L.-\ GENÈSE DE L'IDÉE DE « SUBSTANCE
L'idée de ("• l'esprit) n'a pas comme toutes nos autres idées une (* image) F, f° 150 ™ pour base, c'est une idée purement intellectuelle ("^ que nous n'acquérons) que sur des raports. 7 Voici, ce me semble, comment elle nous vient. Nôtre première mesure des êtres c'est nous mêmes. L'art de trouver les premiers raports des choses est de les comparer avec nous. L'homme est un être étendu, figuré, coloré, pensant et (' sensi blei. La première chose dont il s'appercoit après la conscience de lui-même, c'est qu'il existe hors de lui des choses qui ne sont pas lui. [* Sa] seconde [" idée est] de distinguer '° ces choses " par unités et par nombre selon '- la quantité d'images qu'elles font dans son cerveau. La troisième est de voir que ces choses lui sont plus ou moins semblables, que les unes sont faites exactement comme lui, et que d'autres en différent davantage. Ici vient la première notion des raports et " le premier acte du raisonnement qui est de composer '* une idée de deux autres. Ensuite on examine plus particulièrement (" par quelles qualités les autres êtres dirfèrent) ce qui nous mène aux premières
' itoutesi.
' [pièce].
' (dans peu à peui.
* [la substance spirituelle].
» [sensation].
" [qui n'est fondée].
' [sentant],
» (La).
" (est de distinguer nume riqlement que ces choses onti.
"> (numeriquementi.
" (selonl.
'■-' lies).
" iprémiérementl.
'* (dei.
'5 [les qualités par lesquelles deu.x êtres peuvent être différens ou semblables].
t fci, en marge : En suivant une route (purement) [entièrement] spéculative et qui n'est point celle ou nous mène la nécessité de pourvoir à nos besoins.
abstractions. Après avoir iongtems considéré ces abstractions sous certaines modifications particulières comme ' le blanc, le noir, le rouge [etc.] nous les généralisons enfin sous le mot (- gênerai) de couleur. Nous en faisons de même des ' ronds, des quarrés, des cubes, etc sous le nom commun de figures, (et) des dimentions diverses sous le nom commun de grandeur. C'est seulement après ■* ces (diverses) opérations que nous sommes en état de (' diviser) les êtres en espèces et en genres selon leurs (" propriétés) communes, et selon leurs propriétés particulières, .\lors nous (' voyons) qu'il y a des qualités communes sans aucune exception à ("des) êtres qui nous sont connus ''savoir ['"d'être étendus, colores, figures, et formés d'une substance impénétrable] et d'autres f° 151 ^° qualités propres à quelques uns seulement savoir le sentiment " et || la. pensée; nous voyons de plus que les êtres '-doues de ces propriétés sont sujets à les perdre sans [que] (jamais) rien les leur puisse rendre et (que) l'acte qui les en prive s'appelle mort. Au lieu que les qualités générales peuvent bien se modifier en accidens divers [mais non jamais s'anéantir] (et) les ('^ corps) changer de couleurs et de figures mais ('■* non) ['' perdre] (toute) '" couleur (et toute figure). [Nous voyons encore qu'il se fait une circulation de substance entre les divers rangs qu'il passe quelque chose des uns dans les autres. Que ce quelque chose perd '" ou gagne certaines propriétés particulières ['"mais] ('^ qu'il ^° a des) qualités primitives (qui) lui restent toujours], t
' (la blancheuri.
' icommun],
' (mots de|.
* [toutes].
^ [rassembler].
^ [qualités].
' [trouvons].
' [tous les].
» (celle).
"• (l'étendue, la couleur, la figure et l'impénétrabilité de la).
" et pensée (sic).
'- (quii.
'* [(êtresl substances qui les ont peuvent].
" [elles ne sauroient],
'' (cesser).
'' [figure et toute].
" [(certaines)].
'0 (et).
19 [que (certaines) d'autres].
'" (lui reste... encore ?).
t Ici, en tnarge : N B citation d'Helvetius. Si d'abord on eut fi.xé la signification [de ce mot matière] on eut reconnu que les hommes étoient, si je l'ose dire, les créateurs de la matière, que la matière n'étoit pas un être, qu'il n'y avoit dans la nature que des individus au.xquels on avoit donné [le nom de corps] et qu'on ne pouvoit entendre par ce
Alors ' donnant un nom à la substance qui porte ces [premières] qualités que nous connoissons pour indestructibles - nous l'appelions matière : et (toutes) les portions de matière reunies en êtres individuels s'appellent corps.
Quand on en est venu là il se présente une question à résoudre. Ces deux autres qualités [savoir ' la pensée et [le sentiment] qualités que la plupart des corps n'ont point, qualités .-•] que certains corps acquièrent sans que nous puissions savoir comment et qu'ils perdent sans que nous puissions * jamais les leur rendre appartiennent elles à la matière ou ne lui appartiennent-elles pas.
On peut concevoir qu'elles lui appartiennent ' lors(que considérant la pensée et le sentiment) comme des modes ou manières d'être (et) " forcé de concevoir quelque substance qui serve de [soutien ou de] base a ces modes ('on * pense) que la matière est la seule substance [' qui nous soit] connue ['" on conclut qu'elle est [aussi] la seule existante]. On peut concevoir qu'elles ne lui appartiennent pas (" lorsqu'on vient à penser) '- que les propriétés connues de la matière, telles [" qu'] étendue, figure et couleur en sont inséparables [et qu'] * on » vient a considérer que la pensée et le sentiment n'étant pas dans le même cas,
' inousp.
' (et).
' (le sentimentl.
* isav oiRi.
^ [lorsique l'on considère... que les consideranti qu'on les considère].
" [que].
' [et pensant].
' (vienti.
^ (dont nous ayons quelque... les qualitèsi. '" (nous rend ?... donne quelque sensi. " [quand on pense].
" [lauxi].
" (que l'|.
mot de matière que la collection des propriétés communes à tous les corps. La signification de ce mot ainsi déterminée, il ne s'agissoit plus que de savoir si l'étendue, la solidité, l'impénétrabilité étoient les seules propriétés communes à tous les corps, et si la découverte d'une force telle par exemple que l'attraction ne pouvoit pas faire soupçonner * que les corps eussent encore quelques propriétés inconnues, telles que la faculté de sentir qui ne se manifestant que dans les corps organisés des animaux pouvoit (ne) être commune à tous les individus. De l'Esprit. p. 32. — Sous cette citation, Rousseau a écrit : N B à bien examiner; puis, les rattachant par un astérisque au mot soupçonner, /'/ a ajouté les deux réflexions suivantes : Soupçonner à la bonne heure; mais de ce soupçon conclure comme une chose démontrée que la matière sent et qu'il n'v a point dame. — Locke le métoit en doute et nos sceptiques l'affirment : je ne connois personne de si dogmatique que les sceptiques d'aujourdui.
elle peut (les avoir ou) ne les avoir point sans cesser ' pour (- ça) d'être également corps et matière. [Alors il est naturel de {' concevoir) quelque autre substance qui bien qu'inconnue à nos veux ne laisse pas d'exister et dont la pensée et le sentiment sont des & propriétés v> [ou qualités] nécessaires, comme l'étendue et la figure le sont de la substance matérielle].
Chacune de ces [deux] hypothèses sert d'objection à l'autre et (alors) quelque parti qu'on prenne il faut distinguer dans une substance les qualités contingentes ou accidentelles * telles que la blancheur la rougeur ou telle autre couleur particulière; [^ telle ou telle] figure [("particulière)] qu'un corps quelf° 151'° conque peut avoir ou n'avoir pas et les qualités nécessaires || ou substancielles qu'on ne peut séparer de la substance qui les a sans l'anéantir, comme couleur et figure dans la matière. Ainsi (?) tel corps n'aura pas telle figure ou telle couleur en particulier parce qu'il en aura un autre; mais il ne sera jamais sans figure et sans couleur. 11 s'agit donc de savoir si la pensée et sentiment sont des qualités ' générales (" telles que la) couleur et (la) figure ou des propriétés particulières telles ' par exemple « que » ('" le) rouge ou le vert et que (" le cube) ou (la) pyramide; car dans le ['-second] cas on pourroit conclure qu'elles ('^ appartiennent) à la matière, ''' comme modes particuliers de quelque autre qualité qui en seroit inséparable [ou qu'on supposeroit l'être] (« '■' telle ») par exemple « que » le mouvement, * et * dans le ["^ premier] cas il faut nécessairement les attribuer à quelque autre substance dont nous n'avons aucune idée et " dont elles doivent être [(elles mêmes)] inséparables comme (" l'étendue) et la figure (le) sont '■' de la matière. Or -" quelque parti qu'on prenne dans cette obscure question j'appelle ame ou esprit la substance à laquelle appartiennent le sentiment et la pensée [soit connus.^ (-' generiquement) comme qualités
2 [cela].
■' [supposer].
* (qu'un corps peut avoir ou n'avoir pas|.
'> (la rondeur la figure angulaire, ou telle autre ligure variant à l'inllniL
^ [déterminée].
' [(semblables)].
^ [comme (par exemple) celles qu'expriment les mots].
■' (que la pa mot inachevé tellesi.
'" « la » [couleur rouge ou la verte].
" [la forme cubique] ou pyramyd [aie].
'- (premierl.
" [conviennent].
" (et dans le second qu'elles appartiennent à quelqu'autre substance à laquelle)
'^ [comme].
'* (second).
"* [la couleur],
'■' [inséparables].
-" quelle parti (sic).
-' [généralement].
FRAGMENTS INUTILISES 505
soit ' spécifiquement comme propriétés]. Alors il est évident qu'à l'aide de cette nouvelle définition la dispute n'a changé que (- par les) mots et (' qu'il s'agit) toujours (■* de savoir) si l'esprit est matière ' et corps ou '.bien; s'il est autre chose.
Je n'é.xamine point comment s'y prennent les philosophes pour résoudre cette question. Ce n'est pas de cela qu'il s'agit ici, je veu.x seulement montrer quel (" chemin) immense a du faire l'esprit humain [simplement] pour (se la proposer et) l'entendre " route d'autant plus, abstruse et moins naturelle qu'elle est purement spéculative et bien loin de celle ou nous mène la nécessité de pourvoir à nos besoins (de toute espèce! qui est la ' route naturelle de l'instruction.
FRAGMENTS INUTILISES-
De ces J'ragmenls, les premiers se trouvent dans l'un des cahiers de brouillons de Rousseau. Mss. de Neuchdtel, n" 7842. Ils ont été écrits lorsque B était déjà entièrement rédigé. Ils sont rangés à la suite l'un de l'autre sous ce titre, de la main de Rousseau, f" 3i r" : A placer dans le traitté de l'éducation. Quelques-uns de ces morceaux d'attente ont été. en effet, insérés dans /'Emile. Mais ceux qui devaient être « placés » dans la Profession de foi n'ont pas été, — sauf un, et encore provisoirement, — utilisés. On reconnaît facilement qiiils étaient destinés à la Profession, non seulement d'après leur contenu, mais grâce aux indications marginales de Rousseau : L. I^ ou P. de t. — La destination des auti-es Jragments est moins certaine: mais ils rentrent dans le cercle d'idées où se meut la réflexion du Vicaire. Deux d'entre eux se trouvent à Neuchdtel sur un petit carré de papier, parmi d'autres fragments isolés et non numérotés, sous la cote générale 78/I *". La remarque sur Aristote avait d'abord été rédigée au crayon, et occupait alors tout l'espace que remplissent maintenant les deux notes écrites à l'encre. — Le dernier fragment est le brouillon d'une petite dissertation sur les prophéties. Écrit sur une feuille volante, il a été collé plus tard à la fin dun
' ipi.
' [de].
* [(la questioni se réduit].
* [à décider].