LA REDACTION ET LES SUGGESTIOXS CONTEMPORAINES XXXV
tenant il a des idées : il ne taisait que sentir, maintenant il juge.... Dans la sensation, le jugement est purement passif, il affirme que l'on sent ce qu'on sent. Dans la perception ou idée, le jugement est actif; il rapproche, il compare, il détermine des rapports que le sens ne détermine pas. Voilà toute la diti'érence; mais elle est grande » '. — « Ce qu'il v a de plus injurieux à la Divinité, dit le Mcaire, n'est pas de n'v point penser, mais d'en mal penser » - ; et quelques pages à peine avant la Profession, Rousseau avait déjà dit : « Il vaudrait mieux n'avoir aucune idée de la Divinité que d'en avoir des idées basses, fantastiques, injurieuses, indignes d'elle : c'est un moindre mal de la méconnaître que de l'outrager » -^ — « Celui qui peut tout, dit encore le X'icaire. ne peut vouloir que ce qui est bien:... sa bonté vient de sa puissance, il est bon parce qu'il est grand » *. Au l'^'" Livre d'Emile, Rousseau avait déjà dit : « Celui qui pourrait tout ne ferait jamais de mal : de tous les attributs de' la Divinité toute-puissante, la bonté est celui sans lequel on la peut le moins concevoir » ». Toutes ces répétitions — et l'on pourrait en citer d'autres aussi formelles*^ — semblent montrer qu'il n'y a pas eu pour l'ensemble de l'ouvrage unité de dessein, mais que la Profession et le reste de VÉmile ont été rédigés séparément, à tout le moins parallèlement. Rousseau reconnaissait bien lui-même que la Profession formait à elle seule un tout indépendant, puisque nous le verrons envisager comme un pis-aller acceptable l'éventualité de la publier à part '.
En fait, cependant, VÈmile et la Profession de foi ont vu leurs destinées associées. C'est en pleine impression que Rousseau paraît songer pour la première fois à détacher ce morceau de l'ensemble ; et c'est seulement par des conjectures critiques que nous pouvons essayer de reconstituer à chacune des deu.x œuvres une généalogie différente.
La première mention qui soit faite par Rousseau de la Profession de foi se trouve, si je ne me trompe*, dans une Lettre au libraire Guérin,