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LES PRECURSEURS DE JEAN-JACQUES XXV

On aura remarque, sans doute, la parenté visible entre ces fictions romanesques et la fiction du Vicaire Savoyard. Cadre et fond, il semblerait que tous ces récits enfantins en fussent comme les premières esquisses.

La plupart des ouvrages que je viens de rappeler, Rousseau les axait lus certainement K Nul doute que leur souvenir plus ou moins confus Tait poursuivi, et même gêné, quand il faisait parler son Vicaire. Cependant il ne crut pas devoir insérer dans un roman sa « profession de foi ». La Nouvelle Héloïse lui a\ait offert un cadre très tentant: et Ton a vu, qu'en effet, il avait mis dans la bouche de Julie mourante bien des idées que le Vicaire allait reprendre. Mais un e.xposé complet ei méthodique, avec les discussions très amples qu'il réclamait, aurait déplacé fâcheusement le centre d'intérêt. Peut-être aussi jugea-t-il que la gravité du sujet détonnerait un peu dans cette atmosphère amoureuse. et qu'un livre où il n'osait inscrire son titre de citoyen de Genève-, ne devait pas abriter le credo d'un homme qui avait repris sa religion pour reprendre sa patrie.

.\u moment où il achevait de rédiger la Julie, il avait en chantier un Traité de l'éducation. L'occasion lui serait excellente de s'expliquer sur la religion. L'élève qu'il allait former ne serait-il pas là pour l'écouter et l'encourager à tout dire? Autour de lui. les « philosophes » contemporains essavaient de conquérir la jeunesse à la « philosophie ». Il voulait, lui, la ramener à la religion, à sa religion ■'•. En présentant au

noter ici que l'auteur des Lettres d'Osman, le chevalier d"Arcq, ne semble pas sympathique aux idées de son Iglil. J'ajoute que. si l'on voulait chercher des ancêtres au songe de la Fiction, il ne faudrait pas oublier les contes allégoriques de Diderot, le songe que Murait a raconté dans sa Lettre sur l'esprit fort (Lettre qui se trouvait à la suite de l'édition de 1747 des Lettres sur les Anglais, que Rousseau avait entre les mains [121 ''i»], 77sqq.)et les Songes philosophiques du .Marquis d'Argens. parus en 1746 à Berlin et réunis à l'édition de 1755 des Lettres chinoises : cf. mes Questions de chronologie rousseauiste [3oo , 58-6o. Enfin, plus près socialement du Vicaire, il faudrait faire place au fantoche de l'abbé de Saint-Pierre, à son « Agaton, archevêque très vertueux, très saje et très hureux » Isic) [70], X, 340-417. Mais le credo du Vicaire serait encore trop compliqué pour Agaton. Sa théologie consiste surtout ;i n'en point avoir, ou, du moins, a n'en pas parler; et sa « profession de foi », très rudimentaire, ne contient qu'une morale, ou plutôt une pratique.

' Cf. à la Bibliographie, sous les diliérents numéros de ces ouvrages, les textes qui témoignent ou permettent de supposer que Rousseau les a lus.

^ Cf. Souvelle Héloïse, Seconde Préface, IV, i5.

' Lettre à M. de Beaumont, 111, 82 : « Je dirai ma religion parce que j'en ai une.... Il serait désirable qu'elle fût celle du genre humain ».

XXVI INTRODUCTION

disciple idéal le bréviaire de la vie morale, il pourrait lui redire. — et avec un accent plus ému et plus grave. — ce que son ancien ami disait à l'apprenti philosophe : « Jeune homme, prends et lis » ^ — La Profession de foi, roman théologique, tut insérée dans l'Emile.

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