LETTRE A SOPHIE
expérience et l'on voudroit effacer ce sentiment involontaire qui nous donne [' tant de tourment. Mais i- suivonsi la nature (et) nous (^ sentirons) ai'ec quelle douceur elle approuve ce qu'elle a commandé, et quel char/ne on trouve à i' sentir ^ l'applaudissement) d'une âme contente d'elle même, f ^^ méchant [se craint et se fuit, il] s'egaye en se jettant hors de ''lluii, il tourne autour de lui des yeux inquiets et cherche un objet qui le lasse rire; [sans la raillerie insultante il seroit toujours triste], Mais au [' contraire] la sérénité du juste est intérieure : son ris n'est point de malignité mais de joye, il en porte la source en lui même. Seul il est aussi gai qu'au milieu d'un cercle; et * ce « contentement » inaltérable ' qu'on voit régner en lui il ne le tire pas de ceux qui l'approchent (mais) il le leur communique.
Il JettCy les yeux sur toutes les nations du monde, parcoure^ toutes les fo -J ^■j histoires: parmi tant de cultes inhumains et bigarres, parmi cette prodigieuse diversité de mœurs et de caractères « vous ■» '" trouvere'i par tout les mêmes idées de justice " et d(e '-vertu), jt>ar tout les mêmes principes de morale, ([et" par tout) les mêmes notions du bien et du mat. '^ L'ancien Paganisme ('* n'offroit aux hommes que) '^ des Dieux abominables '"qu'on eut punis (''sur la terre) comme '^ des scélérats et qui n'offraient pour tableau du bonheur suprême que des forfaits à commettre et des passions (infâmes) à contenter. Mais le (''-' crimei revêtu d'une autorité sacrée (sembloiti -^' descend(re) en vain (-'du Ciel sur la
' idansi.
' [(écoutonsi obéissons a'.
• [connoitrons\
' [goûter.
' ria paix intérieure].
« [soi:.
' (lieu quel.
« ce(tl.
' (bonheur».
'" [(nei] trouverez [ivous pas)].
" (et de morale).
'• [honneteié[.
" Dans (sicj.
'* enfanta].
'^ « qu'on » icon...i [adoroit au].
*" [ici-bas].
'« (lest.
'^ [vice].
"> descend[oit].
" [(de l'Olympe) du séjour éternel].
t Ici. en marge, eiic/idsse' dans le développement : Voit-on dans une
rue s'opposer au mal qu'on voit faire, la note suivante : Tableau du
bonheur des justes.
terre I la ('sainte empreinte de la verta) •* le repoussoit » (■ de tous les) cœurs (' des hommes). (;• -lamais on ne vit (^ une Religion 1 si ( ' dépravée 1 et de si saintes maximes 'de si méprisables idivinités^ ('adorées) par de si i,n-ands honuiics. [" Ainsi] '•' Jupiter « pouvoit » être incestueux, Xénocrate n'en étoit pas moins ["' tempérant]) [la cliasle Lucrèce] " adoroil l'impudique \'enus. l'intrépide Romain '- sacrijioil à la peur: Aie grand Caton fut estimé plus juste quel la providencs' enfin {''■' lat voix de la vertu plus forte que celle des dieux [même se J'aisoit (en dépit d'eux) respecter sur la terre, ^* et '= relegu(oit) au Ciel le crime avec les coupables.
Il est donc au fond de toutes les âmes un principe 1 "' éternel ) de /'ustice et de vérité morale antérieur à tous les préjugés nationnaux a toutes les maximes de l'éducation. Ce principe est la régie involontaire sur ('■ la) quelle "nous iugeoas (malgré nous de) nos actions ^'^ et (de) celles d 'autrui et [c'est à] ce principe [inné] -" que ^' je donne le nom de conscience.
Mais a ce mot j'entens s'élever de '^ toutes parts la voix des philosophes. erreurs de l'enfance, préjugés de l'éducation s'écrient-ils tous comme de concert. Il n'y a rien dans l'entendement humain que ce qui s'y introduit
' [(na TURE... saintL- voix dei la nature]. ' [du].
* [humains].
* [des divinités;.
* [impure].
* de(s Dieux).
' [ne furent implorées].
' iLa vertu triomphoit dans les cœurs des mortels... triomphoit de l'exemple des Dieux).
" t(Qu'{est ce que) étoient) les débauches de Jupiter (n'ôtoient rient à la on
célebroit les débauche (sic) de Jupiter [(otoient)] mais on admiroit la tempérance de Xénocrate; la chaste Lucrèce].
1" ichaste).
" [n']adoroit-[elle pas].
" [(ne)] sacritîoit[i-il pas)].
" [l'immortelle].
'* (en dépit d'eu.x).
'' [sembloit] relegu[er].
'^ [(immortel) inné].
" [le].
'^ [malf^ré nos propres maximes].
'" [comme bonnes ou mauvaises].
-" (est ce).
" (j'appelle).
" toutes part tsic).
t Ici, un .sif^ne de renvoi, qui introduit l'addition suivante : (Le grand Caton fut estimé plus juste que); et, d'une écriture plus récente : la providence. Mais cette phrase a reçu plus loin sa place définitive.
ye LETTRE A SOPHIE 485
par l'expérience et nous ne /ugeons ('desi chose! s > que [- sur] des idées acquises. Ils font plus ; cet accord [éi'ident et' universel "de toutes les nations ils l'osent rejetter, et [contre] cette éclatante uniformité du Jugement des hommes || ils vont chercher dans les ténèbres quelque exempte obscur et connu l" 2 ' d'eux seuls, comme si '* tous les penchons de] la nature ctoient anéantis par la dépravation de quelques individus et que ['^ parce) qu'il est des monstres il n'existât plus d'espèce humaine '■. 1" Voyez les toiirmens que se donne le> sceptique montagne ' pour a}\ei déterrer en ^^' un. coin du monde ^"'des maximes contraires)] aux notions (communes I de la justice. Que lui sert de donner au (" premier menteuri une autoritéqu'il refuseaux écrivains les plus '-respectable s; quelques usages incertains et bigarres fondés (sans doute 1 sur des causes particulières qui nous sont inconnues, dclruiront-ils l'induction générale tirée du concours de tous les peuples {"An monde > opposés en tout le reste [et d'accord sur ce seul point. O Montagne toi qui te piques de franchise et de vérité], sois i" de bonne foil si un philosophe peut l'être et ''dis-moi s'il est quelque climat 1" au monde 1 ou ce soit un crime de tenir sa foi ]d'ètre 1'" magnanime bienfaisant] et généreux : ou "la vertu soit '' punie et les forfaits récompensés '•.
Je n'ai i-* points dessein d'entrer ici dans des discussions métaphysiques qui ne mènent à rien], f -' J'ai) déjà dit que je ne voulais point disputer avec les philosophes, mais parler à vôtre cœur; quand tous tes philosophes du monde
' [d'aucune.
' (pa R).
' (desi.
' (c'étoit anéantir).
' >itot .
' [ne fut plus rien ].
' 'Mais que iserti [servent] au].
' [(del les tourmens qu'il se donne".
' (quelquel.
'» (quelqu'usagei [une coutume opposée.
" [plus méprisable et suspect voyageur .
" respectable (sicj.
" fide l'univers)].
" [sincère et vrai].
'^ di-moi (sic).
'^ [sur la terre].
" [clément].
'8 [l'homme de bien soit méprisable et le scélérat honoré].
•' (punissa Br.Ei.
". IP^s]-
" [Je vous ai].
t On trouvera, à la fin de cette Lettre, une première esquisse de ce développement.
proureroient que j'ai tort, si }'ous senle^ que j'iii raison, [je n'eu reux pas darantage] (j'aurai fait touti es que je (' voulois) faire. -Je crois justement nécessaire de) vous faire distinguer nos perceptions acquises de nos sentimens naturels, car nous sentons nécessairement avant que de connoitre, et f ^ comme nous n'apprenons point à vouloir nôtre bien personnel [iet] à fuir notre mal], mais {nous) tenons cette volonté de la nature, de même l'amour du bon et la haine du mauvais nous sont aussi naturels que nôtre propre existence; ■* les idées (il est vrai! nous viennent du dehors imais) les sentimens qui les apprécient ^ sont au dedans de nous et c'est par eux [seuls] que nous connoissons la convenance ou la disconvenance qui existe entre nous et les choses que nous devons rechercher ou fuir.
Il 'l^ [Exister pour nous c'est sentir : et nôtre sensibilité est incontestablement
antérieure à «d/re raisonnement. [" Quelle] que soit la cause de nôtre existence, ' elle a pourvu à notre conservation en nous donnant des sentimens conformes . à nôtre nature; et l'on ne saurait nier qu'au moins (" ces sentimens I "e soient innés. Ces sentimens eu égard a l'individu sont l'amour de .toi même, la crainte de la douleur et de la mort, et le désir du bien-être. Mais si '■' l'homme est un animal sociable [par sa nature] ou du moins fait pour le devenir icomme on n'en peut douter), il ne peut l'être que par d'autres sentimens innés relatifs à son espèce. Et c'est du s\stême moral '" formé par ce double raport " à ('-nousi mêmelsi et à i''nos) semblables que ("dérivent hs impulsions de) la conscience'\.
f°2*" Il Ne pensés donc pas, ô Sophie, qu'il fut impossible d'expliquer par des
conséquences de notre nature le principe actif de la conscience, indépendant de la raison même. Et quand cela serait impossible encore ne seroit-il pas nécessaire. Car les philosophes qui combattent ce principe ne prouvent point qu'il n'existe pas, mais se contentent de l'affirmer: quand nous affirmons
' [prétendois].
' [(eti il ne faut pour cela que].
' (car).
* [ainsi quoique].
° (qui).
^ (Quelque).
' [(cette eau se ?)].
* [ceu.x là].
' [comme on n'en peut douterj.
10 (qui dérive des) [dérivé].
" (que la conscience).
'2 [soi].
" [ses].
" [(se forme) naît (le sentiment) l'impulsion naturelle de].
t Ici. dans le manuscrit, un espace de quelques lignes laissé en blanc. t Rousseau a marqué la place définitive de ce rnorceau marginal par un signe de renvoi, accompagné des mots : page précédente.
ve LETTRE A SOPHIE 487
('le contraire I nous sommes donc aussi avancés qu'eux cl nous ai'ons de plus (-/,) témoignage intérieur (qui 'confirme nôtre sentiment) el la voix de la conscience qui dépose pour elle même.
t * -Ma chère amie; que ces tristes raisonneurs sont à plaindre, en effaçant (^ dans leur ame) les sentimens de la nature ils détruisent la source de tous leurs plaisirs, et (''pour) ['se délivrer] du poids de la conscience ("ils ' s'otent les "^ voluptés mêmes auxquelles il seroit doux de s'immoler), f Si la foi des amans n'est qu'une chimère, si la pudeur du sexe consiste en vains préjugés: que (" seront) " toufs] les charmes de l'amour; si nous ne vovons plus dans l'univers que de la matière et du mouvement '^ ou seront [donc] (tous) les biens moraux ('* aux quels) « nôtre •» ame est ('' si sensible), « et » quel sera le prix de la vie humaine, si nous n'en jouissons que pour végéter. (["^ N' " est-CE pas un bien
' "qu'il existe".
' (del [toute la force du],
' [isoutientr.
* TBon jeune homme].
' [en eux].
* [ne savent se].
' (vouloir s'oter).
' [qu'en se (jettant dans l'insensibilitél se rendant insensibles].
" [(effacent en eux tout sentimentl].
"• [idelicesi].
" [deviendront].
'- tou(t).
" (que devi endbontI.
" [idonti].
'* [toujours avide].
"= [Que je].
" est-pas (sic).
t Le développement qui suit, sur la pudeur et l'amour, n'a pas été utilisé dans la Profession de foi; mais les idées, sinon les expressions mêmes ont passé dans la Lettre à D'Alembert. Cf. l, 233-236, et, en particulier, 234, oit la phrase qu'on lit ici, sur cet état de toiblesse et d'oubli d'eu.\-mêmes qui les livre à tout agresseur, se retrouve presque textuellement : un état de foiblesse et d'oubli d'eux-mêmes qui les livre à la merci du premier venu.
t C'est ici, sans doute, que devrait s'insérer l addition marginale suivante, qu'aucun signe de raccord ne vient rattacher au texte. Si la vertu n'est rien, si l'amitié n'est qu'habitude (et) l'intérêt personnel quels [vrais' plaisirs (morau.xi pouvons nous goûter sur la terre ! Cette addition parait être de la même plume que la surcharge : Bon jeune homme.
maladroit sisteme que celui de ces philosophes qui pour ([' oier] !es| remords (' des voluptés) (^ étouffe à la fois l'un et l'autre)]), f
Je reviens à ce sentiment de honte si charmant et si doux â vaincre [plus doux peut être encore à respecter], qui combat et enflamme les désirs d'un amant ('' et sait si bien ^ dedomager son cœur " des plaisirs) qu'il refuse « ' à ses » sens. Pourquoi rejetterions nous le (* témoignage) intérieur qui [" voile d'une modestie] impénétrable les ('" désirs) secrets d'une fille pudique et (" son front) d'une rougeur [enchanteresse aux tendres discours d'un amant aimé]. '^ L'attaque et la deffense '^ sont des loix de la nature. {''' C'est) elle qui permet la résistance au sexe qui peut céder ('•' toutes fois) qu'il lui plait. ('" C'est) elle qui prescrit la poursuite à celui qu'elle " prend soin de rendre discret « et modéré ». ('* C'est) elle qui '" remet {-" leurs communs) plaisirs à la garde de la honte et du mistére, dans un état de foiblesse et d'oubli d'eux-mème qui les -' livre à tout aggresseur. jo g po Vous (-- vovez) donc ('' qu')il (n')est (^* pas vrai) que la pudeur || '■'" n'ait pas
* (séparer) [nous délivrer des].
" ([de la] volupté [du plaisir]!.
' [(nous apprennent à n'en plus connoitrel etouft'e les voluptés qui les nourrissent... qui ne (sait) peut séparer les remords].
* [et rend tant de plaisirs à son cœur].
' [(consoler (son) un cœur tendre... un tendre cœuri].
* [pour ceux].
' [(aux)].
* [reproche].
^ (couvre nos désirs d'un voilel.
'" [vœux].
" [couvre ses joues].
" [Quoi donc].
" [ne] sont [elles pas].
" [N'est-ce pas].
'' [autant].
'^ [N'est-ce pas].
" [N'est-ce pas].
'" [les].
-" [durant leurs].
2' [livreroit].
-- [sentez].
" [combien].
" [faux].
-^ (ne soit qu'une chimère faute de raison et qu'on n'ait).
f Le texte de cette addition a été repris un peu plus haut, dans la même marge, sous la forme suivante : N'est-ce pas un bien maladroit sistème que celui qui ne sait ôter le remords de la volupté qu'en étouffant à la fois l'un et l'autre. On voit, d'ailleurs, par les différents signes de raccord, que Rousseau a eu des hésitations sur la place à donner à cette phrase. Il semble qu'il ait voulu un instant la placer avant : Si la foi des amans, ou : Si nous ne voyons plus dans l'univers.