‹ La "Profession de foi du vicaire savoyard"Chapitre 134 sur 176 · MAXIMES » EXTRAITES DE LA « PROFESSION · texte numérisé non relu

MAXIMES » EXTRAITES DE LA « PROFESSION

27. Le doute sur les choses qu'il nous importe de connoitre, est un état trop violent pour l'esprit humain; il n'y résiste pas longtems; il se décide malgré lui de manière ou d'autre, et il aime mieux se tromper que ne rien croire.

(En me disant croyez tout on empêche de rien croire, et le croyant ne sait plus ou .s'arrêter).

3o. 11 n'y a pas un philosophe, qui, venant à connoitre le vrai et le t'au.\, ne préférât le mensonge qu'il a trouvé à la vérité découverte par un autre.

33. Les objections insolubles étant communes à tous les systèmes parce que l'esprit de l'homme est trop borné pour les résoudre, ne prouvent contre aucun par préférence: mais quelle différence entre les preuves directes! Celui-là seul qui explique tout ne doit-il pas être préféré, quand il n'a pas plus de difficulté que les autres ?

37. La faculté distinctive de l'Etre actif ou intelligent est de pouvoir donner un sens à ce mot est.

40. (Ajoutez à cela une refle.xion qui vous frappera, je m'assure, quand vous y aurez pensé). Si nous étions purement passifs dans l'usage de nos sens, il n'y auroit entre eux aucune communication il nous seroit impossible de connoitre que le corps que nous touchons et l'objet que nous voyons sont le même. Ou nous ne sentirions jamais rien hors de nous, ou il y auroit pour nous cinq substances sensibles, dont nous n'aurions nul moven d'appercevoir l'identité.

48. Les premières causes du mouvement ne sont point dans la matière; elle reçoit le mouvement et le communique, mais elle ne le produit pas.

59. La barrière insurmontable que la nature a mise entre les diverses fo gg espèces afin qu'elles ne se confondissent pas, montre ses intentions avec la dernière évidence. Elle ne s'est pas contentée d'établir l'ordre, elle a pris des mesures certaines pour que rien ne put le troubler.

61. Il ne dépend pas de moi de croire que la matière passive et morte a

pu produire des êtres vivans et sentans, qu'une fatalité aveugle a pu produire

des êtres intelligens, que ce qui ne pense point a pu produire des êtres qui pensent.

63. J'apperçois Dieu partout dans ses œuvres, je le sens en moi, je le vois tout autour de moi : mais sitôt que je veux le contempler en lui-même, sitôt

que je veux chercher où il est, ce qu'il est, quelle est sa substance, il m'échappe, et mon esprit troublé n'apperçoit plus rien.

65. Qu'y a-t-il de si ridicule à penser que tout est lait pour moi, si je suis le seul être qui sache tout rapporter à lui ?

66. Content de la place où Dieu m'a mis, je ne vois rien, après lui de meilleur que mon espèce. Si j'avois à choisir ma place dans l'ordre des êtres, que pourrois-je choisir de plus que d'être homme ?

69. Si se préférer à tout est un penchant naturel à l'homme, et si pourtant le premier sentiment de la justice est inné dans le cœur humain, que celui qui fait de l'homme un être simple, lève ces contradictions, et je ne reconnois plus qu'une substance.

70. J'entends par le mol de substance l'Etre doué de quelque qualité primitive, et abstraction faite de toutes modifications particulières ou secondaires. Si donc toutes les qualités 'primitives qui nous sont connues, peuvent se reunir dans un même être, on ne doit admettre qu'une substance; mais s'il y en a qui s'excluent mutuellement, il y a autant de diverses substances qu'on peut faire de pareilles e.xclusions.

71. Quand un philosophe viendra me dire que les arbres sentent, et que les rochers pensent il aura beau m'embarrasser dans ses argumens subtils, je ne puis voir en lui qu'un sophiste de mauvaise foi, qui aime mieu.x donner le sentiment aux pierres que d'accorder une ame à l'homme.

72. Je ne sais comment l'entendent nos matérialistes, mais il me semble que les mêmes difficultés qui leur ont fait rejetter la pensée leur devroient faire aussi rejetter le sentiment, et je ne vois pas pourquoi avant fait le premier pas, ils ne feroient pas aussi l'autre. Que leur en coùteroit-il de plus, et puisqu'ils sont surs qu'ils ne pensent pas. comment osent-ils allîrmer qu'ils sentent ?

75. Je ne connois la volonté que par le sentiment de la mienne, et l'entendement ne m'est pas mieux connu. Quand on me demande quelle est la cause qui détermine ma volonté, je demande à mon tour, quelle est la cause qui détermine mon jugement : car il est clair que ces deux causes n'en sont qu'une ; et si l'on comprend bien que l'homme est actif dans ses jugemens, que son entendement n'est que le pouvoir de comparer et de juger, on verra que sa liberté n'est qu'un pouvoir semblable, ou dérivé de celui-là; il choisit le bon comme il a jugé le vrai. S'il juge faux, il choisit mal. Quelle est donc la cause qui détermine sa volonté? C'est son jugement. Et quelle est la cause qui détermine

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