‹ La "Profession de foi du vicaire savoyard"Chapitre 29 sur 176 · XLVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XLVIII INTRODUCTION

Ce premier mvslère l'inquiéta : la lenteur de l'impression acheva de le troubler. Le traité avait été conclu le 2g Août. A la fin d'Octobre 1761, il semble bien que Rousseau n'avait encore reçu que la première épreuve de la première feuille K Duchesne avait perdu du temps aux préliminaires : format, caractères, papier, i^ravure, etc '-. Pour des raisons que nous ne connaissons point, mais qui, sans doute, devaient être des raisons de simple commodité personnelle, il avait proposé à Rousseau de commencer l'impression par le tome II '• : enfin il avait oublié de lui envoyer les bonnes feuilles à mesure qu'elles étaient tirées ■*. Tous ces retards, négligences et maladresses, affolèrent un homme énervé par le travail intellectuel, enfiévré par la solitude et peu résistant aux émotions : Jugez, écrivait Rousseau à Moultou ■''. de l'effet que doivent faire ces procédés incompréhensibles « sur un pauvre solitaire qui n est au fait de rien, sur un pauvre malade qui se sent finir ». « Si quelque chose peut m'excuser, dira-t-il encore quelques semaines plus tard *■. c est mon triste état, c'est ma solitude, c'est le silence de mes amis, c'est la négligence de mon libraire, qui, me laissant dans une ignorance profonde de tout ce qui se faisait, me livrait sans défense à l'inquiétude de mon imagination effarouchée par mille indices trompeurs, qui me paraissaient autant de preuves ». Les mois de Novembre et de Décembre 1761 sont parmi les plus douloureux de la vie de f^otisseau ; ils sont comme les sinistres précurseurs des jours d'hallucinations et de phobies qu'il connaîtra plus tard en Angleterre, à Trve ou à Monquin. 11 faut lire ses Lettres durant ces sombres jours. Lettres à Duchesne, à Malesherbes, à Moultou, à la Maréchale de Luxembourg, où il leur aflSrme à tous, tantôt dans la plus lamentable des angoisses, tantôt avec une ironie exaspérée, que les .lésuites ont confisqué son Manuscrit, et qu'ils n'attendent plus que sa mort imminente pour défigurer son œuvre et déshonorer sa mémoire ' : « Rien ne presse, .Monsieur, pour l'impression de mon livre, écrit-il à

> Rousseau à Duclicsnc, Lettre du io Octobre. X. 276; et", encore h Rey. Lettre du 3i Octobre '24], 121 : « Le Traité de l'éducation n'est pas encore en train ».

^ Livre XI des Confessions, IX, 14.

" Rousseau à Duchesne. Lettre du 19 Octobre, X. 271.

■* Id., Lettre du 22 Décembre, X, 291.

" Lettre du 12 Décembre 1761, X, 287.

'• Au même. Lettre du 18 Janvier i7r)2 'date rectifiée!, X, 248.

' CL, par e.xemple, la Lettre de Malesherbes du iS Novembre 1761 [2Ô5], 220 : « Vous apprendrez, .Monsieur, avec surprise, le sort de mon manuscrit tombé dans les mains des Jésuites par les soins du Sieur Guérin », etc.

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