‹ La "Profession de foi du vicaire savoyard"Chapitre 12 sur 176 · LES PRECIRSEURS DE JEAN-JACQUES XXIII · texte numérisé non relu

LES PRECIRSEURS DE JEAN-JACQUES XXIII

que dans le choix, cette àme ne meurt jamais : l'Etre souverain l'a taite immortelle et capable de jouir de biens infinis, quand elle l'a craint, et capable de soutt'rir un éternel malheur, quand elle l'a méprisé sur terre. — C'est ainsi que j'instruisais ces sauvages, et que, de jour en jour, je réveillais dans leurs cœurs ces sentiments de justice et de religion que tous les hommes apportent en naissant » '. Le Sethos de Fabbé Terrasson njSii fait une besogne analogue chez les anthropophages du Congo et de la Guinée. Il abolit leurs cultes abominables, et les remplace par une reli^ôn plus douce : le culte de la « déesse des vertus ». « Peuples du Congo, s'écrie-t-il.... il ne suffit pas d'avoir aboli un culte fau-x et criminel, il en faut élever sur ses ruines un qui soit

raisonnable et digne de la divinité Tous les peuples du monde

s'accordent dans l'idée générale d'un premier Etre, auteur et conservateur de la nature. Si les dieux de chaque nation ne sont autre chose que les divers svmboles sous lesquels elles se représentent les différentes perfections ou les différents dons de cet Etre unique et souverain, le nombre des dieux ne sera que le nombre de ses attributs ou de ses bienfaits » '. L'abbé Terrasson fait remarquer lui-même que quelquesunes de ces paroles « étaient un peu trop fortes pour ces sauvages ensevelis dans une superstition dont les raisonnements étaient incapables de les tirer » '^ ; son héros n'en continue pas moins à parler doctement. L'année suivante, l'abbé Prévost publiait son Cleveland (17321. qui impressionna tellement Rousseau que ce roman fut, en quelque sorte, l'un des événements de sa vie : « La lecture des malheurs imaginaires de Cleveland. faite avec fureur et souvent interrompue, m'a fait faire, je crois, plus de mauvais sang que les miens » *. Cleveland, « philosophe anglais » et protestant, plus jeune que Sethos de quelques milliers d'années, annonçait pourtant aux « bons Abaquis » la même religion que le sage d'Egvpte aux cannibales de Guinée. Le voilà chez des sauvages, qui lui ont confié, eux aussi, la réforme et le gouvernement de la nation : « Je méditais, dit-il, sur la forme que je devais faire prendre à leur religion. .Mon incertitude ne dura pas longtemps. Ils n'avaient que les lumières les plus simples de la nature, et je ne les croyais pas capables d'en recevoir d'autres. J'examinai sur ce principe ce que l'Etre

' Effets surprenants de la s\tnpjtliie I ig, I, 126-127, i3i-i32.

= Sethos, VII 134, 11, 170 sqq., 1H4-1.S3.

' Id., Il, 173. "

* Confessions. VIII. 137.

XXIV INTRODUCTION

intinimeni juste pouvait exiger d'eux. Il me parut que le point essentiel de leurs obligations était de reconnaître un Dieu tout-puissant, leur créateur et leur maître absolu, de l'adorer sans partage et d'espérer ses récompenses. Telles furent les bornes que je crus devoir donner à leur toi. Pour le culte, je résolus de bannir les cérémonies mvstérieuses, parce qu'elles dégénèrent lot ou tard en superstition »; et il leur prêche le Dieu de la nature : « C'est lui, leur dit-il. qui vous a donné la naissance, qui vous conserve, qui vous fournit libéralement tout ce qui vous plaît et qui vous est utile. Ne sentez-vous pas qu'il faut aimer celui qui vous comble ainsi de ses bienfaits? O bons .\baquis ! la nature vous a donné un cœur: apprenez-en à en faire usage; et, si vous êtes sensibles à quelque chose, soyez-le à des faveurs que vous éprouvez continuellement » '.

\'ingt ans plus tard, ces divertissements philosophiques n'étaient pas encore épuisés; et, presque simultanément (lySS et 1754) Morell)' et le roi de Pologne entraînaient leurs lecteurs vers les régions lointaines, où se sont réfugiées les religions selon la Nature : Morelly décrivait les « îles fortunées ». où, « sous un ciel pur et serein, la Nature étale ses trésors les plus précieux » et garde aux hommes leur innocence première. Roi de ces peuples heureux, Zeinzimin exposait aux visiteurs étrangers leur croyance en un Dieu bienfaisant, qui accorde à toutes ses créatures une félicité immortelle, et faisait connaître leur cuite, où « les tables couvertes de fruits délicats, de breuvages exquis, sont les autels et les victimes » 2. L'excellent roi de Pologne Stanislas émigrait lui-même, en imagination, de son duché de Lorraine, pour visiter le royaume de Dumocala. Il y trouvait un brachmane. qui, dans un « temple majestueux et simple », prêchait le Dieu « de la raison et du bon sens », le « Créateur du ciel et de la terre ». Vainement un missionnaire chrétien était venu évangéliser les Dumocaliens, le brachmane préférait se borner aux lumières de la raison, et « crovait devoir s'en tenir à sa religion, qui ne lui offrait rien qu'il ne pût entendre et rien en même temps qu'il ne fût possible de pratiquer » ■'.

' Clevelaïul, W j3S^, V, ii5. 163-169.

' Saufrage des îles flottantes [206], 1. ^-b. Il, qo-qi, loo-ioH; cf.. plus loin.d;ms la Profession, pp. 2i5 et note 2, 217 et note 1.

" Entretien d'un Européen avec un insulciire du rnyaume de Dumocala ^2[]"i]. 232-236. — On pourrait encore mentionner l'Iroquois parisianisé des Lettres d'Osman [202'"»], III. 146-173, cet Ij^'li, qui « prétend sortir des mains de la nature», qui frondL- toutes les religions et qui n'est que » l'apôtre du déisme » iniais il faut

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