‹ La "Profession de foi du vicaire savoyard"Chapitre 128 sur 176 · LETTRE A SOPHIE · texte numérisé non relu

LETTRE A SOPHIE

expérience et l'on voudroit effacer ce sentiment involontaire qui nous donne [' tant de tourment. Mais i- suivonsi la nature (et) nous (^ sentirons) ai'ec quelle douceur elle approuve ce qu'elle a commandé, et quel char/ne on trouve à i' sentir ^ l'applaudissement) d'une âme contente d'elle même, f ^^ méchant [se craint et se fuit, il] s'egaye en se jettant hors de ''lluii, il tourne autour de lui des yeux inquiets et cherche un objet qui le lasse rire; [sans la raillerie insultante il seroit toujours triste], Mais au [' contraire] la sérénité du juste est intérieure : son ris n'est point de malignité mais de joye, il en porte la source en lui même. Seul il est aussi gai qu'au milieu d'un cercle; et * ce « contentement » inaltérable ' qu'on voit régner en lui il ne le tire pas de ceux qui l'approchent (mais) il le leur communique.

Il JettCy les yeux sur toutes les nations du monde, parcoure^ toutes les fo -J ^■j histoires: parmi tant de cultes inhumains et bigarres, parmi cette prodigieuse diversité de mœurs et de caractères « vous ■» '" trouvere'i par tout les mêmes idées de justice " et d(e '-vertu), jt>ar tout les mêmes principes de morale, ([et" par tout) les mêmes notions du bien et du mat. '^ L'ancien Paganisme ('* n'offroit aux hommes que) '^ des Dieux abominables '"qu'on eut punis (''sur la terre) comme '^ des scélérats et qui n'offraient pour tableau du bonheur suprême que des forfaits à commettre et des passions (infâmes) à contenter. Mais le (''-' crimei revêtu d'une autorité sacrée (sembloiti -^' descend(re) en vain (-'du Ciel sur la

' idansi.

' [(écoutonsi obéissons a'.

• [connoitrons\

' [goûter.

' ria paix intérieure].

« [soi:.

' (lieu quel.

« ce(tl.

' (bonheur».

'" [(nei] trouverez [ivous pas)].

" (et de morale).

'• [honneteié[.

" Dans (sicj.

'* enfanta].

'^ « qu'on » icon...i [adoroit au].

*" [ici-bas].

'« (lest.

'^ [vice].

"> descend[oit].

" [(de l'Olympe) du séjour éternel].

t Ici. en marge, eiic/idsse' dans le développement : Voit-on dans une

rue s'opposer au mal qu'on voit faire, la note suivante : Tableau du

bonheur des justes.

terre I la ('sainte empreinte de la verta) •* le repoussoit » (■ de tous les) cœurs (' des hommes). (;• -lamais on ne vit (^ une Religion 1 si ( ' dépravée 1 et de si saintes maximes 'de si méprisables idivinités^ ('adorées) par de si i,n-ands honuiics. [" Ainsi] '•' Jupiter « pouvoit » être incestueux, Xénocrate n'en étoit pas moins ["' tempérant]) [la cliasle Lucrèce] " adoroil l'impudique \'enus. l'intrépide Romain '- sacrijioil à la peur: Aie grand Caton fut estimé plus juste quel la providencs' enfin {''■' lat voix de la vertu plus forte que celle des dieux [même se J'aisoit (en dépit d'eux) respecter sur la terre, ^* et '= relegu(oit) au Ciel le crime avec les coupables.

Il est donc au fond de toutes les âmes un principe 1 "' éternel ) de /'ustice et de vérité morale antérieur à tous les préjugés nationnaux a toutes les maximes de l'éducation. Ce principe est la régie involontaire sur ('■ la) quelle "nous iugeoas (malgré nous de) nos actions ^'^ et (de) celles d 'autrui et [c'est à] ce principe [inné] -" que ^' je donne le nom de conscience.

Mais a ce mot j'entens s'élever de '^ toutes parts la voix des philosophes. erreurs de l'enfance, préjugés de l'éducation s'écrient-ils tous comme de concert. Il n'y a rien dans l'entendement humain que ce qui s'y introduit

' [(na TURE... saintL- voix dei la nature]. ' [du].

* [humains].

* [des divinités;.

* [impure].

* de(s Dieux).

' [ne furent implorées].

' iLa vertu triomphoit dans les cœurs des mortels... triomphoit de l'exemple des Dieux).

" t(Qu'{est ce que) étoient) les débauches de Jupiter (n'ôtoient rient à la on

célebroit les débauche (sic) de Jupiter [(otoient)] mais on admiroit la tempérance de Xénocrate; la chaste Lucrèce].

1" ichaste).

" [n']adoroit-[elle pas].

" [(ne)] sacritîoit[i-il pas)].

" [l'immortelle].

'* (en dépit d'eu.x).

'' [sembloit] relegu[er].

'^ [(immortel) inné].

" [le].

'^ [malf^ré nos propres maximes].

'" [comme bonnes ou mauvaises].

-" (est ce).

" (j'appelle).

" toutes part tsic).

t Ici, un .sif^ne de renvoi, qui introduit l'addition suivante : (Le grand Caton fut estimé plus juste que); et, d'une écriture plus récente : la providence. Mais cette phrase a reçu plus loin sa place définitive.

ye LETTRE A SOPHIE 485

par l'expérience et nous ne /ugeons ('desi chose! s > que [- sur] des idées acquises. Ils font plus ; cet accord [éi'ident et' universel "de toutes les nations ils l'osent rejetter, et [contre] cette éclatante uniformité du Jugement des hommes || ils vont chercher dans les ténèbres quelque exempte obscur et connu l" 2 ' d'eux seuls, comme si '* tous les penchons de] la nature ctoient anéantis par la dépravation de quelques individus et que ['^ parce) qu'il est des monstres il n'existât plus d'espèce humaine '■. 1" Voyez les toiirmens que se donne le> sceptique montagne ' pour a}\ei déterrer en ^^' un. coin du monde ^"'des maximes contraires)] aux notions (communes I de la justice. Que lui sert de donner au (" premier menteuri une autoritéqu'il refuseaux écrivains les plus '-respectable s; quelques usages incertains et bigarres fondés (sans doute 1 sur des causes particulières qui nous sont inconnues, dclruiront-ils l'induction générale tirée du concours de tous les peuples {"An monde > opposés en tout le reste [et d'accord sur ce seul point. O Montagne toi qui te piques de franchise et de vérité], sois i" de bonne foil si un philosophe peut l'être et ''dis-moi s'il est quelque climat 1" au monde 1 ou ce soit un crime de tenir sa foi ]d'ètre 1'" magnanime bienfaisant] et généreux : ou "la vertu soit '' punie et les forfaits récompensés '•.

Je n'ai i-* points dessein d'entrer ici dans des discussions métaphysiques qui ne mènent à rien], f -' J'ai) déjà dit que je ne voulais point disputer avec les philosophes, mais parler à vôtre cœur; quand tous tes philosophes du monde

' [d'aucune.

' (pa R).

' (desi.

' (c'étoit anéantir).

' >itot .

' [ne fut plus rien ].

' 'Mais que iserti [servent] au].

' [(del les tourmens qu'il se donne".

' (quelquel.

'» (quelqu'usagei [une coutume opposée.

" [plus méprisable et suspect voyageur .

" respectable (sicj.

" fide l'univers)].

" [sincère et vrai].

'^ di-moi (sic).

'^ [sur la terre].

" [clément].

'8 [l'homme de bien soit méprisable et le scélérat honoré].

•' (punissa Br.Ei.

". IP^s]-

" [Je vous ai].

t On trouvera, à la fin de cette Lettre, une première esquisse de ce développement.

proureroient que j'ai tort, si }'ous senle^ que j'iii raison, [je n'eu reux pas darantage] (j'aurai fait touti es que je (' voulois) faire. -Je crois justement nécessaire de) vous faire distinguer nos perceptions acquises de nos sentimens naturels, car nous sentons nécessairement avant que de connoitre, et f ^ comme nous n'apprenons point à vouloir nôtre bien personnel [iet] à fuir notre mal], mais {nous) tenons cette volonté de la nature, de même l'amour du bon et la haine du mauvais nous sont aussi naturels que nôtre propre existence; ■* les idées (il est vrai! nous viennent du dehors imais) les sentimens qui les apprécient ^ sont au dedans de nous et c'est par eux [seuls] que nous connoissons la convenance ou la disconvenance qui existe entre nous et les choses que nous devons rechercher ou fuir.

Il 'l^ [Exister pour nous c'est sentir : et nôtre sensibilité est incontestablement

antérieure à «d/re raisonnement. [" Quelle] que soit la cause de nôtre existence, ' elle a pourvu à notre conservation en nous donnant des sentimens conformes . à nôtre nature; et l'on ne saurait nier qu'au moins (" ces sentimens I "e soient innés. Ces sentimens eu égard a l'individu sont l'amour de .toi même, la crainte de la douleur et de la mort, et le désir du bien-être. Mais si '■' l'homme est un animal sociable [par sa nature] ou du moins fait pour le devenir icomme on n'en peut douter), il ne peut l'être que par d'autres sentimens innés relatifs à son espèce. Et c'est du s\stême moral '" formé par ce double raport " à ('-nousi mêmelsi et à i''nos) semblables que ("dérivent hs impulsions de) la conscience'\.

f°2*" Il Ne pensés donc pas, ô Sophie, qu'il fut impossible d'expliquer par des

conséquences de notre nature le principe actif de la conscience, indépendant de la raison même. Et quand cela serait impossible encore ne seroit-il pas nécessaire. Car les philosophes qui combattent ce principe ne prouvent point qu'il n'existe pas, mais se contentent de l'affirmer: quand nous affirmons

' [prétendois].

' [(eti il ne faut pour cela que].

' (car).

* [ainsi quoique].

° (qui).

^ (Quelque).

' [(cette eau se ?)].

* [ceu.x là].

' [comme on n'en peut douterj.

10 (qui dérive des) [dérivé].

" (que la conscience).

'2 [soi].

" [ses].

" [(se forme) naît (le sentiment) l'impulsion naturelle de].

t Ici. dans le manuscrit, un espace de quelques lignes laissé en blanc. t Rousseau a marqué la place définitive de ce rnorceau marginal par un signe de renvoi, accompagné des mots : page précédente.

ve LETTRE A SOPHIE 487

('le contraire I nous sommes donc aussi avancés qu'eux cl nous ai'ons de plus (-/,) témoignage intérieur (qui 'confirme nôtre sentiment) el la voix de la conscience qui dépose pour elle même.

t * -Ma chère amie; que ces tristes raisonneurs sont à plaindre, en effaçant (^ dans leur ame) les sentimens de la nature ils détruisent la source de tous leurs plaisirs, et (''pour) ['se délivrer] du poids de la conscience ("ils ' s'otent les "^ voluptés mêmes auxquelles il seroit doux de s'immoler), f Si la foi des amans n'est qu'une chimère, si la pudeur du sexe consiste en vains préjugés: que (" seront) " toufs] les charmes de l'amour; si nous ne vovons plus dans l'univers que de la matière et du mouvement '^ ou seront [donc] (tous) les biens moraux ('* aux quels) « nôtre •» ame est ('' si sensible), « et » quel sera le prix de la vie humaine, si nous n'en jouissons que pour végéter. (["^ N' " est-CE pas un bien

' "qu'il existe".

' (del [toute la force du],

' [isoutientr.

* TBon jeune homme].

' [en eux].

* [ne savent se].

' (vouloir s'oter).

' [qu'en se (jettant dans l'insensibilitél se rendant insensibles].

" [(effacent en eux tout sentimentl].

"• [idelicesi].

" [deviendront].

'- tou(t).

" (que devi endbontI.

" [idonti].

'* [toujours avide].

"= [Que je].

" est-pas (sic).

t Le développement qui suit, sur la pudeur et l'amour, n'a pas été utilisé dans la Profession de foi; mais les idées, sinon les expressions mêmes ont passé dans la Lettre à D'Alembert. Cf. l, 233-236, et, en particulier, 234, oit la phrase qu'on lit ici, sur cet état de toiblesse et d'oubli d'eu.\-mêmes qui les livre à tout agresseur, se retrouve presque textuellement : un état de foiblesse et d'oubli d'eux-mêmes qui les livre à la merci du premier venu.

t C'est ici, sans doute, que devrait s'insérer l addition marginale suivante, qu'aucun signe de raccord ne vient rattacher au texte. Si la vertu n'est rien, si l'amitié n'est qu'habitude (et) l'intérêt personnel quels [vrais' plaisirs (morau.xi pouvons nous goûter sur la terre ! Cette addition parait être de la même plume que la surcharge : Bon jeune homme.

maladroit sisteme que celui de ces philosophes qui pour ([' oier] !es| remords (' des voluptés) (^ étouffe à la fois l'un et l'autre)]), f

Je reviens à ce sentiment de honte si charmant et si doux â vaincre [plus doux peut être encore à respecter], qui combat et enflamme les désirs d'un amant ('' et sait si bien ^ dedomager son cœur " des plaisirs) qu'il refuse « ' à ses » sens. Pourquoi rejetterions nous le (* témoignage) intérieur qui [" voile d'une modestie] impénétrable les ('" désirs) secrets d'une fille pudique et (" son front) d'une rougeur [enchanteresse aux tendres discours d'un amant aimé]. '^ L'attaque et la deffense '^ sont des loix de la nature. {''' C'est) elle qui permet la résistance au sexe qui peut céder ('•' toutes fois) qu'il lui plait. ('" C'est) elle qui prescrit la poursuite à celui qu'elle " prend soin de rendre discret « et modéré ». ('* C'est) elle qui '" remet {-" leurs communs) plaisirs à la garde de la honte et du mistére, dans un état de foiblesse et d'oubli d'eux-mème qui les -' livre à tout aggresseur. jo g po Vous (-- vovez) donc ('' qu')il (n')est (^* pas vrai) que la pudeur || '■'" n'ait pas

* (séparer) [nous délivrer des].

" ([de la] volupté [du plaisir]!.

' [(nous apprennent à n'en plus connoitrel etouft'e les voluptés qui les nourrissent... qui ne (sait) peut séparer les remords].

* [et rend tant de plaisirs à son cœur].

' [(consoler (son) un cœur tendre... un tendre cœuri].

* [pour ceux].

' [(aux)].

* [reproche].

^ (couvre nos désirs d'un voilel.

'" [vœux].

" [couvre ses joues].

" [Quoi donc].

" [ne] sont [elles pas].

" [N'est-ce pas].

'' [autant].

'^ [N'est-ce pas].

" [N'est-ce pas].

'" [les].

-" [durant leurs].

2' [livreroit].

-- [sentez].

" [combien].

" [faux].

-^ (ne soit qu'une chimère faute de raison et qu'on n'ait).

f Le texte de cette addition a été repris un peu plus haut, dans la même marge, sous la forme suivante : N'est-ce pas un bien maladroit sistème que celui qui ne sait ôter le remords de la volupté qu'en étouffant à la fois l'un et l'autre. On voit, d'ailleurs, par les différents signes de raccord, que Rousseau a eu des hésitations sur la place à donner à cette phrase. Il semble qu'il ait voulu un instant la placer avant : Si la foi des amans, ou : Si nous ne voyons plus dans l'univers.

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