‹ La "Profession de foi du vicaire savoyard"Chapitre 27 sur 176 · L IMPKI-.^SIUN HT LA COX DA.M N ATIOX XLV · texte numérisé non relu

L IMPKI-.^SIUN HT LA COX DA.M N ATIOX XLV

1)000 livres la propriété de VEmile : « Je suis assuré, écrixait Rey à Rousseau non sans quelque envie, qu'il n'y perdra rien » '.

Dans la pensée de Rousseau, Duchesne devait être non l'impriniCLir de VÈmile. mais simplement l'éditeur, ou, plus exactement, le dépositaire français. Duchesne songea-t-il un instant à faire imprimer en Hollande ou se borna-t-il à donner à Rousseau de vaines assurances? .le ne sais: en tout cas, la bonne foi de Rousseau ne semble faire aucun doute : « Pour moi, écrivait-il à Duchesne le 12 Février 1762, je sais bien que, si, dans le temps de notre traité, l'on ne m'eût pas assuré que vous feriez imprimer en Hollande, je ne l'aurais jamais signé » -. Du reste, les Lettres de Malesherbes et l'attestation que, plus tard, sur la demande expresse de Rousseau, il accepta de lui signer -^ nous apportent

payé comptant à mon dit Sieur Rousseau ladite somme de trois mille livres, et lui ai remis pareille somme de trois inille livres en mes trois billets, payables, à son ordre, au.\ termes stipulés ci-dessus, et ie promets délivrer à mon dit Sieur Rousseau la quantité de cent e.xemplaires broches de son dit ouvrajje, avant de le mettre en vente, et d'en taire l'impression sur beau papier et en beau.\ caractères ». En marj^e. après le premier paragraphe, .Malesherbes a ajouté de sa main : « Me réservant néanmoins, moi Jean-Jacques Rousseau, de comprendre le dit ouvi-age dans une édition générale de mes œuvres, et à condition toutefois que je ne ferai point cette édition avant trois ans à compter du jour de la publication de celle du présent ouvrage, si ce n'est qu'il ait été autrement convenu entre moi et le Sieur Duchesne ». Dans cette clause de Malesherbes, Guérin, à son tour, a introduit quelques précisions. Après « édition générale, » il a ajouté : « et non autrement » ; il a moditié comme il suit les dernières lignes : « et promets de donner la préférence au dit Sieur Duchesne de la vente de cette édition générale, pour laquelle nous traiterons dans le temps au désir de tous les deu.x ». Enfin il a mis au bas du projet : «Duchesne demande à faire graver le portrait de l'auteur». Ce dernier article a été barré, sans doute, par Rousseau ; et c'est ce texte, ainsi retouché, qui est devenu le projet approuvé par Rousseau, Mais, à la seconde lecture, Malesherbes a fait une nouvelle correction, et il a remplacé la clause de Duchesne concernant l'édition générale par celle-ci, beaucoup moins astreignante : « Et je compte donner la préférence au dit Sieur Duchesne de la vente de cette édition générale, si, lorsque nous en traiterons dans le temps, nous sommes d'accord sur les conditions ». En tète de ce projet définitif, une main inconnue, sans doute celle d'un secrétaire de .Malesherbes, a écrit : « Il faut faire deux copies signées de cet acte : on les fera signer à .M. Rousseau après la signature de M. Duchesne ».

' Lettre du 22 Octobre ij6\ [t^ C], i33'".

' Cet important témoignagne. dont on peut s'étonner que Rousseau ne se soit pas servi pour se justifier, a été publié par Du Peyrou à la suite de la Seconde Partie de son édition des Confessions et souvent reproduit : cf., par exemple, ap. Alaugras 269:, 600; mais la date de ce document a été mal lue 11765 au lieu de 17661, et l'on n'a pas pris soin de distinguer dans le texte ce qui est de Rousseau et ce qui est de Malesherbes. L'original, qui se trouve à Neuchàtel 12 B . porte en tète cette indication, écrite d'une main du Wlll" siècle : Mémoire de .1. .1. Koiisseau, signé par

XLVI INTRODUCTION

sur ce point un témoignage formel. Un a même vu, dans le récit des Conjessions, que Rousseau ne se serait pas contenté de vagues promesses. FI aurait indiqué à Duchesne l'imprimeur de Hollande qui devait être chargé de l'affaire, et il aurait prévenu lui-même cet imprimeur. L'homme auquel Rousseau entendait donc confier l'impression d'Emile n'était pas. — comme on aurait pu le croire, et comme Rev. pour sa consolation personnelle, aimait se le figurer '. — l'imprimeur de la Julie et de Y Inégalité, c'était Jean Néaulme. un vieux libraire de Hollande, très lié avec Guérin. et qui a\ait été présenté par ce dernier à Montmorency quelque temps auparavant -. En fait. Duchesne négocia avec Néaulme. mais sur d'autres hases : il entendait faire de Néaulme. non son impri-

.\/. de Malhesherbes. Les deux premiers paragraphes, en eli'et. ont été vraisemblablement rédigés par Rousseau et recopiés par un secrétaire de Malesherbes. Seules, les dernières lignes : « Les faits contenus », etc.. sont de l'écriture de .Malesherbes. Voici donc cette pièce, dont je modernise l'orthographe : « Quand M. Rousseau traita de son ouvrage intitulé Emile ou de rÈducaiinn, ceu.x avec qui il conclut son marché lui dirent que leur intention était de le (aire imprimer en Hollande. \'n libraire, devenu possesseur du .Manuscrit, demanda la permission de le faire imprimer en France, sans en avertir l'auteur. On lui nomma un censeur. Ce censeur, ayant examiné les premiers cahiers, donna une liste de quelques changements qu'il croyait nécessaires. Cette liste fut communiquée à M. Rousseau, à qui l'on avait appris, quelque temps auparavant, qu'on avait commencé à imprimer son ouvrage à Paris.

Il déclara au magistrat chargé de la Librairie qu'il était inutile de faire les changements aux premiers cahiers, parce que la lecture de la suite ferait connaître que l'ouvrage entier ne pourrait jamais être permis en France. Il ajouta qu'il ne voulait rien faire en fraude des lois, et qu'il n'avait fait son livre que pour être imprimé en Hollande, où il croyait qu'il pouvait paraître sans contrevenir à la loi du pays.

Ce fut d'après cette déclaration, faite par .M. Rousseau lui-même, que le censeur eut ordre de discontinuer l'examen et qu'on dit au libraire qu'il n'aurait jamais de permission. D'après ces faits, qui sont très certains et qui ne seront pas désavoués. M. Rousseau peut assurer que. si le livre intitulé Emile ou de l'Éducation a été imprimé à Paris malgré les défenses, c'est à son insu et même qu'il a fait ce qui dépendait de lui pour l'empêcher.

Les faits contenus dans ce mémoire sont exactement vrais ; et, puisque M. Rousseau désire que je les lui certifie, c'est une satisfaction que je ne peux lui refuser. .A. Paris, le 3i Janvier 171)11. De Lamoignon de ,Malesherbes ».

• Rey h Rousseau. Lettres du \b Novembre -i/hi '14 C], 134" : « Il faut qu'on n'ait pas goûté la proposition que je suis sûr que vous juirez faite de s'adresser à moi : mais je suis persuadé qu'on l'a mal conseillé, en l'engageant à s'adresser ailleurs » ; et du 7 Décembre, i36" : « J'avais mandé à .M, Duchesne que j'étais surpris qu'il ne se fût pas adressé à moi pour le Traité d'éducation. Voici sa réponse : Si j'eusse suivi mon inclination pour l'ouvrage en question, il est certain que je ne me serais pas adressé à ui autre qu'à vous; des considérations m'ont obligé de voir ailleurs; c'est encore un mystère que le temps vous éclaircira ».

' Cf. Livre X des Confesxions. \'III, 3ùi.

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