélé dès le commencement»: Le Militaire philosophe. Il [iSo*"'»], 48 : « Si la Religion est faite pour tous les hommes, elle est nécessaire à chaque individu ; les preuves qui en établissent la vérité doivent donc être à la portée des simples », etc.
' Cf. D'Espiard de la Cour, Pensées philologiques [188], 101-102 : « S'il n'y avait qu'une Religion dans le monde, celui qui y serait réfractaire, n'aurait rien à opposer pour sa justification ; mais, lorsqu'il voit les continuelles contradictions des hommes, n'est-il pas en droit de dire : quoiqu'il en soit, la plus grande partie se trompe ? Qui pourra m'enseigner ceux qui se trompent le moins ? Qui pourra même ni'assurer que tous ne soient pas dans l'erreur? S'il n'v avait qu'une Religion, je n'hésiterais pas à la suivre : ce serait une marque visible que Dieu l'aurait gravée dans le cœur de l'homme; mais, puisqu'il v en a mille, je suis en droit de douter qu'il y en ait une de véritable. Dieu est trop juste pour faire naître des hommes dans une religion fausse, qu'ils ne seront plus les maîtres de quitter lorsqu'elle aura pris racine dans leurs cœurs par la force de l'éducation et des préjugés, et pour ensuite les punir de ce qu'ils auront vécu conformément à cette Religion, que pendant leurs vies ils ont cru la seule véritable ».
^ Cf.' Le Mililaire philosophe, V "i3o*''«], 6.4 : < S'e donnons rien a l'autorité de
* maîtres mais (- soumetons) à l'examen de la conscience et de la raison tout ce qu'ils nous ont appris des nôtre enfance. Ils ont beau ('nous) (* dire) soumets ta raison; autant m'en peut dire celui qui me trompe, il me faut des raisons pour soumettre ma raison.
Toute la théologie que je puis acquérir de moi-même par l'inspection de l'univers et 'pari le bon usage de mes facultés se borne à ce que je vous ai ci-devant ^exposé. Pour en savoir davantage il faut recourir à des [*^ moyens] extraordinaires. Ces moyens ne saujo igg vo pQJgp,^ Il gtpe l'autorité des hommes. Car t(tous)j « ' les » hommes [n']étant « * pas » d'une autre espèce que moi ; tout ce qu'un homme connoit "naturellement je puis "> aussi le connoitre. ^^ Un autre homme peut se tromper '-aussi bien que moi. Quand je crois ce qu'il dit, 1' ce n'est pas parce qu'il le dit mais parce qu'il le prouve. »* Le « témoignage » des [''•autres] hommes '* n'est donc au fond que celui de ma raison [même] et n'ajoute rien aux moyens naturels que Dieu m'a donnés de ("connoitre) la vérité.
[Apôtre de la véritéj ("^que) vous (reste-t-il) donc à me dire **. Dieu lui-même a parlé. (^''Voili) sa révélation. C'est autre chose. Dieu a parlé. \'oila certes un grand mot. Et à qui a-t-il parlé? Il a
' B. (mailres) [Pasteurs].
- [rapellons].
^ [me].
^ [crier].
•'' M. expliqué. — I. (exprimé) [expliqué].
" (voyes).
' [(!'... nul homme)]. — B. nul homme,
' (de mon). — B. < pas >.
' (je).
'" M. le connoitre aussi. — I. (le) aussi le connoitre.
" B. [et].
'- M. ainsi que moi.
'^ M. (mais).
" L(Au)].
" B. < autres >.
" (se raportant a).
'" [découvrir]. ^ M. connoitre.
'" B. [Qu'avez].
"' B. dont je ne reste pas le juge .''
-" [Ecoutés]..
autant m'en peut dire celui qui me trompe ; il me faut des raisons pour soumettre ma raison *.
Toute la théologie que je puis acquérir de moi-même par l'inspection ^ de l'univers, & par le bon usage de mes facultés, se borne à ce que je vous ai | ci-devant expliqué. Pour en savoir davantage, il faut ^140] recourir à des moyens extraordinaires. Ces rfloyens ne sauroient être l'autorité des hommes : car nul homme n'étant d'une autre espèce que moi. tout ce qu'un homme connoit naturellement, je puis aussi le connoître, & un autre homme peut se tromper aussi bien que moi : quand je crois ce qu'il dit, ce n'est pas parce qu'il le dit, mais parce qu'il le prouve. Le témoignage des hommes n'est donc au fond que celui de ma raison-mème, & n'ajoute rien 'aux movens naturels que Dieu m'a donnés de connoître la vérité.
Apôtre de la vérité, qu'avez-vous donc à me dire dont je ne reste pas le juge? Dieu lui-même a parlé; écoutez sa révélation. C'est autre chose. Dieu a parlé ! voilà certe un grand mot '. Et à qui a-t-il parlé? Il a
ceux qui proposent la question ; renonçons à toute espèce d'opiniâtreté, formons la résolution de nous rendre aux raisons claires et évidentes, de recevoir les conséquences justement tirées des premiers principes, des vérités métaphysiques, en un mot de ces vérités distinctes, qui emportent notre assentiment malgré nous, et que tous les hommes voient également en quelque pays et en quelque temps que ce soit ».
* Cf. Examen de la Religion jjS], 20-22 : « Si Dieu veut que je l'honore d'un
culte particulier, il est de sa bonté et de sa justice de me le manifester clairement
Les preuves de la Religion doivent être claires, parce que nous avons une raison, qui, nous venant de Dieu, ne saurait être mauvaise. Or cette raison, s'opposant à ce que les hommes nous disent de la Religion, nous ne devons pas étouftér cette lumière sur de simples probabilités. Ce serait faire un très mauvais usage du plus précieux don que Dieu a fait à l'homme; il faut des preuves certaines, exemptes de toute contradiction pour soumettre une lumière qui nous vient de Dieu et qui est si uniforme dans tous les hommes. La vérité est exempte de toute contradiction ». Rousseau possédait une copie de Y Examen de la Religion : cf., à la Bibliographie, les n" 7 et ij3. Il se proposait de le « réfuter» ; c'est, en effet, ce qu'il fera plus loin : cf. p. 179 et note 3. Mais on voit qu'il l'a d'abord utilisé. Cf. encore pp. i5o et note 3, 168 et note 1, 170 et note 1, etc.
^ Cet emploi du mot inspection au sens de contemplation réfléchie et raisonnante, aide à mieux comprendre l'emploi singulier que Rousseau a fait plus haut du même mot : Cf. p. 6-) et note 2. Cf. encore, dès 1738, dans sa Réponse au Mémoire anonyme sur la sphéricité de la terre, XII, 309 : « Pour ce qui est de l'inspection de la lune, il est bien vrai qu'elle nous parait sphérique ».
' Examen de la Religion [ijS], i5 : « Toutes les questions de la Religion se réduisent à celle-ci : savoir si Dieu a parlé, et quelles sont les vérités qu'il a révélées ».
322 REDACTIONS MANUSCRITES
parlé aux hommes. Pourquoi donc n'en ai-je rien entendu?'' Il a chargé d'autres hommes de \ous rendre sa parole. J'entens; ce sont des hommes qui vont me dire ce que Dieu a dit. J'aimerois mieux avoir entendu Dieu lui-même. Il ne lui en auroit pas coûté davantage et j'aurois été à l'abri de la séduction. Il vous en garantit en ' autorisant la mission de ses envoyés. (Comment cela| ? par des (■- miracles, '^ par des prophéties). ^ Je n"'ai jamais (^ vu) de prophéties, je n'ai jamais vu de miracles. D'autres hommes en ont été témoins pour vous et l'attestent, f Quoi (''encore) des [témoignages humains (' encore) des] hommes qui me raportent ^ que d'autres hommes ont rapporté (la parole de Dieu). Que d'hommes entre Dieu et moi ! Vovons [toutefois], examinons, ''vérifions. O si Dieu eut daigné '" me dispenser de tout ce travail l'en aurois-je servi de moins bon cœur. Considérez, mon ami, dans quelle " affreuse discussion *- me voila engagé de quelle ^-^ érudition j'ai besoin pour [remonter dans les plus hautes antiquités (et) pourj examiner '■' les prophéties I'-'' les faits, tousl les monumens "^ de foi '' qu'on me propose
' B. (autorisanti [manifestant].
- [prodiges ; ces prodiges n'ont pas été faits à mes yeux]. — B. [Et où sont] ces prodiges (n'ont pas été faits à mes yeux. D'autres les ont vu pour vous et) [Dans les livres, et qui a fait ces livres, des hommes. Et qui a vu ces prodiges (d'autres hommes) [des] (peuples) [hommes] qui] les attestent. — M. Des peuples qui les attestent.
^ (Je n'ai).
^ [Qui est-ce qui a].
■'' [entendu].
" [toujours].
' [toujours].
» [ce].
" B. comparons, vérifions.
'" M. m'exempter.
" B. horrible.
''■' B. (nous) [me].
'^ B. immense érudition.
" B. [peser, confronter]. — M. < peser >.
''■ B. [les révélations,].
'" (qu')-
'• B. (qu'on me) propose[s] dans tous les pays du monde.
t fc!. dans le manuscrit, un espace de quelques lignes laissé en blanc.
parlé aux hommes. Pourquoi donc n'en ai- j je rien entendu? Il a chargé [141] d'autres hommes de vous rendre sa parole. J'entends : ce sont des hommes qui vont me dire ce que Dieu a dit. J'aimerois mieu.\ avoir entendu Dieu lui-même; il ne lui en auroit pas coûté davantage, & j'aurois été à l'abri de la séduction. 11 vous en garantit, en manifestant la mission de ses envoyés. Comment cela? Par des prodiges. Et où sont ces prodiges? Dans des livres. Et qui a fait ces livres? Des hommes. Et qui a vu ces prodiges? Des hommes qui les attestent. Quoi ! toujours des témoignages humains? toujours des hommes qui me rapportent ce que d'autres hommes ont rapporté? Que d'hommes entre Dieu & moi ^ ! V'oyons toutefois, examinons, comparons, vérifions. O si Dieu eût daigné me dispenser de tout ce travail, l'en aurois-je servi de moins bo/i cœur ^?
Considérez, mon ami, dans quelle | horrible discussion me voilà [142]
- Parmi les banalités de cette argumentation, dont on a vu que presque toutes les idées se retrouvaient chez les déistes du XVII' et du XVIH' siècle, ce cri d'étonnement ingénu met une note personnelle, où il entre à la fois de l'orgueil rousseauiste et la fière indépendance d'une conscience protestante. L'archevêque de Paris ayant iugé cette « plainte » peu « sensée » (Cf. Mandement, 111. 5i 1, Rousseau la développa avec une véhémence et une naïveté complaisantes, Lettre à .\t. de Beaumont, 111, 100, 101. 106 : « Considérez donc, de grâce, qu'il est tout h fait dans l'ordre que des faits humains soient attestés par des témoignages humains; ils ne peuvent l'être par nulle autre voie : je ne puis savoir que Sparte et Rome ont existé que parce que des auteurs contemporains me le disent: et entre moi et un autre homme qui a vécu loin de moi, il faut nécessairement des intermédiaires. .Mais pourquoi en faut-il entre Dieu et moi ? et pourquoi en faut-il de si éloignés, qui en ont besoin de tant d'autres? Est-il simple, est-il naturel que Dieu ait été chercher .Moïse pour parler à Jean-Jacques Rousseau » ? Quelques lignes après la Profession de foi, il reprenait cette même formule dans un tout autre e.xposé. mais pour affirmer comme ici l'autonomie religieuse et morale de la conscience. 11, 288 : « C'est alors seulement qu'il trouve son véritable intérêt à être bon, à faire le bien loin des regards des hommes et sans y être forcé par les lois, à être juste entre Dieu et lui ». — Comparez, sinon pour le contenu des idées, au moins pour l'accent, qui est le même, cette phrase de Calvin, Institution chrétienne, III, XIX, 16 '74], 693 : «Je suis coupable devant Dieu, comme ayant transgressé ce qu'il m'avait défendu entre lut et moi ». Cf Nouvelle Héloïse (IV, xiiii, IV. 33i : « Mais toi, Julie, ô toi. qui, brûlant d'une flamme pure et fidèle, n'étais coupable qu'aux yeux des hommes et n'avais rien à te reprocher entre le ciel et toi » ; Confessions, VIII, 164: « Dans les choses indifférentes, elle [.M** de Warens] aimait à obéir ; et, s'il ne lui eût pas été permis, prescrit même, de faire gras, elle aurait fait maigre entre Dieu et elle, sans que la prudence eût eu besoin d'y entrer pour rien » ; et 298 : « Rien de grand et de beau ne peut entrer dans un cœur d'homme, dont je ne fusse capable entre le ciel et moi ».
' Comparez avec Le Militaire Philosophe [iSo"»"], i28-i35, chap. XV ; « Des livres, des discours ne sont pas des moyens dont Dieu ait pu se servir pour instruire les hommes », et chap. XVI : « Des religions établies sur des livres et des discours ne viennent point de Dieu ».
[1 pour en assigner les] tems, les lieux, les auteurs, -quelle justesse de critique m'est nécessaire pour [distinguer les pièces authentiques des pièces supposées] ^ comparer les objections aux réponses ["* les traductions aux originaux pour juger de l'impartialité des témoins * de leur lumières] pour savoir si l'on n'a rien ''supprimé, rien changé rien falsifié, ^pour 'résoudre les contradictions qui restent] pour juger quel poids doit avoir le silence des adversaires dans les faits allégués contre eux. Si ces allégations leur ont été connues, s'ils en ont fait assés de cas pour daigner y répondre, si les livres ^ étoient assez communs pour que les nôtres leur parvinssent si nous « ^ avons » [été] d'assés bonne foi pour ("'laisser) cours aux leurs parmi nous '*.
Tous ces monumens reconnus pour '^ incontestable s il faut '^ensuitte ('^ examiner) les preuves de la mission '^ divine de leur auteur il faut "■ connoitre à fond [les loix des sorts les probabilités eventives pour ('' décider) quelle prédiction '* peut s'accomplir
' (de quelle (justesse) [connoissance] de criti que, des langues).
- B. [les occasions!] — I. [les occasions].
■' B. pour (suivre,) comparer.
■* B. [les traductions aux originaux].
^ B. de leur bon sens.
" B. (falsifié) [supprimé rien ajoijté rien transposé! (rien) changé, (rien supprimé) [falsifié]. — M. < rien ajouté >. — I. rien ajouté, [rien transposé,] (rien) changé (rien) falsifié.
■ B. (résoudre) [lever].
* (ont toujours).
" [(étions)].
'" (que) [donner].
" B. [et pour y laisser leurs plus fortes objections tels qu'ils les avoient faites]. — M. parmi nous, etc. < et pour y laisser avoient faites >.
'- incontestable (sic).
" B. passer ensuite aux preuves.
•* [mol illisible].
'■' B. < divine > de leurs auteurs.
"' B. (étudier) [(connoitre) bien savoir] les loix. — M. connoitre les loix.
'■ [juger].
'« B. [ne].
eni,'agé '; de quelle immense érudition jai besoin pour remonter dans les plus hautes antiquités; pour examiner, peser, confronter les prophéties, les révélations, les faits, tous les monumens de foi proposés dans tous les pays du monde; pour en assigner les tems, les lieux, les auteurs, les occasions! Quelle justesse de critique m"est nécessaire pour distinguer les pièces authentiques des pièces supposées; pour comparer les objections aux réponses, les traductions aux originaux; pour juger de l'impartialité des témoins, de leur bon sens, de leurs lumières; pour savoir si l'on n'a rien supprimé, rien ajouté, rien transposé, changé, falsifié: pour lever les contradictions qui restent; pour juger quel poids doit avoir le silence des adversaires dans les faits allégués contre eux; si ces allégations leur ont été connues; s'ils en ont fait assez de cas | pour daigner y répondre; si les livres étoient assez communs pour que les nôtres leur parvinssent; si nous avons été d'assez bonne-foi pour donner cours aux leurs parmi nous, & pour v laisser .leurs plus fortes objections, telles qu'ils les avoient faites '.
Tous ces monumens reconnus pour incontestables, il faut passer ensuite aux preu\es de la mission de leurs auteurs: il faut bien savoir
' L'obiection est présentée de même par Marie Huber, Re/igion essentielle [i5i], I, 69-71. Elle distingue deux méthodes pour arriver à reconnaître la Révélation, l'une, où l'on « supposerait seulement que ce livre pourrait bien être divin dans son origme » et où on « inviterait à en juger par les caractères qu'il porte »; l'autre, où l'on s'attacherait aux preuves traditionnelles, miracles, prédictions, etc. Celui qui adopterait cette dernière méthode, dit Marie Huber, « serait engagé à des discussions sans fin, et ces discussions n'aboutiront jamais à une évidence parfaite. Il faudrait qu'en rétrogradant d'une génération à l'autre, pour arriver jusqu'à ces hommes à qui Dieu a dicté ce Livre, il put s'assurer sans équivoque que nul d'entre eux n'a pu ni tromper ni être trompé lui-même. Si l'on dit que ces hommes inspirés ont prouvé la divinité de leurs écrits par des miracles », etc.. tout le développement continue comme chez Rousseau. — Des deux méthodes indiquées par Marie Huber, Rousseau adoptera la première à la fin de la Profession, quand il mettra en valeur « les caractères de vérité si grands, si frappants, si parfaitement inimitables » de l'Évangile. 11 se rallie ici à la seconde, mais pour en montrer l'insuffisance. C'est, d'ailleurs, à ce point de vue tout extérieur et historique, que se plaçaient les « philosophes » contemporains, pour juger et récuser le Christianisme. Rousseau se séparera d'eux dans son attitude finale, mais il commence par utiliser leur critique.
' Même argumentation chez Diderot; cf. Pensées philosophiques, L.\ [177], ii4 : « Vous présentez à un incrédule un volume d'écrits dont vous prétendez lui démontrer la divinité. Mais avant que d'entrer dans l'examen de vos preuves, il ne manquera
pas de vous questionner sur cette collection. A-t-elle toujours été la même? Sur
quel fondement avez-vous donné la préférence à ce manuscrit? Qui vous a dirigé dans le choix entre tant de copies différentes » ? etc. Cf. encore Meslier [240], 3o2 : « Il faudrait savoir : l'i si ceux que l'on dit être les premiers auteurs de ces narrations e sont véritablement; 2") s'ils étaient gens de probité, dignes de foi, sages et éclairés, et s'ils n'étaient point prévenus en faveur de ceux dont ils parlent si avanta-
sans miracle Me génie de l'éloquence orientale pour (-drcider) ce
qui est ^ une prédiction Idans ces languesj et ce qui n'est ■■ qu'une figure oratoire] Mes loix de la nature pour («examiner) ce qui est prodige ou ce qui n'est pas pour ' dire jusqu'à quel point un homme adroit peut fasciner les veux des simples '*et| jusqu'à quel point il ne le peut plus. Chercher ■* de quelle ("' nature) doit être un prodige et laquelle authenticité il doit avoir ['^- non-seulement] pour être cru mais pour qu'^Ml ne) soit ('* permis a personne de 'Me révoquer en doute) lsa^'oir?| comparer ''Mes preuves des prodiges qu'il faut admettre aux preuves des prodiges qu'il faut rejetter et trouver les régies " à suivre en pareil cas. ['* Dire enfin pourquoi Dieu choisit pour attester sa parole des mo\ens qui ont eux mêmes si grand besoin d'attestation. Comme s'il ('■' étoit bien aise de)
' B. (et quelle ne le peut pas) le génie des [(diverses)] langues (orientales) [originales]. — M. [le génie des langues orientales].
* [distinguer].
■■' B. < une >.
* B. que figure oratoire.
■'' B. [quels faits sont dans] l'ordre de la nature (dans toutes ses loi.x pour décider ce qui est prodige et ce qui ne l'est pas) [et quels autres faits n'y sont pas]. — I. (l'ordre de la nature dans toutes ses combinaisons pour décider ce qui est prodige et ce qui ne l'est pas) [quels faits sont dans l'ordre de la nature. et quels autres n'v sont pas] pour dire.
" [décider].
' B. (savoir) [dire].
* B. (et je) [peut étonner même les gens éclairés] chercher. — M. [peut étonner même les gens éclairés]. — I. (pour) [peut] étonner.
■' (pourquoi les prodiges faits Tquelle authentic né]).
'" [espèce].
" M. quel degré d'authenticité.
'■ B. (pour) non seulement.
'•■• [on].
'^ [punissable d'en douter].
'■'■ [(ne pas)].
'" B. les preuves des vrais et des fau.x prodiges et trouver. — M. les vrais et les faux prodiges.
" B. pour les (distinguer) [discerner]. — I. [sures] pour discerner.
'* B. «. Dire y [(trouver)].
'" [se plaisoit à]. — B. se jouoit de (l'incrédulité) [la crédulité]. — M. l'incrédulité.
les loix des sorts, les probabilités éventives -. pour juger quelle prédiction ne peut s'accomplir sans miracle; le génie des langues originales, pour distinguer ce qui est prédiction dans ces langues, & ce qui n'est que figure oratoire; quels faits sont dans l'ordre de la Nature, & quels autres faits n'y sont pas; pour dire jusqu'à quel point un homme adroit peut fasciner les veux des simples, peut étonner même les gens éclairés; chercher de quelle espèce doit être un prodige | & quelle authenticité il [144] doit avoir, non-seulement pour être cru, mais pour qu'on soit punissable d'en douter: comparer les preuves des vrais & des faux prodiges, & trouver les régies sûres pour les discerner'; dire enfin pourquoi Dieu choisit, pour attester sa parole, des moyens qui ont eux-mêmes si grand besoin d'attestation, comme s'il se jouoit de la crédulité des hommes, & qu'il évitât à dessein les vrais movens de les persuader.
geusement: 3'l s'ils ont bien examiné toutes les circonstances des faits qu'ils rapportent, s'ils les ont bien connues, et s'ils les rapportent bien fidèlement; 4*) si les livres ou les histoires anciennes qui rapportent tous ces grands miracles n'ont pas été corrompus dans la suite du temps comme quantité d'autres l'ont "été »; Examen de la. Religion [iji]. 87, etc. — Dans cette énuniération des conditions requises par l'historien avant d'accepter un récit, Rousseau s'est sans doute souvenu des règles de Saint-.\ubin pour « la bonne critique de l'histoire », Traité de l'opinion [141], I, 247 : « Pour démêler quel jugement le critique doit porter sur les histoires suspectes, il doit
remonter à la première et peut-être à l'unique source qu'elles ont Il faut ensuite
considérer diligemment dans quel temps écrivait celui qui a le premier inventé le fait incertain, quelle était sa profession, quel parti il suivait, et surtout quel attachement il a eu pour la vérité et quelle a été son exactitude dans tous ses ouvrages. On doit aussi compter et peser les témoignages uniformes s'il s'en trouve », etc. Il faut se rappeler, d'ailleurs, que Rousseau avait lu de très près l'Ars critica de Leclerc [ri3] et en avait fait des extr.iits. La III.' Partie de l'.Ars critica, « De emendandi ratione, libris suppositis et scriptorum stvio », contient précisément de nombreux exemples de méthode critique empruntés à l'.Ancien et au Nouveau Testaments. Les plus significatifs de ces exemples ont été très soigneusement notés par Rousseau : Cf. Cahiers de Neuchâtel [5 , 3o v". Sur la même feuille de ce cahier, Rousseau a copié un passage des Voyages de Moiiconys ^82], II, 33o, où Samuel le Juif expliquait au voyageur le vrai sens du fameux verset d'Isaïe ; Ecce virgo concipiet.
' C'est-à-dire les probabilités qui peuvent se réaliser. C'est le seul exemple du mot qui me soit connu. On trouve chez Rousseau plusieurs néologismes de formation analogue ; cf., plus haut, p. 71 et note 2 : « aggrégatif»; cf. encore les autres exemples de Rousseau rassemblés par Gohin, Transformations de la langue française [2jii\ 277-278: « compulsif, confédératif, retorsif, inactif». .M. Gohin y ajoute à tort : initiât if. Il emprunte ce mot au Supplément de Littré. qui lui-même renvoie à ce texte de Rousseau, d'après un article du Journal des Débats du 12 Décembre 1876 : « Pierre [le Grand avait le génie initiatif-». .Mais la citation est fausse. Le texte, qui appartient au Contrat Social lil, viii), III, 33o, est le suivant : « Pierre avait le génie imitatif i>.
' Ces difl^cultés — pratiquement insurmontables, pour qui veut « discerner » par la «raison » les «vrais» miracles des prestiges et des faits extraordinaires, mais naturels, — ont été longuement développés par Rousseau dans la III' des Lettres de la Montagne, III, i53-i62.
l'incrédulité des hommes et qu'il ' eut peur (-' qu'ils ne fussent) « trop » aisément « persuadés »].
f° 169 ''° Il ^ Supposons que la majesté divine daigne s'abbaisser
asses pour rendre un homme l'organe de ses volontés sacrées est il raisonnable est il juste ^ de vouloir que tout le genre humain obéisse à la voix de ce ministre (^ de Dieu '' sans ' le mettre en état de se faire) connoitre pour tel " à la face du genre humain. ■' Y a-t-il de l'équité à '«^ ne lui donner pour toutes lettres dei créance que "quelques (^'^ petits) miracles particuliers faits devant ('^ des gens) obscurs « "dont » tout le "reste des hommes ne saura jamais [rien] que par oui dire 1*.
' [évitât les- vrais moyens de les persuader]. — B. évitât à dessein les vrais moyens de les (convaincre) [persuader]. [C'est l'ordre « inaltérable de la nature qui montre le mieux l'Etre suprême, s'il arrivoit beaucoup » d'e.xceptions ie ne saurois plus qu'en penser, et [pour moi] je crois trop en Dieu pour croire (aux miracles) [à tant de (prodiges) miracles si peu dignes de lui (surtout)] (à ceux que tant de gens [de toutes sectes] ont [si souvent] faits en son nom)]. — M. (N'est-ce
pas l'ordre l'Etre suprême qui la régit i^ S'il arrivoit... penser et (tropl pour
moi je crois trop sincèrement en Dieu pour croire à tant de miracles).
^ (d'être) [de les voir].
^ B. (.Mais).
■■ B. d'exiger.
■^ [céleste]. — B. < céleste >.
" [voulant le faire]. — B. sans le [lui] faire connoitre.
' [(lui donner)].
' B. (à tous les hommes).
'" (vouloir nous punir de n'avoir pas cru lesl.
" M. des prophéties que ceux qui l'écoutent ne peuvent vérifier, ou des signes particuliers.
'- B. (miracles obscurs) [signes particuliers]. '■■' [peu de gens].
" [« que »]. — B. et dont.
'^ I. (genre) reste des hommes.
'" B. Par (tout) [tous] les pays du monde si l'on tenoit pour vrai[s] (tout ce; [tous les prodiges] que le peuple et les simples disent avoir vu[s] (il y auroit plus de sectes [toutes les religions seroient]) [chaque secte] seroit la bonne (et) il y auroit plus de (miracles) [prodiges] que d'evenemens naturels et le plus grand de tous les miracles seroit que là où il v a des fanatiques (et des friponsi [persécutés]
ÉDITION OKIGINALF 329
Supposons que la Majesté divine daigne s'abaisser assez pour rendre un homme l'organe de ses volontés sacrées; est il raisonnable, est-il juste d'exiger que tout le genre humain obéisse à la voix de ce ministre, sans le lui faire connoître pour tel? Y a-t-il de l'équité à ne lui donner pour toutes lettres de créance, que quelques signes particuliers faits devant peu de gens obscurs, & dont tout le reste des | hommes ne saura jamais A^^l rien que par oui-dire '? Par tous les pays du monde si l'on tenoit pour vrais tous les prodiges que le peuple & les simples disent avoir vus, chaque secte seroit la bonne, il y auroit plus de prodiges que d'événemens naturels; & le plus grand de tous les miracles seroit que, là où il y a des fanatiques persécutés, il n'v eût point de miracles 2. C'est l'ordre inaltérable de la Nature qui montre le mieux l'Etre suprême (^); s'il arrivoit beaucoup d'exceptions, je ne saurois plus qu'en penser; & pour moi, je crois trop en Dieu pour croire à tant de miracles si peu dignes de lui '.
Qu'un homme vienne nous tenir ce langage : .Mortels, je vous
I" I C, D : montre le mieux la sage mai» qui la régit.
' (Comparez ces réflexions avec celles du préposant gascon que rencontre Jacques Massé il II], 465-466: «Quelle idée pouvez-vous avoir de Dieu, qui, selon vous, esi maître souverain de tout l'univers, et qui en peut disposer toutes les parties comme il veut, si vous crevez que, pour faire connaître sa volonté au ^enre humain, il lui taille employer des gens obscurs, ignorants ou fanatiques, pour écrire des livres, ou pour prophétiser, ou prêcher, dans un coin reculé de la terre, et parmi une troupe de gens ignorants, sans que les nations savantes et polies en aient aucune connaissance. Trouvez-vous que ce soit là le vrai moyen de faire sentir à tous les hommes une chose si nécessaire que la volonté de Dieu »?
= Cf. .Meslier [240], 3oo : « Il n'y a point de religion, si fausse qu'elle puisse être,
qui ne prétende s'appuyer sur de semblables motifs de crédibilité Il n'y en a point
qui n'ait eu de doctes et de zélés défenseurs, qui ont souften de rudes persécutions pour le maintien et la délense de leur religion; et enlin il n'y en a point qui ne prétende avoir des prodiges et des miracles qui ont été faits en sa faveur ».
" Voltaire [242], 278 : « Excellent ». Cependant Rousseau ne nie pas absolument toute espèce de miracles: cf. la III" des Lettres de la Montagne, III, 162 : « Ces objections ne sont pas des négations... Quoi donc! celui qui n'admet pas tous les miracles rejette-t-il tous les miracles? Et faut-il croire tous ceux de la légende pour croire l'ascension de Christ»? Ce n'est pas là une simple précaution oratoire: les premières rédactions des manuscrits semblent en certifier la sincérité. Dans F et dans I. il parle de ces « petits miracles», «qui ne font que discréditer les grands ». comme s'il y en avait quelques-uns hors de pair auxquels il ne refusait point son assentiment : la formule même qu'il emploie : « les vrais et les faux prodiges » (p. 1441, « les vrais et les faux miracles » IF, f" 169 '"1, semble bien indiquer que dans sa pensée, il v avait eu des miracles réels; Cf. Diderot. Règne de Claude et de Néron [58], 111, q< :
330 REDACTIONS MANUSCRITES
' Supposons un ('- mortel) qui vint (^ vous) tenir ce langage. Mortels, je vous annonce la volonté du très haut, reconnaissez à ma voix celui qui m'envoye, ^ j'ordonne au soleil de changer sa course, faux étoiles de éprendre un autre arrangement "aux ' alpes de (* se transporter à la mer) ; ■' à la terre ('" de se couvrir tout à coup " de fruits et de fleurs). « '- A la mer » de s'élever dans les airs. (« " Je » vous parle au nom du) maitre de la nature elle n'obéit '^ pas aux imposteurs '"-mais, (c'est par des prestiges particuliers qu'ils en imposent et c'est de ceux là qu'il faut se défier. Quel vrai miracle n'a pas été contrefait par de faux
il ^ n'y eut point de miracles. C'est l'ordre. Ci devant. (Sic. Rousseau renvoie par un signe à la phrase qu'il avait d'abord ajoutée à la fin du paragraphe précédent b). Qu'un homme vienne nous tenir ce langage. — M. Qu'un homme vienne nous dire.
») M. ne se fit point.
l'I M. C'est rordre inaltérable... le mieux la plus sage main qui la régit. S'il arrivoit... je crois trop sincèrement en Dieu... de miracles si peu dignes de lui. —I. C'est l'ordre inaltérable... pour croire à tant de ipetitsi miracles iqui ne t'ont que decréditer les grands) [si peu dignes de lui].
' (Prophètes vous vous plaignez de n'avoir pas... en coùleroit il plus à la toute puissance).
- [homme].
' [nous].
* B. (j'ord ONNE en son noi'n) j'ordonne au soleil. ' B. (prendre) [former].
'■■ M. au.\ flots de s'élever, au.x montagnes de s'applanir. — I. [(au.x flots de s'élever)] au.x montagnes de s'applanir. aux flots.
* B. montagnes.
* [(s'élever dans les airs... disparoitre... de se dépêcher... ne...) s'aplanir]. " B. (à la mer) [aux flots] de s'élever, (dans) à la terre.
'" [d'étaler la parure d'une autre saison]. — B. de (changer de parure) [prendre une sic autre aspect!. — M. un nouvel aspect.
" [(de verdure)].
'^ [(aux fleuves)]. — B. < à la mer de s'élever dans les airs >.
" [(c'est?) à ces prodiges qui ne reconnoitra pas à l'instant le]. — B. A (ces [au crayon repassé à l'encre : de tels] prodiges [non suspects]) [ces merveilles] qui ne reconnoitra.
" B. point.
'■■ B. [(mais)] leurs miracles se font [(aux) dans îles carrefours |Ou) dans des déserts] dans des chambres, et c'est là qu'ils ont bon marché des spectateurs [déjà disposés à tout croire]. Qui est ce qui m'osera dire. — M. d'un petit nombre de spectateurs. — I. bon marché [d'un petit nombre] de(s) spectateurs |déja disposés à tout croire].
annonce la volonté du très-Haut; reconnoissez à ma voix celui qui
m'envoye. J'ordonne au soleil de changer sa course, aux étoiles de
former un autre arrangement, aux montagnes de s'applanir, | aux flots [146]
de s élever, à la terre de prendre un autre aspect : à ces merveilles, qui
ne reconnoîtra pas à l'instant le maître de la Nature 1? Elle n'obéit point
aux imposteurs: leurs miracles se t'ont dans des carrefours, dans des
déserts, dans des chambres; & c'est là qu'ils ont bon marché d'un petit
nombre de spectateurs déjà disposés à tout croire ^. Qui est-ce qui m'osera
dire combien il faut de témoins oculaires pour rendre un prodige digne
de foi? Si vos miracles faits pour prouver votre doctrine ont eux-mêmes
besoin d'être prouvés, de quoi servent-ils? Autant valoit n'en point faire '.
« Il [Rousseau me protestait un )Our que peu s'en fallait qu'il ne crût ;< la
résurrection ». — La fin de ce paragraphe fait défaut dans la Première Rédaction : c'est le résidu abstrait du développement sur les vampires, qui a été supprimé depuis : cf. p. 146 et note 3.
' Voltaire [242. 278 : « Et moi. je reconnaîtrais le mauvais principe, l'Ariman, qui viendrait gâter l'ouvrage d'Oromaze ».
' Il est vraisemblable qu'en écrivant ces lignes Rousseau songeait aux convulsionnaires de Saint-.Médard et .lux miracles du diacre Paris : cf., en effet, ce qu'il en dit dans sa Lettre à M. de Beaumont, III, 101-102.
' Dans la Première Rédaction, cette phrase servait de conclusion à un développement d'actualité sur les vampires, que Rousseau a cru devoir sacrifier, soit parce qu'il désirait mamtenir la discussion sur le terrain des idées générales, soit parce que la date des événements auxquels il faisait allusion ne concordait pas avec la date supposée de la Profession. Le sacrifice a, d'ailleurs, été provisoire, car il a utilisé les notes qu'il avait prises sur ce sujet dans la Lettre à M. de Beaumont, III, 101 : « S'il y a dans le monde une histoire attestée, c'est celle des vampires ; rien n'y manque, procèsverbaux, certificats de notables, de chirurgiens, de curés, de magistrats : la preuve juridique est des plus complètes. \\ec cela, qui est-ce qui croit aux vampires? Seronsnous tous damnés pour n'y avoir pas cru » ? L'attention de Rousseau pouvait avoir été attirée sur les vampires par Vernet, Vérité de la Religion [162 , VI, 276-277, ou par d'.Argens (dans la 137* des Lettres Juives jbo., IV, 156-1621, qui fournissait certificats et références. Je croirais cependant plus volontiers, — puisque, comme on va le voir par la note suivante, Rousseau lisait les ouvrages de Dom Calmet — que la source probable doit être cherchée dans la Dissertation sur les Revenants en corps, les excommuniés, les oupires ou vampires, brucoliques, etc., qui lait partie des Dissertations sur les apparitions et sur les revenants et vampires, publiés par Calmet en 1746 '175 A" : cf., en particulier, pp. 274-27S, ou nouvelle édition 173 B . II, 3i-39.
332 REDACTIONS MANUSCRITES
miracles semblables quel mensonge n'a pas (' été asses attesté par) des peuples fanatiques (^ comme les plus incontestables vérités). Depuis quelque tems toutes les nouvelles publiques ne nous parlent que des Wampires il n'y ^ eut jamais de fait plus juridiquement j attesté que leur existence. Avec cela montrez moi dans toute l'Europe un seul homme de sens qui croye aux Wampires et qui daignast seulement en aller vérifier la fausseté). Qui est-ce qui m'osera dire combien ■* il faut de témoins oculaires pour rendre un prodige digne de foi. (* Quelle preuve n'est-ce point contre un miracle qu'il ait) besoin d'être prouvé. "Autant valoit ' n'en point faire.
* Après toutes ces (^ difficultés)] il nous reste " encore '' un examen à faire dans '-le caractère (de) la doctrine annoncée car f
B, f" 173 ■"" puisque ceux qui '■■' disent que Dieu fait " des ('^ prodi ges) pré-
' [eu chez].
- [les plus authentiques attestations],
' (a rien dans toutes... tous les monumensi.
^ B. [il faut].
' [Si vos miracles ont]. — B. Si vos miracles laits pour prouver votre doctrine ont eu.x-mêmes besoin d'être prouvés. — I. ont eux-mêmes [si grand] besoin de preuves.
'' B. de quoi servent-ils .•' Auiant.
' B. (d'abord raisonner eti n'en point faire.
* B. (Après toutes ces considérations, il nous). — M. Après toutes ces considérations il nous reste un ê.\amen. — I. (.Vpresi Reste enfin.
" [considérations].
'" B. (encore) [enfin]. — M. < enfin >.
" B. (un examen à fairel [(un) examen plus important (que tout autre) l'examen le plus]. — M. un examen plus important que tout autre dans la doctrine.
'- B. < le caractère de >.
" M. crovent aux miracles de Dieu crovent aussi aux prestiges du Diable, , avec les prodiges les mieux.
'* I. (des) ici bas des miracles.
'' [miracles],
t Le texte de F n est pas ici interrompu : c'est moi qui l'arrête à ce mot. pour introduire l'addition de B. qui s\' intercale exactement. — Dans B. en face de ce noui'eau développement sur les rapports des miracles et de la doctrine. Rousseau a écrit au i"' du /'» ij3 : N. B. V. Calmet dissertation sur les vrais et les fau.x miracles.
ÉDITION OKIGINALE 333
Reste enfin Texamen le plus important dans la doctrine annoncée <; car puisque ceux qui disent ^ que Dieu fait ici-bas des miracles, prétendent que le diable les imite quelquefois, avec les prodiges les mieux
' Comme on le verra par la Première Rédaction et par la note suivante, Rousseau allait passer à l'examen de la doctrine sans étudier les rapports de cette doctrine avec les miracles, si une Dissertation de Dom Calmet, en essayant de résoudre une objection, n'avait pas abouti au résultat contraire et ne lui en avait pas révélé toute la force. Et pourtant les apologistes avaient plus d'une fois insisté sur l'étude de la doctrine comme confirmation des miracles : cf., par e.\emple, Clarke, Existence de Dieu. II, ig [i25], 111, [5i-i54, qui insistait précisément sur l'épisode du magicien de Pharaon et traçait à ce propos les règles suivantes : « i) Si la doctrine attestée par les miracles est impie en elle-même, si elle tend manifestement à fomenter le vice, [les miracles sont fau.x et la doctrine est à rejeter]. 2") Si la doctrine, attestée par des miracles,
est indirtérente de sa nature , si, d'ailleurs, il se trouve qu'il y ait d'un autre côté des
miracles plus grands et en un plus grand nombre, ou du moins accompagnés de circonstances qui fassent voir clairement que la puissance qui a opéré ces derniers est supérieure à la puissance qui a fait les premiers : il est indubitable alors que la doctrine, à laquelle la plus grande puissance rend témoignage, est celle qui vient infailliblement de Dieu. C'est là précisément le cas de Moïse et des Magiciens d'Egypte.
Ces magiciens firent plusieurs miracles pour prouver que Moïse était un imposteur
Moïse de son côté fit d'autres miracles plus grands et en plus grand nombre que ceux des magiciens, pour faire voir la justice de sa prétention et de la Divinité de sa mission... 3") Si la doctrine, pour la confirmation de laquelle les miracles sont faits, tend naturellement à la glorification du nom de Dieu, et à faire fleurir la justice parmi les hommes..., alors on peut poser pour certains que ces miracles viennent de Dieu ». Rousseau qui, sans doute, connaissait cette page, n'avait pas vu tout le parti qu'on en pouvait tirer. Ce fut Dom Calmet qui le lui fit sentir.
•> Tout ce développement, et la note qui s'y rattache, ont été ajoutés dans B après la lecture de Dom Calmet, que Rousseau a pris soin de noter : « Dissertation sur les vrais et les faux miracles et sur le pouvoir des Démons et des Anges sur les corps ». Rousseau a lu ces quelque vingt pages, soit dans la grande Bible commentée par Calmet [180'''»], 1, 697-715, soit dans le recueil des Dissertations gui peuvent servir de prolégomènes ix l'Écriture Sainte "118], 1, 648-665.
tendent que le Diable ('en fait aussi), -avec les (^ mi racles) les mieux attestés nous ne sommes pas plus avances qu'auparavant [et * puisque les magiciens de pharaon (Simitoient les prodiges de « Moyse » l'envoyé de Dieu) pourquoi ["^ dans son absence ' n'eussent-ils pas i^ exigé) ^ aux « mêmes '" titres » " la même autorité ('- en se disant envoyés de Dieu). 1^ Ainsi donc] ['* après avoir prouvé la doctrine par le i° 174 "■•' miracle [* il faut H '" prouver le] miracle par la doctrine * de peur de prendre l'œuvre du démon pour l'œuvre de Dieu. Que pensez-vous de ce l' cercle.
F 173 ^" Il * Cela est formel dans [mille endroits de, l'écriture. (« '«Voyez »)
« entre autres » dans le Deuteronome ch : i3. ou il est dit '» positivement que si un (-"îauxj prophète annonçant des Dieux étrangers confirme ses discours par des prodiges et (-''par des prédictions on n'y doit) avoir
' [les imitent quelquefois], —I. [quelquefois]; avec (la doctrine) [les prodiges].
- (s'ils).
' [prodiges].
■• (car).
'' (faisoient) [osoient] («. entrer en concurrence * avec <^ imiter » si bien même en la présence... et faisant... imiter) [en présence même de Moyse imiter les signes [(faits) qu'il faisoit] par l'ordre exprès de Dieu].
'■' (Si Movse eût été absent et [dans l'absence de Moyse]).
• (ne 1'). — I. (ne pouvoient) [n"eussent]-ils pas aux mêmes titres (prétendre) [prétendu].
" (contrefait).
'■' [(sur les)].
'° [(preuves)].
" (« obtenu » aussi exigé la... exercé la...) [prétendu la].
'- (sur les mêmes preuves... qu'il prétendoit).
" M. < Ainsi donc >.
''' (il faut donc) prouve(r).
'^ (et le).
'« (me).
" M. Dialéle. — I. (cercle) [dialéle].
>« [et].
"' M. < positivement >.
^" I. (faux) prophète.
-' [que ce qu'il prédit arrive loin d'y].
attestés nous ne | sommes pas plus avancés qu'auparavant, & puisque [147]
les magiciens de Pharaon osoient, en présence même de Moïse, faire
les mêmes signes qu'il faisoit par l'ordre exprès de Dieu *, pourquoi
dans son absence n'eussent-ils pas, aux mêmes titres, prétendu - la même
autorité? Ainsi donc après avoir prouvé la doctrine •' par le miracle,
il faut prouver le miracle par la doctrine *, de peur de prendre l'oeuvre | du 148]
Démon pour l'œuvre de Dieu. Que pensez- vous de ce dialéle ?
* Cela est formel en mille endroits de l'Ecriture, & entre autres dans le
' On a vu dans l'avant-dern ère note que ces prestiges des « magiciens d'Égvpte » avaient déjà été rappelés par Clarté. Ils le sont aussi dans Calmet Îii8], I. d5i : « L'Écriture nous dit que les magiciens de Pharaon changèrent en serpents les verges qu'ils tenaient, qu'ils changèrent l'eau en sang et qu'ils contrefirent encore le troisième des miracles que Moïse avait fait ».
- Sur cet emploi de « prétendu » transitif, cf. Haase, Syntaxe française, Sg [275], 142 : cf. encore Féraud, Dictionnaire critique ^25o], III, 25/ : « Prétendre, c'est premièrement demander avec assurance, comme une those qui est due. Il est actif et s'emploie avec le régime simple (l'accusatifi... : il prétend le pas sur un tel ». Rousseau emploie aussi prétendre intransitivement, avec le sens un peu différent qu'il comporte; cf. V' Livre d'Emile, II, 379 : « Alors la femme prétendant à l'autorité, se rend le tyran de son chef ».
' Pascal avait déjà dit. Pensées, DCCCXLIII [83], III, 279-280 (et c'est Vernet qui rappelle ce te.\te dans sa Vérité de la Religion, VIII, 14 [162]. V, 245» : « Il faut juger de la doctrine par les miracles, il faut juger des miracles par la doctrine. Tout cela est vrai, mais cela ne se contredit pas », etc. Pourtant ici encore, c'est Calmet qui a fourni naïvement des armes à Rousseau, celui-ci s'étant contenté de remplacer les mots usuels de « cercle » et de « pétition de principe » par le terme plus pédant et plus sonore de « diallèle »; cf. Dissertation cit. [118], I, 660 : « Si c'est un chrétien déjà instruit, qui se trouve entre deux faiseurs de miracles, il doit préférer ri celui qui est approuvé par l'Église; 2") celui qui fait de plus grands miracles; et 3*| celu' qui prêche une doctrine plus pure et plus saine: et il doit rejeter absolument celui qui est rejeté par l'Église, qui prêche contre Jésus- Christ, qui annonce une fausse doctrine ou une morale corrompue. Mais, me dira-t-on, n'y a-t-il pas un cercle de raisonnement et une pétition de principe en cela? Je vous demande une marque pour distinguer les vrais et les faux miracles; et vous me dites que les vrais miracles sont ceux qui servent à confirmer la saine doctrine : et. si je vous demande des preuves de la doctrine de deux prédicateurs, vous me dites de m'en tenir à celui qui fait des miracles; que s'ils en font tous deux, de m'en rapporter à l'Église; et, si je doute quelle est la vraie Église, vous me renvoyez aux miracles et à la doctrine. Une chose ne peut pas servir de preuve à elle-même, on ne doit pas donner pour principe ce qui est en question ». Rousseau ne s'arrête pas pour l'instant à la réponse de Calmet, parce qu'elle est faite du point de vue catholique et qu'elle ne voit de solution que dans «l'autorité de l'Église», mais il s'en souviendra plus loin; cf. p. i65 et note i. Il a développé les contradictions du «diallèle » dans la Lettre à M. de Beaumont, III, io3. et dans la III" des Lettres de la Montagne, III, i63, note.
F, f" 169 "■" 1 N'enant de Dieu elle doit porter ' le sacré caractère de la
aucun égard ('^ mais) de) mettre * à mort. Quand donc (■'' dans '■ les fausses religions on ' mettoiti à mort (^ les ^ ministres du vrai Dieu confirmant leur doctrine par des miracles et des) '"prophéties l' je ne vois pas (« '^ ce qu'on » pouvoit objecter de raisonnable. Es ne faisoient qu'user de représailles sur les principes ''mêmes de l'auteur sacré). "Que (pouvoit-on donc) faire '^ en pareil cas ("^de part et d'autre). [« Revenir au raisonnement » et] laisser-Ià « 1' les » miracles: '^ autant « '^ eut valu » (-" n' 21 en point îaire). C'est là du bon sens le plus simple auquel on ne (-'- repond) qu'à force de (--^ ruses qui peuvent étourdir im esprit vulgaire) mais Jésus a donc eu tort de promettre
' B. Cette doctrine venant de Dieu doit.
- la sacré caractère (sic).
■' [on doit].
■" [ce prophète].
■' [les payens mettoient]. — I. les (Apôtres révélant) payens.
'■• [d'autres].
' [eut mis].
" (aux).
' [(prophètes) Apôtres (annonçant) révélant (un) au peuple un Dieu inconnu et (au.\) prouvant sa mission par des]. — M. Apôtres annonçant au Peuple... prouvant leur mission.
'" M. prédictions. — I. (prophéties) [prédictions].
" [et des miracles].
'- [(quel... réponse on pouvoit leur faire) ce qu'on (pouvait rai sonnablement) avoit à leur objecter (sans une ridi cule) de solide qu'ils ne (rétorquassent) pussent à l'instant rétorquer contre nous (sur nos propres)]. — I. ce qu'on (pouvoit) [avoit à] leur objecter de solide qu'ils.
" (de).
'■' [Or].
'"• [(donc)].
'" M. (laissons-là les miracles). Une seule chose. — I. [une seule chose :] (Se) Revenir au.
■' (des).
'* (« de » part et d'autre).
'" [(valoit)]. — M. eu valu (sic).
-" [n'y pas recourir].
-' [(avoir pas à en faire faire)].
-- [repondra jamais].
-" [(subterfuges et de pures) subtilités]. — M. distinctions tout au moins très subtiles. Des subtilités dans le christianisme! Mais Jésus. — I. qu'à force de (subtilités) [distinctions tout au moins très subtiles]. Des subtilités [dans le christianisme! Mais] Jesus-Christ.
Cette doctrine venant de Dieu, doit porter le sacré caractère de la
Deuteronome, Chapitre XIII *. où il est dit que, si un Prophète annonçant des Dieux étrangers confirme ses discours par des prodiges, & que ce qu'il prédit arrive, loin d'v avoir aucun égard on doit mettre ce Prophète à mort. Quand donc les Pavens mettoient à mort les Apôtres leur annonçant un Dieu étranger, & prouvant leur mission par des prédictions & des miracles, je ne vois pas ce qu'on avoit à leur objecter de solide, qu'ils ne pussent à l'instant rétorquer contre nous '. Or que faire en pareil cas ? Une seule chose : Revenir au raisonnement, & laisser-là les miracles. Mieux eût valu n'y pas recourir '. C'est là du bon-sens le plus simple, qu'on n'obscurcit qu'à force de distinctions tout au moins trèssubtiles. Des subtilités dans le Christianisme! Mais Jesus-Christ | a donc eu tort [1481 de promettre le royaume des Cieux aux simples ? il a donc eu tort de commencer le plus beau de ses discours par féliciter les pauvres d'esprit; s'il faut tant d'esprit pour entendre sa doctrine, & pour apprendre à croire en lui? Quand vous m'aurez prouvé que je dois me soumettre, tout ira fort bien : mais pour me prouver cela, mettez-vous à ma portée; mesurez vos raisonnemens à la capacité
* Le texte a été fourni à Rousseau par Calmet [ii8], I, 65i : « Moïse nous précautionne contre les miracles des faux prophètes (Deuter. XIII, i, sqq.l d'une manière qui semble prouver qu'il ne doutait pas que le démon n'en pût faire par leur moyen. S'il s'élève, dit-il. au milieu de vous un Prophète : ou un homme qui prétend avoir eu des songes prophétiques, et qui vous prédise un prodige et un miracle, et que ce qu'il vous prédise arrive, et qu'après cela il vous dise : Allons servir des dieux étrangers : n'écoute^, point les discours de ce prophète ; car c'est que le Seigneur vous tente ».
* Voltaire [242], 278 : « Bon ». — C'est encore Calmet qui a indirectement suggéré cet argument à Rousseau, . en indiquant quelle devait être, d'après lui, l'attitude d'un « païen » à l'égard d'u 1 faiseur de miracles; cf. Dissertation '118], I, 660 : « Lorsqu'on parle de l'impression que les miracles doivent faire sur les esprits, on doit distinguer divers états et divers degrés de personnes. Un homme, par exemple, qui est dans l'ignorance de la vraie Religion, un Païen, doit croire la doctrine qu'on lui propose, et qu'on lui prouve par des miracles ; à moins que cette doctrine ne soit contraire aux lumières naturelles, ou que les miracles qu'il voit faire, ne lui donnent juste sujet d'y soupçonner de l'illusion. Que s'il vient un second faiseur de miracles, qui détruise la doctrine du premier, le paien doit suspendre son jugement et examiner la doctrine ».
° La fin de cette note est toute pénétrée de l'esprit de Marie Huber ; cf Religion essentielle [i5i], V, 5o-5 1 : « Au lieu de juger que la vraie doctrine évangéiique est vraie parce qu'elle a été écrite par inspiration divine, et de juger qu'elle a été écrite par inspiration divine parce qu'elle a été confirmée par des miracles, je juge qu'elle est vraie et sans détours, parce qu'elle porte des caractères de vérité, qu'elle est établie sur des principes indubitables, qu'elle n'aboutit qu'à y rappeler les hommes, à leur montrer les voies les plus sûres pour arriver au bonheur du siècle à venir »; et 1, 85 : « Jésus-Christ n'a donc point prétendu en être cru sur parole. Il a invité les hommes à l'examen. Il a pris pour juges de ses maximes les plus simples d'entre eux. Cet examen ne pouvait avoir lieu qu'à l'égard des choses claires, simples et à la portée de tous les hommes ».
divinité, ' et non seulemeni - nous éciaircir les idées ^ confuses que (■lia raison) en trace dans nôtre esprit mais elle doit aussi nous proposer un culte, une morale, ^ et des maximes convenables aux attributs •'que nous concevons comme inséparables de sa nature.
le rovaume des cieux aux (esprits) simples 's'il (*ne l'accorde qu'aux (^plus) subtils). (L'expédient de ('"soumettre son) esprit seroit admirable •' s'il faloit moins d'esprit). Quant ('-on) m(aura) prouvé '^ qu'il faut me soumettre tout ira fort bien " mais ['^ pour me prouver cela i« mettez vous à ma portée « " ou » laissez moi '^ car « '■' je suis trop grossier pour (vous) entendre » 20 et trop sensé pour me soumettre avant que vous m'ayez prouvé que je le dois'.
- B. elle doit (nous).
' B. « confuses » [(obscures)].
* [le raisonnement].
' M. < et >.
'■ B. (que) [par lesquels seuls] nous concevons (comme inséparables de sa divinité [sa nature divine]) [son essence]. — M. que nous concevons comme inséparables de son essence. —I. que (nous concevons comme inséparables de) [par lesquels seuls nous concevons] son essence.
' (Il devoit le). — M. Il a donc eu tort de commencer le plus beau de ses discours par féliciter les pauvres d'esprit, s'il faut tant. — I, [11 a donc eu tort... les pauvres d'esprit] s'il faut.
' [faut tant d'esprit pour [apprendre à] croire en lui]. —M. pour entendre sa doctrine et pour apprendre. — I. [entendre sa doctrine et pour] apprendre.
» [(esprits)].
'" [la soumission d'].
" (si les preuves).
'- [vous] m'[aures].
" I. (qu'il faut) [que fe dois] me soumettre.
" (j'ai).
" (j'ai besoin de tant d'esprit pour entendre vos preuves... vous me prouvez cela si subtilement que mon esprit... il me faut... des preuves si mot illisible subtiles deux mois illisibles ne me persuadent pas).
'" (jusques là raisonnez plus simplement).
" M, mesurez vos raisonemens à la capacité d'un pauvre d'esprit; ou je ne reconnois plus en vous le vrai disciple de vôtre maître, et ce n'est point vous qu'il a chargé du soin de ma conversion. — I. (ou laissez-moi : je suis trop grossier pour entendre vos subterfuges, et trop sensé pour me soumettre avant que vous m'ayez prouvé que je le dois) [mesurez vos raisonemens... et ce n'est pas sa doctrine que vous m'annoncez].
'* (« mais » car je ne saurois me soumettre que vous ne m'ayez).
'^ (prouvez que je le dois).
-" [(car tous?) vos subterfuges].
Divinité ; non-seulement elle doit nous éclaircir les idées confuses que le raisonnement en trace dans notre esprit; mais elle doit aussi nous proposer un culte, une morale, & des maximes convenables aux attributs par lesquels seuls nous concevons son essence ^ Si donc elle ne nous apprenoit que des choses absurdes & sans raison, si elle ne nous inspiroit que des scntimens d'aversion pour nos semblables & de | frayeur pour [149] nous-mêmes, si elle ne nous peii^noit qu'un Dieu colère, jaloux, vendeur, partial, haïssant les hommes, un Dieu de la guerre & des combats ^ toujours prêt à détruire & foudroyer, toujours parlant de tourmens, de peines, & se vantant de punir même les innocens, mon cœur ne seroit point attiré vers ce Dieu terrible, & je me garderois de quitter la religion naturelle pour embrasser celle-là; car vous voyez bien qu'il faudroit
d'un pauvre d'esprit, ou je ne reconnois plus en vous le vrai disciple de votre maître, & ce n'est pas sa doctrine que vous m'annoncez.
' Comparez cette métliode de critique intrinsèque avec celle de Chubb dans sa Question préliminaire touchant la Religion [i36], 1 17-119. Chez lui, comme chez Rousseau, c'est le principe de la convenance morale qui est le critérium décisif: « Je suppose qu'un homme vienne à moi et qu'il se dise envoyé de Dieu, que cet homme me déclare que c'est la volonté de Dieu que j'aime mon prochain comme
moi-même et qu'il ajoute qu'en me conformant à ce qu'il dit, je me rendrai
digne de la bienveillance divine , je me trouve disposé à ajouter foi à ce qu'il
dit qu'il est, savoir un Envoyé de Dieu: et quand même je me tromperais à cet
égard, l'illusion ne me serait point nuisible Je suppose à présent qu'un homme
vienne à moi, qu'il se dise, comme l'autre, envoyé de Dieu, et qu'il me déclare que c'est la volonté de Dieu que je tourmente et que je persécute les autres hommes injustement, par exemple, parce qu'ils ne veulent pas convenir avec moi de certains
points spéculatifs que cet homme ajoute qu'en faisant cela je me rendrai l'objet
de la faveur divine, j'examine ce qu'il me dit, et je le trouve si réellement opposé à la nature des choses que je conclus avec raison qu'il n'est pas envové de Dieu et par conséquent que cet homme est lui-même dans l'illusion ou bien que c'est un imposteur ».
' Ce titre biblique avait déjà été critiqué par Tyssot de Patot [m], 221-222 : La preuve, disait Massé au Roi, que Dieu autorise les guerres justes, « qu'il y prend plaisir, c'est qu'il s'appelle le Dieu des armées. — O ciel, interrompit le Roi, que
dites-vous là! Vous êtes heureux de n'avoir pas proféré ces paroles-là devant
quelqu'un de nos juges..., puisque, selon nos principes, vous ne sauriez avoir exprimé un plus énorme blasphème... Je trouve cela extraordinaire qu'un Dieu, qui, selon vous, défend de répandre le sang d'un seul particulier, autorise une boucherie générale entre des nations entières ». A première vue, cette violence agressive à l'égard du Dieu de la Bible parait mal s'accorder avec l'espèce de sympathie que Rousseau témoignera plus loin au judaïsme, pp. i65-i66; mais, cf. la note que j'ai mise à cet endroit.
Si donc elle ' ne nous -' imprimoit ^que des sentimens ^ de haine pour 5 les autres hommes et de "^ terreur pour nous mêmes si elle ' ne nous peignoit * qu'un Dieu colère, jaloux, vengeur, partial, haïssant les hommes -'et ne parlant jamais que de (ifsupUces) et de tourment je ne trouverois pas qu'il y eut à gagner à quiter "la Religion naturelle pour embrasser celle-là car '^ il faudroit bien nécessairement '' o pter. Vôtre Dieu n'est pas le nôtre dirois-je fi*à ses] sectateurs, celui qui (''se choisit) un seul peuple et 18 proscrit tout le *' reste du genre humain n'est pas le père commun des hommes. Celui, qui destine '* aux tonrmens éternels f° 169 "" le plus grand nombre de ses créatures || n'est pas le Dieu (i» bienfaisant) que ma raison m'a montré.
' B. [ne nous apprenoit que des choses absurdes et sans raison si elle]. — M. nous apprenoit des choses absurdes et contradictoires ; si elle nous.
- B. inspiroit.
^ M. < que >.
* B. (de haine) [d'aversion].
■■' B. (les autres hommes) [nos semblables]. — I. (notre) [nos] semblables.
" B. frayeur.
■ M. < ne >.
' M. < qu' >.
" B. un Dieu de la guerre et des (armées) [combats], toujours prêt à (combattre) [détruire] et foudroyer (les hommes), toujours parlant de (peines et) de tourmens [et de peines], (et punissant) [et se vantant de] punir [même] les innocens (mêmes), mon cœur ne seroit point attiré vers ce Dieu terrible, et je (ne trouverois pas qu'il y eut à gagner) [me garderois] de quiter la Religion naturelle pour. — M. toujours parlant de tourmens, de supplices et se vantant. — I. Dieu de la guerre et des (armées) [combats] toujours prêt à (combattre) [détruire] et foudroyer, toujours parlant de tourmens, de (supplices) [peines] et se vantant.
'" [peines].
" M. ma religion naturelle.
'- B. [vous voyez bien qu']il faudroit nécessairement.
" obter (sic). — B. o(b)ter o[p]ter.
" (au,\).
" [commence par se] choisi[r].
'* B. proscrire.
" B. [reste du] genre humain.
'" B. au supplice éternel. — M. aux tourmens éternels.
'" [clément et bon].
nécessairement opter. Votre Dieu n'est pas le nôtre, dir ois-je (^) à ses sectateurs. Celui qui commence par se choisir un seul peuple & proscrire le reste du genre humain, n'est pas le père commun des hommes; celui qui destine au supplice éternel le plus grand nombre de ses créatures, n'est pas le Dieu clément & bon que ma raison m'a montré 'K
(a) Le texte original porte : dirai-je ; mais la correction est déjà faite dans le tableau des « Fautes à corriger yy placé à la fin du T. IV ; C, D : dirois-je.
' Voltaire [242], 278 : « Très bon ». Et, en effet, il avait dit la même chose dans VÈpltre à Uranie [iBg], 363-364 :
Les Prêtres de ce temple, avec un ton sévère. M'offrent d'abord un dieu que je devrais haïr. Un dieu qui nous forma pour être misérables. Qui nous donna des cœurs coupables.
Pour avoir droit de nous punir.
On te fait un tyran, je cherche en toi mon père :
Je ne suis point chrétien, mais c'est pour l'aimer mieux.
Cf. encore Toussaint, Les Mœurs, I, 1 [184]. 8-9 : « Et Dieu pourrait ne pas aimer les hommes ! Dans quels esprits un pareil soupçon peut-il naître, si ce n'est dans ceux qui font de Dieu un Être capricieu.\ et barbare, qui, avant qu'ils soient nés, les destine à l'enfer, s'en réservant un tout au plus sur chaque million, qui n'a pas plus mérité sa prédilection que les autres n'ont mérité leur perte » !
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