VI^ LETTRE A SOPHIE
taciturne et sauvage et vous détache des habitudes (' que) vous ne voudriez pas (- perdre. ' Non, Sophie), elles ne vous en seront que plus douces.
Quand on vit seul on en aime mieu.x les hommes [un tendre instinct nous rapproche d'eu.x]. L'imagination nous montre la société par [* ses] charmes, et l'ennui même de la solitude tourne au profit de l'humanité '^. Vous gagnerez par ['■ le goust de; cette vie contemplative i • d"aimer * mieu.\l ce que vous ['•■ aimez] '"tandis) que vous l'aurez et (" de) le perdre (avec moins de douleur) quand vous ('- ne l'aurez plus)].
Prenez '* tous les mois par exemple, un intervalle de deux ou trois jours sur vos plaisirs et sur vos affaires pour le consacrer à la plus grande de toutes (qui est de vous connoitre). Faites vous ['< une loi] de ('^ passer) seule ces deu.x ou trois jours dussiez-vous d'abord vous ennuyer beaucoup. Il '"vaut mieu.x les passer à la campagne qu'à ('■ la ville l; f ce sera si vous voulez une visitte (" que vous ferez), vous " irez voir Sophie. La solitude est toujours triste à la ville. ** Comme tout ce qui nous environne montre la main des hommes et quelque objet de société, quand on n'a pas cette société, l'on se sent hors de sa place, et une chambre où Ton (-' vit) seul ressemble fort à une prison, f C'est tout le contraire à la campagne, [itousi] les objets " y sont rians et agréables, ils excitent au recueillement et à la rêverie, on s'y sent au large hors des tristes
' [auxquelles].
- [renoncer].
' [.\u contraire].
* (cesi.
» (et tout ce quei.
° ',ce recuei llementi.
• [vous v trouverez plus d'attachement pour ce qui vous est cher]. ■* ip LLSI.
' (gagnez deux mots illisibles i.
'» « tant ».
" [moins de douleur .< .
" [en serez privée].
" (par e.v emplei.
'* (un de VOIR).
'5 [vivre].
'^ (se BAIT).
" [Paris]. ,
'8 [à faire].
'" lyi.
"> (L'ne chambrei.
--' [est].
"(riansl.
t La phrase est reprise en marge : ce seroit, si vous voulez, une visitte que vous iriez faire : vous iriez voir Sophie.
t Ici, en marge : ne refusez pas à vos propres mains l'honneur d'être bienfaisantes.
murs de la ville et des entraves du préjugé. •{• Les bois, les ruisseaux la \erdure écartent de notre cœur les regards des hommes les oiseaux (' chantans sans régie et volans) ca et la selon leur caprice nous offrent dans la solitude l'exemple de la liberté [on entend - leur ramage on sent l'odeur (^ de l'herbe) et (^ des fleurs)]. jo 2 ro , :j= Knfin) les (' sens) uniquement frapés || '' des douces « ' images ■» de la nature la raprochent mieux de nôtre cœur.
C'est donc là qu'il faut commencer à converser avec elle et consulter ses loix dans son propre empire. Au moins « l'ennui ne viendra-t-il ■» pas sitôt vous poursuivre, et sera-t-il plus facile à supporter [' dans] " la variété des objets champêtres (« ef» '" l'exercice de la promenade) que sur une chaise longue ou dans un fauteuil. Je voudrois que vous évitassiez de choisir les tems ou vôtre C(Eur vivement affecté de quelque sentiment de plaisir ou de peine en (" porteroit) !'('- impression) dans la retraitte, » "ou •■> voire imagination trop émue vous rapprocheroit malgré vous des êtres que vous auriez cru fuir [« et ou » ['■' vôtre esprit [trop] préocupé] « '■' se refuseroit * aux légères impressions des premiers retours sur vous même]. =j= Au contraire afin d'avoir moins de regrets à vous aller ennuyer seule à la campagne, prenez ('"le tems) où vous seriez réduite [à vous ennuver] à la ville; la vie la plus [''occupée] de soins ou d'ainusemens ne laisse encore que trop de pareils vuides et cette manière de remplir les premiers qui se présenteront vous rendra bientôt insensible à tous les
' [voltigeans].
- leurs ramage isic).
' [des prés].
* [des bois].
^ [yeux].
^ (enfinl.
' [(impressions)].
" (« au » [milieu]!.
" [l'exercice de la promenade et].
'" (« la » l'agitation).
" [garderoit].
" [(la mot iltisiblel émotion].
" [(eti].
" (les trop vives impressions que).
'^ [(deroberoit vôtre esprit et)].
" [les momens].
" (rem pliei. •
•f Ici, en marge : une voix secrette parlera (sans cesse) [bientôt] à vôtre cœur et (lui) [vous] dira: tu n"es pas seule, tes bonnes actions ont un témoin.
t Ici, en marge, et barré : (vos) [les] yeu.x uniquement frapés des (pures) [douces] images de la nature (en trapant vos yeux) la raprocheront mieux de vôtre cœur.
2|î Ici, en marge : dans la plus profonde solitude vôtre cœur vous
dit que vous n'êtes pas seule.
vie LETTRE A SOPHIE 495
autres. Je ne demande pas que vous vous livriez d'abord à des méditations profondes, je demande seulement que vous puissiez maintenir vôtre ame dans un état de langueur et de calme qui la laisse replier sur elle même et n"v ramène rien d'étranger à vous, f
Dans cet étal; me direz-vous, que ferai-je ? Rien. Laissez faire cette inquiétude naturelle qui ' dans la solitude ne tarde pas d'occuper chacun de lui-même malgré qu'il en ait.
f Je ne (-crois pourtant pas) que [^ cet état] doive (''être ^ tout à fait "absolu et) que nous n'ayons nul moyen de réveiller en nous le sentiment intérieur. Comme on réchauffe une partie engourdie avec des frictions légères, l'ame amortie dans une longue inaction se ranime à la douce chaleur d'un mouvement modéré, il faut l'émouvoir par des souvenirs agréables qui ne se rapportent qu'à elle, il faut lui rappeller ' les affections qui Font flatée, non par l'entremise des sens, mais par un sentiment propre et par des plaisirs intellectuels. S'il e.xistoii au monde un être assés i ^ malheureux i pour n'avoir (jamais) |1 neii f° 2 ^° fait dans tout I3 C3Uts de sa vie « ■' dont ■» [le souvenir] put ['" lui donner un contentement intérieur et le rendre Heu aise d'avoir vécu, cet être n'ayant que des sentimens et des idées qui l'ecarteroient de lui serait hors d'état de jamais se connuitre, et faute de savoir en quoi consiste la bonté qui convient à sa nature, il resterait méchant par force et serait éternellement «. " malheureux ». Mais je soutiens qu'il n'y a point ['- sur] la terre i''homme assès dépravé pour n'avoir l'amais Iwi'é son cœur à la tentation de bien faire : cette tentation est si natuturelle et si douce qu'il est impossible de lui résister tau/ours, et il suffit (" d'yi céder une seule fois pour n'oublier jamais la volupté qu'C^on en a '^receiie). O chère
' (nous).
' [dis pas non plus].
■" jcette un espace blanc pour un mot à trouver 'affaissementll.
* [produire un affaissement total et je suis bien éloigné de croirej. ' [(entier et parfait... si total i[.
" absolue (sic).
' (lai.
* [« misérable »[.
' (quii.
'" (le rendre content de lui-mémei.
" [imiserabiei].
" (au MONDE).
" [de lui].
'* '(« elle »i qu'on goûta par elle[.
'' '( procurée! [.
t [ci, en marge : [A cela] Je n'ai rien à vous dire sinon que j'ai suivi (ces [cette]) [pris les mêmes] moyens, (que) qu'ils m'ont conduit (comme je suppose qu'ils vous) par la [md'me] route, (et) que je crois avoir l'ame saine et que je suis sur de ma bonne toi.
t Ici. en marge : et dans (la recherche des) [les] objets de vos plaisirs donnés la préférence aux choses dont on jouit encore quand on ne les possède plus.
Sophie, combien d'actions de vôtre vie vous suivront dans la solitude pour vous apprendre à l'aimer. Je n'ai pas besoin d'en cherclier qui me soient étrangères. Songez au cœur que vous conservâtes à la vertu, songez à moi, vous (' serez contente de) vous.
Voila les moyens de - travailler dans le monde à vous plaire dans la retraitte en vous y ménageant des souvenirs agréables ^ en ^ vous y (^ rendant) votre propre ("^ amie) et ('faisant que vous vous y soyez à vous même) assès bonne compagnie " pour vous passer de toute autre. Mais que faut-il faire exactement pour cela, ce n'est point encore ici le tems [' d'entrer] la dessus dans des détails qui supposent les connoissances que nous [nousj proposons d'acquérir. Je sais qu'il ne faut point commencer un traité de morale par la fin ni donner pour premier précepte, [la pratique] de ce qu'on veut ('"apprendre). Mais [encore une fois] dans quelque état qu'une ame puisse être il reste un sentiment de plaisir à bien faire qui ne s'efface jamais et qui sert de première prise (" pour) toutes les autres vertus, c'est par ce sentiment cultivé qu'on parvient à s'aimer et à se plaire avec soi '-. « L'exercice de la bienfaisance » '^ flate naturellement l'amour propre par une idée de [(force et de)] supériorité on s'en rappelle tous les actes comme autant de '* témoignages qu'au de là de ses f° 3 ^° propres besoins on a de la force || encore pour soulager ceu.x d'autrui. Cet air de puissance fait qu'on ('^ s'en regarde avec) plus de plaisir "' et qu'on habite plus volontiers avec soi. " Voila d'abord tout ce que je vous demande '". (Je puis réduire mon précepte en moins de mots ramenez vous à '^ vous même) parez vous pour vous présenter à votre miroir, vous vous en regarderez plus volontiers. (7 -" Et pour vous) ménager un sentiment de bien être étant seule
' [ivous plairez! ainaerez à vivre avec].
' (vous pré PARER ?i.
' (et).
* (travaillant ài.
" [procurant].
° [amitié].
' [vous y rendant].
' [(de vous) à vous même].
^ ide vous).
'" [enseignerl.
" (parce qu'il [qu'à]».
" mous donnei.
" témoignage isic).
'5 [prend (le tems ? avec)].
'8 [à exister],
" (Et).
'* (et dont [pour]).
" {mot inachevé).
'" [Pensez toujours à vous].
t fci. en marge : N. B. partager ou racourcir la phrase. Elle a été en effet partagée : cf. les notes critiques.
vie LETTRE A SOPHIE 497
' dans (tous) les objets de vos plaisirs donnez toujours la préférance à ceux dont on joiiit encore quand on ne les possède plus.
Une femme de qualité est trop environnée de son état, je voudrois que vous puissiez quelques momens renoncer au vôtre; ce seroit [encore] un moyen de vous entretenir plus immédiatement avec vous. Quand vous ferez vos retraites [' laissez tout le] cortège de vôtre maison ; n'emmenez ni cuisinière ni maitre d'hôtel. « Prenez un laquais et » une femme de chambre. ^ Ce n'est que trop encore; en un mot ne transportés point la vie de la ville à la campagne; * allez y goûter véritablement la vie retirée et champêtre. .Mais les bienséances. Ah ! toujours ces fatales bienséances 1 Si vous les voulez (^ toujours) écouter, il ne vous faut point d'autre guide; choisisses entre elles et la sagesse. Couchez vous de bonne heure levez vous matin, suivez à peu près la marche du soleil et de la nature; point de toilette, point de lecture, prenez des repas simples aux heures du peuple, " en un mot soyez eh tout femme des champs. Si cette manière de vivre ['• vous devient] agréable, vous {" aurez acquis) un plaisir de plus. Si elle vous ennuyé vous reprendrez avec plus de goût celle à laquelle vous êtes accoutumée.
Faites mieu.x encore. De ces cours espaces que vous (" aurez destinés à vivre) dans la solitude, employez en une partie à vous rendre l'autre agréable. Vous aurez de longues matinées vuides de vos occupations ordinaires, destinez les a des ('" promenad es) dans le village. Informez vous des malades, des pauvres, des opprimés, cherchez à donner à chacun les secours " dont il a besoin, et ne pensez pas que ce soit assés de les ('- aider) de vôtre bourse [si vous [ne leur] donnez encore de vôtre tems et] (si vous) ne les aidez (encore) de vos soins. Supposez vous cette fonction si noble de faire qu'il existe quelques maux de moins sur la terre. || f Et si vos intentions sont pures [et réelles ?] vous trouverez fo 3 bientôt à les accomplir. .Mille obstacles je le sens bien vous distrairont d'abord
' >tj-
' (n'emmenés point tous).
' iCestl.
* imaisi.
* 'sans cesse].
" isoyez-enl.
' (vient à).
' [connoitrez].
" rvoudrez passer].
'" (promenad sic) [courses].
" [iqui)].
'- [assister].
t Rouaseau avait d'abord commencé à écrire ce développement en haut du /" 4 >'°, où on lit, en ep'et : et si vos intentions sont pures vous trouverez bientôt à les accomplir. Mille obstacles, je le sens bien, vous distrairont d'un soin si noble.
d'un ' soin (si nobl^ mais le - zélé de bien faire les applanira facilement) : Des maisons mal propres, des gens (' grossiers), des objets de misère commenceront par vous dégoûter. Mais en entrant chez ces malheureux dites vous je suis leur sœur et l'humanité triomphera de la répugnance. Vous les trouverez menteurs, intéressés, pleins de vices qui [''rebuteront] votre zélé, mais interrogez vous en secret, (« ^ demandez vous » et moi suis-je parfaite). (" .\h si vous 1" attendez à secourir) des [" gens] sans défaut allez {" e.xercer) vos bienfaits ailleurs que parmi les hommes. [« '" Les vices » (grossiers du paysan sont-ils plus " odieux que ceux) qu'un peu d'éducation couvre d'un air plus honnête]). L'ennui surtout, ce Tyran [des gens] de vôtre état, qui [leur] fait payer si cher l'exemption du travail, et dont on se rend toujours plus la proye en s'efforçant [de l'éviter], l'ennui seul vous détournera plus [d'abord] (de) ces occupations salutaires ('^ que l'humanité ne pourra vous y porter et vous dictera mille sophismes pour vous en dispenser). Songez (donc) que" se plaire à bien faire est (déjà) le prix d'ai'oir bienfait, et qu'on ne l'obtient pas avant de l'avoir mérité. " Rien n'est " plus aimable que la l'ertu mais elle ne se montre ainsi qu'à ceux qui la possèdent; (-Juand on la peut embrasser, semblable au protce de la fable elle prend [d'abord] mille formes effrayantes, et ne se montre enfin sous la sienne qu'à ceux qui n'ont point lâché prise. Résistez donc aux sophismes de l'ennui. N'écartez point de (" vos yeux) des objets ("^ qui doivent) vous attendrir; [(" n'ayez point) cette pitié cruelle qui détourne les yeux des maux d'autrui pour se dispenser de les soulager]. Ne ['* vous ('^ dispensez)] point [-" de ces soins honorables (-' pour)] (les faire remplir par) des (-^ Domestiques). Soyez
' ]pareil].
2 [désir].
^ [brutaux].
* (vous porteront à les ab andonner).
' [sur (vos défauts) [« les vôtres »] (et vous apprendrez) [pour vous apprendre] Tbientôt] à pardonner ceux d'autruil.
^ [Et songez qu'en les couvrant d'un air plus honnête, l'éducation ne les rend que plus dangereux].
' [(n'avez pitié... ne voul ez) ne prenez intérêt qu'à].
* (hommesl.
' [porter].
'" |Le paysan... les vices [croyez]).
" (au).
'- [et là force de vous les... commençant par vous les rendre) en vous les rendant insupportables vous fournira (bientoti des prétextes pour vous en dispenser]. " (Résistez donci.
" Imot inachevé illisible).
" [vous].
'^ [faits pour].
" [détestez].
" (pensez). " [reposez].
'" (avoir rempli (ces) [des] soins q ue). " [sur].
-' ""mercenairesl.
sure que les domestiques mettent toujours à contribution les bienfaits des maitres ; (' qu'ils trouvent toujours l'art de se faire rendre) de manière ou d'autre (-la moitié) de ce qu'(' ils) donne(nt * de la part des maitres) qu'ils exigent ' une reconnaissance très onéreuse de tout ce que le maitre a (ait gratuitement. Faites vous un devoir de porter partout avec une assistance réelle l'intérest et (" la) consolation qui la font valoir et qui souvent en tiennent lieu. Que vos visites ne soient jamais infructueuses! Que chacun tressaille de joie à vôtre abord, que (partout) les bénédictions publiques vous accompagnent '. Bientôt un si doux cortège enchantera vôtre ame et dans les nouveaux plaisirs que vous apprendrez a goûter, si quelquefois vous perdez le bien que vous aurez cru faire, vous ne perdrez pas au moins celui que vous en aurez tiré.
Les pages inédites qui vont suivre sont empruntées au Premier Brouillon de /'Emile, c'est-à-dire à F. Elles précèdent de quelques feuillets à peine le texte de la Profession ; et, si Rousseau les a sacrifiées dans les Manuscrits suivants, c'est que le Vicaire devait en utiliser les idées essentielles : cf.. dans la présente édition, p. i25, et note 3, p. fji et note i. Cependant ces morceaux restent intéressants, parce qu'ils montrent — le second surtout — avec quelle bonne volonté, pour ne pas dire avec quelle candeur, Rousseau a essayé d'affronter les problèmes métaphysiques qu'il crovait apercevoir sur son chemin. De ces deux fragments, le premier, qu'on pourrait intituler : Comment s'acquiert l'idée de Dieu, se place dans le Livre IV après le paragraphe qui se termine par : j'ai bien de la peine à voir comment on s'avise de le construire lÉdit. Hachette, II, 2261. Le second, qu'on pourrait intituler : La genèse de l'idée de « substance », se lit à la page suivante, après le paragraphe qui se termine par : il est facile après cela de leur faire dire tout ce qu'on veut '//, 22/ 1, et occupe la place que prennent dans l'édi-
' [letl qu'ils savent s'approprier].
' [une partie .
' [on'.
* [par leurs mains et'.
' [(d'autan ti].
^ [les] consolation[s].
' [sans cesse].
lion originale les deux paragraphes suivanls. — L'un et l'autre fragments avaient déjà paru à Moultou dignes d'être recueillis, sans doute, puisqu'il les avait copiés lui-même. Ces copies, d'ailleurs très incomplètes et fautives, faites sur deux feuilles volantes, se trouvent jointes aujourd'hui au Manuscrit Favre.
lCOMMENT S'ACQUIERT L'IDEE DE DIEU]
F, f° 150 ''° Quitons ce langage ligure trouvé [par l'ignorance et] par la vanité pour
parler beaucoup sans rien dire et revenons à des considérations plus claires sur les progrès de nôtre Emile.
[' Reprenons] la succession des connoissances humaines, pour ciierciier comment je dois acquérir la plus importante de toutes. J'ai dit que ce qui change la simple appréhension des objets en idées; c'est quand à l'image absolue de l'objet - se joignent (^ quelques) raports qui le déterminent. La considération particulière des raports des choses étend les idées et produit la reflé.xion, enfin quand la réflexion (* s'élève) jusqu'à rassembler «. tous » les raports [connus] (des choses) en un sistême général, alors elle devient contemplation et de la contemplation (bien dirigée) naissent les (idées) sublimes '' de l'ordre et [celles; du beau ("abstrait qui n'est lui même que l'effet [qui resuite]) des raports bien ordonnés & " pour une fin commune » (à tous) dans « la chose » (* qu'on examine).
Il suit de là que l'esprit humain ne sauroit s'élever à la contemplation de l'univers et de l'ordre admirable qu'on y voit régner qu'après avoir longtems examiné la structure des parties et le concours des raports '' d'où nait le sistême total réuni ('"sous) une seule idée (dans l'esprit de son "auteur) pour sentir qu'une suprême intelligence régit cette machine immense il faut être en état d'appercevoir au moins '- par quelque côté le jeu mutuel des parties, les propor-
' (Si je reprends).
' [(ne... la)].
' [des].
* [va].
° [idées].
^ [qui n'est que l'apparence].
' (relative ment).
^ [dont il s'agit].
» (qui).
'» [dans].
" (mot inachevé illisiblei.
" (qu).
PAGES INÉDITES DE l' « EMILE » 501
lions de leurs masses, de leurs forces, de leurs inouvemens et de connoitre quelques unes des loix par lesquelles ' chaque ('- partie) concourt à la conservation du tout. Tout cela ne demande pas tant une étude savante et profonde qu'un dévelopement graduel des facultés de l'esprit humain qui ne se fait que peu à peu] dans un certain ordre et •'' dans une certaine suite d'années.